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Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.23"

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A gift of 

Associated 

Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 






NAIRE I )OE 



- : 



SCIENCES MEDICALES 



PA1US. TYPOGRAPHIE A. LAHUKE 
Rue de Fleurus, 9. 



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I>ES 



SCIENCES MEDICALES 



COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS 

ARCHAMBAULT, ARNOTLD (j.), AXENFELD, BA1LLARGER, BAILLON, BALBIAN1, BALL. BARTII, BAZIN, BEAUGIUNO, 
BECLARD, BEHIEl;, VAN HEISEltEN, BERGER, BEIINHE1M, BERT1LLON, 1IEBIIN, ERNEST 11ESMER, BLACHE, BLACHEZ, BOINBT, 

B01SSEAD, DORMER, UOCCIIACOURT, CM. BOUCHARD, BOUISSON, UOULANB (p.), BOULEY (ll.), BOUREL-RONC1ERE, 

BOUVIER, BOTER, BROCA, BROCHIN, BBOUARDEL, BROWN-SEQUARD, BURCKER, CALME1L, CAMI AMA, CARLET (O.), CEBIsE, 

CHARCOT, CHABVOT, CHASSA1GNAC, CHAUVEAU, CHAUVEL, CHEIIEAU, CHRETIEN, COLIN (L.),CORNIL, COTARU, COUL1ER, 

COCRTY, COYNE, BALLY, DAVAINE, DECIIAMBBE (A-K DELE.VS, DEL10UX DE SAVIGNAC, DELOflE, DELPECH, 

BENONVILLIERS, DEPAUL, DIDAY, DOLBEAU, DUCLAUX, DUGUET, DUPLAY (S.), DUBEAU, DOTBOULAU, ELY, 

FALRET (!.}, FARABEUF, FELIZET, FERIIAND, FOLL1N, FOMSSAGIUVES, FRANC.OIS FRANCK, GALTIEK-liOISSlEUE, 6AR1EL, 

GAYET, GAVARBET, GERVAIS (P.), GILLETTE, G1IIAUD-TEULON, GOBLEY, GODEL1ER, GBEENUILL, GR1SOLLE, GUBLER, 

GUEIHOT, GUEBARB, GU1I.LARD, GU1LLAUME, GLILLEMIN, GUYON (F.), HA11N (L.), HAMEL1N, HAYE1J, HECHT, 11ENOCQUE, 

ISAMBERT, JACi.in-.MILB, KELSCH, KBISHAUER, I. AM UK (l.i:n.\|, LAIlBEE, LAUOBDE, LABOULBENE, LACASSAGNE, 

LAGNEAO (G.), LANCEREAUX, LARCIIER (o.), LAVERAN, LAVERAN (A.), LAYET.LECLEBG (L.), LECOBCHE, LEFEVRE (ED.), 

LE FOBT (LEON), LEGOUEST, LEGROS, LEGROUX, LEHEBOULLET, LE ROY DE HEBICOUBT, LETOUBNEAU, LEVEN, LEVY (MICHEL) , 

LIEGEOIS, L1ETABD, LINAS, LIOUV1LLE, L1TTRE, LUTZ, MAGIIOT (E.), MAHE, MALAGUT1, MAHCHAND, MAREY, MABTINs, 

MICHEL (PE NANCY), HII.LABD, DANIEL UOLLIERE, MONOD (CH.), MONTAJHER, MORACIIE, MOREL (B. A.), NICAISE, 
OLLIER, ONIMUS, OBFILA (t.t, ODSTALET, PAJOT, PABC1IAPPE, PABBOT, PASTEUR, PADLET, PERBIN (MAURICE), PETER (. 
PINARD, PINGAUB, PLAKCHOK, POLA1LLON, POTAIN, POZZI, RAYMOND, REGNARD, BEGNACLT, RENAUD (j.), HENDD, 

REYNAL, ROBIN (ALBEBT), ROBIN (CH.), DE BOCUAS, BOGER (ll.), ROLLET, BOTUREAD, ROUGET, 

SAINTE-CLA1RE DEVILLE (II.), SANNE, SCIIUTZENBERGER (CU.), SCHUTZENBERGEH (P.), 5EDILLOT, SEE (MARC), SERVIEB, 

DE SEYNES, SOUBEIRA.N (L.), E. SP1LLSIANN, TABT1VEL, TlisTELIN, T1LLAUX (p.), TOUB1IKS, TltELAT (U.), 

TBIPIER (LEON), TBOISIEB, VALLIN, VELPEAU, VERNEUIL, VIDAL (EM.), VIDAU, 
V1LLEMIN, VOILLEM1ER, VULHIAN, WAHLOMONT, WIDAL, WILLM, WOltMS (l.), WUKTZ, ZUUEH. 

D1UECTEUR : A. DEGHAM13UE 



SERIE 



TOME VINGT-TROISIEME 

CRE CRU 



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nuomktuts 




PARIS 



G. MASSON 



I.IBBAIRE DE L ACAI1EMIE DE MEDECINE 

BonleYard Saiot-Germain, ea face de 1 Ecole de USd 







P. ASSELIN 

LIBRAIRE PE LA FACULTE DE MEDECtflE 

Place de ! Ecole-:le-Medecine 



MDCCCLXX1X. 





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DICTIONNAIRE 



ENCYCLOL EDIQUG 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



CRECHES (EAUX MINERALES DE), (ithermales , sulf atees calciqnes et fer- 
rugineuses faibles, carbonizes faibles, dans le departemeut de S;ione-et-Loire, 
dans 1 arrondissement de Maeon et a 4 kilometres de cette ville, emergent les 
trois sources de Creches quo Ton designe ainsi : source >i I ou source au-dessous 
dupont; source n 2 ou source au-dessus du jiont et source n 3 ou source du 
de versoir. Ces trois sources emergent dans une prairie et au bord d un ruisseau; 
leur captage est recent. 

M. Rivot a trouve dans les eaux des trois sources de Creches une composition 
elementaire a peu pres identique. Ce chimiste s est contente d indiquer pour 
I eau de la source n 1 ou d au-dessous du pont les resultats de 1 analyse qua 
litative des divers acides et des diverses bases contcnus dans 1000 grammes de 
cette eau minerale. Le clinicien regrette de ne pas trouver dans le travail de 
M. Rivot une analyse quantitative qui cut fait connaitre la combinaison probable 
des substances par lui rencontrees. II est facheux aussi que M. Rivot n ait pas 
parle de la silice et de la matiere organique que toutes les eaux minerales ren- 
t erment, et ait omis de s enquerir si les eaux. de Creches contiennent ou ne con- 
tiennent pas de 1 iode ou de 1 arsenic. Esperons que ces lacunes seront comblees 
au moment ou les eaux de Creches prendrout clans la therapeutique le role 
auquel elles sont en droit de pretendre. Quoi qu il en soil, telle est la compo 
sition actuellement connue de I eau de la source n 1 de Creches. 

Acide carbonique 0,270 

sulfurique 0,0^1 

chlorhydrique O.tl-J i 

Pi-otoxyde de fer 0,025 

Chuux 0,r.O 

Magnesie 0,021 

Soude 0,040 



TOTAL. 0,377 



Les eaux des trois sources de Creches sont administrees en boisson seulement. 
DICT. ESC. XXIII. 1 



2 CREGUT. 

Cos sources sont frequentees par les personnes du pays qui viennent s y trailer 
d accidents reconnaissant pour cause une anemie ou line chlorose, que ces eaux 
toniques, analepliques et reconstituantes parviennent assez promptement a sou- 
lager, et Ja plupart du temps a guerir. A. R. 

CREDO (Exii MINERALE DE) athermale, bicarbonatee et crenate e ferrugi- 
gineuse faible, carbonique faible, dans le departement de la Gironde, dans 
1 arrondissement de Bazas, dans le canton de Villandrault, celebre depuis qu il 
a donne naissance au pape Clement V, qui y fit batir une eglise et un chateau 
dont on ne manque pas de visitor les mines. La source de Credo est, avec 1 eau 
dc Cours (voy. ce mot), celle qui jouit de la plus grande reputation de toutes 
les eaux mincrales du departement de la Gironde. Son eau est claire, limpide, 
transparente, el cependant elle laisse dc poser sur les parois interieures de sa 
fontaine une couche d un depot ocrace d une couleur jaune rongeatre assez foncee. 
Elle n a pas d odeur; sa saveur est manifestement ferrugineuse, sa temperature 
est de 15 centigrade. M. Faure a fait son analyse chimique, et a trouve dans 
1000 grammes de 1 eau dc Credo les principes salins et gazeux qui suivent : 

Carbonate de chaux 0,137 

fer 0,012 

Cvenalc He fer 0,018 

Sullale de cliuvix 0,014 

Chlorure de sodium 0,033 

Acide silicique et rnaliere organique . . . 0,016 



TOTAL DBS MATIERES FIXES 0,230 

,, I acide carbonique } 

Gaz , . , quant, indet. 

( air utmosphenque f ^ 

L eau de Credo est cxclusivement employee en boisson par les personnes de 
la contree qui ont des accidents occasionnes par une affection au traitement de 
laquelle convient 1 emploi d une eau minerale naturelle a la fois bicarbonatee et 
creuatee ferrugineuse. A. R. 

CREEKS (LES). Voy. AMERIQUE. 

CREGUT (FREDERIC-CHRETIEN). D une famille refugice, comme tanl d autres, 
en Allemagne, lors de la reformation, le medecin qui porte ce nom, naquit a 
Hanau le 13 fevrier J675. II fit ses etudes medicales a Bale, ou il fut recu 
docteur en 1 696 et revint dans sa ville natale pour y exercer la medecine. Nomme 
medecin pensionne. professeur de physique et conseiller aulique, il est 1 autcur 
d un essai de bibliographie generale, debiologie ou d anthropologie, comme 1 ou 
disait alors, bien ignore aujourd hui. II est mort a Hanau en 1758. On connait 
de lui : 

1. Dlssertatio de cegritudinibus infantum ac puerorum, earumqne oriqine et curd. Bale, 
1696, in-4; ibid., 1706, in-4. II. Meditatio physiologica de hominis ortu. Hanau, 1697. 
in_4o HI. Meditatio medica de transpirations insensibili et sudore. Hanau, 1700, in-4 

IV. Sciagraphia novi systematic medicince practicce sistens. Hanau, 1700, in-4. 

V. Disserfatio de motibus corporis humani variis. Hanau, 1701, in-4. VI. Dissertatio 
medico-theoretico-practica de dysenteriA. Hanau, 1705, in-4. VII. Hdchstiwthige und 
abgedrungene Ehrenrettung durch Publicirung eines Casus medici. Oifenbach, 1723, in-4. 

VIII. De anthropologid, ejusque prcecipuis tarn antiquis guam modcrnis scriptoribus. 
Hanau, 1757, in-4. IX. Griindliche Widerlegung eines ungegrundctcn Facti, niutilali 
rcsponsi irrigcn und nichtigcn Decise, welches unter dem Titel : Dc sodomfd v or einiger 
Zeit lierausgekommen. Francfort-snr-le-5Iein, 1745. X. CREGUT a encore public une nou- 

edilion de la Physiologia medica de J.-G. de BERGER. Hanau, 1757, in-4. 

A. D. 



CREMASTER. 3 

CRELL (JoH.-FaiED.), lie a Leipzig le 6 Janvier 1707 ; il fit ses eludes medi- 
cales et prit le bonnet de docleur dans sa ville natale en 1752. Le raerile dont il 
fit preuve lui valut, en 1737, sa nomination a une chaire de medecine aWiltem- 
berg, ou, parait-il, il avait fixe sa residence; quatre ans apres, 1741, il eta it 
appele a Helmstaedt pour y enseigner 1 anatomie, la physiologic ct la pharmacie. 
C est dans cette ville qne la mort vint le surprendre le 19 mai 17i7, dans sa 
quarante-unicme annee. Ce medecin a beaucoup ecrit ; mais la plupart des pro 
ductions de sa plume, sont de ces dissertations academiques qui surchargent si 
lourdement le bagage scientifique de la plupart dcs medecins de ce temps. Nous 
citerons seulement les suivantes qui pourraient offrir quelque interet : 

I. Observationes in partibus corporis kumani morbidis ad illustrandam corporis sanl 
ecconomiam tcmere applicandce. Wittemb., 1733, in-4. II. De vatvula vencecnvre Eusta- 
chiana. Ibid., 1737, in-4. III. De tumore [undo uteri adherents. Ibid., 1739, in-4 et in 
Coll. diss. de HALLER. IV. De motu synchrono auricularum et ventricutorum cordis Ibid., 
1740, in-4. V. De glandalarum in ccecas et apertas distinctione. Ibid., 1741, in-4. 
VI. De anatome vivcntium necessitate. Helmstadii, 1742, in-4. VII. De tumore ca/n/i\ 
fungoso post canem cranii enato. Ibid., 1743, in-4. VIII. De visccrum nexubus insolitis. 
Ibid., 1743, in-4. IX. De sectionc puellce glbbosce. Ibid., 1745, in-4. X. De ossibus 
sesamoideis. Ibid., 1746, in-i. -- XI. De cortice simaruba. Ibid., 1746, in-4. XII. l)n 
certain nombre d observations dont quelques-unes tres-interessantes, inse>e es dans les ephe- 
merides des curieux de la nature. Nous citerons entre autres une double luxation (congeni- 
tale) dela hanche trouvee chez une femme boiteuse, t. IX, obs. 02. E. BCD. 

Un des noms donnes a la Guscute (voy. ce mot). 

PL. 



t REMASTER. Ce nom est grec ( /./jsaao-r/jp, suspenseur). Musciilus testis; 
Hodenmuskel Ar,L. G est un muscle a fibres tlriees qui, insere pres de 1 orifice 
et a 1 inteneur du canal inguinal, en haul, engaine en descendant la tunique 
fibreuse du cordon et du testicule et se termine sur celte tunique en formant 
des anses bien disposees pour suspendre et relever la glande gcnitale. 

Le cremaster derive probablement du Gubernaciilum testis qui, pendant la 
plus grande partie de la vie intra-uterine s eteiid du fond des bourses (axe ou 
portion centrale) et du canal inguinal (portion peripherique ou engainante, 
fibres muse, strides) jusque dans le venire oil se developpe le testicule avanl 
d effectuer sa descente (v. leslicule). 

Ainsi compris, le gubernaculum par ses denx portions est capable d attirer le 
testicule foetal jusque dans le canal inguinal. L on a coutuine d admettre quela 
partie centrale ou scrotale, continuant a se raccourcir et agissant comme le bras 
introduit dans un bas pour le retourner, rctourne la partie engainante ou 
inguinale du gubernaculum et enlrainc dans ce tube musculaire le testicule et 
tons les elements du cordon. Cetle theorie trouve un certain appui dans ce qui 
se passe chcz les rongeurs et les autres animaux adultes donl les testicules 
peuvcnt rentrer et sortir facilement et sont loges, suivant les circonstanccs, tan- 
tot dans le ventre, tantot dans les bourses. Si elle est vraie, et Curling n en 
doute pas, le cremaster n est pas autre cbose que la partie peripherique du 
gubernaculum testis. 

J. Cloquet a pense que les anses musculaires qui embrassent le cordon et le 
testicule n etaient que des fibres du muscle petit oblique, tres-allongees, dont 
le testicule s etait coiffe en perforant la partie abdominale pour effectuer sa 
descente. II existe, en el fet, generalement devant la racine du cordon, des anses 



.4 CREMASTER. 

d une fleche tres-courte, qui paraissent appartenir nettement au muscle petit 
oblique; et, Ton explique les varietes que Ton remarque dans le nombre des 
faisceaux du cremaster, en disant que le testicule a pu sortir, soil au-dessous du 
muscle petit oblique, entrainant a peiue quelques-uns deses faisceaux inferieurs, 
soil un peu plus baut, niais alors en se coiffant, en avant, en dessous et meme 
en arriere avec les fibres des muscles transverse et petit oblique. 

Ouelles <|ue soient les relations d originc du cremaster avec ie gubernaculum 
et les muscles abdominaux, lorsqu on examine le cordon d un jeune adulte 
bien muscle, on rencontre des faisceaux qui semblent Lien former un muscle 
special. II en est de meme chez les grands animaux domestiques, chez le cheval, 
par exemple, dout le cremaster est une bandelette de fibres rouges aUachee a 
I aponevrose lombo-iliaque, qui longe le cole externe du cordon et s etale sur la 
face externe et inferieure de la tunique vaginale qu elle double d une vr.iie 
t\mi({ue erythrotde (ipuQpo?, rouge). 

Cbez riiomme, le cremaster est generalement pale et la tunique erythroide Test 
encore d avantage, car elle resulte dc 1 eparpillemcnt des fibres du muscle et de 
leur confusion avec la tunique dite fibreuse, confondue elle-meme avec la sereuse 
parietale. 

Au niveau de son origine inguinale, le cremaster de I bomme se compose de 
deux faisceaux dont le plus petit, I interne, s insere au voisinage de 1 epine du 
pubis et a I aponevrose du grand droit, dont le plus volumineux, V externe ou poste- 
rieur, nait, dans 1 interieur meme du canal inguinal, de la face concave ou supe- 
rieure de 1 arcade crurale, com me les dernieres fibres du petit oblique et du 
transverse. 

Ces deux faisceaux ne forment pas une gaine complete au cordon ; cependant, 
a mesure qu ils descendent vers le testicule, ils s elargissent, s etalent et se dis- 
socient pour s envoyer des fascicules qui s unissent par entrecroisement ou anas 
tomose et torment des anses musculaires etagees devant le cordon, devant et 
sous le testicule. 

Toutes les fibres que s envoient les deux faisceaux du cremaster n arrivent pas 
a se rencontrer ; il en est beaucoup qui se fixent sur la tunique fibro-sereuse 
sous-jacente comme les anses parfaites elles-memes. Et de la resulte que 1 e pa- 
nouissement peri-testiculairc du cremaster c est-a-dire la tunique erythroide 
adhere d une maniere absolue aux tuniques sous-jacentes. (V. Scrotum). 
Telle est la disposition du vrai cremaster, du cremaster externe. 
II existe dans 1 epaisseur du cordon, autour du canal deferent et dans 1 inter- 
valle des autres vaisseaux, un certain nombre de faisceaux musculaires a fibres 
lisses, visibles a I oeil nu, dont 1 enscmble a recu de Henle le nom de cremaster 
interne et faitl objet d un travail de Lannelongue (Arch.dephysiol. 1868). II est 
impossible de preciser les insertions superieures du cremaster interne. En bas, 
il se dissocie et jette des fibres autour de I epididyme, sur 1 albuginee du testi 
cule et sur la tunique vaginale. Le cremaster interne semble done par sa nature 
et sa disposition, destine, en eomprimant moderement et longtemps le testicule 
et les vaisseaux <lu cordon a faire progresser le contenu des voies spermatiques. 
Ce serait un de ces appareils musculaires de la vie organique que Rouget a signals 
et qui sont annexes aux organes genitaux des deux sexes. 

Le cremaster externe, muscle strie, nepent avoir que des contractions brusques 
il n est pas soumis a la volonte. Sur les jcuncs sivjeU, lorsque Ton cbatouille la 
peau de la cuisse ainsi que dans maintes autres circonstances (vomissement, 



CREMATION. 5 

co it, effort), on voit le testicule entraine par le cremaster, remouter brusquement 
vers Taaneau tandis que le scrotum rcste pendant, flasque et vide ; le testicule 
redcsccnd bieatot. J ignore s il a ete observe des coutractures de ce muscle. Mal- 
gaigne a remarque, sur les bernieux, qu il sul tit de provoquer la toux pour 
voir le cremaster soulever le testicule avec une vigucur tres-variable puisque 
tantot la glande s e leve de 12 a 15 centimetres, tantot de quelqucs centimetres 
et memo de quelques millimetres seulemcnt. L. II. FAKABEUF. 

C -R.EMATJO\. Nous divisons notre sujet en trois parties principales : 

1 Nous faisons d abord 1 historique dela cremation. Nous montrous les causes 
qui I ont fait naitrc, et cc qu elle a ete dans 1 antiquile ; 

2 Nous exposous ensuite a quellcs preoccupations hygieniques obeissent ceux 
qui veulent la la ire adopter de nouveau, et les moyens qu ils ont proposes et mis 
en oeuvre depuis un petit nombre d annees ; 

3 Nous disons enfin quel nous semble devoir etre 1 avenir de la cremation, 
dans quelle mesure elle peut etre utile , en quoi il y a lieu de 1 encourager ou 
de la restreindre. 

I. Ilistnriquc di- la cremation. Les auteUt S qili 110US Ont (U lVi deS dailS 

cette etude, se sont en general bornes a rapporler fidelement tout ce qu ils onl 
trouve dans les historiens de 1 anliquite. Les pays ou la cremation fut mise en 
pratique, les ceremonies dont on 1 entourait, lamauierc de construire le buclici 
et les parl ums que Ton brulait autour du corps : tels sont les renseignements 
precieux, mais a notre avis insuflisanls, (juenous rencontrons dans Inirs livres. 
D ailleurs, si ce luxe de details a son intevet, nous remarquons que des 1581 
Claude Guichard faisait parailrcson Traite des fune railles et diverges manieres 
d ensevelir des Romains, Grecs et autres nations tant anciennes que modernes, 
auquel ses successeurs ont peu ajoute. 

En un lei sujet 1 erudition seule ne suffit pas. Dans une elude semblable, a 
propos des unions consanguines, 1 un de nous a montre quel parti on pouvait 
tirerde la filiation bistorique, et, etndiant les unions entre parents a travers les 
ages del histoire et dans diflerents milieux sociaux, il a pro uve que 1 un de.s plus 
grands actes de la vie humaine, le mariage, loin d avoir ete regie d une facon 
en quelque sorte arbitraire par les dil ierentes societes humaines, avail subi 
parlout les memes cbangements successifs, s etait, en un mot, moditie suivant 
une loi naturelle et constante. 

L etude que nous allons faire de la cremation est une consequence de prin- 
cipessemblables. Nous nouspla^ons an meme point de vue philosopbique. 

L bistoire de la cremation, commetoute autre histoire partielle, ne saurait etre 
completement isolee de 1 histoire plus geuerale dont elle fait partie. Tout s en- 
cliaine trop fortement dans la succession des fails sociaux pour que Ton puisse 
se rendre un compte exact de quelqu un d entre eux, si Ton n a d abord bien 
apprecie tout 1 ensemble. 

Nous prendrons done la question par ses grands cotes, et esquissant rapidement 
la suite des rites funeraires, nous chercherons a mettre en lumiere 1 cnsemble 
des circonstances a I influence desquelles il faut attribucr I origine de la crema 
tion et les causes d une coutume si extraordinaire. 

1 DES PROCKDKS FUiNEti.uuEs QUI PRECEDEUEM LA CHEMAiioN. Un premier point 



6 CREMATION. 

hors de toute contestation est le suivant : En quelque pays que ce soil, ,hs 
hommes n ont point commence par bruler leurs morts. 

Bruler les morts implique en effet deux choscs : 1 le moyen deles bruler, 2 
des sentiments, des opinions qui ne soient pas confeircs a une telle pratique. 
Examinons successivement ces deux points. II esl absdlument certain que les 
moyens de se procurer du feu ne devinrerit usuels que dans un age relativement 
avance de I humanite. Sans doutc, les hommes ont connu le feu des Torigine, 
et dans les pays tropicaux, par exemple, leurs yeux out du plus d une fois etre 
frappes par le spectacle des forets embrasees. Mais comment faire naitre cette 
flamme a volonte, ou meme comment la garder, une fois produite? Bien des 
siecles s ecoulerent avant que le hasard et 1 experience apprissent a 1 homme pri- 
mitif que I etincellc jaillit du choc dc deux picrres ou dufrottement de deux bois. 
Les recherches etlmologiques nous renseigncront-elles un jour sur ce point ? l\ 7 oiis 
1 ignorons ; mais ce qui est certain, c est que la decouverte fut si tardive et la 
conservation de cette flamme precieuse si difficile, que 1 un des premiers soins, 
le premier soiu peut-etre, de toutes les theocraties naissantes fee qui suppose deja 
des milliers d annees depuis 1 apparition de 1 espece), fut dc constiluer une cor 
poration specialcment chargee de la garde du feu sacre; tant on craignait de lais- 
ser echapper cetle conquete que Ton avail, a n en pas doutcr, deja perdue et 
recouvrec plusieurs fois ! 

Done, a 1 origine, les hommes ne pouvaient user envers leurs morts d une pra 
tique qui exigeait 1 emploi d un moycn encore a decouvrir. Mais cet obstacle ma 
teriel n etait pas le seul, et il existait en outre des obstacles moraux et intellec- 
tuels, tellement graves a notre avis, que ces premiers peuples, alors meme qu ils 
cussent possede le feu, n aurainit jamais songe a s en servir pour bruler leurs 
morts. 

Voyons, en effet, quels pouvaient etre, en presence du cadavre, leurs senti 
ments et leurs pensees. 

S imaginerent-ils, dans un elan de metaphysique transcendante, qu ils avaient 
sous les yeux un corps perissable dont une ame immortelle venait de s echapper? 
Ou, raisonnant comme de graves materialistes, supposerent-ils que tout etait 
fmi pour celui qui venait de mourir et que son corps allait rendre a la terre les 
elements qui Pavaient fait vivre, aimer, agir et penscr? Certaiuement non. Les 
hommes d alors, parfaitcment etrangers a des theories aussi savautes, se firent du 
cadavre 1 idee qu ils se faisaient de toutes choscs, ainsi que nous allons 1 expliquer. 

Dans la belle theorie qu il a donnee du fetichisme, Auguste Comte demontre 
qu aux yeux du fetichiste il ne peut exister de nature inanimee. L homme qui 
ne connait encore qu une chose : son etre, avec ses sensations, ses besoins et 
ses passions, obeissant a cette loi naturelle de 1 esprit humain qui veut que Ton 
fasse toujours 1 hypothese la plus simple, que Ton aille du connu a rinconnu. 
suppose que tout dans la nature est compose comme lui-meme, et attribue 
genereusement a ce qui 1 entoure des sensations, des besoins et des passions. 
L eau coule et mugitparce qu elle veut couler et mugir, 1 arbre se courbe parce 
qu il lui plait de se courber, la foudre qui 1 ecrase a ete lancee par un nua^e 
ennemi, le rocher s est cletache volontairement de la monlagne pour detruire la 
cabane qui Fabritait. Le monde inorganique n a pas seulement de 1 activite : il a 
de la vie, il sent, il aime, il veut. De la ce respect, rempli de haine ou d amour 
pour les objets animes ou inanimes, selon qu ils produisent le mal ou le bien. 
De la ce culte timidc et craintif envers tout ce qui est dangereux ou redoutable, 



CREMATION. 7 

depuis le serpent qui se glisse dans 1 herbe, jusqu au nuage, charge* de ton- 
nerres, des jours d orage. 

Get homme n aura pas d autres idees et ne pensera pas autreinent, lorsqu il 
se trouvera devant un cadavre. Pour lui, ce corps mort n est pas plus inanime 
qu aucune autrc chose. Ces restes d un etre qui a partage sa vie, qui a senti comme 
lui, subissent unecertaine transformation; mais 1 individu qu elles representent 
vit toujours ; il vit d une autrc maniere , voila tout. Pour peu meme que son 
souvenir vienne troubler le sommeil ou la veille de ceux qu il a connus, et dont 
( imagination est d autantplus active qu elle seule est enexercice constant dans 
les cerveaux de ces peuples enfants, le mort grandit vite aux yeux de ceux qui lui 
survivent, el son miserable cadavre, pale, rigidc, au regard tcrnc, devient une 
puissance superieure dont on implore la protection ou dont on redoutc le 
courroux. 

Ce bref apercu des opinions humaines dans 1 age fetichique etait indis 
pensable pour faire apprecier les pratiques funeraires de ces premiers temps <( 
expliquer les ceremonies plus ou moins etranges que les voyageurs rencontrenl 
encore de nos jours en Chine, en Afrique ou dans quelques ilcs de 1 Occan. 

Si nous assimilons ces deux ordres de fails, c cst qu ils s eclairenl mutuel le 
nient, et qu en 1 absencc de renseignements directs sur les usages des epoques 
prehistoriques, nous en trouvons une source inepuisable dans 1 observation judi- 
cieuse de ces quelques socie tes de forme primitive qui se soul pci petuees jus- 
qu a nous, et que 1 envahissement croissant de peuples plus civilises ne lardera 
pas a faire disparaitre. 

Etantdonnee cette maniere de penser et de sentir, ilest facile de pre"voir com 
ment 1 homme traitera ce corps, inanime en apparence, mais qui pour lui n a 
pas cesse d etre. A coup sur, il ne songera pas a le bruler, non-seulement pan-e 
que le feu n est peut-etre pas encore a sa disposition, mais surtout parce qu il 
craindrait d infliger le plus horrible supplice a un etre qu il aime et qu il respecte 
toujours. Si ce corps cependant n est pas briile, va-t-on le laisser pourrir sur 
place, 1 inhumer, le jeter a 1 eau ou bien le manger? 

Pour bien apprecier la maniere de se conduire a 1 egard des morts, chez les 
premiers peuples, il faut distinguer nettement les ceremonies qui accompagnent 
la sepulture ou, si 1 on veut, le rituel funeraire d avec la sepulture elle-meme. 
(Nous employons ce mot de sepulture, faute de mieux, car il traduit imparfai- 
tement notre pensee ; il nous sert a designer la fagon quelconque dont on en use 
envers le cadavre, ou, comme dit Pline, les derniers devoirs rendus de quelque 
maniere que ce soit.) 

Cette distinction est tellement importante, qu il nous sera possible demontrer 
que dans tout ce qui regarde les ceremonies funebres proprement dites, c est-a- 
dire les ceremonies qui accompagnent la sepulture, il y a eu entre tous les peuples 
de la terre la plus complete uniformite; tandis que pour ce qui concerne la se 
pulture elle-meme il y a eu, au contraire, de nombreuses variations. Et cela 
devait etre. Les hommes dans leurs usages funeraires obeissent, en effet, a deux 
sentiments egalement pressants, qui, par malheur, ne s accordent pas toujours : 
un sentiment de respect et d affection qui les attache au mort, et un sentiment 
de preservation personnelle qui les en eloigne. Ce dernier s accrut avec les 
progres de la civilisation et a mesure que le danger resultant de la presence du 
cadavre fut mieux demontre. 

11 y a done en cette question un cote moral et un cote materiel. Les cere- 



8 CREMATION. 

monies funebres se trouvant sous la dependanee d idees ct de sentiments iden- 
tiquesou peu s en faut chez tons les homines (1 espece etait a ses debuts, et les 
differences physiologiques n avaient pu encore s etablir), il etait naturel que ces 
ceremonies prissent un caractere uniforme chez tous les peuples. Tandis que la 
sepulture proprement dile, c est-a-dire la maniere de parer au danger que pou- 
vait presenter le cadavre, varia avec les climats et suivant les moyens que les 
hommes rencontrerent a leur portee. 

Etudions succcssivement ce que furent ces moyens de sepulture et ces cere 
monies funeraires. 

La consequence evidente de la Iheorie que nous venons d exposer est que 
la conservation du cadavre a domicile, partout oil la chose etait possible, 
lut la regie au debut. Quoi de plus naturel, en el J et, que de conserver a leur 
place ordinaire ceux qui n etaient plus, mais qui, sous une autre forme, n en 
continuaient pas moins a s interesser aux choses de la vie? L hypothese est-elle 
invraisemblable? Aucunement. Quelquespays jouissant d une constitution atmos- 
pherique cxceptionnelle, tels que 1 Egypte, la Perse et quelques contrees de 
1 extreme Asie et de I Amerique, favoriserent, a n en pas douter, le developpe- 
ment d un tel usage. 

L etat ordinaire du climat de 1 Egypte esl lei que la conservation descadavres, 
avant meme qu aucune preparation y vienne ajouter son effet a celui de 1 at- 
mospliere et des vents, y semble une chose toute naturelle. Volney, qui a long- 
temps habite le pays et le connaissait bien, ne tarit point sur les proprietes qu il 
attribue a cette merveilleuse siccite de 1 air. Elle est si grande, dit-il en un 
passage de sa relation de voyage, que les viandes exposees, meme en etc, au vent 
du nord, ne se putrefient point, mais se dessechent et se durcissent a 1 egal du 
bois. Les deserts offrent des cadavres ainsi desseches, qui sont devenus si legers 
qu un homme souleve aisement d une seule main la charpente entiere d un 
chameau. 

Dans de telles conditions climateriques, le cadavre n etanl plus une cause de 
danger, 1 essor des sentiments pieux avait toute liberte pour se satisfaire, et les 
hommes pouvaient sans crainte garder a domicile des restes aimes. 

Les precedes de momifieation adoptes plus tard par les Egyptiens ne furent 
qu une sorte de pcrfectionnement de ce premier usage. Ces precedes s impose- 
reiit lorsque les grandes cites surgirent et que le nombre des niorts ne permit 
plus a toutes les families de les conserver au milieu d elles. 11 fallut rassembler 
ces restes en un meme lieu et par consequent obvier au danger plus appreciable 
de toute grande accumulation. 11 est au moins douteux que les fameux bains de 
natron, durassent-ils soixante jours, fussent suffisants pour preserver a jamais 
le corps de toute destruction, si un etat parliculier de 1 air egyptien n etait venu 
completer un precede de conservation aussi imparfait. 

Les proprietes peu differentes du climat de la Perse ont du certainement per- 
mettre aux hommes des pratiques semblables. Tous les observateurs, et eu par- 
ticulier Chardin, montrcnt combien la putrefaction y est peu redoutable. Je 
crois avoir remarque, dit-il, que la secheresse de Tair de Perse, et surtout d ls- 
pahan, est si grande, qu il consume les cadavres en peu de temps et qu il en 
empeche 1 infection. J ai fait divers tours dans ce sepulcre (la tour mortuaire 
d lspahan), et j admirais qu il n y sentit pas mauvais. J y vis des corps encore 
frais; il n y avait rien de gate aux mains et aux pieds, qui elaient nus; mais le 
visage 1 etait beaucoup, parce que les corbeaux qui remplissent les cimetieres, 



CREMATION. y 

el qui sont par centaines aux environs, se jette.nt d abord sur cctte partie. 
C est seulement dans la suite, ct pour eviler sans doute I encombrement dans 
les grandes cites, que les Perses auraient pris I habitude d exposer les cadavres 
sur la plate-forme de vastes tours servant de cimetieres. 

lUen ne nous affermit davantage dans 1 idee que nous nous forraons de ces 
premiers usages funeraires de PEgypte et de la Perse, que ce que nous racontent 
les voyageurs des moeurs de quelques peuplcs du nouveau monde on de 1 ex- 
treme Orient, jouissant d immunites climateriques h pen pros semhhlilrs. Nous 
vuyons en effet dans ccs recits que plusieurs de ces populations avaient encore, il 
n y a pas un siecle, la coutume de conserver atipres d eux leurs morts durant un 
temps qui variait de quelques semaines a plusieurs annees, avant de proccder a 
rinlmmation. En Coree, par exemple, I liabilude etait de n inlmmer que deux 
fois par an, a 1 automne et an printemps, et de faire alors des funerailles gene- 
rales, auxquelles s associait toute la population. La conservation perpetuelle 
des corps, naturellement desseches par Ic climal, aurait meme ete d un usage 
tres-repandu dans les lies de la Polynesic et dans quelques parties de 1 Amc- 
rique. 

A cote de ces pays a dessication rapidc, nous pouvons placer les pays glaces, 
dans lesquels on voit les corps, soumis a un fro id assrz prolonged se conserver 
indefmiment. 

D ailleurs, si Ton pouvait gardcr quelque doute sur cctte repugnance invinci 
ble de nos premiers ancetres a se scparer de leurs morts, il sul lirait de rappe- 
ler combien de peuples, a nne opoque beaucoup plus tardive, en pleine phase 
polylheique, continuaient , non pas, il cst vrai, de les conserver a 1 air libre, 
mais de les enterrer dans le sol meme de la maison. 11 a i allu des lleaux terri- 
bles, une peste a Rome, nous dit Ic grammairien Servius, pour obliger les ha 
bitants a donner la sepulture bors de la ville. 

11 i aut cependant convenir que si cette conservation du cadavre a pu se pra- 
tiquer en quelques endroits ou elle etait favorisee par des conditions particu- 
lieres, 1 insalubrite de beaucoup de climats a empeche la plupart des homines 
de se conformer a cette coutume. 

Yoyons done ce qui se passa dans le plus grand nombre des cas chez les pen- 1 
pies habitant des cavernes ou chez ceux qui n avaient pour abri que des cabanes 
de feuillages. 

L homme, place entre le desir de garder pres de lui les restes de ses proches 
et la necessite de se preserver d une infection et d un contact menacant, eut re- 
cours a plusieurs moyens pour eviter le peril sans froisser outre mesure ses pro- 
pres sentiments. 

Que 1 habitant des cavernes ait laisse d abord la place au mort, et cherche 
pour lui-meme une nouvelle demeure, cela ne semble pas douteux ; mais il est 
certain aussi qu a force de loger trop bien ses morts, il dut se Irouver un jour 
sans domicile et se demander si Ton ne pouvait placer cote a cote, en un meme 
lieu, un certain nombre de ces cadavres appartenant a une meme famille ou a 
une meme tribu. Or, comme dans tous les cas semblables les hommes n ont 
jamais manque de bonnes raisons pour arriver a leurs fins, il dut advenir un 
moment ou certaines cavernes furent transformees en de veritables cimetieres. 
G est ce que contirment les plus recentes trouvailles archeologiques. Tan tot, 
en effet, le squelette que Ton rencontre est isole ; tantot, au contraire, comme 
dans la grotte d Aurillac, ou dans les grottes reccmment decouvertes dans la 



10 CREMATION. 

vallee du Petit-Morin, on trouve une veritable accumulation de squeleltes (dix- 
huit dans la premiere, prcs de deux cents dans les dernieres), et a moins de 
supposer que les peuples qui y out vecu ont peri la dans unc catastrophe com 
mune, il 1 aut bien admettre que ces restes y ont ete intentionnellement appor- 
tes. Ce qui le prouve d ailleurs mieux que toute autre chose, c est 1 etat dans 
lequel on les rencontre : car non-seulement les os ont garde leurs connexions 
naturelles, mais les squelettes sont parfois places eux-memes dans une position 
symetrique, commc ceux de ces deux jumeaux que M. Riviere a decouverts dans 
les cavernes de Menton . 

Cela est bien pour I habitant des cavernes, mais pour celui qui n avait pour 
toute habitation qu une cabane de feuillages, ou tout autre abri artificiel, que se 
passa-t-il ? II dut se passer d abord ce que Ton observe encore aujourd hui sur 
quelques points du continent africain : on abandonna le mort dans la cabane, et 
les vivants furent s etablir ailleurs. Mais la cabane ne preservait point le cadavre 
comme faisait une caverne, a 1 entree de laquelle il suffisait de rouler une 
pierre pour soustraire aux betes de proie ou aux membres de tribus ennemies 
ce qu eJle contcnait. De ce besoin nouveau naquit le dolmen ou tout ce qui lui 
ressemble , c est-a-dirc 1 amas de pierre au centre duquel ou a menage une 
sorte dc caveau. On le retrouve partout, non-seulement dans nos contrees ou il 
semble avoir ete, avec la grotte, la sepulture la plus habituelle, mais dans les iles 
de 1 Ocean Pacifique, en Afrique et surtout dans le nouveau monde, ou les peu 
ples du Perou et les tribus de 1 isthme de Panama construisaient, sous le nom 
de guacas, des sortes de dolmens plus ou moins perfeetionnes, et qui dans le 
principe etaient a pen pres semblablcs aux notres. 

Ainsi, dans les climats oil la dessication est rapide, par exees de chaud ou de 
froid, Ton a garde les corps a domicile. Dans ceux ou 1 insalubrite atmospheri- 
que ne permit pas une telle pratique, on donna aux morts une demeure particu- 
liere, en tout semblable a celle des vivants. Enfin, dans quelques climats, que 
nous appellerions volontiers intermediaires, 1 homme, avant d installer dans sa 
demeure le cadavre de ses proches, leurfitsubir au dehors une dessiccation prea- 
lable. Telle etait autrefois la pratique des habitants de Taiti, visites par Bou 
gainville ; telle etait encore. celle des peuples de la Floride et de 1 ile Formose, 
qui hataient seulement par 1 action du feu une dessiccation trop lente sans doute 
a 1 air libre. 

Dans tout cela, nous ne voyons pas apparaitre 1 inhumation. C est qu en effet 
1 inhumation, si Ton se rend exactement compte de la theorie que nous avons 
exposee, ne peut paraitre qu assez tardivement. Le mort, pour 1 homme de 
cette epoque, etant quelque chose qui a vie, exige les memes conditions am- 
biantes que le vivant. II faut autour de lui 1 atmosphere respirable ; il ne pour- 
rait supporter sans etre etouffe la terre qu on jetterait sur lui dans sa fosse. II 
dort, disaient les Taitiennes en parlant du cadavre auquel elles rendaient de 
pieuses visites sous le hangar ou on 1 avait dc pose. 

Taut que des croyances contraires ne viennent pas battre en breche la foi 
primitive de 1 humanite, il faut s attendre a rencontrer partout un mode de se 
pulture tel, que l homme pourraity continuer a vivre, si en realite il vivait en 
core. Nous avons donne les cavernes et les dolmens comme des types de ces pre 
mieres sepultures, mais combien d autres que nous nepouvons qu enumerer, et 
qui remplissent exactement, et encore de nos jours, les memes conditions. La, on 
porte les morts dans une gorge ecartee de la montagne : c est ce que des voya- 



CREMATION. 11 

geurs out vu cliez les sauvages de la Nouvelle-Caledonie, et ce qui s observe en 
core au Thibet ; la, on enferme le cadavre dans un grassier cercueil d ecorces, 
et on le place au milieu des arbres clu bois voisin ; ou bien on le suspend en In. 1 , 
quatre pieux eleves de plusicurs pieds au-dessus de la terre et entoures d une 
palissade, ainsi que les missionnaires 1 ont observe, au siecle dernier, dans les 
pays qui bordent la baie d Hudson ou la riviere du Mississipi et chez les peuples 
du Canada. Lors meme que 1 inhumation commence a etre pratiquee, en verlu 
d un simple phenomena d imitation, cliez des peuples encore empreirits dc Ja 
croyance premiere, ils ne recouvrenl pas directement le corps de terre, mais ils 
laissent subsister une sorte de caveau dans leqncl les mouvements du corps se- 
raient libres s ils etaient encore possibles , ou memo ils construisent ce caveau 
sur 1 un des cotes de la fosse qu ils ont creusee. Nous avons pu constater qu il 
en etait encore ainsi dans quelques tribus de la province de Constantino : de 
larges dalles de pierre forment un certain espacc autour du cadavre, espace dans 
lequel les chacals et les renards trouvent toujours un abri. 

Une autre raison qui doit nous porter a croire que 1 inhumation n a pu etre 
une forme primitive de sepulture, c est qu elle exige les moyens de creuser une 
fosse, et que ces moyens n ont etc* inventes par les homnies que lorsqu ils ont 
commence a travailler la terre, c est-a-dire lorsque des socieles agricolcs se sout 
formees. 

En resume, pour ce qui est de la sepulture proprement dite, durant ce pre 
mier age de 1 humanite, les hommes, sous Tenipire variable du climat, du sol, 
et meme du milieu social, ont adopte des pratiques differentes, bien que toutes 
tendissent au meme but. 

Mais la question, avons-nous dit, presente deux cotes a etudier. Si le cote 
materiel, ainsi que nous venons de le prouver, est susceptible de variations, le 
cole* moral a eu, au contraire, chez tous les peuples, une remarquable unifor- 
mite. Qnel que soit le mode de sepulture, les ceremonies funebres qui 1 ont.ac- 
compagne sont restees partout et toujours les memes. 

Sur ce point, il n y a plus de doute possible. Si le mode de sepulture ne nous 
donne qu imparfaitement 1 idee de ce que pouvaient penser de la mort ceux qui 
1 employaient, ces ceremonies, elles, vont nous 1 indiquer avec une merveilleusc 
clarte. 

Pour ceux qui lui survivent, le mort est plus vivant que jamais; on lui parlc, 
on 1 appelle, on 1 implore, on le sert, comme s il allait se lever et dire mcrci a 
ceux qui 1 entourent. On le place dans 1 endroit ou il doit reposer a jamais, re- 
vetu de 1 habit qu il preferait, et convert des ornements grossiers dont il avail 
1 habitude de se parer; on lui a meme peint le visage d une certaine teinte 
ocreuse, afin de lui rendre une partie des couleurs qu il a perdues. On met au- 
pres de lui les armes dont il se servait, ainsi que des vetements de rechange, et 
les objets auxquels il etait attache. Puis on dispose a ses pieds de la nourriture, 
et celui qui 1 apporte la goute, afin de lui prouver qu elle ne coutient pas de poi 
son, et pendant longtemps on lui en apportera tous les jours, et ca et la la fa- 
mille entiere viendra prendre son repas a ses cotes. S il fait froid, on fera du 
feu aupres du cadavre. Mais ce n est pas tout. Si celui qui est mort a joue quel- 
que role parmi les vivants, s il a exerce une autorite, s il a eu des esclaves, il 
ne peut e videmment se passer des services auxquels il est habitue, et de memc 
qu on ne le laisse point sans nourriture, on ne le laissera point sans serviteurs. 
On egorge sur son corps ses esclaves les plus fideles, on egorge egalement son 



12 CREMATION. 

cheval prefere, et Ton met le comble a la prevoyanee en massacraut parmi ses 
i emmes celles qu il a le plus aimees. Tout cela va habiter avec lui la meme de- 
ineure et l aider a vivre sa nouvelle vie. 

II y a dans tous ces actes une manifestation si certaine de cctte idee que la 
mort n est quc le passage a une autre vie non moins materielle que la precedenle, 
que nous n imaginons pas comment certains esprits y ont pu voir les choses ex- 
traordinaires qu ils y ont vu. II n y a pas la 1 ombre d une croyance en une ame 
immortelle ct une vie future; et vraiment Ton cut bien etonne ces femmes des 
tribus canadiennes qui allaient repandre le lait de leurs mamelles sur la tombe 
de leurs enfants morts, si on leur cut dit que les pauvres petits etres ne le boi- 
raient point. 

II. ClIEZ QUELS PEUPLES ET POUR QUELS MOTIFS LA CREMATION PRIT NAISSANCE. 

Ce serait sortir de notre sujet que d cxpliqucr ici, meme brievement, com 
ment la mnjeure partie des bommes ne parent demeurer dans le fetichisme et 
subirent une prolbnde transformation dans leur maniere de penscr ; comment, 
par une consequence naturelle, ils changerent de culte, et, apres avoir adore les 
astres, ils en vinrent a sacrifier aux dieux. La seule cbose qu il nous importe de 
connaitre c est le degre d influence qu eurent sur les rites funeraires, institues 
par le fetichisme, des conceptions si contraires a 1 ancienne mentalite, d ou ces 
rites etaient sortis. II est certain que les hommes, grace a la foi nouvelle, n e- 
taient plus tenus envers les morts a des pratiques aussi rigoureuses que par le 
passe. Les idees de vie future, de recompense et de penalile post mortem, de 
transmigration des corps, etc., qui surgirent avec les croyances surnaturelles, 
permettaient evidemment de ne plus trailer le cadavre avec le mi ine res 
pect superstiticux. Du moment que ce corps n etait plus qu un objet inanmie. 
il devenait vraiment bien inutile de 1 entourer du soin dont on n entoure que 
les vivants. Et cependant, chose etrange a dire, 1 homme ne se departit de ses 
habitudes invelerees a 1 egard des morts que lorsque la necessite, une necessite 
absolue, 1 y forca. A 1 exemple de ses predecesseurs fetichistes, il continua a 
environner le mort du meme respect, du meme amour, des monies attentions. 

On est saisi d etonnement lorsqu on voit 1 Indou iaire journellement des ol- 
frandes de riz ou de lait aux manes d ancetres qui, dans son opinion, resident 
maintenanl dans d autres corps, corps de dieux, d hommes ou de betes, suivant 
la vie qu ils ont menee ; il n est pas moins curieux de voir le Grec ou le Romain 
sceptique construire devant la tombe de leur mort le petit foyer ou ils preparent 
les aliments qu ils lui destinent, ou placer dans le cercueil jusqu a plusieurs 
robes neuves, afin de remplacer celle dont on 1 a revetu et qui ne tardera pas a 
s user. 

Cependant cela fut ainsi, et en verite il suffit de reflechir un instant pour 
s expliquer des effets, en apparence si contradictoires. Sans meme f aire remar- 
quer combien la force de 1 habitude, et surtout d une habitude datant non de 
centaines, mais de milliers d annees, dut etre toute-puissanle et lutter victo- 
rieusemenl conlre des conceptions tou.jours difficiles a faire adopter quand il 
s y glisse une telle part de surnaturel, il taut bien reconnaitre que toule revolu 
tion philosophique et religieuse, si grande qu elle soil, si profitable qu on la 
juge aux progres de riiumanite, ne penetre jamais tres-avant dans les profon- 
deurs des couches sociales, et que la t oule demeure generalemeiit insensible aux 
seductions des plus savantes theories. L elite travaille et se perfectionne, niais la 



CREMATION. 13 

masse d emeu re an meme point. Elle accepte facilcmcnt, en fait cle tlieorie, 
tout ce qui lui vient d en haul, ct se laisse, sans resistance apparcnte, imposer 
tons Ics cultcs; mais si Ton va au fond des choses et que Ton cherche ce qn il 
y a sous cette apparence, on trouve que 1 adepte des religions Ics plus raffinees 
est demeure, sous le rapport des ide es, I homme primitif qui habitait la grolte 
de 1 age quaternaire, et Ton demeure confondu en constatant quelle faible dis 
tance meutale separe un paysan quelconque de notrc Europe d un sauvage des 
bords du Tanganika. Le sorcier n a pas une clientele moins nombrcuse dans 
certaines provinces de France, d Espagne ou de Prusse que chez les naturels de 
1 Oudjidji. Prise dans sa masse, 1 humanite est restee ce qu elle etait au debut : 
purement fe tichique, et, meme chez les hommes Ics plus instniils et Ics plus 
emancipes, il ne serait pas difficile de de meler ce qu il y a encore dans leurs 
actes de conforme a cos tendances primesautieres, spontanees, invincibles de 
notre nature. 

Ne nous etonnons done pas si le polythe isme, malgrc les idees uouvellcs qu il 
semait dans le monde, ne put modifier sensiblemcnt les coutumcs antiques, au 
moins sur un point qui tenait taut an cceur des hommes. Le cliangement le 
plus important que nous observons alors dans Ics rites funeraires, c est que 
{ inhumation proprement dite vint reiuplacer a pen pres paiiout les divers 
modes primitifs ijue nous avons de crits et qui tous etaient plus ou mains des 
sepultures a 1 air libre. Dans les grandes societes industrielles el |iariliqnes, soil 
theocratiques, comme 1 Egypte, soit astrolatriqnes, comme la Chine, on se con- 
tenta de perfectionner les precedes ancicns. N oublions |>as d ailleurs que de 
grandes transformations politiques s e taient accomplies au seiu de ees socielc^, 
a cole et sous 1 influence de la revolution intellectuelle ct morale; qu il s e tail 
constitue de vastes agglomerations, des cite s populcuses, el qu il cut cte ini|>ra- 
ticable de suivre en maintes circonstances les vieux errements. 

Ainsi 1 Egypte fut amenee a construire ses vastes hypogecs et a faire subir 
aux corps cette preparation speciale de la momification, afm d empecher sans 
doute que 1 accuniulation dans un meme lieu ne vint contrarier cette dessiccation 
que le climat seul suffisait jusqu alors a produire. Ailleurs on organisa les ci- 
melieres et Ton apprit 1 art d embaumer les corps. Partout les sacerdoces tra- 
vaillerent au meme but par des moyens a peu pres semblublcs : conserve! 1 le 
mieux possible les morts en donnant toule securite ;iu\ vivanls. Chez les tht o- 
crates persans eux-memes, la coutume d exposer les corps a ciel ouvert, en de- 
hors des villes, sur la plate-forme d nne tour destinee a cct usage, nc sem- 
ble, au fond, que le prolongement de la pratique fe tichique la plus commune, 
avec cotte difference que 1 on transporle les corps a quelque distance des lieux 
h;ibites au lieu de les garder a domicile. Quant a la raison qu en ont donnee cenx 
qui pendant des siecles ont oln i a cetfe coutume que c etait pour ne point 
souiller la terre qu ils adoraient concurremment avec le feu, nous ne pouvons 
y voir qu un argument invente apres coup, un de ces arguments dont les reli 
gions sont si prodigues lorsqu elles veulcnt s approprier des usages qui existent 
de temps immemorial et tiennent vivement au coeur des populations. Le cas de 
1 Inde, ou s etablit 1 usage de bruler les corps, exige des explications speciales, 
que nous aliens aborder en parlant des modifications , infiniment plus prc- 
iondes que les juvcedentes, apporte es aux rites funebres par les civilisations 
militaires. 

(. <jsl dans ccs civilisations, en effet, que surgit, a un certain moment, 



14 CREMATION. 

necessite ineluctable, dont nou? avons parle en disant que les hommcs sortis 
du fetichisme nc changercnt rien a la maniere de proce der clivers les morts, 
a moins qu ils n y fussent obliges par les circonstances. Ces circonstances se 
rcncontrcrcnt dans 1 etat de guerre continuelle ou se trouvaient dcs peuples 
condamnes pour vivre a une lutte incessante avec leurs voisins ; les massacres 
epouvantables qui en furent les consequences, au milieu de populations deja 
quelque peu civilisees, durent evidemment soulevcr une terrible question 
d hygiene sociale : que faire de ces monceaux de cadavres? Rappelons-nous que 
dans Ic principe au moins ce n etait pas seulement 1 armee vaincue qui etail 
aneantic, mais que Ic peuple atteint par la defaite subissait le meme sort que 
son armce. G est a une epoque deja tardive de 1 evolution polytheique, en pleine 
guerre du Peloponcse, que les Alheniens condamnaient de sang-froid a la mort 
tous les Mitylenicns adultes pour avoir repudie leur cause et embrasse cclle de 
Sparte. On sail que ces guerres se sont prolongc cs pendant une longuc suite de 
siecles sans qu on puisse saisir un instant de veritable treve ; que si les Grecs 
ont ccsse* parfois dc luttcr contre les monarchies asiatiques, c a ete pour se livrer 
aux plus abominables guerres intestines ; qu a Rome, Auguste esl le second qui 
parvint a fermer le temple dc Janus ; et que dans les cinq cents ans de guerres 
conlimielles que cela represente, il en est qui, comme cclle des Samnites ou 
des Cisalpins, ne prit fin que par 1 extermination a peu pres complete des vain- 
cus. Bon gre, mal gre, il fallut bien se preserver par un moyen quelconque des 
dangers que faisait courir a des populations scdentaires le retour quasi perio- 
dique de tulles accumulations de cadavres. Or les enterrer etait impossible, car 
les vainqueurs n y eussent le plus souvent pu suffire, el Ton peut se deman- 
der, pour arriver a cette fin, quel autre precede que la cremation ils auraient 
pu adopter. Le feu etait entre depuis longtemps dans le domaine bumain et 
1 on connaissait sa puissance. Le polytheisme n etait plus, comme le fetichisme, 
un obstacle a I introduction d un usage^contre lequel les preventions des hommes 
pouvaient demeurer grandes, mais en faveur duquel ils avaient au moins 1 as- 
sentiment de la religion. Les croyances officielles, sinon les croyances et les dis 
positions intimes, ne se revoltaient plus contre 1 emploi du bucher. D ailleurs, 
ne pouvait-on du moins se debarrasser ainsi des vaincus si Ton eprouvait encore 
quelque scrupule a 1 endroit des siens? Et meme parmi les siens, ne pouvait-on 
faire un choix? C est ainsi que Virgile, au livre XI de Y&ie ide, decrivant les 
suites d un combat entre les soldats d Enee et les Latins, raconte qu on ne livra 
aux flammes que le gros des morts, et que ce qui appartenait a des families 
respectees fut transporte dans les villes voisines et enterre pieusement. 

Mais de telles exceptions devaient inevitablemcnt tomber devant une conside 
ration plus puissante, si c est possible, que le respect du cadavre : devant le 
desir imperieux de rapporter dans leur patrie quelque chose de ceux qui etaient 
morts loin d elle ; de rendre aux parents, a la fern me, aux fils, la partie la 
moins perissable des etres cheris dont ils n avaient pu fermer les yeux On briila 
les chairs pour ne garder que les os, dont le transport fut aussi aise que peu 
dangereux pour 1 armee qui les ramenait. C est de cette facon qu Athencs rentra 
en possession de tous ceux que vit perir cette lamentable guerre du Peloponese. 
Apres chaque campagne elle fit aux morts des funerailles solennelles et ense- 
velit au Ceramique les os de ses defenseurs contenus dans autant de cercueils 
qu il y avait de tribus. Tlmcydide ajoute que tel etait depuis longlemps la cou- 
tume athenienne en ce qui toucbait ceux qui avaient peri sur le cbamp de ba- 



CREMATION. 15 

taille, el il donne comnie 1 unique exceplion qui soil venue a sa connaissance 
le cas des soldats morls a Marathon, que 1 ou enscvclit sur le lieu meme, nou 
par negligence ou pas defaut de moyens, mais pour les hoaorer d une facoii spe- 
ciale cl leur dormer, pour ainsi dire, la possession du sol qu ils avaicut treinpe 
de leur sang. 

S il fallait meme s en rapporter aux Icgendes populaires de la Grece, ce serait 
surtoul a ce dernier motif que serait du 1 usage de bruler les corps. Hercule, 
pour remplir la promesse qu il avail faite a Lycinius de lui ramener son ills 
Argius, n avait Irouve d autre moyen que de reduire en cendres le corps du 
malheureux jeune homme, apres qu il eul ete tue par Laomedon. 

Le de sir de se soustraire au danger que tout amoncelleinent de malic re orya- 
nique en putrefaction entraine apres lui, d une part ; de 1 autre, le besoin de 
rapatrier les restes des marts, tels furent, suivant nous les premiers et graves 
motifs qui pousserent les homines a employer la cremation. Qu a ceux-la il s en 
soil joint de nouveaux et qu on ait Irouve a celle pratique d autres avantages 
que ccux que nous venons de citer, comme celui de parer aux profanations de 
sepulture, nous n en disconvenons pas; mais ces avantages ne furonl en tout 
cas que secondaires, et n auraienl pu a eux seuls determiner radoption d un 
precede si evidemment oppose aux plus vieilles traditions comme aux tendances 
les plus intimes et les plus profondes de I huinanilr. 

Dans un interessanl ouvrage, paru en Angleterre au commencement de ce 
siecle, et qui a pour litre : De Vorigine de la cremation ou de I usage de bruler 
les corps, 1 auteur, M. Jamieson, recherchant les causes qui onl du amener les 
hommes a celle pratique, en enumere plusieurs qui, tout inaceeptables qu elles 
nous paraissenl, sont cepcndanl assez curicuses pour qu il soil interessant de 
les signaler : 

a. La cremation aurait i U , suivant lui, un moycn de reduire le corps a ses 
principes; c est 1 explication que donnait en faveur d un usage deja immemorial 
Ileraclile et son ecole, qui voyait dans le feu le premier principe de loutes 
choses, contrairement a Thales, qui trouvait ce principe dans 1 eau. Aussi, tandis 
que le premier etait plus porle a 1 usage de bruler les corps, le second donnait 
la preference a 1 usage de les enterrer. 

b. Le monde, suivant 1 opinion d un petit nombre de pbilosophes qui serecla- 
maienl de Plalon, de Zenon et d Heraclite, elait destine a perir par lefeu, el en 
consequence il imporlail pen de conserver des corps qui lot ou lard devaienl 
elre consumes par cet element. 

M. Jamieson fait observer avec beaucoup de justesse que ces deux opinions, 
malgre toute la renommee et loul le poids donl ont joui ceux qui les out pro- 
fessees, n onl dii avoir aucune espece d influence sur 1 origine ou meme sur 
1 extension d un usage en vigueur depuis des siecles, lorsque ces philosophes 
e mirent les systemes qui le recommandaient. D ailleurs, ajoute-t-il, il est 
atteste par une experience universelle que les Iheories des philosophes onl eu 
bien peu d influence sur les moeurs et les usages du genre humain. Dans beau- 
coup de cas ils se sont efforces, a leur maniere, d expliquer certains usages 
dominants parmi leurs conciloyens, elont occasionncllemenl acconnnode leurs 
syslemes a ces modes, qui avaient la sanction de 1 antiquite. Mais on peut bien 
meltreen question si dans aucune circonstance le dogmede 1 ecole la plus celebre 
a donne naissance a un rite ou a un usage qui ait cte generalement recu par la 



16 CREMATION. 

multitude. I/influence des philosophes ne s etendait guere au dela du groupe 
de leurs disciples, et comme les theories les plus opposees etaient concurrem- 
ment soutenues par des adversaires jouissant d une egale autorite et munis de 
litres egaux, la multitude qui les entourait ne pouvait que demeurer spectatrice, 
sans se mcler de prononcer sur la controverse. 

Nous ne contredironscertes point a ceraisonnement. Cependant M Jamiesonne 
nous semble pas avoir fait porter sa critique la ou il fallait. Heraclite, Platon 
et les aulres philosophes n etaient ni assez nail s, ni^assez sufh sants pour avoir la 
prevention de croire que leur systeme philosophique etait capable de faire naitre 
ou meme de developper un usage qui exisfait si genera lenient avant eux. Ce que 
ces philosophes ont cru, - - et ils ne sont pas les seuls a avoir eu de semblables 
illusions, - - c est que dans une epoque anterieure a la leur, on s etait deja 
forme sur la nature du feu une theorie pen dil lerenle de celle qu ils enseignaient, 
ct que cette opinion avail eu alors assez d influence pour faire surgir une cou- 
lume nouvelle. L ide e que les hommes qui les avaient precedes, par cela seul 
qu ils etaient verms plus tot, u auniient pu raisonner comme eux ou imatnner 
lesmemes theories, une telle ide e, ne serait jamais entree dans le cerveau des 
Grecs. 

La notion de progress, qui nous pousse aujourd hui a faire la [tart du moment 
lorsque nous voulons determiner quels ont du etre les sentiments, les concep 
tions, les actes d une portion de I liumanite, a telle ou telle pe riode de son liis- 
toire, est une notion profondement inconnue, non soupconnee meme de 1 anti- 
quite. Les sages d alors pensaient, comme d ailleurs le penscnt encore de pre- 
tendus sages de nos jours, que 1 intelligence humainc n est point susceptible 
de se modifier et de grandir; qu elle est demeuree a travers les ages ce quV llc 
etait chez le premier homme ; que toutes les conceptions ont ete possibles des 
le debut, ou du moins que rien au monde nesaurait prouver qu elles n onl point 
pris naissance avant 1 epoque ou elles paraissent avoir reellement surgi ; qu il y 
a, en un mot, plus de resurrections d idees anciennes que d eclosions de nou- 
vellcs idees. Cette banalite qu z7 riya rien denouveau sous le soleil n avait pas 
moins cours dans 1 antiquite que chez nous, et de meme que nous voyons au 
jourd hui des esprits nullement vulgaires demontrer a grands renfortsdepreuvcs 
que toutes les decouvertes de la science moderne se trouvent dans Lucrece ou 
dans Democrile, de meme les adeptes des ecoles grecques pouvaient supposer que 
des hommes qui les avaient pre cedes de mille ans avaient pu n etre pas elran- 
gers a leurs theories. 

c. M. Jamieson partage cette meme erreur quand il avoue que toutes ses sym 
pathies sont pour la raison suivante, qui, dit-il, si elle n a pas absolument 
donne naissance a cet usage, doit avoir singulierement facilile ses prores. Le 
corps etait regarde comme impur ou souille apres le depart de l ame ct Ton 
croyait consequemment necessaire qu il lut purifie par le leu. 

C est cequ avait etabli, parait-il, le grammairien Eustathe dans son commen- 
taire sur VI Hade, ou il rappelait qu Euripide, parlant du corps deCrvtemnestre, 
s etait servi de 1 expression purifie par le feu. S il en est ainsi, Euripide, Eus 
tathe et M. Jamieson se sont trompes et ont attribue a ceux qui ont etabli la cre 
mation des opinions qu ils n ont jamais cues. C est qu en effet 1 idee d une ame 
immortelle, enfermee dans le corps pendant la vie comme en une prison est 
une idee relativement recente. Elle apparait pour la premiere lois dans les ecrits 
du poe te Thocylide, qui vivait au milieu du sixieme sitcle avanl notre ere c 



CREMATION. 17 

a-dire prcsque a la meme epoque que Thales. Ellc est etrangere aux temps qui 
ont precede, et ce serait une errcur prolbnde que de croire qu elle doit accont- 
pagner necessaircment les conceptions theologiques, que ces conceptions airnt 
un caractere polytheique, comme en Grece, ou un caractere naonotheique comme 
ii Judce. C est fort lard, alors seulement que les convenances morales de qnel- 
ques systemes y poussent les penseurs, que se degage cette croyance en une 
substance immaterielle et imperissable qui doit dans un autre monde subir le 
chatiment merite par les fautes de I liomme ou recevoir la recompense reservce 
a ses vertus. Jusque-la, ou bien animant lecadavre, I lioinme a cm avec le feti- 
chisme a une vie purement materielle et sur place au dela de la mort, ou bien 
cessant d ajouter foi a cctte croyance primitive (nous parlous d une 1 aihle elite, 
bien entendu), il a pense que tout etait iiai par la mort ct qu un sommeil c ernel 
altendait rhomme dans le tombeau. 

Chez les Hebreux, par exemple, la notion d ame n apparait qu a la derniere 

extremite, peu de temps avant la uaissance du christianisme et encore cbez les 

adeptes d uue petite secte, la secte des Pharisiens, qui tres-probablement 1 avail 

cmpruutr e aux Grecs, souls capables de s elever a une srmblable abstraction. 

L idee meme de la resurrection des corps, qui rcpond sous nne auliv lorinc -\ 

certaines des necessitcs morales qui ont fait surgir 1 idt e d ame, nr prnrlir 

dans le monde mosaique qu apres la captivilr dc l!;ili\l(inc, d, coniinc bcaiicoup 

d autres conceptions juives de la meme < |io<|iie, provient evidemmcnt d uu con- 

tact prolonge avec la civilisation persane. Ricn d analogue dans le Pentateuquc, 

dans lo livre des Propbetes, dans tout ce qui est anterieur a la captivite. Pour 

Mo ise et ses premiers successeurs, tout prend fin avec la mort. L homme a recu 

sur terre la recompense ou le chatiment qui Ini etait du, et si parfois la colriv 

de Dieu ne s est point appesantie sur le pere coupable, c est pour mieux perse- 

cuter ses enfants. Quant au peuple hebreu lui-meme, malgre les efforts surhu- 

mains de son premier legislateur, disciple des pretres egyptiens monolheistes, il 

-demeureplusfetichiste qu autre chose et 1 onretrouve les traces de cetle croyance 

primitive en la vitalite du cadavre jusque dans le nom de ses cimetieres qu il 

<ippelle : betk hachaim, maison des vivants. 

De meme chez les polytbeistes cette idee d ame ne fut jamais que le tardi! 
privilege d un petit nombre, et, si Ton elait lente de supposer qu elle fut d une 
influence quelconque dans 1 origine de la cremation, il suffirait de rappeler que 
toutes les pratiques funeraires, instituees par le fetichisme, et qui seraient inex- 
plicables si clles ne se fussent adressees a des corps que Ton croyait toujours 
doues de vie, se sont, comme nous le verrons tout a 1 heure, maintenucs scrupu- 
leusement lorsqu au lieu d enterrer les morts on les porta sur le bucher. 

Les dernieres raisons invoquees par Jamieson : que quelques-uns croyaient par 
1 action du feu delivrer entierement 1 ame de tous les liens du corps et la puri 
fier de la souillure contracted dans son alliance avec lui, sont des raisons de memo 
ordre que la precedente et la critique que nous en avons faite nous dispense de 
rien ajouter. 

Ce qu il serait plus logique d attribuera ces theories serait 1 origine de Vapo- 
the ose que nous voyons naitre et se developper a 1 epoque de la decadence du 
monde greco-romain et que Ton retrouve sous ctes formes diverses partout ou la 
cremation s est etablic. L apotheose servait, en effet, a separer la partie divine 
tie la partie humaine chez les heros ct les demi-dieux. C est cette apotheose que 
les Remains appliquerent a leurs empereurs, tandis que les Grecs, plus egali- 
DICT. ENC. XXIII. 2 



18 CREMATION. 

taires, se coiitentcrenl dc la decerner dans le passe aux heros de leurs legendes, 
dont le premier etait Hercule. 

Tels sont quelques-uns des motifs invoques par M. Jamieson pour expliquer 
1 usage de bruler les corps ; lesautres sont ceuxque nous avons donnesnous-memes. 
En somme, 1 auteur anglais a pe che dans son travail, moins parce qu il n a pas 
emis les veri tables raisons de 1 origine de la cremation quc parce qu il u a pas 
montre qu elles avaient etc les plus graves, et surtout parce qu il a donne le pas 
a celles qui en realite etaient les moins decisives. 

Si, en el fet, toutes les raisons que nous venons d enumerer avaient une 
cgale valeur, nous ne voyons pas pourquoi tons les peupl<?s du monde, a 
1 exccption peut-etrc de ceux qui sont demeures dans le fetichisme, n auraient 
pas adopte la cremation. 11 est bien certain cependant qu aucune pratique n a 
ete plus limitec. En consultant les documents sans nombre le gues par 
1 histoire et les observations des voyageurs, on reste bientot convaincu que 
1 usage de bruler les corps ne s est infroduit que chez trois ou quatre peuples, 
tant de 1 ancien monde que du nouveau, dont le caractere militait-e est incon 
testable. Nous en exceptons pout-rtre le peuple bindou dont le cas particulier 
pout suscitor quelque hesitation, mais clicz qui une obser\aii<m plus attentive 
moiilre qu en somrne ce sont toujours les memes causes qui ont engendre les 
memcs clTels. 

Dans 1 ancien monde, la Grecc ct Rome, en dehors de 1 Indc, ont seules adopte 
1 usage de bruler les morts. La, aucune discussion n cst possible. Ce n est pas 
au peuple qui a invente la guerre abstraitc, la guerre faite avec tous les moyens 
que 1 csprit seicnlifiquc met en grandissant a la disposition des bommes, c est-a- 
dirc au peuple grcc, non plus qu a celui qui a su le mieux mcttrc en oauvre ce 
que les Grecs avaient si bien invente, c est-a-diiv au peuple remain, que Ton 
refusera d avoir ete des peuples avant tout guerriers. 

On sera peut-etre plus porte a denier cc litre au peuple mexicain, le seulqui, 
dans les vastes contrees du nouveau monde, ait introduit dans ses moeurs l usa ff e 
de la cremation. Cependant cela ne peut faire doute pour celui qui a tant soil 
peu etudie 1 etat dc cette grandc civilisation au moment ou les conquerauts 
cspagnols la detruisirent. 

Un des plus importants secours que rencontra Cortes dans sa conquete fut 
1 alliance d une foulc de princes vassaux, qui, ecrases par les caciques, s eui- 
presserent de se joindre a lui dans 1 espoir de recouvrer leur independancc. 
Les progrcs accomplis par cet empire - - et, lors de sa chute, ils e taient di-ji 
remarquables, - - offrent le caractere particulier qu on retrouve chez les autres 
civilisations militaires. Tout ce qui interessc la defense et I altaque, c est-a-dire 
1 art de se fortifier, de construire les routes, etc., etc., y etait pousse au plus 
haul degre de culture. On sail quelle surprise s empara des compagnons de 
Cortes, lorsque, arrives en vuc de la capitale, ils se trouverent en face de ccs 
superbcs cbaussees sur lesquelles on traversait les lacs qui l a defendaient. Mais 
ce qui plus que tout cela est une certitude du caractere guerrier, et non recem- 
meut guerrier dc la civilisation des Azteques, c est leur constitution politiquc, 
qui soumettait les chefs supremcs a 1 election. 

Les empereurs n occupaient point le trone par droit de naissance ; mais 
ils etaient choisis parmi les nobles, c est-a-dire parmi les guerriers, par les 
nobles eux-meincs. Or, rien ne peint mieux, comme 1 a montre Auguste Conite, 



CREMATION. 19 

Total militaire chez un peuple, que 1 institution elective appliquee aux chefs. 

Si, en effet, dans une theocratic pacifique, la naissance peut suflire a delenni- 

ner la fonclion, meme la fonclion supreme, puisque le titulaire a loujours 

contre lui, pour 1 arreter dans une voie funeste, 1 obstacle invincible des tr.idi- 

tions et 1 influence preponderate du sacerdoce, il n en est plus dc memc lors- 

que la guerre devient la constante preoccupation d un peuple, et que la moindre 

fautc de la part d un chef, toujours omnipotent sur les champs de bataille, peut 

compromcttre son existence ou tout au moins sa liberte. Alors les droits de la 

naissance le cedent de toute necessite a ceux du merite, et le soldat qui risque 

sa vie oublie vite que son general ne descend point des dieux, s il a, chose 

preferable, les qualites qui font vaincre : 1 intelligence, le courage, la fermele. Dc 

la 1 elcction qui intervient dans le clioix des chefs et remplace I heredite. Lors 

done que nous voyons les empereurs mexicains soumis au regime electif, nous 

pouvons affirmer avec certitude que les populations qu ils gouvernaicnt etaient 

toutes adonnees a la guerre, et que les coutumes propres a ce regime, et en 

particulier la cremation, avaient dii s implanter la comme ailleurs sous la pivs- 

sion des memes circonstances. 

La Grece, Rome et le Mexique, voila done trois points du monde ou 1 usage 
de bruler les morts a certainement coincide avcc la preponderance du regime 
militaire. Mais ils ne sont pas les seuls ou eel usage se soil introduit. En de- 
hors d cux, il y a 1 Inde, et cela merile explication. Peut-on appliquer sans con 
tradiction a cette vaste societe, si evidemment theocratique, la theorie que nous 
venons d exposcr et dire que chez elle aussi 1 usage de la cremation s est inlro- 
duit avec les necessites engendrees par la guerre? L espril y ropugne d abord cl 
se sent porte a chercher quelquc autre raison plus plausible. Cependant, si Ton 
veut aller au fond des choses elmettre a profit tous les rcnseignemcnts qui sont 
en nos mains, on voit que si Ton ne peut, avcc la memc certitude que pour Ic 
Mexique ou la Grece, se fonder sur les raisons que nous avons dites, il n est 
pas impossible dc trouver, pour expliquer le phenomene, des causes non S:IDS 
analogic avec les precedentes et qui, dans ce cas particulier, eurent la mr-iin- 
Ibrce et engendrerent les memes effets. 

II n est pas douteux que jusqu a la conquete anglaise, 1 Inde, pendant un 
nombre d annees que 1 on ne peut meme estimer, est demeuree soumise au 
plus pur regime theocratique. La caste brahmanique chargee du sacerdoce et de 
renseignement fournissait aux rois leurs ministres et leurs conseillers, et si 
Ton remarque qu au point de vuc politique le pays e tait excessivement divisc el 
({vie toutes ccs divisions possedaient des rois indepcndants, on s imaginera sans 
peine quelle devait etre 1 influence de ces brahmes, dont la classe elait la seule 
qui eut des inlerels identiques, la seule qui obeit a une meme impulsion sur 
toute la surface de la presqu ile indoue. II ne peut done y avoir d hesitation sur 
ce sujet et il faut bien reconnaitre quel element the ocratique 1 emportc ici sur 
Felement militaire. 

Cependant ne serait-il "pas permis de supposer dans cette civilisation une 
periode militaire anterieure a la phase theocratique ou se prolongeant assez du- 
rant son etablissement pour que certaines coutumes introduces par les necessi 
tes de la guerre s y soient maintenues? Pour noire part, nous serions tout porles 
a croire que c est la precisement ce qui est arrive, si toutefois nous nous 
en rapportons aux trois grands documents qui nous fournissent quclques lu- 



20 CREMATION. 

mieres sur 1 histoire indouc : les Vedas 1 , le Mahabarata 2 , le Ramayana 5 , pour 
Ics citer d apres leur ordre d apparition. Ce sont des re cits de conquetes qui 
out occupe plusieurs sieeles. 

Or, s il y a eu guerres et conquetes, il y a eu des morts, et quel qu ait ete 
d aillcurs le regime militaire durant cette periode, il faut bien admettre que 
les dangers causes par 1 accumulation des cadavros, surtout dans un pays tel 
que I liide, durcnt faire surgir les memes moyens que partout ailleurs de s en 
preserver. 

Sans doute, nous coavcnons que le regime militaire ne scmble pas avoir ja- 
in;iis on dans 1 Inde I intensite et la puissance qu il a revalues sous d autres 
climats. Et cela tient a deux causes. En premier lieu, il ne pouvait se pro- 
longer indefiniment, puisque, parvenus a Ceylan , les Aryas n eurent plus 
ricn a conquerir. Entoures des deux cotes par la mer, ct vers le nord par f)e 
liautes montagnes et des deserts etendus, il leur fut desormais aussi difficile 
de porter la guerre chez les autrcs qu il le ful aux aulres de la porter diez eux. 
A pros lV\|i . dilion de llama, la paix, ou tout au moius une paix relative, que 
ne troublerent plus que quelques quereUes intestines, devint certainement 
1 etat le plus habituel de la peninsule iudoue. En second lieu, il semble, si Ton 
s en rapporte surtout au dernier dunnm-iil <|m- nous avonseite, au Ramayana, que 
ccs con<|iir|< s ou tout an nmins la dcrniere, furent rapidemcnt accomplics, et 
des lors quYnliv cliacune d elles il s est iVuule un long intervalle. Cela nous 
expliquerait pourquoi le regime miiitaire, fautr d une routinuite suffisante, nc 
put jatnais s etahlir la avcc le caraclerc ncttcinciit determine qu il out ailleurs, 
et comment 1 oeuvre des brahmes sc poursuivit sans relache malgre les quelques 
episodes qui semblaient devoir IVnlraver. 

Tels sont les motifs sur lesquels nous nous basons pour dire que les causes 
qui ont ameue la cremation dans d autres con trees 1 ont egalement, bien qu avec 
moins de force peut-etre, amcnee dans 1 lnde. Cependant, si ces motifs lais- 
saient des doutes dans 1 esprit, nous pourrions en invoquer d autres qui, joints 
aux premiers, feraient disparaitre toute hesitation. 

Ces motifs, nous les tirons de 1 etat d exceptionnelle insalubrite de certaines 
parties dc 1 Inde, insalubrite tclle que de tres-bonne heure on dut evidemmeiit 
prendre des mesures energiques pour emi rsber la decomposition cadaverique 
de venir joindre ses effets a ceux de ja terribles de la decomposition vegetale. 
Les voyageurs sont unanimes a signaler 1 etat pestilentiel de la valle e du Gauge 
etde toute la contree qui s etend entre I llymalaya et Bombay. La saison pln- 
vieuse arrive, dit 1 un d eux que nous prenons au liasard, et on dil genera! ement 

1 Les Aryas conquerants, venus d au dela des monts Indou-Kousli, des bords de 1 Oxus pene- 
trent dans la vallee de Tlndus et lutteril pour s y etablir. Les Vedas sont des liymnes de 
guerre dans lesqucllesl homme encore plonge dans le fetichisme invoque toutes les forces de 
la nature centre ses ennemis. Tout prouve que 1 etat social est celui d une civilisation peu 
avancee : le pere de famille est plusoumoins confondu avec lepretre et le chef i olilimie- 
seule la caste des brahmanes commence a se dessiner. 

2 Le Mahabarata est le recit d une puerre civile entre cousins au sujet de la accession du 
roi Dhritaraslra. La vallee du Gange iut probablement le theatre de la lutte, ce qui nrouve 
que les Aryas avaient des lors envahi tout le nord de la peninsule. 

3 Le Ramayana est 1 hibtoire de la conquete par le roi Rama de tout le pavs aui s tend 
entre le Gange et Ceylan, c est-a-dire du Dekan. A cette epoque la constitution sociale du 
pays est complete, les castes sont deBnitivement constiluees, le dogme a pris corns le 
brahmanisme est fonde. II y a e videmment un espace de plusieurs siecles entre 1 enoa 
nous preser.te le Ramayana et celle que nous presenlent les Vedas. 



CREMATION. 21 

qu alors les forets d ici a Bombay sont lout bonnement morlcllcs, 1 air putridc 
qui s y ctablil pendant les pluics elant cmpoisonne au point qu on ne peut se 
livrcr au sommeil dans ces fonHs sous peine de mort. II est defendu de faire 
marcher des troupes par la a cettc epoquc de 1 annee (Leltres sur I hide, par le 
prince Sol tikoff). 

C est, d aillcurs, en cette partie du globe qu est ne le cholera, qui partout se 
[jroduit connne une maladie accidentelle, passagere, sans gravite; mais qui la, 
s alimentant a un foyer permanent, revet une forme aussi redoutable par sa marche 
rapide que par sa tenninaison presque toujours funesle. Gontrairement a une 
opinion qui a cherche a se faire jour dans ces dernieres annees, dit M. 1 inspec- 
teur Laveran, les causes d insalubrile anxquelles il faut attribuer I endemie ne 
sont pas particulieres a notre epoque, et si IVpidemie dr Jessore (1817) signale 
le commencement d une grande irruption du mal en dehors de son foyer ori- 
ginel, on ne peut, sans meconnaitre les temoignages fournis par les pins anciens 
monuments sanserifs, considerer le cholera comme une maladie nouvellr. De 
nombreux autcurs ont etabli sur des preuves multipliees quc 1 endemicite du 
chole ra dans 1 Inde remonte a 1 antiquite la plus rccule e. Si les fragments des 
Ayur-Vedas, qui conticnucnt des renseigncmenls sur les connaissances medicales 
des Indous, ne menlionnent pas le cholera, Wise a trouvc dans les iradiiction-; 
tamoules les traits principaux dc la maladie Et plus loin : Le climat do 
1 Inde est a la fois exccssif par la chaleur et I humidite. A Madras, a Pondichery, 
les maxima du thermometre oscillent entre 40 et 46 degres. Au Bengalc, il 
tombc 210 centimetres d cau. Son sol est forme de plateaux etde plaines basses 
recouvertes d alluvions, converties en limon par les inondations pcriodiques, 
foyer inepuisable de la vegetation la plus luxuriante et de decompositions orga- 
niques putrides. Le delta du Gange herisse de forets, et qui doit a cctte derniere 
circonstancc son nom de Sunderbuud est, a cause de scs jungles, le foyer prin 
cipal des miasmes deleleres du cholera. 

En admettant done que 1 Inde u ait pas eu a combattre les dangers provenant 
de 1 accumulation des morts sur les champs de bataille, ce qui scmble diliicile 
a soutenii 1 , il est de toute evidence, par ce que nous venous de citer, qu elle 
dut de tout temps se trouver en presence de dangers non nioins serieux : ceux 
qui resultent de ramoncellement decadavres pendant des epidemics meurtrieres 
et quasi annuelles. Que le peril vienne dc la guerre ou du cholera, pen importe. 
Ce qu il faut d abord, c est de se debarrasser de la facon la pins cxpeditive de 
cette agglomeration de matieres humaines en decomposition, et le remedc que 
les populations guerrieres ont trouve pour remplir ce but peut aussi bien avoir 
etc invente par un pcuple decime par dc terribles epidemics. En realite, ce serai t 
une meme necessite, cngendree peut-etre par deux causes differentes, qui a 
pousse les hommes a employer des moyens semblables. Ce sont dex ynerres ou 
des epidemics meurtrieres qui ont conduit les hommes a Tusaye de la cremation. 

Nous terminons par 1 Inde la liste des pays ou la cremation s est devcloppee 
spontanement, c est-a-dire sous 1 influence de causes locales, intrinseques, non 
empruntces au dehors. Mais on comprend que 1 usage de la cremation, une fois 
etabli en certains points, a du se propager plus ou moins au dela des contrees 
qui 1 avaient vu naitre. Tot ou tard, les vaincus se sentirent portes a suivre 
1 exemple des conquerant* ; le prisonnier qu on emmena dans la cite victorieuse 
habitua peu a peu ses yeux et son esprit au spectacle du bucher, et lorsqu une 
circonstance favorable lui permit de regagner sapatrie, il eut d autant moins de 



22 CREMATION. 

peine, sans doulc, a y fairc penetrer le nouvel usage, qu il trouva chez ses com- 
patriotes nne tendance naturelle a imiter leurs vainqueurs. La propaganda se 
fit rgalement par les voyageurs et par les marchands qu attirait le renom de ces 
naliuns militaires si puissanles, mais elle se fit surtout par 1 habitude que pri- 
rent celles-ci de coloniser les pays conquis et de transporter leur genre de vie 
et leurs coutumes au sein meme des populations vaincues. 

II ne faut done pas s etonner de rencontrer 1 usage de ]a cremation plus ou 
moins repandu dans tout ce qui entourait le monde greco-romain, aussi bien 
chez les Occidentaux, si longtemps en lutte avec Rome, tels que Germains, 
Celtes, Gaulois et Iberes, que sur les plages de 1 Asie-Mineure, colonisees par 
les Grecs, ou dans les villes commercantes, comme Tyr et Carthage, dont les 
marins sillonnaient les mers de 1 ancien monde. DC meme, autour de la civili 
sation mexicaine, tout ce qui lui ctait soumis commc tout ce qui avail avec elle 
des rapports de voisinage, avail introduit dans scs moeurs 1 usage de la crema 
tion, non pour tons les habitants, a la verite, - - ce qui, d ailleurs, ne se fit 
nulie part, - - mais pour les chefs ct les membres des families nobles. Aulour 
du foyer primilif indou, 1 usage se propagea egalement de bruler les morls, 
mais pour des causes differentes. 11 est remarquable, en effet, que les peuples 
asiatiques qui ont adopte la cremation sont des peuples qui ont egalement 
adopte le boudhisme, d origine indoue. C est Siam, c est le Tonquin, c est Cam- 
bodge, c esl le Thibet, c est la Birmanie et le Pegou. Dans le reste de 1 Asie, 
la pratique disparait et devient plus rare a mesure que le bouddhisme devient 
lui-meme moins preponderant. 11 faut done croire que la coutume s esl ici 
n pandue par les efforts des missionnaires, comme ailleurs par ceux des 
sol dais. 

En dehors des nations precedemment citees, et chez qui la cremation fut pri 
mitive ou secondaire, lout le resle de I humanite, c est-a-dire 1 immense majo- 
rite de 1 espece, ne connul point 1 usage de bruler les morts. 

Maintenant que nous savons dans quelles limites cet usage s est re pandu sur 
la surface de la terre, il faut examiner ce qu il devint dans les pays qui 1 em- 
ployerent, le developpement qu il y pril et la maniere dont il y fut applique. 

En premier lieu, ainsi que nous 1 avons indique pour 1 Inde, la cremation, 
par une extension naturelle, apres, avoir etc un preservatif centre les accumu 
lations des morts sur les champs de bataille, devint un remede centre le meme 
mal dans les lemps d epidemie. Lorsqu Apollon, pour vengcr Chryses, son 
pretre, repandit la peste dans le camp des Grecs, 1 armee d Agamemnon s em- 
pressa aussilol d elever des buchers et de bruler ses morts. 

Des auteurs onl pretendu qu une des causes qui contribuerent le plus a inlro- 
duire dans Rome celle coutume, que Ton n avait jusque-la appliquee qu au 
dehors, fut la peste qui sevil dans ses murs, trois cents ans environ apres sa 
fondation. C esl au sorlir de celle epidemie que defense fut laite aux habitants 
d enterrer et de bruler desormais les morts dans 1 enceinte meme de la cite, et, 
comme cela avail presque toujours eu lieu jusqu alors, dans les maisons memes ; 
hominem mortuum in urbe, ne sepelito, neve urito. Le bucher servit de 
meme a delivrer Athenes de ses morls lorsque la peste, dans cette funeste 
guerre du Peloponese, vint aggraver ses maux el lui enlever Pericles. La crema 
tion etait un moyen tellement commande en de pareilles circonstances et si peu 
susceptible d etre remplace par un autre, que les Egyptiens eux-memes, a ce 



CREMATION. 23 

que Ton pretend, 1 employerent transitoirement, a plusieurs reprises, quand le 
meme fleau s abattit sur eux. 

L extension que prit cetle coutume chez les peuples militaires ne se limita 
point aux cas de guerre et d epidemie. L usage de la cremation, s introduisant 
peu a peu dans la vie ordinaire, habitua iasensiblement les hommes a accom- 
plirsans repugnance ce que Ton avail fait d abord par nccessite. Ce devint meme 
une sorte d honneur que d etre livre aux flammes, car il etait nalurel d attacher 
une haute valeur au rite funeraire re serve a ceux ijui mouraient pour la palrie. 
Ce qui tenait a la noblesse, au palrieial, re (jui avail dans les veines quelques 
gouttes d un sang divin, voulul, apres la mort, etre consume sur le liueher, et 
une idee de deification et d apolheose se niela si bicn a la creinalmii. i|iie. dans 
tous les pays on elle s etablit, quelle que Cut d ailleurs sa penetration plus ou 
mojns profonde dans les moeurs, il y cut toujours des categories de |ier-onnes 
auxquelles elle ne put etre appliquee : ce furent les suicides, les condamnes a la 
peine capitale, les individus frappes de la foudre, instrument de la colere divine, 
ceux dont le corps etait considere comme impur, conime les lepreux, les leuinie^ 
mortes en couches, les enfants mort-nes, ou bien encore ceux qui e\i n aieiit 
une profession deshonorante, comme les esclaves, les Ixiunvaiix, le> luuleurs 
de cadavres, les geoliers, les (illes publique-. 

Ces dernieres exceptions pourraient faire emne ipie la rmnalioii eiitra bien 
avant dans les mo3urs, la ou elle prit nai-anee, el <| if elle devint plus ou moins 
tardivement le mode le plus general d en user envers les morls. Ce serait la, 
cependant, une grave erreur. Si Ton excepte les quclipies pays bouddhiques de 
1 extreme Asie que nous avons citees : le Tonquin, le Cambodge, le 1 egou, la 
Birmanie etSiam, partout 1 usage de bruler les morts esl demeure tres-restreint. 
En Grece et a Rome, au Mexique et dans 1 Inde, ce furent presque exclusivement 
les castes nobles qui 1 adopterent, et encore citerail-on a Home des cas nombreux 
de families patriciennes qui se tirent toujours inbumer. Sylla fut le premier de 
1 illustre famille Cornelia qui voulut el re porte an bucher, pour eviter, dit-on, 
le sort de Marius, dont il avail fait aulrel ois Jeter les restes a la voirie. 

En Grece, un peuple tout cntier, celui de Sparle, ne cessa d enlerrer ses 
morls. Une exception si caracterisee a la loi que nous avons cherche a etablir 
parallrait extraordinaire, si Tonne se rappelait combien tout ce qui tenait a la 
legislation de Lycurgue fut, de la part de cette petite republique et jusqu a sa 
mort, 1 objet d un respecl quasi religieux. A Atbenes, comme dans le reste de 
la peninsule, il semble que la coutume, au moins a partir d une cerlaine epoque, 
fut geueralement appliquee a tout ce qui etail riche el puissant : on ne trouve 
pas, en effet, dans les renseignements laisses par les auteurs, et principalement 
par Plutarque, sur les personnages atheniens, un seul cas ou la cremation n ait 
pas ete appliquee. Dans 1 Inde, le bucher ne se dresse que pour les membres de 
la classe militaire des Xatlryas et pour deux sectes seulement parmi les brah- 
mines. Le reste de la population, suivant les differentes regions, inhume les 
corps ou les precipile dans le Gange, ou les expose, comme dans 1 ancienne 
Perse ou au Thibet. An Mexique, il n y eut jamais que le corps des caciques et 
des nobles que Ton fit passer par le feu. Le commun des morteU etait tout 
simplement inhume, et comme presque partout, dans 1 interieur meme desmai- 
sons. Quant aux pays oil la cremation s etablit par suite d importation etrangere, 
elle y fut, comme on le concoit, encore plus restreinte; elle s adressa exclusi- 
vemenl aux chefs. C est ce qui ressort avec evidence des renseignements que 



24 CREMATION. 

les liistoriens nous onttransmis sur les moeurs des Germains, des Celtes on des 
Iberes, ou que nous ont laisses les missiounaires qui ont parcouru peu apres la 
conquele loutes les contrees voisines du Mexique. S il semblo que les choses se 
sont passees aulrement dans ce coin de I cxlreme Asie qui forme aujourd hui ce 
qu on appelle la Gochinchine, c est qne la, ainsi que nous 1 avons dit, la crema 
tion n a pas cte le resultat d une conquete militaire, mais d une conquete reli- 
gieuse, et qu il elait bien naturel de trouver cbez tous ces peuples une tendance 
commune a se conformer en loulcs cboses a 1 exemple du fondateur de leur 
religion. Us adopterent done le rite funeraire de la caste desXattryas, alaquelle; 
appartenait le bouddba Qakya-Mouni. 

D ailleurs, il dut y avoir partout un empcchement de premier ordre a cc que 
1 usage de la cremation ne prit dans les coutumes une extension tres-conside- 
rable. Si, en effet, il n est ni difficile ni couteux de trouver aulour d une 
demeure ou autour d une ville les quelques pieds de terre necessaires a 1 enfouis- 
sement d un cadavre, il en est tout autrement quand il s agit d elever un buchcr. 
11 faut de 1 argent pour acheter le bois necessaire et le transporter a 1 endroit. 
voulu. Aussi, ce fut toujours un luxe que ne purent se donner la plupart des 
hommes, et lorsqu a certaines epoques, commc a Rome vcrs la fin de la Repu- 
blique, on en cerlains lieux comme en Gochinchine, on voit la cremation s in- 
troduire assez prolbndement dans les mceurs, c est qu alors on emploie des 
precedes aussi economiques que peu respectueux pour le cadavre. A Rome,, 
par exemple, on placaitcote a cote, sur le meme bucher, dix corps d hommes, 
et on y ajoutait, disent les auteurs, un corps de femme, par cette raison 
singuliere que la femme, etant d une nature plus cbaude et plus inflammable 
que celle de 1 homme, 1 action du feu en etait accrue et son oeuvre plus vite 
achevee. 

II est u]ie dferniere raison, que nous croyons pouvoir donner, du peu de 
faveur que la cremation rencontra presque en tous lieux, et qui, pour nous, a 
tout autaat de valeur que la precedente. Nous voulons parler de 1 e mancipation 
croissante des classes dirigeantes, comparee a 1 attachement presque toujours 
egal des classes inferieures pour leur foi et leurs sentiments primitifs. II impor- 
tait mediocrement aux adeptes de celte societe raffinee de la fin de la Republique, 
chez qui toute croyance avait disparu, que leurs corps fussent brules ou inhumes 
apres la mort. II y avait meme pour eux quelque satisfaction a penser qu ils 
n iraient point pourrir comme le vulgaire et qu une urne d or splendidement 
ornee recevrait leurs cendres. Mais ce n etait la qu une minorite infime. La 
masse, elle, n etait pas du tout initiee aux speculations des philosophes grecs, et 
c est tout juste si elle s elevait a l intelligence du dogme ctabli. Son fond feli- 
ebique la dominait toujours, et malgre 1 exemple qu elle avait sous les yeux, sa, 
repugnance a cbanger des habitudes si conformes a sa nature ne demeurait pas 
moins invincible. Quoi qu il en soil, ce ne furent, en general, que les classes 
puissantes, riches, emancipees, en un mot le tres-petit nombre, qui adopterent. 
la cremation. II nous reste a voir comment elle fut mise en pratique et de- 
quelles ceremonies on 1 entoura. 

III. DE QUELLE MANIERE LA CREMATION FOT PRATIQUEE. ExpOSOllS d abord COm- 

ment les choses se passaient chez les Remains, lepeuple de 1 antiquite cui noil 1 * 
est peut-etre le mieux connu. 

II y avait a Rome, comme chez nous, des entreprises de pompes funebres- 



CREMATION. 25 

dont le direeteur (libitinarius) mettait a la disposition dcs parents tout 1 atti- 
rail ct le personnel necessaire anx obseques du defunt. II envoyait tout d abord 
le pollinctor^ esclave dont la charge consistait a laver et a oindre le corps, a le 
preparer, en un mot. pour le bucher. Si le mort avait ete un personnagc, 
il etait revetu du costume de sa plus haute dignite et expose sept jours 
durant sur un lit de parade sous le vestibule de la maison ; le jour dcs lune- 
railles arrive, le cortege qui s etait rendu a la maison mortuaire, se mettait 
en marche, sous la conduite d un designator, lequel rcpondait assez bien 
a notre maitre des ceremonies. En tete marchaient les musiciens jouant de la 
longue flute des funerailles, et derriere eux les prccficce, ou pleureuses a gages, 
qui, la tete nue, eehevelees, donnant les signcs de la plus vive douleur, chaii- 
taient des hymmes funebres ou des louanges en 1 honneur du drtunt; venaicnt 
ensuite le victimaire, victimarius, qui devait, autour du bucher, immoler les 
animaux favoris, chevaux, chiens, etc., et apres lui le cadavre du mort, 
sur une riche biere et enioure de serviteurs portant les images de ses 
ainsi que les recompenses publiques dont il avait etc* honore ; un bouffon sui- 
vait, cherchaut a representer le defunt et imitant ses allures; puis une longm- 
file d esclaves conduisant les animaux qu on devail sacrilii-r pendant qu on bru- 
lerait le corps. La voiture du defunt, absolumcnt comme chez nous, fermait 
la marche. 

Lorsque le mort appartenait a quelque famille illustrc, la pompe dcs fime- 
railles devenait magniiique. Avant de porter le corps dans 1 endroil ou il de 
vait etre brule, le cortege se rendait au Forum, et la le fils ou, si le fils n elait 
pas en age, un proche parent, prononcait 1 eloge funebre. Mais ce qui donnail a 
tout cela un incomparable eclat, raconte Polybe, c etait de voir ran gees autour 
de la tribune, et paraissant preter I oivillcaux belles actions de leur descendant, 
les statues des ancetres, tirees pour la circonstance dc la place qu elles oceu- 
paient au foyer domestique, assises sur des chaises d ivoire, rcvetues de cos 
tumes conformes aux dignites exercees, de la pretexte s ils avaient ete consuls 
ou preteurs, de la robe de pourpre s ils avaient obtenu la censure, d un vete- 
ment tout eclatant d or s ils avaient recu les honneurs du triomphe ; et devant 
chacun de ces simulacres les licteurs portaient les baches et les faisceaux et 
toutes les autres marques des magistratures dont ceux qu ils representaient 
avaient ete honores dans la Republique. Tout le monde connatt 1 histoire de 
Cesar faisant porter aux obseques de sa tante Julie 1 image de Marius, dont les 
adversaires etaient alors tout puissants dans Rome, mais que la plebe romaine 
n avait pas encore oublie. 

Cette premiere partie des funerailles etant achevee, on se dirigeait vers le lieu 
ou le bucher etait deja dresse : c e tait le Champ-de-Mars pour les grands, les 
faubourgs pour la classe moyenne, le mont Esquilin pour les pauvres. Toutefois 
beaucoup de monuments funeraires appartenant a des particuliers possedaient 
dans leur enceinte une place reserves a cet usage : c etait le bustum. Entre le 
bucher d un riche et celui d un pauvre il n y avait de difference que dans la 
quantite de bois employee; laqualite importait peu. Sur ce bucher ou posait la 
biere, plus ou moins orne e, suivant le rang et la fortune du defunt, et pour 
mieux voiler 1 appareil funebre on plagait entre les piles de bois des images de 
cire et des draperies ; alors, celui des parents du mort qui lui avait ferme les 
yeux venait les lui rouvrir, afm qu il regardat le ciel ; puis, apres 1 avoir ap- 
pele a plusieurs reprises, il le baisait une derniere fois, repandait sur son corps- 



26 CREMATION. 

des huiles precieuses et des parfums, placait pres de lui, sur Ic bucher. se? 
vetements, ses parures et ses armes, a quoi les amis zeles joignaicnt des dons 
de loute sorte, et quand il avait jete a profusion sur le cadavre tout ce qu on 
avail pu se procurer d aromates et d ingredients propres a combattre 1 odeur de 
la chair grillee, il mettait le feu au bucher qu entretenaient les ustores. Alors 
commencait une sorte de spectacle auquel la foule ne se faisait faute d assister. 
C etaient des combats de gladiateurs, qu on appelait en cette occasion bustiiarii, 
parce qu ils luttaient sur le bustum, combats sanglants qui, a partir d une cer- 
taine epoque, remplacerent cette atroce immolation des prisonniers de guerre 
et des esclaves que connut toute 1 antiquite. Si le mort avait commande les 
armees, un corps de troupes venait donner un simulacre guerrier et rendre les 
derniers honncurs a son general. Pendant ce temps, le victimaire sacrifiait une 
foule d animaux dont les esclaves presentaient les chairs au feu du bucher 
avant de les distribuer aux indigents. 

Le temps qu il fallait pour consumer un corps variait necessairement avec la 
quantite du combustible employe et le soin qu on mettait a entretenir le feu ; 
cela demandait au moins plusieurs heures, mais allait quelquefois jusqu a une 
journee entiere et meme au dela. En general, la combustion demeurait toujours 
tres-imparfaite, et, lors meme qu elle etait poussce aussi loin que possible, les 
restes ou les cendres rccucillies aprcs 1 operation etaient loin de represents! 
tout ce qui dans le corps ne peut etre alteint par le feu et surtout rien que cela. 
Si ce n est pour le petit nombre de ceux qui, au dire de quelques auteurs 
grecs et remains, avaient ete soigneusement entoures au prealable d un linceul 
de lin incombustible, ce qu on appelait les cendres contenait un pen de tout 
e qui avait ele expose an feu. 11 est vrai que la plupart du temps il n en etait pas 
ainsi, car le feu ne faisait le plus sou vent qu une demi-besogne et 1 ossature du 
mort se retrouvait presque en entier. En ce cas, ou bien on prenait ses os tels 
quels et on les pbcait dans 1 urne ou le cercueil, ou bien, ce qui etait le mode 
le plus frequent snivant Eustathe, on les pulverisait d abord, et apres les avoir 
laves avec du vin ou du lait, on les enfermait dans le vase funeraire avec des 
aromates et des lleurs. 

La forme et la richesse de ce vase, du nom de Cinerarium ou d Ossuarium, 
etait naturellement en rapport avec les ressources de la famille du defunt ; 
mais c etait dans le plus grand nombre des cas une simple jarre de terre ap- 
pelee olla et fermee par un couvercle sur lequel etaient inscrits les noms de la 
personne dont elle contenait les cendres. Aussitot 1 urne garnie, on la portait 
dans 1 endroit ou elle devait etre deposee pour toujours. C etait aux abords des 
villes, le long des grandes voies, que s elevaient ces monuments funebres de 
toute grandeur, depuis le simple cippe, qui n etait qu une colonne creuse ou 
Ton placait 1 urne de 1 homme pen fortune, jusqu aux veritables palais que se 
faisaient elever les riches. Beaucoup de ces monuments consistaient en une 
seule chambre funeraire garnies de niches destinees a recevoir les urnes ; 
mais les se pulcres plus somptueux possedaient au-dessus de cette chambre fune 
raire un ou deux etages contenant des appartements decores de peinture et de 
moulures en stuc, qui servaient aux membres de la famille quand ils venaient 
sur la tombe des leurs accomplir certaines ceremonies religieuses ou prendre le 
repas qui suivait les funerailles. A cote de ces tombeaux de famille, ou 1 al fran- 
chi des deux sexes avait sa place comme le chef, il existait aussi de veritables 
sepultures communes pouvant contenir les restes de plusieurs centaines d indi- 



CREMATION. 27 

viilus, appartenant a la meme famillc on a des families diffe rcntes. C etaicnt de 
vastes chambres, dont les parois presentaient de nombreuses raugces de niches, 
regulierement espacees, dans chacune desquelles on pouvait deposer une couple 
d urnes cineraires, d ou leur nom de columbaria. Le proprietaire d une sepul 
ture de ce genre donnait, vendait on laissait par testament le droit de disposer 
d un certain nombre de ces niches. 

Si nous nous sommes nn peu etendus sur les rites de la cremation dans le 
monde romain, c est pour nous epargner des redites en traitant de ce qui se 
passait en d aulres pays. Rien, en effet, ne ressemhle davantage a ce que nous 
savons des memes rites dans le monde grec. Ilomeiv, dans lerecit desfunerailles 
de Patrocle, a donne de ces ceremonies funebres une description qui est de- 
menree, on peut le dire, exacte tout le temps qu a dure cette belle civilisation 
grecque. Depuis les premiers apprets que Ton fait subir au corps pour le con- 
server pendant le temps qui le separe du bucher, jusqu aux jeux qui tcnninent 
la fete funeraire, nous retrouvons tout dans les details que nous out h gues les 
historiens tres-posterieurs sur la maniere de proceder des generations corres- 
pondantes. II est certain qu il y a dans la i acon dont Achille fit les chosos une 
prodigalite, une profusion, une grandeur dont un demi-dieu seul etait capable, 
et que le plus nche Athenien du iemps de Pericles annul rle impuissanl a 
1 imiter. II est certain qu en dehors de ces temps hcroi ques, on in- pmivait 
prendre 1 habitude dc fairc entrer toute uue foret dans le bois d un bucher, et 
d immoler en be tail de quoi nourrir une armee entiere. Mais ce qui ne I est 
pas moins, c est qu au degre pres les choses continucrent de se passer ainsi 
jusque dans la periode de decadence, et que les grands hommes dc la Grece 
mourante etaient honores apres leur mort tout comme les hcros de ses pre 
miers jours. Ainsi, c etait un usage n paiulu en Grece que quelques-uns des 
assistants, en signe de regret, se depouillassent seance tcnanle de leurs chovenx 
pour les offrir aux manes du defunt. Cette sorte d ofJ rande esl drja signalee 
d;uis le recit d Homere : pour mieux exprimer ses regrets, Achille coupe cette 
blonde chevelure, qu il nourrissait pour le fleuve Sperchius. OSpcrchius! 
s ecrie-t-il, mon pere t avait promis que, rendu a ma patrie, je t offrirais mes 
cheveux ; que je t immolerais une hecatombe ; que sur 1 autel qui convre ta 
source j immolerais cinquante moutons. Inutiles voeux ! Je ne reverrai plus 
les champs de Thessalie ; cette chevelure que je ne pourrai t ol frir, un lieros 
mon cher Patrocle, Temportera dans la tombe. La place nous manque, sans 
quoi tout ce qui suit dans la description de Ylliade serait a citer, car on ne 
peut mieux decrire des rites, dont rien ne semble s etre perdu ou modifie. Le 
bucher s cleve, et le rivage gemit dans la vaste etendue; au milieu, sur un lit 
funebre, on depose en pleurant les resles de Patrocle. Des moutons, des taureaux 
tombent egorges ; de la graisse de ces victimes, Achille couvre son ami lout 
entier ; ses mains, autour de lui, etendent leurs membres encore palpitants. Des 
urnes inclinees epanchent sur le lit le miel et les parfums. On a vu qu a Rome 
les choses ne se passaient guere autrement. Yient ensuite le sacrifice des animaux 
favoris et des victimes humaines : Achille immole en gemissant quatre super- 
bes coursiers et les jette sur le bucher. De neuf chiens que sa main a nourris, 
il prend les deux plus beaux et les sacrifie aux manes de Patrocle. Egare par la 
rage, arme par la vengeance, son bras plonge au sein de douze jeunes Troyens 
un glaive impitoyable. Enfin, il enfonce dans le bucher un fer embrase. On 
pourrait se demander si en Grece, comme a Rome, la coutume d immoler des 



28 CREMATION. 

victimes humaincs s est poursuivic jusqu a la fin. 11 aurail existc, en effet, sui- 
vant Plularque, une loi de Solon qui reglcmcntait les funerailles et allait jusqu a 
intcrdire le sacrifice d animaux domestiqucs, comme le bocuf. Mais lors meme 
qu on deduirait dc la qu il e lait de feudu d immoler des hommos, il faudrait 
croire qu Athenes a peu pres seule a connu une telle exception, car le meme 
Plutarque nous raconle qu aux i unerailles dc Philopoemen les prisonniers Mes- 
seniens furent lapide s sur son tombeau. Quanl aux jeux funebres, par lesquels 
Achillc termine la serie des honncurs qu il rend a Patrocle, on sait avec quelle 
liddlite les Grecs demeurerent attaches a cette fa con de rendrc honnnage a la 
memoire de ceux qui avaient le mieux servi la patrie. Un decret, rendu par 1 as- 
semblee du peuple, ordonnait que chaque anne e, au jour anniversaire de la 
niort, on celebrerait des jeux qui consislaient en concours de gymnastique ou de 
musique, on encore en courses de cbcvaux. Plutarque nous a laisse le texte 
d un fort beau decret de ce genre dans la Vie de Timoleon. 

Nous ne dirons ricn des sepultures, qui ne differaient guere des sepultures 
romaines, soil par la facon dont elles etaient placees en dehors des villes, soit 
par le plan sur lequel ellcs etaient construites et amenagees. D ailleurs il faut 
bien reconnaitre que la, comme en beaucoup d autres choses, c e taient les Grecs 
qui avaient precede les Remains, et ceux-ci n avaient gucre eu que la peine de 
les imiter. 

Passons de suite a la facon de proceder dans les aulres pays ou la cremation 
s est introduite : 1 Inde et le Mexique. Nous empruutons aux auteurs de I Uni- 
vers pittoresque la description de cc qui a lieu dans 1 Inde : 

Les Indous brulent leurs morts couches tout au long sur le bucher ; les 
membres des ordres religieux y sont apportes assis et les jambes ployees sous 
le corps. Le mourantpres de rendre le dernier soupir est expose hors de sa mai- 
son, sur un lit de gazon sacre. On recite desprieres autour de lui; on lecouvre 
de feuilles de basilic. S il habite pros du Gauge, et si la chose est possible, on le 
transporte sur le bord du fleuve sacre. On dit que les gens pour qui cette ce re- 
monie a ete accomplie, et qui parviennent a guerir, ne retournent jamais dans 
leur famille ; il y a des villages, sur les Lords du Gauge, qui p assent pour etre 
habites par les gens ou par les descendants de gens qui ont subi cette epreuve; 
cependant le fait u est rien moins que prouve. Apres la mort on lave le corps, 
on le parfume, on le couvre de ileurs et on le porte aussitot au bucher. Dans le 
sud, le cortege funebre est precede par des musiciens et le corps est porte la 
tace decouverte et peinte avec du carmin ; aillcurs, au contraire, le corps est 
soigneusement recouvert et il n y a pas de musique dans le cortege, mais les 
personnes qui 1 accompagnent poussent des cris de douleur. 

Le bucher d une personne ordinaire a quatre ou cinq pieds de haut ; il est 
de bois de santal pour les riches, de fiente de vache pour les pauvres; on le de- 
core de fleurs ; on jettc dans les flammes dubeurre clarifie et des huiles parfu- 
nie es. Quand les ceremonies et les oblations preliminaires de fruits, de riz de 
betel, sont achevees, un parent du dei unt met le feu au bucher, puis, avec les 
autres parents, il va se purifier dans un cours d eau voisin et s assied sur le 
bord jusqu a ce que le feu s eteigne. C est un triste spectacle de les voir enve- 
loppes dans leurs vetements mouilles et les yeux fixes sur le bucher. Cependant 
la religion ne leur ordonne pas de mouiller leurs vetements et dese livrer a leur 
chagrin ; au contraire, elle enjoint de ne pas pleurer et d adoucir sa douleur en 
repetant certains verscts consacres des livres saints. Les Indous n elevent "uere 



CREMATION. 20 

de tombeaux qu aux guerriers qui mourent sur le champ de bataille et aux veu 
ves qui se brulent avec leurs maris. Cos tombeaux out la forme de petits autels 
carres. Les funerailles sont quelquefois 1 occasion de depenses immenses. Un 
journal de Calcutta racontait, en juin 182-4, qu une famille indoue, sans compler 
Ics magnifiques et nombreux presents qu elle avail fails aux plus distingues des 
brahmanes, avail depense aux funerailles dc son clicf la sommc incroyable de 
500 000 roupies (1 250000 fr.) distributes en aumones. 

Ajoutons quelques details oublies par nos auteurs et que nous ne croyons pas 
sans importance. Avanl de porter le corps au bucber, on s assure, par certaines 
pratiques plus on moins bien imaginees, quo 1 individu cst recllement mort. A 
eel effet, on lui pince le nez, on lui presse le venire, on lui asperge le \ IMI-C, on 
sonne a ses oreilles de latrompette; enfin, derniere experience, on lui emplit 
la bouche de sable. S il resisle a tout, on le brule, et il y a lieu de croire que, 
soumis a ces differentes lorlures, les hommes brules vifs ont du etre rares. C esl 
que malheureusement il n en fut pas toujours ainsi a Rome. Pline cite de nom 
breux exemplcs d individus portes au bucher qui n elaienl frappes que de mort 
apparente ; il y a meme parmi eux des personnages : un consulaire, A viola, qur 
la violence des flammes ranima, mais trop tard, car il fut entierement con 
sume; un certain Lamia, qui avail ele preleur; G. Elius Tuberon, qui avail 
rempli les memes fonclions, elc., etc. 

Les auteurs que nousavons ciles signalenl a peine la vicille coulume indoue 
suivant laquelle la veuve partage le soii de son mari. Gela pourtant nous inle- 
resse a un liaut degre. II n est pas douleux que celle coutume, principalemenl 
a cause de I influence anglaise, lend a disparaitre de plus en plus ; mais il ne 
Test pas moins qu elle a e te tres-repandue aulrefois et qu elle 1 etait encore au 
siecle dernier, au moins dans la casle mililaire, laseule ou I usage de la crema 
tion ail ele habituel, comme nous 1 avons observe. On a beaucoup discule, 
cl Ton discule encore aujourd liui sur cetle loi de 1 lnde brahmanique, sans 
donner, suivanl nous, la seule vraie raison d une lelle barbarie. II n y faut 
voir, croyons-nous, qu une trace non equivoque de ce vicux fond felichique qui 
ne cesse d apparaitre au milieu de toules les constructions de 1 esprit indou. Les 
Jndous conlinuent de faire, bien qu arrives depuis longtemps a un degre de ci- 
vilisalion tres-avance, ce qu ils ont pratique e tant irlirhisles. Nous avons dit 
que, voulant assurer au mort, dans cette seconde vie du tombeau donl nous 
avons parle, les services auxquels ils etai I habitue dans sa premiere existence, le 
fetichiste immolait sur le cadavre du chef de famille, la femme, les esclaves, 
les animaux qu il avail le plus che ris; eh bien ! le plus plausible esl que les 
Jndous onl passe au polylhe isme sans se debarrasser de loules leurs coulumes 
ielichiques et de celle-laen particulier, el qu une fois intercalee dans le systeme 
brahmanique, elle s y est perpeluee avec la persistance propre a loules les insti- 
tulions Iheocratiqucs. II est Ires-probable qu a une epoque reculee ce n elait 
point, comme de nos jours, la volonte de la femme qui decidait de son sort : 
alors, sans doule, elle etait forcee de suivre 1 epoux dans la mort. D ailleurs 1 e- 
lal d abjeclion ou, il n y a pas longlemps encore, elle elait releguee lorsqu elle 
refusait d accomplir ce qu on regardait generalement comme son devoir, n etait 
pas une perspective assez souriante pour que Ton pit I dire de son choix qu il 
fullibre, de son action qu elle lut volontaire. 

On va voir que ce qui se passail au Mexique n elail que la repetition de ce que 
nous avons observe en Grece, a Rome et dans 1 lnde. Aussitot qu un Mexicain 



50 CREMATION. 

avail rendu Tame (nous supposons an Mexicain d importance), il etait remis 
aux mains des pretres, qui, apres les lavages usuels, le revetaient de ses plus 
riches habits et 1 exposaient assis dans le lieu le plus apparent de sa demeure. 
En cette posture, ses parents et ses amis venaicnt le saluer et lui faire des pre 
sents. Si c etait un cacique ou quelque autre seigneur, on lui ot frait des escla- 
ves qui etaient sacrifies sur-le-champ pour 1 accompagner dans un autre monde. 
Chaque seigneur ayaut une espece de chapelain pour le diriger dans les cere 
monies religieuses, on tuait aussi ce pretre domestique, ainsi que les princi- 
paux ofiiciers qui avaient servi dans la meme maison, les uns pour aller prepa- 
rer un nouveau domicile a leur maitre, les autres pour lui servir de cortege, et 
c etait dans le meme but que toutes les richesses du mort etaient mises avec 
ses cendres dans le tombeau. Si c etait un capitaine, on faisait autour de lui des 
amas d armes et d enseignes. Les obseques duraient dix jours et se celebraient 
par un melange de pleurs et de chants. Les pretres psalmodiaient une sorte 
d office des morts, tantot alternativemeut, tantot en choeur, et levaient plusieurs 
Ibis le corps avec toutes sortes de ceremonies. 11s faisaient de longs encense- 
ments et jouaient des airs lugubres sur le tambour et la flute. Celui qui tenait 
le premier rang etait revetu des habits de 1 idole que le seigneur mort avait plus 
particulierement honoree, et dont il avait ete cotnme 1 image vivante, car chaque 
noble representait une idole, et de la venait J extreme veneration que le peuple 
avait pour la noblesse. Le corps d I empereur etait lave etparfume ; on lui met- 
tait dans la bouche une grosse cmeraude, on le recouvrait des plus riches etof- 
fes. La premiere victime sacrifice en son honncur etait 1 officier charge des lam- 
pes, qui devait I eclairer dans les tenebres de I autre monde. Puis on portait 
le corps au temple et on le placait sur un bucher deja allume. Alors venaient 
des massacres de prisonnicrs qu on immolait par centaines et par milliers, mais 
dont le cceur seul etait jete dans les tlammes. Le feu eteint, on recueillait ce 
qui n avait pu etre consume, c est-a-dire les dents et quelques os, et Ton portait 
le tout pompeusement sur la montagne de Chapultepec, ou etalt le tombeau des 
souverains. 

De tout ce que nous venous de dire relativement aux rites de la cremation 
dans le petit nombre de pays ou elle a ete appliquee, nous ne voulons retenir 
qu une chose, c cst cette persistance vraiment incroyable de la plupart des pra 
tiques primitives, jointe a 1 emploi d un procede qui leur est aussi oppose que 
celui qui consiste a briiler les corps. Si Ton admet le principe fetichique, rien 
ne s explique mieux, comme nous nous sommes efforces de le demontrer, que 
ces soinsdont on entoure le cadavre, ces appels reiteres, ces presents de toute 
espece, ces offrandes de nourriture et d animaux, et meme ces sacrifices de 
victimes humaines, de 1 epouse et des serviteurs. Mais, a quoi tout cela peat-il 
etre utile, du moment que Ton reduitle corps en cendres? L homme le plus en- 
racine dans ses croyances ne s imaginera jamais que quelques os carbonises ont 
besoin d aliments, et qu il est urgent, comme au Mexique, de tuer un lampisle 
afm de les eclairer dans I autre monde. Nous nous trouvons evidemment ici dans 
une de ces situations contradictoires ou 1 humanite n a cesse de se debattre 
depuis qu elle existe. Elle eprouve de ces tendances spontanees, qui sont telle- 
ment dans le fonds meme dc sa nature, qu aucune croyance acquise, qu aucune 
necessite d ordre quelconque, physique ou morale, ne parvient a les refrener. 
En vain, sous la pression de nouveaux besoins moraux, les fondateurs de reli 
gion s evertuent a changer les dogmes ; la masse se soumct en apparence, mais 



CREMATION. 31 

en realite, toujours semblable a elle-merae, ellc garde dans le plus profond de 
soncoeur la foi qu on vcut lui ravir. Moise enseigne aux llebreux un Dicu uni 
que et 1 entoure d uu appareil terrible ; il n a pas disparu, qne son peuple est 
retourne au Yeau d or et se dirige vers les montagnes pour adorer les bo is 
sacres. Maliomet, reprend la conception mosaique et preche a ses Arabes 
le dieu d Abraham; mais il connait si bien le fond de leur coeur, qu il ne 
croit pas pouvoir tout supprimer, et leur permet d adorer, comme par le passe , 
la pierrc noire de la Kaaba. Meme phenomene dans 1 Iride, dans la Perse, dans 
1 Egypte, cbez les Azteques et chcz les Incas. Les Manco-Capac, les Brighou et 
les Zoroastre tirent de leur cerveau les conceptions les plus merveilleuses ; ils 
personnitient, deifient tous les principes qui seconfondent dans Tame buiuainr, 
et s efforcent, par le culte qu ils en font sortir, d en regler les inouvements; la 
foule s incline et adore, mais n en continue pas moins d aller porter scs ofl ran- 
des a tout ce qu ellc craiut ou respecte, a tout ce qui lui sert ou lui nuit, de- 
puis la plante qui guerit les blessures, jusqu au serpent dont le venin tue, 
jusqu a 1 oiscau de proie qui fait la guerre au serpent. Est-il besoin de montivr 
que les choses se sont passees de meme maniere dans le polytheisme grec et 
dans le monotheisme cliretien ? Nous avons trop de fails presents a 1 esprit pour 
que cela puisse faire discussion. 

Dans un ordred idees un pen different, quoique conncxe, dans une question 
de mo3urs, toujours associees aux croyances, les homines ont agi de la meme 
maniere. Forces par une necessite imperieuse, ils ont courbe la tele et ont 
accepte de changer les rites qui leur etaient cliers, mais sans toutefois aller au 
dela dc ce qu exigeait cette necessite. 11 fallait bruler les corps : ils les ont 
brules ; mais rien ne les forcait, si ce n est la logique, a ne plus leur rendre les 
devoirs qu ils leurs rendaicnt dans le passe, et au risque de se montrer incon- 
sequents et contradictoires, les bommes ont conserve pieusement tout ce que 
le soin de leur propre preservation ne les obligeait point a sacrilier. Aussi, 
des que les circonstances ou les conditions qui avaient impose la nouvelle cou- 
tume s affaiblirent ou disparurent, 1 humanite revint en arriere et reprit avec 
amour ses vieilles habitudes. Un jour vint ou la guerre etant achevee, la crema 
tion disparut de 1 Occident conquis et lorsquc 1 invasion espagnole 1 eut e^ale- 
ment chassee du nouveau momle, clle ne persista que dans 1 lnde, ou sans 
doute les condilions climateriques exceptionnelles prolongerent plus lon<Ttemps 
que partout ailleurs un usage que les autres conditions sociales n auraient pas 
suffi a maintenir. 

Ajoutons qu en Occident, outre que la necessite premiere s evanouissait de 
plus en plus, une religion nouvelle apparaissait, dont le dogme ne contenait 
rien, a la verite, qui poussait directement a abolir la cremation, mais qui se re- 
commandait trop etroitement des traditions contraires pour qu une telle cou- 
tume put aisement persister. Les idees pbilosopbiques de la Grece qui vinrent 
se greffer sur les croyances juives ne pouvaient affaiblir 1 influence profonde 
que ces dernieres avaient sur les moeurs. D ailleurs les fondateurs du christia- 
nisme, aussi bien saint Paul que Jesus-Christ, etaient de race juive et devaient 
tenir aux coutumes de leurs ai eux. Or ces coutumes, quoi qu on en ait dit, 
n admettaient que 1 inbumation. Ceux qui ont cru voir dans deux ou trois pas 
sages de la Bible, soit a propos de Saiil, dans le livre des Rois et les Paralipo- 
mencs, soit a propos de Sedecias ct de Joram, dans les livres des N prophetes 
Ezecbiel ct Jeremie, la trace de coutumes crematoires, nous semblent s etre 



52 CREMATION. 

trompes. Outre que les traducteurs different sensiblement sur ces points et que 
si les uns entendcnt qu il s agit de bruler les corps, d anlres entendent simple- 
ment qu il s agit de bruler des parfums autour du corps, ce qui n est pas la 
meme chose, il faut avouer aussi que le langage plus ou moins figure des pro- 
phetes dans deux passages, ne saurait aller contre le lexte bien autrement deci- 
sif du livre des Rois qui, si Ton en excepte le cas au moins douteux de Saul, 
mort dans des circonstances particulieres et enseveli secretement, n ofi re pas 
un mot, dans toutce qui concerne les funerailles royules,qu onpuisse interpreter 
en ce sens, quetous ces princes nc furent pas inhumes. Quoi qu il en soil, per- 
sonne n oserait dire que 1 inhumation ne 1 ut pas la seule pratique en usage 
dans le monde juif lors de I apparition du christianisme. L histoire du Christ 
enseveli par les saintes femrnes et mis dans le tombeau est presente a lous les 
esprits. Or, il arriva pour le christianisme ce qui ctait arrive dans les pays voi- 
sins de 1 Inde pour le bouddhisme. Ses adherents s efforcerent autant que pos 
sible d imiter le fondateur, et si les bouddhisles voulurent etre brules, comme 
1 avail cte Cakya-Mouni, les chretiens, sans exception, voulurent etre enterres 
comme 1 avait ete Jesus. Aussi, a mesure que la nouvelle religion s etendit 
dans le monde, la cremation retrograda et vers le quatrieme siecle de notre 
ere, disparut pour toujours de 1 Occident. 

II. i .t-.it ac-tiK l de la cremation. 

IV. RENAISSANCE DE LA CREMATION AU DIX-NEUVIEME SIECLE. Voici cependant 
que 1 antique coutume semble renaitre, et nous assistons en ce moment a une 
propagande si active, si ardcnte, nous dirions presque si enthousiaste en 
favour de la cremation, qu on croirait vraiment avoir plutot affaire a une 
religion nouvelle qu a une vieille coutume qu il s agit de retablir. Elle a ses 
pretres, ses docteurs, ses apotrcs, elle tient des conciles; elle compte deja des 
martyrs. Aquoi devons-nous ce reveil inattendu, cette agitation extraordinaire, 
cette resurrection subite d une pratique depuis tant de siecles oubliee? Quelles 
nations et quels hommes y prennentpart? C est ce que nous aliens maintenant 
exposer. 

La premiere fois que 1 idee de cremation reapparait dans le monde modernc, 
c est en pleine periode directoriale, en 1 aii V de la Republique. Un certain nombre 
de propositions surgirent vers cclte epoque, ayant pour but de regler les fum>- 
railles et de fonder des institutions ou le respect des morts se concilierait avec 
tout ce que pouvait reclamer le salut desvivants. II ne faut pas s etonner qu entre 
tous ces projets, il y ait eu place pour un souvenir de la Grece et de Rome, dont 
1 image obsedait a ce point les legislateurs de ce temps qu ils s efforcaient de faiie 
revivre dans les institutions, dans les moeurs, et, a leur defaut, dans les noms 
toute cette antiquite disparue. Comme les Grecs et les Remains brulaient les 
morts, certains esprits jugerent qu il etait indispensable que les citoyens irancais 
brulassent egalement leurs morts, et, dans la seance du 21 brumaire an V, un 
rapport depose sur la tribune du Conseil des Cinq-Cents, proposait que chacun fut 
libre de se faire porter sur le bucher aprcs sa mort et se terminait par un projet 
de loi en deux articles etablissant la cremation facultative : 

ART. V. II est libre a tout individu de fairc bruler ou inlmmer, dans tel 
endroit qu il jugera convenable, le corps de ses proches ou des pers onnes qiu 
lui furent chcres, en se conformant aux lois de police et de salubrite. 



CREMATION. 33 

ART. VII. La lot de salubrite defend que le buclier soil allume, on I inhu 
inalion privec failc dans 1 enceinlc dcs habitations. 

Renvoyc a la Commission, remanie par ellc, repousse de nouveau, et encore 
remanie, le projet ne parvint jamais jusqu au vote defmitif. II n aboutit pas. 
Deux ans se passerent et de nouveau la cremation revint a. 1 ordre du jour. 

Ici ce ne fut pas la legislature, c est-a-dire 1 assemblee des representants de 
la nation, mais simplement celle des admihistrateurs du departement de la 
Seine qui revendiqua pour ses administres la liberte de bruler leurs morts. On 
va voir, par le rapport du citoyen Cambry qnc nous allons citer, et par le projet 
d arrete qui le suit, combien les preoccupations hygieniques entraient pour peu 
de cliose dans ces idees de cremation, combien il n y avail la que le desir im- 
modere de reproduire des scenes antiques. 

Rapport snr les sepultures, presentd a { administration centrale du departement de la Seine, 
par le citoyen CAIIBKY, administrateur du departement de la Seine. An VII. 

Le champ du repos se trouverait a Montmartre; dix hectares de terre seraient acquis, 
autour desquelsoii eleverait un mur de quatre-vingt-un centimetres d epaisseur ; dans la 
construction de ce mur on pratiquerait des voussures (ou Columbaria] dans Icsquelles on 
deposerait des urnes eineraires. 

Quatre graudes portes, dediees a 1 Enfance, a la Jeuncsse, a la Yiriliti -, a la Vieillesse, 
serviraieut d entree a ce grand etablissemenl ;elles conduiraient par quatre routes sinueuses 
an monument central, image du dernier terme de la vie : ce monument ot fre une pyramide 
de vingt-lmil metres de base; un trepied la couronne. 

Gette pyramide serait disposee dans I interieur, de maniere a ce que le travail necessaire 
pour consumer les corps put se fa ire sans que le public s en apergut. La position des fours 
est telle qu aucun melange de cendres ne peut avoir lieu. On n emploierait pas le bois, 
devenu si rare, a 1 entretien de ces fourneaux , inge nieusement disposes par la chimie 
moderne. 

Dans I interieur de ce majestueux monument, on deposerait les cendres des grands 
homines, de ceux qui, dans un poste eminent, se seraient sacrifies pour la Patrie. 

Quatre autrfs batimcnts serjii iit eleves dans I interieur de la commune. On y deposerait 
les corps sur des tables de marbre, jusqu au moment ou les chars du soir les enleveraient 
pour les porter au champ du repos. 

La forme de ces bailments est analogue a leur destination. Un trepied, dcs candeLibres et 
quelques ornements lugcTs en forme nt la decoration; surle trepied on briilerait sans cesse 
des uerbes odoriferantes et des parfums. 

Des chars conduits par des chevaux, accompagnes d hommes a pied, prjcedes d un com- 
missaire a cheval, recueilleraient les corps, les enleveraient apres une visile qui consta- 
lerail les causes de la rnort. 

Les parents, les amis, auraient la faculte d accompagner celte marche funebre jusqu au 
lieu de la stalion. 

Us pourraient prendre toutes les precautions qu indique la prudence, et qu il serait facile 
d etablir pour elre certains que les corps de h urs proches seraient respecles. 

A la chute du jour, qualre chars, atleles de chevaux converts, enveloppes de draps de 
couleur violelte, guide s par qualre hommes a pied precedes d un commissaire, de deux 
trompettes ou trombones, et suivis de soldats, iraient au pas porter les corps au champ de 
repos, oil Ton pourrait encore les suivre en voiture, a cheval, a pied. 

La plus grand e decence regnerait dans ces pompes funebres. 

Get expose de motifs etait suivi du projet suivant : 

Projet d arrele du departement lie la Seine, sur les sepultures, adopte dans sa seance du 

14 florcal, an VII. 

L administration centrale du departement : 

Gonside rant que de tout temps les lieux de sepulture ont ete eloignes de 1 enceinte des 
cites, qu ils ne se sonttrouves renfermesdans Paris que par 1 agrandissement successif de 
cette commune, et que les citoyens n ont jamais cesse de reclamer contre cet abus funeste, 
tant sous 1 ancien gouvernement que depuis Telablisseinent de la Republique; 

DICT. ENC. XXIil. o 



34 CREMATION. 

Considerant queles inhumations doivent etre i aites avec decence et dignite, et que le lieu 
dcs sepultures publiques doit avoir un caractere imposant et convenable a une grande 
cile ; 

Considerant que, dans les temps anciens, la plupart des peuples ont ete dans 1 usage de 
briiler les corps, et que cet usage n a 6le aboli, ou pluldt n est tombe en desuetude que 
par [ influence qu ont eue les opinions religiriifies; qu il est avanlageux sous lous les rap- 
porls de la retablir, et que d ailleurs la f aeulte de s y conl oriner n empechera pas celle de 
rendre les corps a la terre, ainsi que d autres peuples 1 ont pratique et le pratiquent 
encore. 

Oni lo commissaire du Directoire executif. 

Arrete : 

Am. 21. Tout individu decede, qni ne sera pas destine a une sepulture particuliere, sera 
conduit a la sepulture publiqtie pour y Stre inhume ou consume par le feu, ainsi queses 
parents, amis ou ayants cause le desireront, a moins qu il n ait lui-meme, avant son deces, 
exprime par e crit son intention a cet egard. 

Am. 11. Les p:\rentsou ayants cause d un decede, qui voudront en recueillir les cendres, 
pourront assister collectivement ou choisir un d entre eux pour 6tre present a la consu- 
malion du corps. 

ART. 23. Les ccndjjes d un decede ne pourront etre refusees a celui de ses parents ou 
;uni> qui les rcclamera. 

II en donnera un regu au concierge du champ de repos. 

ART. 24. II y aura dans 1 enceinle du champ de repos un de p6t d urnes funeraires, parmi 
lesquelles il y eu aura loujours au prix de 1 fr. 80. 

Enfin, le 2 frimaire an VII, la nieme administration centrale prenait 1 arrete 
suivant ; 

L administration centrale du dpartement : 

Considerant qu elle ne peut qu applaudir aux idees neuve< et sentimentales que presente 
le rapport du citoyen Cambry. 

Arrete : 

Le rapport susvise et les projets de 1 arcliitecte seront envoye s a toutes les antorites et 
administrations de la Republique. 

Cependant il s en lailait que touf.es les difficulties fussent resolues, et si Ton 
avait reconnu 1 impossibilite de laire usage du Lois pour alimenter le feu fune- 
raire, ce n etait pas avoir fait un grand pas que de declarer que Ton confierait 
a la chimie moderne le soin de disposer ingenieusement les fourneaux. 

D ailleurs, ropinion publique se preoccupait vivement des septiltures et 1 ln- 
stitut adressait au Gouvernement un rapport de Baudin sur 1 etat revoltant des 
lieux ou les corps des citoyens etaient deposes, aim de 1 avertir que les pre 
miers principes de la morale, de la medecine et de la science sociale, deman- 
claient la plus prompte reforme de 1 etatdans lequel etaient les inhumations . 
C est alors que le ministre de I interieur, par une lettre du 5 ventose an Mil, 
charge 1 Institut au nom du Gouvernement, de proposer pour sujet d uu prixla 
question suivante : ft Quelles sont les ceremonies a faire pour les lunerailles, et 
le reglement a adopter pour le lieu de la sepulture? Le prix etait une medaille 
de cinq hectogrammes d or. Quaranle memoires furent envoyes. L Institut en 
distingua deux qui s etaient fait remarquer par la moderation de leurs pro- 
jets, la facilite de leur execution dans toute 1 etendue de la Republique . Le 
Gouvernement accorda un prix eg.il aux deux auleurs couronnes, dans la 
sceance du 14 vendemiaire an 9 : le citoyen F. V. Mulot, ex-le<^islateur et le 
citoven Amaury-Ouval, chef du bureau des arts dans le ministere de Tin 
terienr. 

Ces deux auteurs s occupent de la cremation, et, d apres Amaury-Duval. cetle 
coutume doit sonorigine aux deux (leaux de 1 humanite, a la guerre oua la peste. 



CREMATION . 35 

Nous trouvons aussi dans ces brochures un document interessant la ciema- 
tion a Paris. Le prefet de la Seine, Frochut, dans son arrete du l er floival, 
concernant la demande de la citoyenne Dupre-Geneste, epouse du citoyen 
Lachese, a fin d obtcnir 1 autorisation de bruler le corps de son enfant, age de 
huit mois, ordonna, pur Particle 2, que cette ceremonie fiinebre serait faite en 
presence de 1 agent municipal ct de 1 inspecteur des inhumations, et, par 1 ar- 
ticle 5, il prescrivit a la citoyenne Dupre-Geneste de justifier au maire de son 
arrondissemement du certificat de 1 agent municipal, constatant que le corps a 
ete brule et les cendres recueillies. 

En somme, on travaillait a la solulion du probleme, et sans doule n e lail-on 
pas tres-loin de la decouvrir (on avail accompli de bien autres prodiges depuis 
dix ans), lorsque survint le 18 brumaire. Le Consulal aniena line recrudescence 
du culte catholique et la preponderance de lous les rites qu il protegeait. On ne 
parla plus de cremation. 

Mais, chose curieuse, sans en parler, ici et la on la mit en pratique, Au milieu 
de celte furie de destruction qui marqua les premieres annees de ce siecle, la 
necessile se fit plusieurs fois sentir de se debarrasscr des moils par un procede 
plus expedilif que 1 inhumalion. Dans cclte lamentable campagne de Russie, 
par exemple, ou Ton vit en quelques mois se fondrc une armeV dc plusieurs 
centaines de mille hommes, les Itusscs brulerent, paraii-il, les monecanx de 
cadavres, que 1 armee francaise, dans sa retraile precipilee, laissait dcrncre elle 
sans sepulture. En 1814, apres la balaille dc Paris, les Allemands transporlerenl 
a Montt aucon des cadavres, dont une elevation rapide de la temporal mv h.iiait la 
decomposition. Places sur dc grands foyers, formes simplement de longues barres 
de fer soutenus par des pierres, qualre mille corps furent detruits par le feu 
dans 1 espace de quatorze jours. Ge procede tout primitif couta environ den\ 
francs par ho mine. 

Pour la troisieme fois et sous 1 influence des memes causes, la cremation 
reparut de nos jours apres la bataille de Sedan. On ne 1 avait employee ni 
durant la guerre de Crimee, ni durant celle d ltalie, ni durant celle de Bolieme 
entre la Prusse ct 1 Autriche, bien que les occasions d en faire usage aient du 
se presenter plus d une fois. A Sedan meme ce ne fut point au lendemain meme 
de la bataille que la mesure fut prise, mais quelques mois apres, lorsque sous 
1 influence de la chaleur naissante, les losses remplies jusqu a fleur de tenv, 
commencerent a degager de pestilentielles exhalaisons. Le gouvernement beli;t 
dont les populations toutes voisines etaient le plus en dangers, envoya snr les 
lieux une commission, qui de concert avec 1 autorite francaise, recnercna les 
moyens de remedier au mal, et ne trouva rien de plus expeditif, de plus siir et 
de plus economique que 1 emploi du feu. M. Creteur, le chimiste char"e de la 
besogne, se proposa d obtcnir I incineration sur place, sans exhumation, et pour 
cela il employa le goudron provenant de la distillation de la houille dans la 
fabrication du gaz d eclairage, se basant sur ce que certaines resines, en presence 
des corps gras ont la propriete de produire une remarquable intensite de calo- 
riijue. Apres avoir fait enlever la terre jusqu a ce qu on rencontrat la couche 
noire etfetide, qui recouvrait immediatement les cadavres, et arrose cette couche 
avec de 1 eau pheniquee, il mettait a mi la masse en putrefaction. II la sau- 
poudrait d abord d une couche de chlorure de chaux, puis repandait sur elle 
un flot de goudron qui, grace a sa fluidite, s infiltrait aisement entre les in 
terstices kisses par les piles de ces cadavres superposes. Quand la penetration 



56 CREMATION. 

du liquide lui semblait complete, il I enflammait au moyen de paille humeclee 
d huile de petrole, qui etendait rapidement le feu a toute la fosse. Bientot la 
chaleur devenait si intense qu on ne pouvait approcher a plus dc qualre ou cinq 
metres du foyer, ou se produisait un bruissement semblable a celui des graisses 
en ebullition. Une immense colonne de fumee noire s elevait dans 1 air sans y 
repandre la moindre odeur. Cinquante-cinq ou soixante minutes suffisaient a 
reduire les losses les mieux remplies, dont le contenu, apres 1 operalion, etait 
diminue des Irois quarts. Le residu se composait d os calcines, enveloppes 
d une couche de resine, qui les mettait a 1 abri de 1 influence exterieure. Les 
terres retirees de dessus les cadavres etaient dessechees par la chaleur et avaient 
perdu toute odeur cadaverique. 

Le moyen mis en pratique par M. Creteur est si pen couteux, que suivant son 
estimation, la depense ne depasserait pas actuellement quinze centimes par in- 
dividu, si 1 incineration avait lieu immediatement apres la bataille. 

Les Allemands voulurent egalement faire servir le feu a la purification des 
champs de bataille semes autour de Metz ; mais ils employerent sans doute 
quelque precede defectueux, car, apres quelques essais, ils durent y renoncer 
et eurent recours simplement a de nouvelles inhumations. b ailleurs il semble 
qu ils aient eprouve de la repulsion pour cette maniere de se debarrasser 
des morts ; car^ commc ils commandaient encore a Sedan lorsque M. Creteur 
y pratiqua ses operations, ils manifesterent leur intention formelle de s op- 
poser a la cremation des cadavres de leurs compalrioles , lues en nombre 
considerable a Bazeilles, a Balan, a Givonne, et M. Creteur, malgre 1 appui du 
gouvernement et des populations, dut s abstenir. 

Enfin, pour terminer cette liste des cas de cremation sur le champ de bataille 
depuis le commencement de ce siecle, nous ajouterons que, dans la recente 
guerre entre les Turcs et les Serbes, ces dcrniers a plusieurs reprises employerent 
le feu pour se delivrer des morts. 

11 y a dans tout cela, il faut bien le reconnaitre, un retour tres-accuse vers 
1 usage antique, cl, qui plus est, amene et entretenu par des causes semblables. 
Le peril que font courir des monceaux de cadavres, mal enfouis, a des populations 
sedentaires de plus en plus compactes, fait revivre le moyen le plus simple et 
le plus actif que I humanite ait encore invente pour le conjurer; et si. d une 
part, 1 obstacle qu ont mis durant de longs siecles les croyances moiiothe iques 
a la reprise de la cremation va s affaiblissant avec elles, d une autre I industrie 
et les precedes qu elle invente chaque jour permettent aux hommes d executer 
maintenant a trcs-peu de frais une operation qui, il y a seulement un siecle, eut 
sans doute ete impossible, s il avait fallu employer les moyens couteux dont 
on se servait dans le monde greco-romain. 

Mais jusqu ici, remarquons-le, nous ne sommes point sortis des limites du 
champ de bataille, et il faut convenir que si la cremation, durant la premiere 
moitie de ce siecle, semble vouloir rentrer dans le monde moderne par la menie 
portequi lui avait livre passage dans le monde antique, elle ne se hasarde pas 
encore a se reintroduire dans les moeurs, dans les pratiques de la vie civile, tin 
scul exemple s offre a nous durant celte periode : c est le cas de Byron livrant 
aux llammes le corps de son ami Shelley. Mais cela passa sans doute alors pour 
la fanlaisie sans consequence d un genie bizarre, et il ne semble pas que personne 
ait ete tente de 1 imiter. 

Cepcndant un certain travail commencait a se faire, nous ne dirons pas 



CREMATION. 57 

dans 1 opinion publique, car j:im;iis aucuu projct ne 1 a laissce plus indiffe- 
rente, mais dans quelques esprits militants de la presse medicale. On com- 
mencait a revenir aux propositions dc la periode revolutionnaire et pour des 
motifs assez differents. Tandis quo chez les adininistrateurs de Fan VII, la 
preoccupation dominanle, telle qu elle semble ressortir de 1 expose des motifs 
que nous avons cite et du projet qui le suit, est de rappeler les moeurs d une 
epoque disparue et de faire revivre des pratiques, (jiii n ont etc, suivant eux, 
momentanement abolies que par les efforts combines de 1 ignorance et du fana- 
tisme, ce qui va nous frapper chez les partisans actuels dc la cremation, c est 
avant tout la preoccupation hygienique, le desir de mettre pour toujours les 
vivants a 1 abri des dangers que le voisinage de.s mnris leur fait courir. 
Le mouvement s accentue definitivement vers les premieres annces du second 
empire, ct des cette epoque un des veterans de la presse medicale francaise qui 
depuis longtemps combattait en faveur de la cremation, le.docteur Gaffe, resumait 
en ces quelques lignes les idees des reformistes : 

Si Ton substituait la cremation, cet antique, noble el digne precede de 
conservation des siens, a la degoutante et dangereuse methode de putrefaction 
par 1 inhumation, il est bien certain que le culte de la famille et des mods ga- 
gnerait en moralite autant que 1 hygiene. 

Le systeme actuel d inhumation est recomm sans contradiction serieuse, 
mauvais, embarrassant, prejudiciable a tous les points de vue, contraire a toutes 
les prescriptions de 1 hygiene, attentatoire a la piete envers les morts, auxdroils 
de tous les homines, repugnant a la civilisation et au coeur humain. 

La cremation est un systeme funeYaire qui reunit a la fois toutes les condi 
tions reclamees par la morale et la religion, par 1 hygiene et 1 economie domes- 
tique. 

11 faut bien dire que ces tentatives n eurent alors qu un smves mediocre pres 
du public auquel elles s adressaient, et que la plus complete indifference re- 
pondit seule aux appels passionnes de quelques ecrivains convaincus. Le milieu 
francais etait evidemment rebelle. 

Vers 1857, le mouvement passa de France en Italic. G est un professeur de 
Padoue, Ferdinando Goletti, qui ouvre la marche par la lecture d un memoire 
a 1 Academie des sciences et lettres de la meme ville sur 1 avantage qu il y 
aurait pour les populations a bruler les corps au lieu de continuer a les ense- 
velir : L homme, disait-il, doit disparaitre et non pourfir. Le public ilalien 
parut d abord tout a fait insensible aux avantages qui lui etaient proposes, car 
pendant une dizaine d annees nous ne voyons pas que les idees exprimees par 
le professeur Coletti aient rencontre aucun echo. L ltalie etait alors en travail 
de transformation politique. En 1866 seulement, au moment oil elle se bat 
encore pour la conquete de sa derniere province, 1 attention publique s eveille et 
commence a tenir compte des idees qui lui sont soumises. M. Coletti est appuye. 
Le docteur Vincenzo Giro, d une part, dans la Gazette medicale des provin 
ces venitiennes, de 1 autre, le docteur Du Jardin, dans le journal La Salute, de 
Genes, entretiennent leurs lecteurs des dangers croissants que fait courir 1 inhu- 
mation a la salubrite publique et de 1 importance qu il y aurait a lui substituer 
[ la cremation. 

L annee suivante, les professeurs Agostino Bertani et Pictro Castiglioni pro- 

posent formellement au congres de 1 association Internationale de secours aux 

| blesses tenu a Paris, que 1 usage de la cremation devienue ordinaire et soil de 



38 CREMATION. 

regie sur les champs de bataille. Deja, commc on le voit, les partisans de la 
cremation n en etaient plus a cette guerre de tirailleurs, a cettc guerre d es- 
carmouches qui sefait par la presse; ils abordaient la grande lutte, celle qui se 
livre dans les assemblies, ou les hommes s adressenl dircctement aux hommes 
et ou la crainte d une contradiction trop violente arrete souvent 1 orateur qui ue 
se sent pas .assez sur des dispositions de son auditoire. Dans le cas present, soit 
que les deux honorables professeurs eussent pris une confiance exage re e des 
sentiments de ceux auxquels ils parlaient, soil que leur argumentation ne fut pas 
assez convaincante, il est certain qu ils n obtinrent pas de ce public spmal 
1 accueil favorable qu ils en attendaient et qu aucune decision ne leur donna 
gain de cause. Mais en 1869, ils poserent de nouveau la question devant le 
congres medical de Florence et il leur futrepondu par un vote unanime de I as- 
semblee, approuvant et recommandant la cremation. 

A partir dece moment, la cause de la cremation, an moins devant une frac 
tion importante du monde savant, semble gagnee en Italie. Dans toutes les 
grandes villes, Florence, Milan, Naples, Genes, Venise, des congres et des con 
ferences s organisent, ou Ton affirme la necessite de ressusciter le rite antique. 
Les feuilles les plus populaires, non-sculement de la presse me dicale, mais de. 
la presse politique, publiont partout les inconvenients recemment decouverts de 
I enfouissement ct racontent les bienfaits oublies de la cremation. Des savants 
de premier ordre, chimistes, physiologistes, hygienistes, etaient devant les plus 
nobles assemblies les mysteres horribles de la destinee du corps humain confie 
a la terre, et lui comparent cette transformation pure, rapide et brillante que le 
feu lui fait subir. Les poetes eux-memes s en melent et chantent sur tous les 
modes 1 art qui permet aux hommes de rentrer dans le neant sans passer par la 
lente et epouvantable putrefaction. 

II n est pas jusqu au hasard qui ne servit cette propagande dans la penin- 
sule. La mort a Florence d un prince indou, radjah de Kellapore, au mois de 
decembre 1870, vint donner a 1 Italie le spectacle d une cremation. 

A vrai dire, le precede dont on fit usage, et qui e tait simplement le precede 
antique, encore employe dans 1 Inde, n etait pas fait pour vulgariser la pratique. 
Ce bucher, surcharge de malieres particulierement inflammables, et qui, malgre 
1 impetuosile d un vent prop ice, mit pres de huit heures a devorer un corps 
tout enduit de napthaline pure et de substances resineuses, ne dut pas inspirer 
aux assistants une bien vive confiance dans 1 avenir de 1 institution. Mais deja, 
heureusement pour elle, plusieurs savants distingues se preoccupant de resou- 
dre le probleme de 1 incineratiou rapide et peu couteuse, avaient, comme nous 
le verrons tout a 1 heure, tellemcnt avance la solution, que desormais ce ne 
pouvait plus etre pour personne une question de savoir si dans un avenir pro- 
chain ces deux conditions seraient completement remplics. 

Pour achever sa conquete, il restait a la cremation deux progres considerables 
a accomplir : il fallait d abord que la loi consacrat le nouvel usa-e ; il fallait 
ensnite qu il entrat dans la voie de 1 application. Quant au premier point, 
1 annee 1873 lerealisa. Au vceu, c-mis par le congres de Rome en 1871, deman 
dant que u par tous les moyens possibles on tachat d obtenir legalement dans 
1 interet des lois d hygiene que 1 incineration des cadavres fut substitute a 1 in- 
humation, le senat italien, sur 1 invitation du professeur Maggiorani, repondit 
en inserant dans le nouveau code sanitaire, malgre les scrupules du ministre 
Lanza, une disposition permettant aux iamilles de faire bniler le corps de leurs 



CREMATION. 39 

proches, sous la seule condition d en demander 1 autorisation au conseil supe- 
rieur de sante. 

Quant au second point, 1 annee 1876 1 a vu remplir. Un riclie milan.ns, le 
baron Keller, etant mort, laissant a sa ville la somme necessaire pour la con 
struction d un monument funeraire destine a la cremation, sous la seule condi 
tion que son corps y serait I objet de la premiere experience, les honorables 
el vaillants promoteurs de la cremation en Italic eurent, dans la journee du 
22 Janvier 1876, 1 immense joie de se dire, en deposant dans les appareils 
perfect! on nes de MM. Polli et Clericetti la depouille mortelle du genereux dona- 
teur, que le but auquel ils avaient consacre vingt ans d cfforts elait atteint. 

II n est pas douteux que c esten Italie quo 1 idee de la cremation, sortie de 
France, s est le plus rapidement et le plus completement installee. Mais il est 
facile de comprendre que les peuples voisins, qui composent avec la France et 
I ltalie la grande Republique occidental, n ont pas iarde, avec plus ou moins 
de hate toutefois, a s en emparer, si bien qu aujourd hui, en debors peut-etre 
del Espagne, de la Russie et de la Turquie, il n est pas un pays qui, a des 
degres divers, ne compte dans son sein des partisans de la cremation. 

En Suisse, ou le voisinage immediat de I ltalie n a pas ete sans influence, le 
mouvement en i aveur de la cremation s accentue a partir dc 1 annee 1874. Des 
meetings populaires s organisent,dont quelques-uns, ceux de Zuricb, par exc in- 
ple, comptent plus de deux mille pcrsonnes. Des bommes, pris dans tous les 
rangs, mais principalement parmi les savants, deviennent les champions de la re- 
forme : ce sont les docteurs Wegmann-Ercolani et Goll, le pasteur Lang, les pro- 
fesseurs Weith et Kinckel. Grace a leurs efforts, des societes se forment ayant pour 
but d introduire et de vulgariser dans le pays les meilleurs precedes de crema 
tion ; et sans parler de celles qui sont a 1 heure actuelle en voie d organisation, 
nous pouvons citer comme deiinitivement constitutes celles de Zurich etd Aarau 
(en Argovie) . 

C est au moment meme ou se tenaient dans la premiere de ces deux villes les 
grands meetings dont nous venons de parler, que le celebre chirurgien Thomp 
son, dans deux articles de la Revue contemporaine de Londres, repandait pour 
la premiere fois dans le public anglais les idees qu il venait d aller puiser a 
Vienne, a la contemplation des appareils crematoires perfeclionnes qu y avaient 
exposes plusieurs savants italiens et en particulier le professeur Brunetti. Nous 
ne savons quel est 1 avenir de la cremation en Angleterre et jusqu a quel point 
pourra lui etre titile le noni du praticien juslement considere qui 1 a prise 
sous sa protection. Mais ses progres jusqu ici se bornent a la fondation d une 
societe, dite de cremation, dont font partie, a cote de quelques celebrites medi- 
cales, des membres de la plus haute societe anglaise. 

Si sa visite a 1 exposition de Vienne avait pu inspirer a M. Thompson un gout 
si subit et si vif pour la cremation, faut-il s etonner que les Viennois, sous le 
coup prolonge de la meme influence, se soient a leur tour epris des appareils 
du professeur Brunetti? Au debut de 1 annee 1876, le conseil communal de 

Vienne a done adopte a 1 unanimite la proposition suivante : A propos 

des constructions a elever dans le nouveau cimetiere central de la ville, 1 ad- 
nnnistration superieure prendra les mesures necessaires pour que, dans le plus 
bref delai, la cremation facultative puisse s effectuer. 

Dans le moment meme oil la cremation commencait a faire quelques progres 
en Italie, I Allemagne complait deja plusieurs partisans convaincus de la re- 



40 CREMATION. 

forme, notamment le professeur fiichter, de Dresde; une petite socie fe de cre- 
mateurs se constituait meme, parait-il, dans la ville de Gratz. Mais le public, 
moins facile a entrainer sans doute qne le public italien, ne pi it fait et cause 
que lorsqu il vit ce dernier tout a fait lance dans la nouvelle voie. DCS 
lors, il f aut le reconnaltre, nos voisins allemands ont eu vite rattrape le temps 
perdu. Les brochures, les conferences se sont rapidement succedees en quelques 
mois. Desapotres, et en particulier le doctcur Reclam, se sont multiplies; des 
ingenieurs, des cbimistes se sont mis a 1 oeiivre pour Irouver les moyens indus- 
triels les plus propices a 1 incineration; et le 10 octobre 1875, a Dresde, les 
novateurs avairn! la consolation d introduire dans le four de MM. Siemens le 
corps de M nie Dilke, trois mois avanl que les Italiens ne deposassent ct lui du 
baron Keller dans les appareils de M. Polli. Continuant son oeuvre, 1 Allemagne 
v ient de tenir a Dresde, an mois dejuin.i876 un congrcs international, ou 
il a e te pris plusieurs resolutions importantes dans le but de repandre et de 
faire pem trcr partout les bienfaits de la cremation. Un comite, compose de 
M. Kinckel pour la Suisse. de MM. Kuchenmeister et Stockhausen pour 1 Alle- 
magne, de M. Hoogemerf pour la Hollande, de M. H. Tliompson pour 1 An- 
gleterre, de M. Muller pour la France, a ete charge de la foudalion d un organe 
de publicite pour 1 insertion des recherches scientifiques speciales et la diffusion 
des precedes reconnus les plus avantageux. De plus, il a e te decide qu il 
serai t cree et installe a Gotha, chef-lieu du seul pays allemand oil soit depuis 
peu autorise 1 usage public dc la cremation, un monument plus ou moins sem- 
blable a celui eleve par les Italiens dans le cimetiere de Milan, que Ton doterait 
des appareils Siemens de Dresde. 

Ce monument a etc eleve, et dans la Gazette hebdomadaire du 27 dccembre 
1878 on peut trouver le recit d une premiere cremation officielle qui a eu 
lieu a Gotha, le 10 decembre, devant les autorite s civiles et religieuses. ((Apart 
quelques details de peu d importance que ce nouveau mode de sepulture rendail 
indispensables, les funerailles, auxquelles assistait le clerge protestant, se sont 
accomplies selon les formalites usitees pour une inhumation ordinaire. Le corps 
qui devait etre incre me etait celui de M. Sticr, qui, apres avoir acquis une for 
tune assez considerable, s etait retire en 1870 a Gotha, ou il mourait il y a un 
an, apres avoir exprime le de sir que sa depouille fut detruite par le feu, des 
que les circonstances le permettraient. 

Le gouvernement de Gotha n ayantpoint encore aulorise la cremation, ondut 
enterrer le corps de M. Stier dans le cimetiere de la ville et ce n est que mainte- 
nant que le vceu du mourant put s accomplir, car, si le gouvernement avail au 
torise depuis quelque temps deja la cremation, on avait du attendre que le four 
fut termine. 

Le corps ayant ete exhume la veille en pre sence de 1 officier de 1 etat civil et 
de ses adjoints, on proceda done le 10 courant, a trois heures apres midi, aux 
funerailles, puis a la cremation. Toute la population etait sur pied pour etre 
temoin de ce spectacle. Le corps etait suivi des parents du defunt, du corps 
legislatif municipal, de quelques representants du gouvernement, de la presse, 
du commerce et de 1 industrie, de tous les membres de la Societe VUrne, qui, 
son but etant atteint, vient de sedissoudre, puis d une foule de medecins, d in- 
genieurs et de gens de lettres. Plusieurs etrangers, venus de tous les coins de 
1 Allemagne et meme de I etranger, attendaient le corps au milieu du four cre- 
matoire. 



CREMATION. 41 

Au nombre des assistants on remarquait M. le baron de Seebach, ministre 
secretaire d Etat du due de Gotha. Pendant qne la cremation s el fectuait, il pril 
occasion de faire connaitre a quelques pcrsonnes qui 1 entouraient la maniere 
de voir du gouverncment toucbant cette inleressante et en meme temps si im- 
portante question. II dit que la necessilc d elahlir tons les dix ou quinzc ans 
de nouveaux cirnetiercs forcera bientot les grands centres et meme Irs villes de 
moyenne grandeur a suivre 1 exemplc de Gotba. 

Le corps, coucbe dans uti cercueil de bois, fut descendu dans la cbambre 
crematoire, dont on lerma immediatement la trappe. 

Un moment plus tard, ceux qui avaient des cartes spcciales descendaient dans 
le compartiment qui louche a la cbambre crematoire afm de voir, au moyen 
d une espcce de judas pratique dans la porte de la cbambre ardente, les progres 
de la cremation, ct pour y entendre les eclaircissememenls techniques que don- 
naitM. Scbneider, ancien eleve de 1 Ecole royale polylechnique de Dresde, sur 
le precede crematoire ainsi que sur le four, qui a etc construit d apres le sys- 
teme de M. Siemens. 

La cremation du corps de M. Slier a dun 1 deux bcures ; c est a pen pivs imc 
lieure de plus que les cremations de corps humains et de radavrrs d aiiimaux 
qui ont ete faites a diverges e poques et en guise d essai dans le four cn mainirr 
de M. Siemens a Dresde. On attribue cette longue durec a la circonstance que 
le corps dc M. Stier etait en decomposition. La cremation complrli-mnil. ter- 
minee, ou ouvrit la Irappe et toutes les ouvertures. Apivs ;ivmr ivmnlli les 
cendies, qui doivent necessaircment toutes tomber dans le cendrier place au- 
dessous du gril, on les deposa dans unc ume que Ton remit aux ayants droit 
du dcfunt, apres 1 avoir immediatement sendee. 

Celte inhumation a eu un grand retentissement en Allemagne, et il est pro 
bable que 1 exemple de M. Stier donncra lieu a de nouvelles cremations. 

A cote de 1 accueil presque enthousiaste que recoil la cremation dans tons les 
pays circonvoisins, Italic, Allemagne, Suissc, Angleterre, Hollande memo, il y a 
quelque chose d etonnant a voir la France, qui s eprend en general si facilc. 
ment des nouveautes, garder une attitude aussi reservee dans une question de 
cette importance et dcmeurer si loin en arriere des nations qui I cnlourent, 
soil par le nombre des partisans que compte dans son scin la uouvelle praliqur, 
soil par 1 importance des manifestations d ordres divers qui s y sont produiles 
dans ces dernieres annees. Un ecrivain laborieux et convaincu, qui depuis 
longtemps consacre sa plume a la diffusion de ces idees, M. le docteur de Pietra- 
Santa, dans un memoire auquel nous avons emprunte la meilleure partie des 
details qui precedent sur le mouvement de la cremation a 1 etranger, s est plaint 
du peu de succes qu a eu jusqu ici en France la propagande qu il y conduit 
a peu pres seul aujourd bui. Nous ne devons pas nous dissimuler, dit-il, le 

1 

3u de succes que ces etudes ont obtenu en France. Avant de paraitre dans 
1 Union medicale, ces articles avaient donne lieu au sein du comile de redac 
tion a des observations ou se traduisaient les scrupules des uns, le mauvais vou- 
loir des autres, les hesitations de tous. Dans la presse medicale de Paris, la 

i . . 

seule a qui nous ayons adresse noire brochure, un silence significatif s esl fail 
autour d elle. Les eminents confreres du conseil municipal auquel nous nous 
etious empresses de 1 envoyer, ne nous eu ont pas meme accuse reception. 
La question cependant valait la peine d etre eludiee soigneusement. Pourquoi ne 
pas provoquer la nomination d une commission competcnte ? Pourquoi ne pas 



42 CREMATION. 

prescrire des etudes comparatives pour controler Fefficacite des divers prece 
des? Pourquoi tant de dedain en presence des resultats ohtenus en Italie et en 
Angleterre? 

Cependant, nous devons, pour tout dire, signaler une manifestation, qui, sans 
avoir cause en France aucune emotion serieuse, a eu a 1 e tranger un retentisse- 
ment considerable, au point de faire croire a un etat de 1 opinion qui, suivant 
nous, n existe pas. Nous voulons parler de la deliberation prise le \k aout 1874 
par le conseil municipal de la ville de Paris an sujet de la faculte accordee en 
principe a tout Parisien de se faire inhumer ou incine rer. Art. 4. M. le prei et 
de la Seine est invite a prendre les mesures necessaires pour ouvrir un concours 
dont la dure e sera de six mois, dans le but de rechercher le meilleur precede 
pratique d incineration des corps ou tout autre systeme conduisant a un resultat 
analogue. Le conseil municipal determinera ulterieurement les conditions et le 
programme dudit concours, a la suite duquel il y aura lieu cle solliciter des 
pouvoirs publics une loi autorisant 1 usage facultatif de la cremation dans la ville 
de Paris. Ceux qui s imagineraient que 1 avenir de la cremation a fait en ce pays 
un grand pas le jour ou le conseil municipal de Paris a adopte le projet de delibe 
ration ci-dessus pourraient, a notre avis, se faire la d ctranges illusions. Le conseil 
qui ne comptait dans son sein qu un tres-petit nombre de membres favorables a 
cette pratique, if a evidemment introduit dans son projct 1 articleque nous avons 
cite que pour ne point parailre s opposer de parti pris aux instances reite rees 
de quelques collegues convaincus, et par la se moutrer moins liberal que les 
conseils des capitales e trangcres, tclles que Milan ou Vienne, ou meme que 
celui d une petite ville, comme Gotha. Quant a juger par la que la cremation 
pourrait avoir gagne en faveur aupres de la population trancaise, nous pensons 
qu il y aurait temerite a le faire, et d apres quelques indices infmiment plus 
certains, nous serions prets a nous ranger a 1 opinion diame tralement oppose e. 
Est-ce un bien ? est-ce un mal ? G est ce que nous verrons en abordant le chapi- 
Ire des conclusions l . 

1 Nous reproduisons, comme document important, le rapport a M. le Prefet. de police sin- 
la cremation par le Conseil d hygiene publique et de salubrite du departement de la 
Seine : 



Paris, le 25 fevrier 1876. 

Lc Conseil municipal de Paris a insere dans sa deliberation du 14 aout 1874, relative a 
1 ouverture d un cimetiere pres de Mery-sur-Oise, une disposition par laquelle il invitait le 
Pret et de la Seine a prendre les misures necessaires pour ouvrir un concours dans le but 
de rechercher le meilleur precede d incineration des corps, ou tout autre systeme conduisant 
a un resultat analogue. 

Sur ceite invitaiion, le Pri-fet de la Seine a institue, par arrete du 15 fevrier 1875, une 
Commission administrative chargee specialement d etudier les conditions d un concours a 
ouvrir dans les terrnes de la deliberation precitee. 

La Commission a, dans sa seance du 16 juillet 1875, adopte le projet de programme 
suivant : 

II est ouvert un concours pour la recherche du meilleur precede d incineration des 
corps, ou de tout autre alternant le meme resultat. 

Le procede devra satisfaire aux conditions suivantes : 

Article \". Le procede d incineration ou de decomposition chimique devra assurer la 
transformation des matieres organiques sans production d odeur, de fumee, ni de gaz dele- 
teres. 

Art. II. On devra garantir 1 identite et la conservation totale, et sans melan n e, des 
matieres fixes. 

Art. 111. Le moyen employ, sera expedilif el economique. 



CREMATION. 43 

V. ARGUMEMS IJNVOQUKSPAR LES PARTISANS DE LA CREMATION. Si dans cctte courte 
revue du mouyetnent imprime a 1 ide e de la cremation tant en France qu a I etrati- 

Art. IV. II ne sera porte aucun obstacle a la celebration des ceremonies religieuscs de 
quelque culte que ce soit. 

Art. V. Le concours sera ouvert le (date a fixer] et i erme le (six mo is apr&s}. 

Art. VI. Les concurrents meltront a 1 appui de leur proj et un devis d ctablissemcnt, un 
devis de t onctionnement, et indiqueront le prix de revient des operations. 

Art. VII. Moyennant le paiement des primes ci-apres stipulees, la Ville reste proprietaire 
des projets et procedes, quant a leur application aux services funebres de Paris, soit dans 
1 enceinte de la ville soit dans les cimelieresexterieurs. 

Art. VIII. Le classement des projets n aura lieu qu apres des experiences comparatives et 
pratiques. Ces experiences se feront aux frais des concurrents, mais il sera alloue une sub 
vention pour les essais des projets et procedes que le jury aura declares admissibles dan- un 
premier examen. 

Art. IX. L auteur du projet classe le premier recevra une prime de 25,000 francs; 

Le second, une prime de 15,000 francs ; 

Le troisieme, une prime de 10,000 francs. B 

Le 21 aout 1875, le Prefet de la Seine vous a e crit, monsieur le PreTet, qu avant de sou- 
mettre ce programme au Conseil municipal, il croyait i devoir prendre votre avis sur In 
question qu il s agit de resoudre et qui louche, par certains points, aux attributions de 
votre administration chargee plus directement de tous les services int6ressant la salu- 
brite. 

Le 17 de cembre 1875, vous avez renvoy6 ces divers documents au Conseil d hy<jienc 
publique et de salubrite. Aussitdt une commission, composed de MM. Baude, Boussingault, 
Bouchardat et Troost, a ete chargee de presenter un rapport sur la question qui vous est 
soumise. 

La lettre du Prefet de la Seine ne specifiant aucune demande particuliere sur laqudli 
1 attention du Conseil doive Sire specialement attiree, la Commission a cru devoir examiner 
successivement les points tuivants : 

1 La possibilite d operer 1 incineration des corps sans production d odeur, de fumee, ni 
de gaz del^teres ; 

2 Les avanfages que 1 incineration pourrait offrirau point de vue de la salubrite; 

3 Les inconvements qu elle pre senterait au point de vue des inves tigations de la justice 
pour la recherche des crimes. 

La Commission n avait pas a s occuper de la convenance de respecter la celebration des 
ceremonies religieuses, cette convenance a ete reconnue par le Conseil municipal et par la 
Commission administrative qui a determine le programme de concours ci-dessus indique. 

II est d ailleurs bien entendu que 1 incineration ne serait nullement obligatoire, rnais 
qu elle serait simplement facultative, dans des conditions a determiner par une loi speciale. 

I. Sur la premiere question examinee par votre Commission, le rapport peut etre tres- 
bref : il n est pas douteux qu en ayant recours a des foyers a gaz, analogues a ceux que Ton 
emploie dans la metallurgie, on aurait nne incineration rapide. II serait possible d obtenir, 
sans aucun melange de matieres ctrangeres, les cendres du corps soumis a la cremation. II 
ne se repandrait d ailleurs aucune odeur fetide, aucune fumee, car ces foyers sont essen- 
tiellement fumivores. On n aurait par suite aucun inconvenient a redouter pour la salubrite 
publique. 

Les conditions du programme presente au Conseil municipal pourront done etre facile- 
ment remplies, sauf peut-etre la condition d e conomie, car, avec ces foyers, la cremation ne 
deviendrait economique qu a 1 epoque probablement encore eloignee oii un four pourrait 
fonctionner d une maniere continue. 

II. La cremation presenterait des avantages sur le mode d inhurnation dans la fosse 
commune oi i un espace insufljsant est reserv^ a chaque corps. II peut, en effet, en resulter 
des emanations fetides et 1 alteration des eaux souterraines lorsque laterre setrouve saturee 
de matieres organiques en decompositinn et que I air ne pent arriver en quanlite suflisante 
pour determiner une combustion complete. Mais les plus graves inconvements des cimetieres 
actuels disparaitraient le jour oii la fosse commune, etablie dans des terrains convenable- 
ment permeables, ne contiendrait qu un nombre limite de corps suffisamment espaces et 
pourrait etre retidue a 1 agriculturd apres avoir etc fermee pendant un certain nombre 
d annees : car, les corps inhumes dans un sol permeable sont, en definitive, livres a une 
sorte de combustion lente et indirecte qui ne preseute aucun inconvenient, tant que les 
produits intermediaires et dangereux n arrivent pas a la surface du sol. 

HI. L inhumation presenle pour la societe des garanlies que Ton ne trouve pas dans 



44 CREMATION. 

ger, duraut ces vingt dcrnicrcs annces, nous nous sommes abstenus de donner le 
detail dcs arguments invoques par les partisans de la reforme dans^ les diffcrents 
pays oil elle tenle de s etablir, c est que nous n avons pas voulu nous condam- 
ner d avance a d inevitables et fastidieuses repetitions. On concoil, en effet, que 
p;iH<mt les memes raisons aient ete invoquees, les memes objections faites au 
mode actuel d inhumation et que partout on ail repondu de meme a ceux qui 
conteslaicnt 1 utililc ct la possibilite de la cremation. Mais ces arguments, ces 
objections, ces reponses, nous devons maintenant les exposer tels qu ils ont ete 
presentes par leurs auteurs dans les nombreux travaux auquels la question a 
donne lieu. La liste est longue des memoires et des brochures qui ont paru 
dcpuis quclques annees sur la cremation, et 1 Italie, comme de juste, y tient la 
place la plus considerable. Mais a cote d elle, nous aumns egalement a tenir 
compte des ecrits que lardforme a susciles* tant en Allemagne et en Suisse qu en 
France et en Anglctenv. 

Nous pi eveuons nos lecteurs que dans cet expose, nous allons nous effacer, 
disparaitre, pour ainsi dire, pour donner la parole aux auteurs. Plustard, nous 
entrerons a notre tour dans la discussion et lerons valoir nos objections. 

Les novateurs ont dirige leurs efforts sur deux points : 

En premier lieu, ils ont cherche a demon trer que 1 inhumation etail un precede 

la cremation, si Ton considere la question au point de vue de la recliorche et de la consta- 
tation des poisons, dont 1 existence n est souvent soupQonrie e que longtemps apres le deces. 

En efl el, les poisons peuvent, au point de vue qui nous occupe, etre divises en deux 
classes : 

1 Los poisons que la cremation ferait disparaitre; 

2 Les poisons qu elle ne detruirait. pas compltHt-ment. 

lians la premiere classe se rangent loutfs les substanci. S toxiquesd origine organique et de 
plus, 1 arsenic, lephosphore et le sublime corrosif, c est-a-dire les poisons qui sont le plus 
frequemment employes. Dans tous les cas d empoisonnement par 1 une de ces subtances, la 
cremation ferait disparaitre toute trace du crime, elle en assurerait 1 impunite, et, par 
suite, en ericouragerait le renouvellement. 

Dans la seconde classe des poisons se rangent les sels de cuivre et ceux de plomb. Le 
metal pourrait etre retrouve dans les cenclres, mais il est bien evident que les interesses 
auraient toujours la ressource de disperser ces cendres ou de les remplacer par d autres; 
de sorte que dans le second cas les traces d un crime seraient gencralement aussi fyciles a 
t aire disparaitre que dans le premier. 

I ar suite, les criminels pourraient trouver dans la cremation une se curite qu ils ne ren- 
contrent pas dans les proci des actuels d iuliumalion, et qu il importe de ne pas leur assurer, 
car elle serait pour les populations une source de dangers plus graves que I iusalubrite 
reprochec aux cimetieres. 

Les objections que Ton pent faire a la cremation seraient levees si la loi exigeait qu avant 
toute cremation il f ut precede a 1 autopsie du cadavre et a 1 expertise cliimique de ses 
organes essentiels, pour y constater la presence ou 1 absence de lout poison. 

Mais ces expertises, qui n ont de valeur qu alors qu elles sont conduites comme une expe 
rience vraiment scientifique, sont toujours delicates, meme lorsque le champ des recberches 
a e!e limite par une instruction jucliciaire; ellcs deviendraierit extremement longues et 
peuibles, en labsencede toute indication preliminaire. Aussi, en admettant qu elles puissent 
etre pratiquees avec la prudence et le talent qu elles exigent de la part de 1 opei ateur, tant 
qu il n y aura qu un petit nombre de cremations, il est bien difn cile d aflirmer qu elles 
seraient encore serieusement realisables le jour ou les demandes d incineration se multi- 
plieraient. 

En resume, monsieur le Prel et, la Commission a constate la possibilite d obtenir 1 incine- 
ration des corps sans degagement de gaz insalubres ; elle a reconnu 1 avanta^e de cette 
incineration sur 1 inliumation dans la losse commune, au point de vue de Fhvgiene mais 
elle a trouve dans la cremation de tres-serieux inconvenients au point de vue de la medecine 
legale, et par suite, au point de vue de la se curite publique. 

La Commission a d ailleurs complelement reserve toutes les questions de sentiment et de 
morale. 



CREMATION. 45 

de plus en plus insuflisant et dangereux, dout Ics lois de 1 liygiene re clamaient 
energiquement la suppression. 

En second lieu, ils se sont offerees de repondrc aux objections d ordres divers 
que soulevait le precede par lequel ils pretendaient remplacer 1 inhumation. 

Nous aliens Ics suivre pas a pas sur ces deux terrains. 

Que fait la nature du cadavre humain? deinande le professeur Polli, dans 
une des brochures qui out eu en Italie et a 1 etranger le plus de retentissement. 
Et il repond : L organisme humain, quand il a cesse de vivre, subil, si on 
1 abandonne a lui-meme, les lois physiques et chiniiques qui rameiini! ses < om- 
posants aux combinaisons plus simples, telles que I eau, les gaz acidcs earboni- 
ques, hydrogene carbone, ammoniaque, et quelques sels mineraux, dans lesijuels 
entrent principalement la chaux, la magnesie, la potasse, la soude, 1 oxyde 
de fer, salifies par 1 acide phosphorique et 1 acidc carbonique. II y a des 
gaz et des cendres. Tous ces produits, la vegetation les utilise. Lorsque le ca 
davre humain, compose de 75 parties environ d eau et de 25 parlies de 
matieres solides, chair etos, a cede a 1 air toute sou eau a 1 elal d<> vapeur 
ainsi que tous ces principes gazeu.v, il ne restc plus que de la terre et des cen 
dres. La partie materielle de 1 honmio retourne ainsi a la masse du jjlobe, et 
ajoutant an sol des couches fecondes, va servir a 1 alimentation de \i i;elaii\ ou 
d animaux d ordre inferieur, r.Ysl-a-dire qu il va vivrc sous d aulres formes. La 
mtitempsy chose, dans le sens chimique, cst une loi nalmelle, drimmlivr ji 
la derniere evidence : elle est bicnfaisante et hygienique. 

Voici ce que fait la nature; mais que fait 1 homme? 

Pousse par de louables motifs d afl eclion, ou par de respectables 
religieux, ou meme par le souci d une hygiene mal comprise, il tenle de sou>- 
traire sa depouille a ces lois provideutielles, il retarde autant qu il peut celle 
desagregation necessaire; il prolongs indefiniment ce deperissement et cettc pu 
trefaction avec tous les inconvenients qu ils entrainent, et fait de son cadavre 
une inepuisable source de maux pour les vivants. D immenses emplacements 
inulilement sacrifies, de pestilenlielJes cffluves repandues dans 1 air, les eaux 
potables alterees jusque dans leur source, tels sont en effet les funestes et ordi- 
naires resultats de 1 inhumation. 

II u est plus aujourd hui une capitale, ou meme une ville de quelque impor 
tance, diseut d autres auteuis, devaut qui ne se pose d une maniere prcssante le 
difficile probleme de savoir ou elle va bicnlot enterrer ses morts. C est en vain que 
les administrateurs, qui out cree les grandes necropoles actuelles, out cru J aire 
assez largement leschoses pourf]ue les vasles emplacements qu ils avaient choisis 
servissent a une suite presque indefinie de generations. Les villes grandissent, les 
populations s accumulent et les niorts se pressent de plus en plus dans des espaces 
trop etroits. On a beau reprendre, apres un nombre d annecs aussi court que pos 
sible, les terrains concedes et demander au sol de nouveaux et continuels efforts ; 
non-seulement, au bout de peu de temps, le sol refuse peremptoirement d ac- 
complir 1 oeuvre de destruction, mais ces moyens dilatoires eux-memes sont insuf- 
fisants et servent tout au plus a retarder de quelques annees une solution neces 
saire. Une ville de 1,000,000 d habitants, qui fournit en moyenne 52,000 cada- 
vres par an, dont chacun n occupe pas moins de 2 metres carres de superficie, 
si Ton tient compte de la place prise par les routes, par les degagements, par 
les batiments d administration, etc., reclamerait, en supposant qu elle ne prit 
pas d accroissement ct qu on laissat reposer les corps au moins huit annees 



46 CREMATION. 

dans leur fosse, un terrain de 500,000 metres carres. Nous mettons huit annees, 
car les cinq que Ton accorde dans les cimetieres parisiens sont tellement insuf- 
fisantes que lorsqu on rouvre la fosse pour la troisieme ibis, on est presque tou- 
jours sur d y retrouver les corps entiers. Remarquons, en outre, que nous ne 
tenons pas compte ici de 1 espace occupe par les concessions a perpetuite, ni par 
les concessions temporaires renouvelables, et que nous stipposons que lous les 
raorts sont enterres en concession gratuitc, ce qui n a lieu que pour les deux 
tiers. 

M;ds nous faisons ici une hypothese irrealisable : quelle capitale, quelle ville 
ne va pas s agrandissant tons les jours et ne voit augmenter la population qui vit 
dans ses murs? Si large qu aulrefois ait pu paraitre son enceinte, un jour vient 
ou elle etreint ses habitants. A ses portes d inmienses faubourgs se creent et 
s etendent, et les cimetieres, que de sages precautions avaient eloignes des villes, 
se trouvent devenus autant de centres d agglomerations non moins populeux que 
les villes elles-memes. Entoures de tous cotes par les habitations, ils sont con- 
damnes a demeurer ce qu on les a fails d abord, et ne peuvent s accroitre a me- 
sure que les besoins augmentent. Bientot 1 unique ressource des municipaliles 
anxieuses est de rechercher des emplacements nouveaux : mais aux abords des 
cites tout est pris, tout est occupe ; la cherte des loyers y a chasse la population 
pauvre, la cherte des matieres premieres y a chasse 1 industrie. De plus, per- 
sonnc n est desireux d accucillir uii cimetierc dans son voisinage et trouve mille 
raisons pour econduire les enqueteurs. Alors on en vient, faute probablement de 
trouver mieux, au projet de deporter les morts. Les cites, n ayant plus la possi- 
bilite de conserver aupres d ellas ces cheres depouilles, iront acheter au loin des 
terrains immenses, et, non sans frais considerables, non sans porter atteinte au 
plus general et au plus respectable de tous les cultes, elles transporteront au 
loin les corps de ceux qui ne sont plus. C est ainsi que Londres a vu creer, il v a 
quelques annees, son London-Necropolis. G est ainsi que 1 administration de la 
ville de Paris est sur le point d etablir une vaste necropole a 28 kilomefres de 
ses murs, sur le plateau de Mery-sur-Oise ; c est ainsi que toutes les grandes viiles 
de rAllemagne et de 1 Italie chercbent, depuislongtempsdoja, des emplacements 
convenables pour y fixer leurs champs de morts ; que Genes se voit contrainte 
d abandonner son Staglieno, parce que les principes minero-salins du sol, a 
force de se combiner avec ceux des parties molles des cadavres, ont acheve de 
se saturer et sont devenus incapables de poursuivre leur travail destructeur ; 
que Florence cherche, sans les pouvoir ti euver, les quelques hectares do.;t elle 
a besoin pour etablir son nouveau cimetiere ; que Carrare se trouve oblioee d a 
bandonner celui de Terrano ; que Brescia et Bologne se trouvent acculees dans la 
meine impasse. 

Ce qui complique ici la difficulte deja trop reelle de trouver de nouveaux em 
placements convenables, lorsque les anciens sont devenus insuffisants, c est, 
comme nous 1 avons dit, que personne ne se soucie d un voisinage, qui , a tort 
ou a raison, passe pour etre dangereux. 

Les cimetieres, grace a 1 autorite de quelques savants dune competence irre 
cusable, ont acquis, depuis un certain nombre d annees, la plus detestable 
renommee. Chimistes, geologues, physiciens, biologistes ont uni leurs efforts 
pour les miner dans I opinion. Ils les accusent d etre la source de maladies 
innombrables, soil par les pestilentielles exhalaisons et les miasmes deleteres 
qu ils repandent dans 1 air, soil par les proprietes nocives qu ils communiquent 



CREMATION. 47 

aux eaux de pluie qui les Iravcrsent pour aller former dans le sein de la terre 
les nappes dont s alinicntent nos puits. 

Ce sont la de bien terribles accusations. Voyons sur quels documents scienti- 
ilques tout cet echafaudage a ete construit. 

Eu premier lieu, il faut demontrer quo les gaz produits par la decomposition 
des corps peuvent traverser la couche dc terre (jui les recouvre pour veiiir se 
repandre dans I atmospherc. C est un point que M. Ambr. Tardieu a mis en 
lumiere dans une these domenree classique : 

L inhumation d un corps dans une fosse ou il est reconvert de plusieurs 
pieds de terre n empeche pas les gaz, engendres par la decomposition, et les 
matieres pulrides qu ils tiennent en suspension, dc penctrer le sol environnant 
et de s echapper dans Fair qui est au-dessus ou dans 1 eau qui est au-dessous. 
L hydrogene carbone, par exemple, arrive rapidement a la surface a travers une 
couche de sable de plusieurs pieds d epaisseur, le sol paraissant a peine opposer 
quelque resistance a son passage. Ce fait domine la question de la salubrile des 
eimetieres. Lorsque les gaz proviennent de foyers considerables, comme d une 
fosse commune, ils s epandent dans tous les sens, mais surlout de bas eu baul, 
et ne paraissent qu en tres-faible parlie absorbcs par le sol. Kt telle esl l.i len- 
dance de ccs gaz a gagner la surface, qn il ne parait pas possible de s y opposei . 
Si Ton enterrait les corps, dit M. Leigh, ehimiste de Manchester, qni |i;n-,iil 
avoir etudie tres-particulieremcnt ce sujet, a une profondeur dc huit ou 
dix pieds, dans un sol sablonneux, je suis convaincu que Ton n y gagnerail 
pas grand chose ; les gaz trouveraient une issue facile a presque toutes 
les profondeurs praticables. Et il est probable qu ils ne s echapperaient que 
plus facilement encore a travers les fissures si communes des tcrres argi- 
leuses. 

11 y a des gaz, en particulier, qui semblent resister plus specialement a 
cette absorption du sol : 1 acide carbonique, par exemple. Le docteur Reid a vu 
dans des cimetieres la terre impregnee d acide carbonique, comme elle pourrait 
etre imbibee d eau. Lorsqu on y avait creuse une fosse, au bout de peu d heures 
elle etait devenue comme un veritable puits d acide carbonique, oil les fossoyeurs 
ne pouvaicnt plus descendre sans danger. 

Le docteur Playfair evalue la quantite de gaz produits annuellement par la 
decomposition de 1117 cadavres par acre de terre, a 55,261 pieds cubes; or 
comme on inhume annuellement 52,000 cadavres dans la ville de Londres, cela 
eleve a 2,572,580 pieds cubes la totalile des gaz, qui, independamment de ce 
qui est absorbe par le sol, passent dans 1 eau inferieurement ou dans 1 atmo- 
sphere. 

11 est done entendu que les gaz produits par la decomposition arrivent a la 
surface du sol et se repandent dans 1 air. Mais quelle sera leur influence sur les 
etres organises, a quels phenomenes pathologiques donneront-ils lieu? C est ce 
que vont nous faire connaitre les experiences des chimistes et la pratique des 
medecins : 

Le professeur A. Selmi, de Mantoue, affirme, ecrit le docteur Gaetano 
Pini, dans le feuilleton scientifique d un journal italien, que la putrefaction 
des cadavres n est pas seulement une source d ammoniaque, d acide sulf- 
hydrique et carbonique, ct d hydrocarbures gazeux, comme le pretendent le plus 
grand nombre des chimistes, mais d aulre chose encore. Tous ces produits ae ri- 
formes figurent bien pour une part dans les effets de la putrefaction ; mais Ton 



48 CHE NATION. 

n a pas note line matiere speeiale, volatile, qui se rencontre dans 1 air, lorsque 
cet air a traverse un lambeau de chair en voie de fermentation putride, comme 
il s en trouve dans la terre des cimetieres. Cette substance, qui a beaucoup 
d aaalogie parses effets avecle septo-pnewna, selon le chimiste mantuan, serait 
capable de determiner dans le glucose dissous la fermentation pulridc et la nais- 
sance d une innombrable quantite de bacteiies, semblables a celles qui se mani- 
festent dans la fermentation bulyrique. II est facile de 1 isoler, en faisant passer 
de 1 air a travers une legere coucbe de terre de cimeticre, et de la a travers 
quelques tubes d cpreuve, remplis d une solution de glucose dans la proportion 
de 9 pour 100. Si Ton injecte celle substance avec une seringue sous la peau 
d un pigeon, an bout de vingt-quatre heures, 1 animal cesse de se nourrir, il est 
en proie a une diarrhee epouvantable, il rend par la boucbe une e norme quan 
tite d eau mucilagineuse et meurt dans les trois jours. Le professeur Selmi 
ajoute qu il a obtenu les memes resullats, quoique a un moinclre degre, avec de 
la terre de cimetiere abandonnee depuis dix ans et prise a une profondeur de 
O m ,50 a O m ,60 seulement. 

Les mcmes affirmations se sont produites a Paris, lors de la remarquable dis 
cussion que la question des cimetieres a suscitee au sein du conseil municipal 
de la grande ville. Le docteur Clemenceau s en est fait 1 organe. Ce qui est vrai 
de la decomposition a 1 air libre, a-t-il dit, est encore vrai lorsque la decompo 
sition s opcre sous la terre ; les lois de la nature ne sont pas suspendues par 
1 inhumation. Les gaz produits par la decomposition se degagent au sein de la 

terre qui est impregnee d air et la penetrent En admettant que cinq ans- 

suffisent pour amener la destruction complete des corps confit s aux cimelieres 
parisiens, c est une masse de 250,000 cadavrcs environ qui est en decomposi 
tion, a 1 etat permanent, a proximite des liabitations, et cette masse exhale ne- 
cessairement des gaz mephitiques. Quand une ville comme Paris presente deja 
de nombreuses causes d insalubrite, telles que les egouts, les vidanges, les loge- 
ments insalubres, sou conseil municipal n a-t-il pas le devoir d eloigner, lors- 
qu il le peut, une aussi puissante cause d infection? Mais en outre de ces gaz 
mephitiques, qui causent cbez les vidangeurs et les egoutiers des maladies 
commes, le plomb, par exemple, il y a des miasmes auxquels la vapeur d eau 
sert de vehicule. 

Ces miasmes peuvent provenir de detritus vegetaux et, dans un cas, M. De- 
paul 1 en convient, ils sont dangereux et engendrent des maladies, ou bien de 
detritus organiques, et M. Depanl nie que ceux-ci soient nuisibles. Cependant, 
M. Depaul reconnalt le danger des agglomerations d etres vivants, d ou naissent 
le typhus et les fievres typhoides ; comment peut-il done soutenir que les agglo 
merations de cadavres en decomposition n offrent aucun danger ? Aux embou 
chures du Mississipi, du Gauge, du Nil et de la plupart des grands fleuves, 1 ac- 
cumulation des detritus de vegetaux et, d animaux cause des maladies locales 
ou des epidemies. L endemie de fievre typhoide a Paris n est pas due a un autre 
motif. Dira-t-on que M. Bouchardat, dans un recent article de la Revue scienti- 
fique, apres avoir reconnu que les cimetieres out ete accuses par beaucoup d hy- 
gienistes, nie lormellement que les emanations des cimetieres se repandant a 
1 air libre presentent des dangers pour la salubrite publique? Mais quelques 



CREMATION. 49 

hgnes plus bas, il rappelle lc chiffre enorme des viclimes de 1 epidemie de (icvre 
typhoide, qui a regne pendant le siege de Paris, ct Ton est naturellement con 
duit a considerer comme cause de cclte epidemic, le nombre considerable des 
inhumations faites a cette epoque dans les anciens cimetieres de 1 interieur de 
la ville.... 

Remarquons en passant que M. Clemenceau, pas plus d ailleurs que M. Auibr. 
Tardieu, n est partisan de la cremation; du moins il nc s est pas declare tel. II 
demande le transfert des cimetieres loin de la capitale et rien de plus. Ccpen- 
dant on nous permettra de les introduire 1 un et 1 aulre dans le debat, car s ils 
ne comptent point parmi les partisans de la cremation, c est a Icur argumenta 
tion que ceux-ci out fait le plus d emprunt. 

Jusqu ici nous n avons offert a nos lecteurs que des raisonnements a priori 
sur I infiuence des emanations produites par les cimelieres. II ressort de ces 
theories que ces emanations doivent etre nuisibles ; mais nous ne possedons en 
core, en dehors des quelques faits gene raux cites par M. Clemenceau, aiir.une 
preuve bien constatee de danger. Yoici, d ailleurs, sans commentaire, tout ce 
que nous trouvons a ce sujet relate dans les auteurs. 

Lc premier fait est emprunle a Cliadwick : Dans lc cours des reclicrclics 
que je laisais de concert avec M. le prol esseur Owen, nous eumes a examiner la 
sante d un boucbcr qui nous mil sur la trace d un ordiv dc Tails assrz curienx. 
(let homme avait habile Bear-Yard, pres de Clare-.Markii, on il rlait expose ; i 
deux influences egalcment redoutables, car sa maison etait situee entre une 
boucherie et 1 etalage d une tripiere. Amateur passionue d oiseaux, il ne put 
jamais en conserver tant qu il logea en cet endroit. Ceux qu il prenait 1 ete ne 
vivaient pas plus de huit jours dans leur cage. Entre autres odeurs malfaisantes, 
celle qui leur nuisait le plus etait la vapeur de suif qui s exhale des tripes 
pendant 1 operatioii du degraissage. II nous disait : Vous pouvez suspendre une 
cage a n importe quelle fenetre des greniers qui entourent Bear- Yard, et pas un 
oiseau n y restera vivant plus d une semaine. Quelque temps auparavant, il 
habitait une chambre dans Portugal-Street, au-dessus d un cimetiere tres-peuple. 
II voyait souvent le matin s elever du sol un brouillard epais, dont 1 odeur 
offensait 1 odorat. Les oiscaux y mouraient vite ; href il ne put les conserver 
qu en transportant son domicile dans Vere-Street, Clare-Market, au dela des 
limites dans lesquelles agissent les emanations dont nous parlous. 

Nous tirons le second fait de la these deja citee de M. Tardieu : 

Le passage suivant, emprunte au docteur Reid, dit-il, donnera encore une 
idee des consequences auxquelles est expose lc voisinage d un cimetiere, surtout 
lorsque ce dernier se trouve au milieu d une population condense e, et lorsque 
le drainage pent s y trouver obstrue a certaines epoques ; c est ce qui arrive 
pour la chambre des communes, voisine du cimetiere de 1 eglise Saint-Margaret, 
dont tous les tuyaux de drainage sont periodiquement fermes a la haute maree. 
Les emanations desagreables y ont ete observees a toutes les heures du matin et 
de la nuit, et, rneme dans la journee, on en a constate 1 existence dans les ca- 
vcaux de la chambre des communes et dans les egouts du voisinage. Lorsque le 
barometre est bas, la surface du sol legerement humide, la maree plcine et la 
temperature elevee, c est alors que la viciation de 1 air parait le plus prononce e. 
Plus d une ibis, dans les maisoiis particulieres ct a la chambre des communes, 
le docteur Reid a du faire usage d appareils de ventilation ou de preparations 
chlorurees pour combattre ces emanations desagreables et deleteres, dont les 
net. ENC. XX111. 4 



50 CREMATION. 

individns ont paru egalement, dans plusieurs circonstances, ressentir assez vi- 
vement les facheux effets. 

En dehors de ces deux cas ou il semble que les cimetieres ont parfois une 
certaine influence sur 1 atmosphere qui les entoure, nous ne trouvons plus 
que des faits tendant a prouver leur influence passagere et, pour mienx dire, 
exceptionnelle. G est ainsi que Ton cite quelques exemples d accidents survenus 
a la suite de travaux de terrassement executes dans des cimetieres abandonnes, 
ou pendant des exhumations, ou dans des descentes a i interieur de caveaux long- 
temps renfermi s. On rapporte, entre autres, le cas de cet ouvrier subitement 
suffoque, lors des inhumations provisoires qui eurent lieu en 1830, sur 1 em- 
placement de 1 ancien cimetiere des Innocents ; on rappelle egalement le fait de 
trois fossoyeurs, qui, le 27 septembre 1852, procedant a une exhumation, creve- 
rent d un coup de pioche un caveau voisin et tomberent morts foudroyes ; on 
raconte encore que des boutiques ayant ete construites sur I ernplacement d un 
ex-couvent de filles de Sainte-Genevieve, ceux qui les habiterent les premiers, 
surtout les plus jeunes, furent pris d accidenls que Ton attribua aux exbalai- 
sons des cadavres enterres dans le terrain. En fin Ton cite 1 epidemie qui survint 
a Riom, aux environs d un lieu de sepulture qu on dc blayait, et les cas analo 
gues que Ton observa soil en France, dans la petite ville d Ambert, soit en An- 
gleterre dans les villcs de Londres, de Manchester et de Glascow. 

Tels sont les faits que 1 on a apportes an debat pour soutenir 1 existence et le 
danger des emanations produites par les cimetieres ; nous les abandonnons pour 
le moment a 1 appreciation de nos lecteurs et arrivons tout de suite a 1 accusation 
qui a certainement jete leplus de trouble dans 1 esprit public: nous parlous de 
la souillure que conlractent les eaux potables dans leur passage a travers une 
tcrre profondement empoisonnee. 

La pluie qui tombe sur la surface des cimetieres, dit Maxime Du Camp, pe- 
netrc le sol, rencontre les corps, aide a leur desagregation, se charge de mole 
cules innombrables, glisse sur les couches d argile ou de marne et va empoi- 
sonner les puits. Bien plus, parfois elle se fraye une route invisible et aboutit 
subitement au jour. C est une source, on y goute ; elle a une saveur sinnliere 
qui rappelle le soufre ; si on 1 analyse, on y rencontre le sulfure de calcium, 
invariablement produit par la decomposition des matieres organiqucs. II y en ;i 
plus de dix actuellement a Paris, qui proviennent tout simplement de 1 ecoule- 
ment des eaux pluviales filtrees a travers les cimetieres. Une de ces sources esl 
exploitee; j en ai le prospectus sous les yeux : Eau sullhydratec ; Indrosulfu- 
rique calcaire. Elle guerit toutes sortes de maladies ; a deux sousle verre, on 
peut aller boire cette putrefaction liquide : c est pour rien. 

Geci n est que le tres-exact resume de ce que des ingenieurs, des chimistes 
des hygieuistes, tous savants en renom, n ont cesse d ecrire depuis un certain 
nombre d annees. A tort ou a raison, le public s est justement emu des fait-^ 
qu on lui a places sous les yeux. 

Les nappes souterraines recevant les infiltrations de Montparnasse et du 
Pere-Lachaise, disaient MM. Belgrand, Hennez etA.Delems, ingenieurs de la ville 
de Paris, dans un rapport souvent cite, s ecoulent direclement sous Paris pour 
se rcndre dans la Seine. Pour Montparnasse elles se dirigent en "rande partie 
vers le nord, tandis que pour le Pere-Lachaise elles descendent vers le sud un 
peu ouest ; dans les deux cas elles passent d ailleurs sous des quartiers popu- 
leux. Les puits de ces quartiers situes a 1 aval des nappes passant sous les cime- 



CREMATION. 51 

tieres ne recoivenl done que des eaux completement souillees, et cette circon- 
stance est d autant plus regrettable que dans les families pauvres leurs eaux 
sont employees a divers usages domcstiques. 

II est bien vrai qu en filtrant a travers le sol, 1 eau se debarrasse assez ra- 
pidcmenl des matieres salines et surtout des malieres organiques qu elle lienl 
en dissolution ; 1 argile et. la marne qu elle rencontre heureusement dans le sous- 
sol de Paris en retient immedialemenl une grande partie ; toulefois les puits 
qui sont voisins de Montparnasse et du Pere-Lachaise donnent souvent une eau 
ayant une saveur douceatre et repandanl une odcur infecte, surtout pendant les 
grandes chaleurs de 1 ete. Ajoutons que dans les travaux de consolidalion exe 
cutes sous le cimctiere Montparnasse, on a rencontre des eaux corrompues par 
des matieres organiques en decomposition qui provenaient de leur infiltration a 
travers les cadavres. II en est de meme sous le Pere-Lachaisc, dans le sou terra in 
du chemin de fer de ceinture rive droite ; et les eaux corrompues sont parlien- 
lierement abondantes depuis qu on a fait le drainage de ce dernier cimc 
tiere. 

. Nombre d observateurs sont venus depuis soutenir de leur aulorite M. Bel- 
grand et ses collaborateurs. Dans son livre sur 1 hygiene et rassainisscninii des 
villes, M. Fonssagrives rappelle qu en 1840 et 1846, les eaux des (mils de Me- 
nilmontant furent alte rees par des infiltrations provenant du voisina^e ilu IV-re- 
Lachaise, etilajoute qu il lui est arrive de constater en un village de rileraiill un 
fait semblable, egalemenl cause par lemauvais dial du cimetierede la localite. 

Dans un article remarque du Moniteur scientifique, de juin 1872, un memhre 
de 1 Academie de medecine, M. Jules Lefort, racontait qu une eau, tiree par tin 
d une source eloigneede 50 metres d un cimetiere, avail une saveur douceatre n 
nausoeuse ; qu evaporee elle laissait au fond du vase une masse dense, grist ? itre, 
qui a la chaleur se colorait d un brun noiratre ; qu une partie de ce resiiln, liailc 
par 1 acide chlorhydrique dilue, donnait lieu a de 1 acide carbonique et n ; |i;in 
dait une vive odeur de colle-forte; qu une autre parlie, melep a de riiydr.-iic 
de chaux, donnait une quantite considerable de sels ammoniacaux. M. j.e- 
fort ayant soumis ces fails au cure de la paroisse Saint-Didier, dont le puits 
avail fourni 1 eau analysee, celui-ci se ressouvint que son predecesseur avail 
cesse de faire usage de cette eau, apres lui avoir trouve plusieurs fois une odeur 
rebutante. Lui-meme avail constate que, durant les chaleurs de 1 ete et en certains 
temps, cette eau devenait trouble, prenait une legere odeur putride et une saveur 
loule particuliere. 

Des fails semblables, empruntes a 1 etranger, sont rapporles par la Gazette 
medicale du 25 mai 1 874 : Dans les Annales de la faculte de medecine de 
Saxe, Reinhard raconte que neuf pieces de gros belail el quelques-unes de 
pelit, toutes victimes de la peste bovine, ayant ete enlerre es pres de Dresde, a 
une profondeur de 10 a 12 pieds, on constata 1 annee suivante que 1 eau d un 
puits, eloigne de 100 pieds de la fosse, avail une odeur fetide et accusait la pre 
sence du butyrate de chaux ; qu a 20 pieds seulement elle avail le goul repous- 
sant d acide butyrique et contenait jusqu a 2 grammes de cette substance par 
litre. On se decida a deterrer les cadavres et a les bruler pour empeclier 1 eau 
de se corrompre davantage. Dans un ordre d idees tout voisin, Forster raconte 
que pen de temps apres 1 etablissement d une usine a gaz a Sondersbausen, 1 eau 
de puils, a 562 pas (plus de 2000 pieds), avail le gout el 1 odeur du gaz, et cela 
jusqu a ce qu on eut repare le gazomelre el evile les fuiles dans la mesure du 



52 CREMATION. 

possible. De meme Petteakofer a trouve de 1 ammoniaque dans 1 eau souterraine 
a unc distance de 40 pieds de 1 usine qui 1 avait produite. 

La ville de Chalons, au temps de 1 occupation prussienne, ecrit M. Robinet, 
dans le Journal de phannacie, aimce 1873, recut un nombre considerable de 
malades alteints du typbus. Pour arreter les progres croissants de 1 epidemie, 
les morls furent ensevelis dans une portion isolee du cimetiere de la villc et re- 
couverts d une quantite considerable de chaux vive. Au bout de quelques se- 
maines, et a la suite de pluies abondantes, dans ces terrains si permeables de 
la Champagne, les eaux potables presenterent a la vue et au gout des signes 
manifestes d alteration, et 1 auteur constata par 1 analyse chimique la presence 
anormale du chlorure de chaux. 

Nous pouirions sans doute decouvrir encore ca et la, soit dans les traites, 
soil dans les revues periodiques ou les brochures, une certaine quantite de fails 
analogues, qui ingenieusement groupes et presentes par les partisans de la cre 
mation, Icur out permis d attaquer 1 inhumation conime la coutume la plus 
funeste, la plus nuisible, la plus contraire aux lois de I hygiene que les hommes 
aient inventee. 

En somme, ils 1 accusent, nous venous de le voir, de presenter trois inconve- 
nients excessivement graves : 

1 Le premier, c est d enlever a 1 agriculture et a 1 industrie des emplace 
ments considerables, qui, dans les villes de quelque importance, deviennent, 
au bout d un temps relativement court, tout a fait insuffisants, ce qui necessite 
cette odieuse deportation des morts, si contraire au culte qui leur est du ; 

2 Non contents de tenir trop de place, les cadavres, en se decomposanl, re- 
pandent des miasmes pestilentiels, source de maladies endemiques et epide- 
miqucs pour les populations environnantes ; 

5 Entln ces memes cadavres, alterant les eaux de pluie qui traversent les 
cimetieres, vont empoisonner tons les puits du voisinage et compromettre au 
plus haul degre la sante publique. 

Pour toutes ces raisons, disent ses adversaires, 1 inhumation doit etre deti- 
nitivement repoussee de nos moeurs et remplacee par un usage qui n offre aucun 
des inconvenients que nousavons cites, c est-a-dire par la cremation. 

On voit, pour le dire en passant, que les partisans actuels de la cremation 
sont mus par des motifs tout a fait semblalii^s a ceux qui ont pousse les homines 
a introduire la meme coutume dans 1 antiquite . C est avant tout une question 
d hygiene; c est avant tout la difficulte d enterrer les morts d une fagon satis- 
faisante, soit qne les morts se trouvent en quantite trop considerable, comme 
cela a lieu apres une bataille, soit que 1 emplacement dont on dispose pour les 
enterrer soit insui lisant, comme cela a lieu de plus en plus duns beaucoup de 
villes importantes. 

Nous admettrons pour le moment, si on le veut bien, que les partisans de la 
cremation ont gain de cause sur la question hygienique; et sans nous permettre 
aucune crit-que, nous les suivrons dans la seconde partiedeleur discussion, qui 
consiste a vefuter les objections qu on a faites a la pratique qu ils ont proposee. 

Ces objections ont porte sur trois points : 

l c On leur a dil : La cremation, en ne laissant subsister de 1 individu que 
les parties que le feu ne pent atteindre , va faire disparaitre a jamais toutes 
traces d empoisonnement possible. C est l impunite que vous assurez aux crimi- 
nels. Les crimes vont se multiplier. 



CREMATION. 53 

A cetle objection les partisans de la cremation out repondu : 
Sans doutc, le feu detruira certains poisons, tels que 1 arsenic, le phosphore, 
le sublime corrosif, ainsi que toutes les substances toxiques d origine orga- 
nique , mais il convient de remarquer que si nombreux que puissent etre les 
empoisonnements, ce n est jamais que sur un nombre de cadavres inlimc, rcla- 
tivement au nombre des morts, que portent les recherches de la justice. Si 
prompt que soit le soupcon, le nombre des cas suspects sera toujours rxlreme- 
ment limiie. Dans la plnpart des cas, au moms dans toules les villes ou le ser 
vice medical est convenablement etabli, il est facile de determiner les causes dc 
la mortet, par consequent, d acquerir une certitude qui exclut lout de suite 
toute idee d empoisonnement. Le medecin qui a suivi le maladc depuis les drbuls 
de la maladie jusqu a sa terminaison, est la pour affirmer que rindividu a 
succombe a une pneumonie, a un cancer, a un ramollissement cerebral, etc..., 
et il suffirait, si Ton ne peut ou si Ton ne veut accorder une confiance enliere 
au medecin trait ant, de rendre moins illusoire qu elle ne Test aujourd hui la 
visite du medecin de 1 otat civil, charge de la constatation des deces. Dans les 
cas douteux, celui-ci pourrait appeler a son aide un medecin inspecteur qui, 
apres une contre-visite, retarderait les obseques, s il y avait lieu. Une regie 
pourrait etre e tablie qui ordonncrait la conservation dans un local a ce destine, 
des visceres utiles de tout individu dont la moil aurait prcseulr des circon- 
stances mysterieuses, ou qui aurait peri subitement ou sans aucuns soins nii ; - 
dicaux, ou encore cntre les mains d un empirique. Vouloir, comme le de- 
mandent les savants auteurs du rapport presente au prefet de police sur les 
pretendus inconvenients de la cremation, que tout cadavre soit soumis a une 
autopsie judiciaire, c est evidemment empecher le nouvel usage de s etablir; car 
outre qu on multiplierait par la singulierement les frais de toute cremation, 
c est a peine si Ton rencontrerait assez dc medecins disponibles pour proceder 
a 1 ouverture des cadavres que fournit chaque jour une ville commc Paris. 
Ajoutons qu il y aurait une injustice et une inconvenance graves a faire ainsi 
planer le soupcon sur 1 universalite des hommes, et il vaudrait mieux dans ce 
cas, comme le dit un savant medecin legiste italien, laisser ca et la echapper un 
coupable que de suspecter I liumanite tout entiere. 

2 La seconde objection est celle-ci : Yous allez par la cremation allerer la 
piete envers les morts. Les partisans repondent : 

Non-seulement nous comptons bien ne pas alterer cette piete, mais nous 
esperons la fortifier, 1 epurer, 1 agrandir. Qui oserait pretendre que le culte des 
morts n a pas ete aussi developpe, aussi repandu qu il puisse etre, a 1 epoque 
ou les hommes avaient lacoutume de bruler leurs morts? Qui oserait pretendre 
que les Grecs et les Romains, qui elevaient au sein meme de leurs demeures 
un autel aux manes des ancetres, n ont pas offert 1 exemple le plus remarquable 
de cette piete salutaire? Etaient-ils peu respectueux des morts ces Atheniens 
qui condamnaient a la peine capitale les generaux coupables de n avoir pas 
rendu les derniers devoirs a leurs compatriotes tues aux iles Arginuses, ou ces 
Romains qui entouraient les convois de leurs proches de demonstrations si tou- 
chantes, ces Romains a qui Scipion croyait faire unesanglante injure lorsqu il or- 
donnait, avant de mourir, qu on ne rapportat point ses cendres dans son ingrate 
patrie, et qu on les laissat reposer aLiternum? Et de cette Inde, ou 1 onbrule en 
core, le culte des ancetres a-t-il done ete banni? Mais il n est pas de jour ou 
1 Hindou ne remplisse quelque pieux devoir envers ceux qui 1 ont precede, et la 



54 CREMATION. 

loi do Manou qui oblige ie brahmaue a oilYir quotidieunementun repas fum bre 
enl bonneur des manes, declare qu ilaura plus merite par cette offrande accnin- 
plie suivant les regies que par celle qu il doit aux dieux. On ne peut done 
que la cremation soil en elle-meme une cause d abandon du culte des morts, et 
rien ne demontre que nous soyons moins capables que nos predccesseurs on ce. 
tains de nos contemporains de garder a leur egard de pieux sentiments, par 
cela seul que nous brulerons leurs corps au lieu de les inhumer. 

Qu ou veuille done nous demontrer en quoi le second de ces precedes est plus 
capable que 1 autre d entretenir une memoire qui nous est chere et d exciter en 
nous les senliments eleves et desinteresses qui en decoulent. Est-ce que 1 urm. 1 
toujours presente, contenant des cendres toujours visibles, ne sera point pour 
I homme une source autrement inepuisable de pre cieux souvenirs sans cesse 
rajeunis, que cette terre, qu il faut aller chercher loin, qui vous cache les restes 
iiiiues, et qui pour la plupart de ceux qui restent leur sera ravie an bout d un 
petit nombre d annees. JVous livrons au fossoyeur, dit le professeur Amati, 
les depouilles de nos moils, et lui, a son lour, les livre aux vers du cime- 
tiere, et apres un court moment donne aux larmes, on n y pense plus. Telle est, 
en general, cette religion si vantee des tombes, avec le systeme actuel de 1 in- 
humation. Cependant la piete envers de chers defunts est un devoir qui fait 
partie du culte domestique, et qui a essentiellement son rite dans le sancluaire 
de la famille. S il nous elait donne de tenir toujours pres de nous les urnr>s 
sepulcrales des personnes perdues et bien-aimees, que de fois tournerions- 
nous vers elles nos pensees, que de bonnes resolutions, que d ac ions louables, 
que d ceuvres genereuses naitraient de cette contemplation constante ! 

Et si, a leur tour, les adversaires de 1 inhumation s appliquaient a I incrimi- 
ner a ce meme point de vue du sentiment, que de choses n auraient-ils pas a 
dire? Kst-il rien de plus horrible a imaginer que la destinee du corps enfoui 
dans la terre; peut-on sans fremir se representer la lente decomposition de ce 
cadavre que se dispute l innombrable armee des vers? Combien oseraient sup 
porter le spectacle d une exhumation au bout de quelques mois et se con- 
damner a revoir face a face ceux qu ils ont le plus aimes? N y a-t-il pas la 
une idee bien autrement choquante que celle de I homme reduit en une poignee 
de cendres, sans avoir passe au prealable par cette epouvantable transforma 
tion ? Que vient-on parler de traitement irrespectueux, lorsqu il s agit de la 
cremation? Si Ton va au fond des choses, 1 inhumation n offre-t-elle point quel- 
que chose de bien autrement repoussant? En quoi, dit le professeur Fornari, 
se convertit finalement le cadavre enterre? En herbe, qui, haute et vigoureuse, 
croit dans les cimetieres. Que fait-on de cette herbe? Dans quelques eiidroits on 
la brule, mais dans beaucoup d autres elle sert a nourrir les bestiaux, elle se 
transforme en chair de boeuf, et de cetle chair nous faisons a notre tour notre 
nourriture. En fin de compte, nous mangeons de nous-memes 

A tout prendre, ajoute-t-on, il ne convient done pas d introduire ici une 
question de sentiment, qui, dirigee paries partisans de 1 inhumation centre leurs 
adversaires, pourrait egalement bien se tourner contre eux. Ce qu il importe, c est 
dc s habituer a ne considererquecomme une chose secondaire la destinee du corps 
humain apres la mod. La vraie, la seule sepulture qui interesse I homme, c est 
celle qui lui sera volontairement ouverte dans le souvenir des vivants; que son 
cadavre pourrisse sous la terre ou que ses cendres reposent dans 1 urne fune- 
raire, ce qu il doit desirer avant tout, c est de demeurer present dans 1 esprit 



CREMATION. 5-> 

de ceux avcc qui il a aime ct soufl ert, au milieu desquels il a vecu. En dehors 
dc cola tout est ignorance et rouliiie. On parle du culte des souvenirs, on dit 
qu une cite ne pent etre separee de son cimetiere, e crit le feuilletonniste (Tun 
grand journal parisien (la Republique franfaise), et Tonne comprend pas que si 
ces principes avaient toujours etc suivis, au lieu d etre uu foyer d activile et de 
travail, Paris ne seraitplus qu un vaste cliamp de repos et de silence Ah ! 
les generations auxquelles il faut, pour songer a leurs amis, un signe tangible 
de leur existence ! ah ! les fds qui ne revoient lour pere que devant la pierre 
de son tombeau! ah ! les pretres et les the osophes qui encouragent ces tendances, 
sont bien les pires materialistes, les memes qui ne voicnl d;uis les hommes <|ur 
des enfants auxquels est promis pour leurs fautcs un chatiment corporel p;ir 
un pedagogue colerique. 

5 Nous arrivons a la troisieme et derniere objection. Nous disons la der 
niere, car nous ne tenons pas comple de certaines critiques qui out ete faites, 
soil au nom de la theologie, sous pretexle que les croyances monotheiques s >|>- 
posent formellement a la cremation, ce qu un venerable ccclesiastique italien. 
i abbe Bucellati, s est donnela peine de refuler, soil au nom de Fanthropologie, 
sous pre texte que, si nous brulions aujourd hui nos morts, nous ne laisserions 
pas a nos arriere-descendants le plus petit crane sur Icquel ils pussont dis- 
serter, ce qui, a tous les points de \uc, serait n>rl;iin< mml <l< ; |ilor;il)le. 

La derniere objection a trait aux moyons praliques. 11 va sans dire quo M 
les partisans actuels de la cremation n onl a ol l rir au public que le bucher pri- 
mitif des Grecs, des Remains ou des Hindous, il devient assez inutile de discu- 
ter les avantages et les inconvenients de la cremation, car dans un e tat de civi 
lisation ou plus des deux tiers des morts sont enterres en concession gratuite, on 
ne voit pas, en dehors de quehjues millionnaircs fanatiques, qui pourrait se 
permettre le luxe d une operation aussi couteuse, sans com pier qu il y aurait 
grandement a reprendre au point de vue hygienlque. 

C est ce qu ont parfaitement compris los novateurs, et, il faut leur rendre 
cette justice, ils n ont commence a mener una campagne active en laveur de la 
cremation que lorsqu ils out tenu entre leurs mains des moyens a peu pres sul- 
fisants pour 1 effectuer. 

VI. APPAREILS MODEBNES EMPLOYES POUR LA CREMATION. Les conditions a rem- 
plir etaient nombreuses et difficiles : si Ton tient compte de la composition du 
corps humain, on comprendra sans peine combien il est malaise de reduire une 
masse ou il entre 75 parties d eau sur 10 J. II fallait cependant faire en sorte que 
la combustion fut rapide et conqjlete. Par complete nous entendons que non-seu- 
lement il n y eut plus qu un residu de cendres a la fin de 1 operation, mais que 
pendant son cours tous les gaz produits par elle fussent egalement consumos, 
afin de ne repandre aucune mauvaise odour dans 1 atmosphere environnante. 

En somme les savants contemporains ont realise ce vcau que nous avons 
trouve si naivement enonce dans le projet Gambry : ils ont invente et construit 
des appareils disposes ingenieusement par la chimie moderne. 

Depuis assez longtemps, 1 idee etait venue a plusieurs que Ton pouvait dis 
tiller les corps comme on distille un objet quelconque compose de principes vo- 
latils et de principes fixes. 11 y a plus de trente ans que M. Xavier Rudler propo- 
sait a son ami le docteur Gaffe, comme etant le moyen le plus simple, le plus 
economique et le moins repoussant a la vue de bruler les corps, celui qui con- 



50 CREMATION. 

siste a les placer dans une cornue a gaz et a les distiller jusqu a reduction en 
cendres. Nous allons voir que, plus on moins modifie dans 1 application, ce 
principe a prevalu dans la construction de plusieurs des appareils que nous 
allons maintenant decrire. 

On ne compte pas sans doute que nous exposions ici tout ce que 1 esprit 
des inventeurs a produit d appareils crematoires depuis tin petit nombre d an- 
necs. La liste en serait aussi longue que la description fastidieuse. Nous nous 
contenterons de signaler ceux que 1 o.pinion des gens competents a le plus par- 
ticulierement dislingues, etf|ui, dans la pratique, ontdonne jusqu ici lesresultats 
les plus satisfaisants. Sans nier aucuneinent la valeur des inventions de MM. Ter- 
ruzzi, Belli, Dujardin, Musatti, Calucci, lionelli, Carati et tultl quanti, nous 
bornerons cette revue des appareils et precedes deja proposes a ceux de MM. Polli 
et Glericetti (de Milan), de M. Gorini (de Lodi), de M. Brunetti (de Padoue), de 
M. Siemens (de Dresde) et de M. Kiiborn (de Bruxelles). 

M. le docteur Polli, pensaut que Ton pouvait avantageusement remplacer, dans 
1 incin.eration des corps, le bois par le gaz d eclairage, fit, il y a dc ja quelques 
amires, plusieurs experiences dans ce but au gazometre de Milan. La premiere 
consista a incinerer le cadavre d un ehirn barbel du poids de 1 kilogrammes dans 
une cornue d argile refractaire de forme cylindrique, servant a la distillation 
du cbarbon de terrc, oh la combustion du gaz d eclairage, amene a I liiterieur 
par un lube circulaire perfore, etait active par le melange d unc certaine quan- 
tite d air pur. L operation ne reussit qu a moitie ; car, outre qu elle dura plu 
sieurs beures, elle produisil une fume e e paisse et donna lieu a une ibrtc 
odeur de viande rotie. Cependant il etait demon! re que Ton pourrait produire 
la cremation avec 1 aide du gaz d eclairage, et 1 auteur, apres de nouvelles expe 
rience?, couronne es de succes, put, en ces derniers temps, construire, avec 
1 aide de 1 ingenieur Clericetti, le monument et 1 appareil crematoire que pos- 
sede aujourd bui le cimetiere de Milan. 

Nous empruntons au journal la Nature du 13 mai 1876 1 excellente descrip 
tion qu il a donnee dc 1 appareil Polli-Clericetti. 

L urne crematoire, avec les diverses annexes que comporte son fonctionne- 
ment, a ete etablie dans un elegant edicule eleve dans le cimetiere, et que re- 
pre senle la figure 1 . 

L appareil lui-meme, dont on voit les details sur la figure 2, offre exterieure- 
ment 1 apparence d un sarcopbage antique, dissimulant la chambre ou s operc 
[ incineration. Cette chambre, ou se trouve le foyer ou cendrier, sous forme 
d une caisse rectangulaire, est rccouverte d un dome semi-circulaire consistant 
en une mince plaque de fer (a, b, c, d, e, / , g, k) revetue inte rieurenient d une 
matiere refractaire. 

Separe e de ce premier dome par une distance de O m ,10, s eleve une voute 
semi-cylindrique, construite en briques ordinaires, convenablemcnt consolidee 
par une armature en fer. La chambre a air ainsi formee empecbe toute deperdi- 
tion de calorique, tout en maintenant a une basse temperature 1 exterieur de 
1 urne pendant que la combustion s eflectue dans I interieur. 

L appareil est complement clos a Tune de ses extremites ; a 1 autre il pre- 
sente une ouverture qui donne dans la chambre a cremation. Get orifice est 
muni d un systeme de fermeture qui se compose de deux parties : 1 une, infe- 
rieui-e, sorte de guichet forme d une plaque de fer correspondant au foyer ou 
cendrier (b, (j, f, m), et 1 autre supcricure, qui ferme 1 ouverture du four; celle- 



CREMATION. 



ci, en materiaux refractaires, porte en son milieu un petit tube tronconiquc en 
I cr, permettant de surveiller de 1 exterieur la niarche de 1 operation. 

La partie inierieure du four, son plancher, se compose de deux grilles de fer 
concaves, concentriques, placees 1 une sur 1 autre et elevees a une certaine dis 
tance au-dessus de la plaque du cendrier. 




La grille inferieure D est fixe et porte 217 flammes de gaz, dont la moitie 
sont des flammes ordinaires en eventail, et les autres de petites flammes minces, 
destinees a remplir les vides laisses par les ;premieres, ce qui permet d obtenir 
une surface de combustion continue, comme un veritable lit de feu. 

La grille superieure AB est mobile et susceptible de glisser facilement sur 



58 



CREMATION. 



deux guides lateraux en fer, au moyen de roulettes installees ad hoc ; cllc 
aiusi sortir de la bouche du four, et est destince a recevoir le cadavre. Formee 
de barres de fer, cette grille presente lateralement, et sur -toute sa longueur, 
deux appendices, mobiles a 1 aide de charnieres, qui se relevent et servent a ra- 
niener vers le centre les parties du corps qui pourraient accidentellement s isoler 
pendant la cremation. 

Une lame da fer (m, f), a rebords saillants et facile a extraire par la bouche 
-du four, une fois 1 operation terminee, est destinee a recevoir les cendres tines 




Fig. 2. 



et les"matieres grasses enflammees qui peuvent tomber de la grille superieure, 
a travers le lit de flammes. 

Par 1 extremite opposee a la bouche du four penetre le conduit qui amene le 
gaz a la grille inferieure, et trois jets de gaz et d air, de 5 centimetres de dia- 
metre, pousses a une certaine pression au moyen d un ventilateur. 

Dans la voute superieure de 1 appareil est pratiquee, au milieu, une ouver- 
ture C, qui donne entree dans le conduit H, en matiere refractaire; ce dernier 
passe sous le sol et ahoutit a une cheminee, munie interieurement d une cou- 
ronne de flamme de gaz. servant a appeler dans les canaux du four le courant 



CREMATION. 59 

d air exlcrieur qui afflue par les ouvortures Z, reglees par des guichets speciaux 
disposes au niveau de ces orifices. Tel est I appareil Polli-Clericetti. 

Au moment de 1 operation, on apporte, dans sa biere, le corps a incinerer, 
enveloppe de son linceul et reconvert d un voile. On lire liors du lour la grille 
superieure, sur laquelle on depose le cadavre, que Ton inlroduit rapidemenl 
dans I appareil. On ouvre 1 acces au gaz, on ferme 1 ouverlure du lour, et alors 
commence la combustion, qui devient plus active et plus efficace, grace aux 
bees VY, que Ton dirige sur les parties du corps les plus dil ticilos a delruire. 

On observe la marche de 1 operation a travers le petit tube tronconique place 
dans la porte du I our, et par les ouvertures Z. Uu long lube branche sur la clic- 
minee, porte a son extremite supcrieiue une flamme de gaz grace a laquelle on 
peut oonstater a tout instant s il s echappe ou non des produits gazeux com 
bustibles. 

La cremation du corps de M. Keller, pratiques a 1 aide de cet appareil, dura 
une beure et deinie, temps certainement un peu trop long, mais qui serai I di ;j;i 
notablement reduit si, au lieu de pratiquer une cremation isolee, on brulail 
plusieurs cadavres successivement dans un appareil de plus en plus erliinillr. 
Le corps, qui pesait 55 kil ,30, donna 2 kil ,92 de cendres, c esl-a-dire environ 
j/17,2 du poids du cadavre. 

Depuis la cremation de M. Keller, operee le 22 Janvier 1870, une nouvelle 
experience a etc faite de I appareil de MM. Polli et Clericetli le 24 avril dr la 
meme amiee. Ce jour-la y fut brulee la depouille mortelle de Mine Pozzi-Loca- 
telli. L operation, modifiee dans quelques details, ecrit le docieur G. Pini, a 
dure deux heures, et de meme que pour la premiere experience, il n est sorti 
de la haute cherninee ou venaient aboutir les produits de la distillation du cliar- 
bon fossile et de 1 urne crematoire, qu une vapeur aqueuse melangce a un peu 
de fumee ne repandant a 1 entour aucune odeur desagreable. L incindration a < l : 
complete, et malgre le volume exageree des os du bassin, tout a etc reduit en 
poussiere (amas de principes mineraux el carbones, inalterables a 1 air), reli- 
gieusement recueillie dans une urne funeraire. Le corps pesait environ 50 ki 
logrammes, le poids du residu obtenu par la calcination n etait que de 5 k ,60. 

En ce qui concerne !e prix de revient d une cremation, dans cet appareil, les 
auteurs ont etabli qu il etait d environ 85 francs, ce qui est une somme 1 orl 
elevee pour une seule cremation. Mais il convienl de la ire icrnarquer que la 
plus grande partie de cette somme est employee a amener le four a la tempera 
ture voulue, ce qui demande soixante-douze heures, une masse enorme de 
charbon et une surveillance assidue. MM. Polli et Clericetli estiment que le jour 
ou les cremations seraient nombreuses, les frais qu une seule entraine se trou- 
vant repartis sur plusieurs, le cout de chacune ne depasserait pas de beaucoup 
le prix du gaz d eclairaee employe, c est-a-dire une vingtaine de francs. 

Pendant que M. Polli et son collaboi ateur se livraient a ces experiences et 
construisaient I appareil que nous venous de decrire, un chimiste italien fort 
connu, M. Paolo Gorini, auteur des Vulcani sperimentali, trouvait un precede, 
qui, s il n a pas eu comme le precedent riionneur d enlrer encore dans la pra 
tique, merite a tous egards d etre connu. Nous laissons la parole au docteur 
Gaetano Pini, qui a assiste aux premieres experiences faites par 1 auteur dans son 
laboratoire de Lodi : 

Au moment ou je penelrai, Paolo Gorini etait tout attentif a liquefier une 
certaine matiere contenue dans deux petits creusets. A quelque dislance de lui 



60 CREMATION. 

gisoient des teles, des pieds, dcs mains et des jambes de cadavres humains. 
line compagnie choisie, compreuanl des medecins, au milieu desquels je dis- 
tinguai Agostino Bertani, et quclques dames, representant le sexe aimable, 
que n avait point epouvantees 1 horrcur d un lei spectacle, faisait cercle autour 
de 1 illustre prolesseur. 

Apres un moment d anxieuse attente, Gorini annonca a ses invites que le 
liquide avail atteint le degre d ebullition necessaire pour dissoudre en peu de 
temps les tissus organiques les plus durs -, il prit successivement une jambe, un 
pied, une main, une cuisse et finalement unc tele, et a peine avait-il plonge 
dans le liquide incandescent chacune de ces parties qu immediatement elle etait 
entourec d une flammc brillante qui en un instant la reduisait a rien. 

L oBuvre de destruction fut rapide et silencieuse. Aucune crepitation ne 
IVappa les oreilles, aucune odeur n offensa 1 odorat des assistants ; la fumee qui 
sortit du creuset s eleva versles nues, et les gaz se repandirent dans i air envi- 
ronnant pour feconder d autres etres et 1 aire partie de nouvelles substances. 

Lc precede de Gorini est des plus simples. La matiere employee entre en 
fusion a une haute temperature, et parvenue au point d echauffement voulu, 
elle detruit completement en vingt minutes le cadavre qu on y a plonge, le 
decomposant en ses principes organiques pour la majeure partie volatils, et en 
ses principes fixes qui demeurent dans le liquide pour constituer les cendres, 
que Ton peut ensuite recueillir, en les extrayant du liquide au moyen d une 
toile metallique que Ton a eu soin de placer sous le cadavre, ou mieux en ver- 
sant dans 1 eau la matiere qui a servi a 1 operation, pour les obtenir dans un 
etat de purete parfait, deposees au fond du vase. 

Le systeme Gorini demande, lorsqu il ne s agit que d uii seul cadavre, un 
prix assez eleve a cause de la graude quantite de combustible necessaire pour 
porter a 1 etat de fusion la matiere destinee a accomplir la cremation ; mais une 
ibis eel etat obtenu, la matiere fondue peut servir a consumer une quantite 
considerable de cadavres, de maniere que le prix irait. toujours en diminuant a 
mesure que leur nombre augmenterait. D apres un compte fait avec beaucoup 
d exactitude, 1 auteur des Vulcani sperimenlali croit pouvoir affirmer que 60 a 
70 francs seraient suffisants pour la cremation d un seul cadavre; mais conmie 
on pourrait aussi bien en bruler dix ou douze dans le meme temps, le prix ne 
depasserait pas 8 francs pour chacun. 

Tel est le precede au moins curieux dont nous avons cru devoir placer la 
description sous les yeux de nos lecteurs et qui probablement 1 aurait emporte 
sur tons les autres, si son auteur, M. Paolo Gorini, avait consenti a livrer le 
secret de la mysterieuse substance qu il emploie, et que le docteur Brunetli 
croit etre simplement de 1 acide chromique. Gc precede reunit en effet la plus 
grande parlie, sinon la totalite des conditions desirables, a savoir la rapidite, 
la simplicite, 1 absence de toute odeur desagreable, et enfm la mediocrite du 
prix de revient, dans le cas ou la cremation penetrerait dans les moeurs. 

Le docteur Brunetti, professeur d anatomie pathologique a 1 universite de 
Padoue, a expose a Vienne, en 1 annee 1875, un appareil a cremation qui a 
recu 1 approbation de plusieurs hommes competents. 

La partie la plus importante de 1 appareil est un vaste four rectangulaire, 
construit en briques, ouvert a la partie superieure et perce a la partie infe- 
rieure d ouvcrtures laterales qui permettent d entretenir et de regler la com 
bustion. Peu de bois suffit, dit 1 auteur, mais il faut qu il soil dispose de maniere 



CREMATION. 61 

a s enflammer facilement. L ignition oLtenue, on introduil par Ic haul Ic cadavre 
que Ton a pris soin d assujettir au raoyen de fils de fer sur unc plaque de metal 
assez mince pour nc point entraver 1 action du feu ct Ton fait jouer sur le tout 
des volets reflecteurs, en forme de couvercle, qui, en se refermant, repercutent 
la flamme et concentrent la chaleur. (Is sont munis du systeme que M. Bru- 
netti appelle regulateurs, et qui servent a les ouvrir ou a les fermer a volonte . 

Dans la premiere periode de 1 operation, la chaleur degagee est consacree 
presque en entier a evaporer le liquide contcnu dans le cadavre. II se degage 
uue masse considerable de vapeurs et de gaz, ct ilest utile a ce moment de fa ire 
jouer les reflecteurs. Mais bientot le cadavre ayant atteint un etat convenable dc 
dessiccation et le calorique continuant a s accumuler, la combustion spontanee 
se produit, et deux heures suffisent pour que la carbonisation soil complete. 

Cependant 1 operation n est pas terminee, car si les parties molles sont 
mluites, les os ne le sont pas encore. On renouvelle alors le combustible, on 
reunit au moyeu d un crochet la masse carbonisee sur laquelle on abaisse une 
plaque de fonte afin de concentrer la chaleur, et Ton precede a une nouvelle 
incineration. Celle-ci achevee et le feu eteint, on recueille les cendres. 70 a 
80 kilogrammes de bois sont necessaires pour cette double operation. 

Sans vouloir porter un jugement absolument defavorable sur le systeme de 
M. Brunelti, nous croyons qu il est infcrieur en beaucoup de points a ceux de 
MM. Polli et Gorini. 11 manque de simplicite; il ne semble pas devoir eliv 
exempt de toute emanation desagreable ; de plus, il est coutcux, ct le prix 
de revient ne semble pas pouvoir baisser en raison du nombre des cremations. 

L appareil qui nous parait remplir le plus exactement les differentes condi 
tions voulues est assurement celui de M. F. Siemens, de Dresde. La description 
qne nous allons en donner est empruntee au journal la Nature (27 mars 1875), 
qui deja nous a fourni celle de 1 appareil Polli-Clericetti : 

Ce nouveau four comprend trois parties : 

1 La cliambre de combustion C; 

2 Le cendrier D ; 

3 Le regenerateur B. 

La cliambre de combustion est amenee prealablement au degre de tempera 
ture exige pour une combustion complete, au moyen de la cbaleur fournie par 
le regenerateur. 

A la pai tie inferieure de celui-ci, deux canaux distincts, dont Tun est repre- 
sente en A, amenent Tun, du gaz combuslible, 1 autre de 1 air atmospheri- 
que. Le gaz, brulant au milieu de 1 air, produit une flamme qui echauffe les 
divers eUiges de briques refractaires superposees dans le regenerateur, en pas 
sant a travers tous les passages qui s y trouvent menages. 

La llamme qui sort a la partie superieure penetre dans la chambre de com 
bustion C par un conduit lateral, les produits sont ensuite expulses par la clie- 
minee E. 

Lorsque les briques refractaires sont assez echauffees (apres un intervalle de 
quatre heures environ, on obtient le rouge brillant), on intercepte 1 arrivee du 
gaz ; le fourneau est pret pour 1 operation de la cremation. 

Le corps a bruler, place dans une biere, glisse a 1 aide de rouleaux repre - 
sentes a la droite de notre gravure, dans la chambre de combustion C. La porte 
est refermee, les briques etant au degre voulu de temperature pour que la cre 
mation commence, 1 air arrive seul sous le generateur, s echauffe en passant a 



62 



CREMATION. 



travers les carreaux iucandescents, met immediatement en ignition le corps et 
entrelient si puissamment la combustion que, dans 1 espace d une heure ou de 
cinq quarts d heure, toutes les parties combustibles sont consumees ; il ne reste 
que les cendres et les os calcines. Ceux-ci sont retires par une porte pratiquee 
dans le cendrier, dont les dimensions sont assez grandes pour determiner une 
diminution locale dans le tirage, et empecher ainsi rentrainement des cendres 
dans la cheminee. 

Pendant cette operation, la chaleur developpee par la combustion du corps 
sert a maintenir la temperature dans la chambre de combustion. 

Si la cremation s applique a un corps de petite dimension developpant moins 
de chaleur, celui d un enfant, par exemple, on a la faculte de laisser entrer une 
certaine quantite de gaz dans la chambre, par le tube F. Cette precaution est 




Fig. 5. 

aussi employee avec succes, lorsque la chambre n a pas ete convenablement 
chauffee des le commencement. 

Pour operer la cremation d un second corps, il suffit de recourir a 1 emploi 
du gaz combustible au debut de 1 operation, afin de ramener le regenerateur et 
la chambre de combustion au degre primitif. La temperature de la chambre de 
combustion ne doit pas s elever au-dessus de 750 degres centesimaux, sinon les 
cendres seraient en parlie reduites en fusion. 

Au lieu d employer ungaz combustible, on peut placer une grille ordinaire sous 
le regenerateur et bruler du charbon de bois, ou tout autre corps combustible. 

Suivant les donnees de 1 expe rience poursuivie jusqu ici, il semble qu il y ait 
quelque difference pour le temps de la combustion des corps de differents ayes 
et de diverses natures ; il est a presumer que la combustion est facilitee par 1 a- 
bondance de la matiere grasse. 

La quantite de charbon necessaire pour echauffer le regenerateur et effectuer 
la cremation complete d un seul corps est d environ neuf quint aux dans le fouiv 
neau a gaz. Pour une seconde operation, suivant immediatement la premiere, 
une quantite beaucoup moindre est suffisante. 



CREMATION. 6^ 

Le systeme Siemens est jusqu ici le plus parfait qu on ait iuvpule. ct c eet 
sur son modeleque vont se construire sans doute lesappareils crematoires qu on 
parle d eriger en plusieurs villes. 

Mais a cote de ces monuments qui doivent etre places dans un endroit fixe, 
an voisinage des villes, ct ou seront portes les morts pour y subir 1 epreuve du 
feu, on s est egalement occupe d inventer des appareils capables d etre trans 
ported facilement et destines a etre utilises en cas de guerre on d epidemie. La 
recente exposition de Bruxelles, an milieu de systemes crematoires de tout 
genre, contenait plusieurs appareils de cette espece, et bien que les moyens 
employes par M. Creteur, et que nous avons decrits plus haul, nous semblent 
avoir suffisamment rempli le but propose, nous nc pouvons re pendant passer- 
sous silence ce qui a etc fait dans cette voie. Nous dirons done quelques mots 
de 1 appareil invente par le docteur Hyacintlie Kiiborn, de I Academie royale 
de Bruxelles. 

Toutes les parties en sont comprises dans une grande caisse metallique, 
laquelle est portee sur un chassis a deux essieux; a ceux-ci s adaptent a volonle 
deux jeux de roues, semblables a celles des wagons de chemin de fer, ou deux 
jcux de roues a jantes planes pour le roulement sur les routes et dans les cam- 
pagnes. Les details de construction ont etc etudies de telle sorte que toute dele- 
rioration puisse etre aisement et immediatement reparee, memo p;ir des mains 
pen experimentees. Le nombre, le poids des pieces ont ete reduits dans la limite 
du possible, de maniere a faciliter le transport rapide et de rammer le coul de 
construction an minimum. 

L appareil complet offre exte rieurement 1 aspect d un wagon de chemin d< 
fer, avec cette addition qu il pent rouler sur voies charretieres et y etre remor- 
qnd par thevaux ou mulcts. 

L espace clos, destine a recevoir les cadavres, est une chambre dont les parois 
sont impermeables a la chaleur ; le fond de cette chambre est forme par deux 
soles refractaires inclinees, dont le bord inferieur vient plonger dans un bassin 
qui fait fermeture. Sous ces soles sont places deux foyers conjugues qui, en vertu 
de leur agencement, peuvent etre alimentes soil par de la houille, soit par du 
bois, soit memo par du goudron ou du petrole. 

Les flammes du premier foyer, apres avoir chauffe la premiere sole, viennent 
enflammer les gaz degages par les cadavres, puis les graisses liquefiees qui 
s ecoulent du bassin de fermeture, et melanges aux produits dc combustion des 
re sidus, vont passer sur le second foyer, qui acheve 1 ceuvre de drsl ruction. Do 
(a tout s e coule par une cheminee vers 1 air exterieur. 

L operation suit done la marche suivante : une dizaine de cadavres sont otalrV 
sur les soles; on abaisse le couvercle de la caisse qui s engage dans sa fermeture 
ctancbe. On a Hume et Ton entretient le feu des foyers. La chaleur traversaul la 
sole liquefic d abord les graisses qui s ecoulent en suivant la pente de la sole, 
se rendent an bassin de fermeture, et n en sortent qu en debordant et pour se 
repandre sur un petit plan incline, ou elles sont saisies par les llammes du pre 
mier foyer, comme il vient d etre dit. 

Les gaz qui se degagent des cadavres sont forces de suivre un chemin iden- 
tique ; ils viennent barbotter dans les graisses du bassin de fermeture qui fait 
office de barillet et empeche les explosions ; de la ils sont conduits au premier 
foyer qui Jes combure completement. Les produits de cette combustion passenl 
en sus, pour plus de security, sur le second foyer. 



04 CREMATION. 

L opcration se continue ainsi durant un laps de temps qui va de 75 a 90 mi 
nutes, an bout duquel la cremation est complete. La tache des ouvriers, une 
ibis les cadavres places sur les soles et le couvercle referme, consiste simple- 
inent a entrctcnir le feu. (Test unc besogne qui peut etre confiee aux manosuvres 
les plus inexperimentes. 

L appareil dc M. Kiiborn est certainenient fort ingenieux, et autant que Ton 
peut porter un jugement sur une invention non encore eprouvee, il est permis 
de croire qu il a resolu aussi completement que possible le probleme propose. 

Nous bornerons la ce que nous avioiis a dire des differents appareils inventes 
par les partisans dc la cremation. On leur avait objecte que la cremation etait 
d une pratique difficile sinon impossible, tant a cause de la longueur inevitable 
de 1 operation, que des emanations nuisibles qu elle engendrerait et des somm&s 
considerables qu elle couterait. 11s ont repondu en inventant des appareils oil 
la cremation se fait rapidement, a peu dc frais, et sans que rien vienne blesser 
1 odorat ou la vue des assistants. 

Sur cc point done les partisans de la cremation peuvent triompber, et s ils 
avaient aussi completemeut resolu les autres objections qui leur ont ete faites, 
1 avenir de la cremation ne serait evidemment pas douteux et de beaux jours 
auraient lui pour les ciseleurs d urnes cineraires, les constructeurs de co 
lumbaria et les fabricants de gaz d eclairage ou d acide chromique. Mais pour 
le malheur de ces corporations interessantes, il ne nous semble pas que les par 
tisans de la cremation aient apporte contre les objections d ordre moral ou 
meme hygienique des raisons aussi convaincantes que contre les objections 
d ordre purement pratique. 

III. Avonir de la crt-mation. Nous voici arrives au chapitre des conclu- 
clusions. Apres avoir montre la cremation dans le passe et dans le present, il 
nous reste a rechercber ce que semble lui reserver 1 avenir et jusqu a quel point 
elle a quelque chance de s introduire dans nos moeurs. 

Si, dans le chapitre precedent, nous nous sommes abstenus de toute critique 
en developpant, avec toute 1 impartialite dont nous etions capablcs, les argu 
ments des partisans de la cremation, ce n est pas, on le sait deja, que tous ces 
arguments nous ont paru irrefutables, mais c est qu il nous a semble favorable 
au bon ordre de cette discussion de presenter dans son ensemble la these des 
novateurs avant d introduire nous-memes aucun des motifs qui nous portent a la 
rejeter. Le moment est venu de dire a notre tour ce que nous pensoiis des argu 
ments invo,jues,de separer les propositions qui nous semblent justes et demon- 
trees de celles qui nous semblent temeraires et aventureuses, de faire voir ce qu il v 
a d utileetd acceptable dans ces projets, mais aussi cequ ils conlieunent degermes 
dangereux que 1 interet bien entendu de la societe est de combattre et d etouffer. 

VII DISCUSSION DES ARGUMENTS PRESENTES PAR LES PARTISANS DE LA CREMATION. 

Toute la these des partisans de la cremation se resume en ceci : Le systeme de 
1 inhumation devient chaque jour plus menacant pour les vivants ; et il n est pas 
aujourd hui une ville tant soit peu importantc qui dans 1 air qu elle respire et 
dans 1 eau qu elle boit nc trouve un poison qui lui est verse par les morts : il 
n est que temps d abandonner une pratique aussi deplorable. Mais d autre part 
nous n avons pas le choix, et, en dehors de rinhumation, la cremation est le 
seul precede possible. 



CREMATION. 65 

II n est pas douteux, nous en convenons, que si 1 etat de choscs actuel etait a 
ce point dangereux et menacant qu une solution aussi radicale que la cremation 
s imposat d elle-meme, a defaut d autres moyens plus convenables, il faudrait 
bien s incliner devant la necessite imperieuse et faire taire tout autre sentiment 
que celui du salut public. Mais voici precisement ce qui ne semble pas encore 
absolument demontre aux adversaires de la cremation: ils ne sont pas convain- 
cus, malgre le nombre et 1 importance des arguments dont on les a accablcs, que 
1 inlmmation fasse courir d aussi grands perils qu on le pretend a la societe ; et, 
alors meme que ces perils existeraienl, ils croient, non sans apparcnce de raison, 
que les moyens d y parer sont aussi efficaces que nombreux. Si Ton joint a cela 
la persuasion ou ils sont que la mesure proposee pourrait gravement compro- 
mettre desinterets de 1 ordre le plus eleve, on concoit qu ils n acccptent qu avcc 
repugnance un projet qni leur parait a la fois inutile et dangereux. 

En ce qui nous concerne personnellement, nous sommes prets a accepter la 
cremation dans tous les cas ou il nous sera prouve que 1 inhumation ne 
peut s effectuer dans les conditions qui la rendent inoffensive, et, sans aller 
plus loin, nous n hesiterons pas a declarer qu elle nous semble appelee a 
rendre de veritables services sur les champs de bataille et dans les temps 
d epidemie gnive. Ce n est pas seulement dans 1 antiquite, c cst aussi dans les 
temps moderncs que le probleme de la sepulture a donner aux vie times de la 
guerre s impose a I attention et aux soins de 1 hygieniste. Nos batailles ne sont 
pas moins meurtrieres que celles des Remains ou des Grecs, et, comme on a pu 
le voir dans des luttes vecentes, il n est guere plus facile de proccder aujourd hui 
a une inhumation convenable qu au temps d Annibal et de Marcellus. En Italic et en 
Boheme, comme a Sedan, Metz ou Paris, partout il a fallu au bout de quelques 
mois, sur les plaintes legitimes des populations, exhumer ce que Ton avail en- 
terre a la hate sans precaution et sans ordre, et soil inhnmer de nouveau, 
comme les Allemands 1 ont fait a Metz et comme nous 1 avons fait a Paris, soil 
ruler les restes deja decomposes, comme M. Creteur 1 a fait a Sedan. 11 est cer 
tain que dans des cas semblables il y aurait tout avantage a employer tout de 
suite la cremation, ci laquelle il faut avoir recours tot ou tard, si Ton ne veut se 
servir de moyens a la fois tres-penibles et tres-couteux. De plus il faut bien re- 
connaitre que les graves objections d ordre moral qui sont iaites a la cremation 
perdent beaucoup de leur puissance, quand il s agit de 1 appliquer en temps de 
guerre; car si, comme nous le verrons, il faut tenir compte par-dessus tout, dans 
cette importante question des modes de sepultures, du sentiment des vivants, du 
sentiment de ceux qui restent, on avouera que la chose dcvient presque indiffe- 
rente quand il s agit d hommes, morts pour la plupart tres-loin du foyer domes- 
tique, enfouis immediatement, pele-mele, sans honneur, sans que rien vienne 
indiquer 1 endroit ou ils reposent a ceux qui vouclraient plus tard visiter leur 
torn be. 

II en est de meme pour certains cas d epidemie. Si nous n avons pas depuis 
longtemps ete visiles par un de ces fleaux comme Tantiquite en a connus aux 
temps de Pericles et d Anloniu, ou comme eu a vus le monde moderne, lors- 
qu au quatorzieme siecle le tiers de la population d Europe, au dire de Froissart, 
mourut de la peste noire, rien ne nous assure que 1 avenir ne nous reserve point 
d epreuves semblables, et alors meme que les scenes epouvantables dont furent 
temoins certaines grandes villes comme Florence, Londres, Paris, Marseille ettant 
d autres, ne seraient pas a redouter, il n est pas douteux que la cremation serait 
DICT. ENC. XXIII. 5 



66 CREMATION. 

la a sa place, non-seulement parce que 1 inhumation deviendrait presque impos 
sible faute des moyens convenables, niais encore parce qu il y aurait utilite, ne- 
cessite meme, a se dc barrasser de la maniere la plus prompte et la plus radicale 
de lant de depouilles empoisonnees, aliment le plus sur de la contagion. En ce 
qui est, du respect du aux pieux sentiments de ceux qui survivent, la, pas plus 
qu en temps de guerre, ils ne peuvent etre pris en serieuse consideration : 
d abord parce que les survivants eux-memes, dont le nombre dimitme d heure en 
\ieure, nc songent guere a reclamer centre le traitement qu on fait subir a leurs 
firoches, tant ils sont affoles de terreur et uniquement preoccnpes du soin de 
leur propre preservation, ensuite parce que 1 interet supreme du salut public 
doit dominer ici toute autre consideration et faire taire jusqu aux plus respec 
tables scrupules. 

Nous admettrons clone deux cas oil la cremation nous semble utile et desirable : 
ce sont ceux de guerre et d e pidemie grave. En dehors d eux, nous n apercevons 
nulle part cette necessite ineluctable dont nous entretiennent les partisans de 
la cremation, et, meme pour nos cites les plus populeuses, nous ne saisissons 
pas nettement la valeur des arguments au moyen desquels on voudrait nous 
amener a sup;jrimer 1 inhumation. 

Ces arguments, nous aliens les reprendre un a un et les discuter. 
Ils sont, on se le rappelle, au nombre de trois principaux : 
\ Les cimetieres sont une source d emanations dangereuses; 
2 Les cimetieres empoisonnent les eaux de puits et de riviere ; 
3 Les cimetieres occupent trop de place. 

] . En ce qui conccrne les emanations soi-disant dangereuses dont on accuse 
les cimetieres, nous pouvons faire deux parts des arguments presentes par nos 
adversaires : la part des theories et la part des faits. Ces theories, plus ou 
moins appuyees d experiences de laboratoire, partent d un point essentiel- 
lement faux a notre avis. Prenant ce que Ton connait aujourd hui des pheno- 
menes qui accompagnent la decomposition des corps (ce qui est en verite peu 
de chose), et enumerant les differentes transformations cbimiques dont elle est 
la source, les auteurs raisonnent comme si cette decomposition avait lieu a 
1 air libre, comme si une epaisse couche de terre n offrait pas, en meme temps 
qu une resistance tres-reelle a Fexpansion des matieres gazeuses, 1 occasion 
d une foule de combinaisons secondaires, capables d en fixer une portion consi 
derable au-dessous du sol. Le passage que nous avons cite de M. Tardieu, 
malgre les emprunts qu il fait a d eminents chimistes etrangers, contient 
plutot a cet egard une affirmation qu une demonstration. II est parfaitement 
certain et nous ne discutons pas que quelques gaz peuvent arriver jusqu a la 
surface ; tout le monde connait le phenomena des feux follets produits par la 
combustion spontanee de 1 hydrogene phosphore dans 1 oxygene de 1 air. Mais, 
d autrepart, on conviendra egalement que de tels gaz cessent d etre dangereux, 
justement parce qu il sont brules, et cela au moment meme ou ils arrivent a la 
surface du sol. Parmi les autres gaz produits par la decomposition cadaverique, 
ceux que Ton cite parmiles plus dangereux, comme 1 acide carbonique et 1 am- 
moniaque, ne paraissent arriver qu en tres-minime proportion jusqu a 1 air 
exterieur. Nous n en voulons pour preuve, en ce qui concerne 1 acide carbonique, 
que ce que nous dit le docteur Reid lui-meme, cite par M. Tardieu, que la 
terre qui environne les fosses est impregnee d acide carbonique, comme elle 
pourrait etre imbibee d eau. G est done que cet acide se fixe dans la terre. De 



CREMATION. 67 

plus chacun salt que 1 ucide carbonique est plus pcsaut que 1 air atmospherique 
et en admettant meme qu il put s elever jusqu au ras du sol, tout cc qu il 
pourrait f;iire serait de s y maintenir. Nous ne voyons pas en quoi, dans une 
situation sciablable, il est susceptible de vicier gravement 1 air de nos cites. 
Quant a 1 ammoniaque, il nous semble que son odeur est assez caracteristique 
pour que rien soil plus facile a reconnaitre que sa diffusion dans 1 atmo- 
sphere, meme a une dose excessivement faible. Or il suffit vraimcnt de pene- 
trer dans un cimetiere pour reconnaitre qu aucune odeur ammoniacale manifesto 
ne vient frapper 1 odorat, tandis qu il n est pas un coin de rue ou nous nc 
soyons suffoques par des emanations dont cepondant la sante publique ne 
s alarme pas outre mesure. 

Peut-etre dira-t-on que si tous les produits gazeux de la de composition ne se 
repandent pas dans 1 air exterieur, il suffit qu un petit nombre, parmi les plus 
deleteres, soient dans ce cas. On se rejettera sur ce qu on ne connait encore 
qu imparfaitement les transformations, les combinaisons auxquelles donne lieu la 
putrefaction cadaverique, et se basant sur quelques experiences de laboratoire, 
tellcs que celles de Moscatti ou de Boussingault, on pre tendra que 1 air ticnt en 
suspension des particules organiques entrainc es avec les gaz a travers la terre, 
dont la constitution cbimique n a pu etre jusqu a present bien dcfinie, mais qui 
n en demeurent pas moins de tres-dangereux elements et la source d une 
foule de maladies. Cc sont les miasmes. Soit. Mais si ces miasmes sont aulre 
chose qu une pure conception de I esprit, s ils represented une realite ayant sa 
place marquee dans la nature, bien que difficile a montrer, qu on nous de couvre 
au moins les traces de leur existence, autrement dit leurs effets sur 1 orga- 
nisation humaine, les maladies qu ils sont censes susciter. Malheureuscment 
on ne nous montre pas beaucoup plus nettement les traces de cette existence que 
1 existence elle-meme, les effets que leur pretendue cause, et ceux que n aurait 
pas pleinement satisfaits la theorie du miasme ne trouveront assurement pas 
leur compte avec 1 histoire des desastres qu il a causes. Bien ose celui qui dans 
la nomenclature que nous en avons donnee au precedent chapitre decouvrirait 
un seul fait vraiment decisif. Serait-ce le cas cite par Chadwick ? Mais il est 
plus question de vapeur de suit et de triperie que de cimetiere; en outre il s agit 
des effets produits sur des oiseaux en cage et non sur les hommes ; enfin on ne 
saurait accorder une confiance absolue a une observation aussi isolee dans 1 his- 
toire de la science. 

Le cas cite par M. Tardieu du cimetiere de 1 e glise Saint-Margaret est-il 
plus probant ? En aucune facon. Qu y remarquons-nous en effet ? G est que ce 
cimetiere est place dans des conditions exceptionnellement facheuses, et il n est 
jamais venu a 1 idee de personne de pretendre que le choix d un emplacement 
pour un cimetiere n exige pas certaines precautions. Et cependant les inconve- 
nients signales ne se produisent la que d une facon tres-intermittente : il faut 
que les tuyaux de drainage soient fermes par la haute mer, que le barometre 
soit has, la surface du sol legerement humide, la temperature elevee. Si la fer- 
meture des tuyaux de drainage se represente presque chaque jour, les autres 
conditions ne se rencontrent pas aussi frequemment, et comme, d ailleurs elles 
sont tout a fait accessoires, il suffirait de recommander a ceux qui choisissent 
une place pour y enterrer leurs morts de faire en sorte que les tuyaux de drai 
nage qu ils etabliront ne puissent etre facilement benches. 

Observons, en passant, que I insalubrite meme de ce cimetiere exceptionnel ne 



68 CREMATION. 

sen Mi. 1 pas uvnir engendiv de bien grands mnlheurs : Tauteur lie parle que 
d emanatiuns de sagre ables qium a du ooinbattre en plusieurs endroits a 1 aide 
d appareils ventilateurs et do preparations chlorurees, et e est avec une sorte de 
timidite ipi il ajoute que en quelques circonstanees les individus out j9fl> - u en 
eprouver de laeheux el lets. 

Ouaiit aux autres fails que nous avons cites, fails partieuliers d epidemies, 
d aceidents -raves, d aspliyxies, soi-disant causes par les cimetieres. nous les 
tenons pour nuls et non avenus. Nous rappellerons meme que si Vicq d Azir, 
Haller, .\avier, Fodere out cite des cas d asplnxie mortelle a 1 ouverture de eer- 
cueils, on sait que Thouret. Fourcroy. Pai ent-Duchatelet. Orfila ont soutenu 
rinnoi uite iles emanations putrides. 

(in IK- saurait. en elfet, imputer aux cimetieres et a leur influence habituelle 
des accidents dus le plu> souvent a 1 imprudence de ceux qui ont e te les vie- 
tinies. Si nous croyons inoffeiishe la lente et iaible expansion des gazproduits 
par la decomposition des corps, nous ne pretendons pas qu il soil sans danger 
de boukver>er une terre qui a devore des cadavres. Les principes deleteres 
qu ellr a en majeure pailie tenus et eoniprimes dans son sein, vont. s ils n ont 
pas ete completement detruits, produhe subitement une masse e nornie de 
uaz. ilniit les diets pourronl t-tre graves sur les iudividus soumis a son 
influence. 11 y a la toute la distance qui separe une dose fractionnee d une dose 
ina>si\e. et nous n admeltons pas qu on puisse considerer comme une couse- 
ipiencf ordinaire et normale de 1 amenagement des cimetieres cequi est le fait de 
circonstanees etrangeres et de pratiques souvent inopportunes ou mal diriire es. 
Nous lejetons done comme n ayant rieu a faire dans ce debat les accidents causes 
sit par des exhumations, presque toujours accompliesen dehors des precautions 
ne cessaire-. ^oit par des de^cetites dans des caveaux mortuaires, ou les gaz con 
denses s accumulent an point de desceller quelqnetois la pierre qni les ferme, 
suit par des travaux de terrassement executes dans des cimetieres depuis long- 
temps abandonnes, et auxquels on vient toucher imprudemment. De mt?me on 
a cite le cas signale par Pettenkofer qui a trouve de 1 ammoniaque dans 1 eau 
souterraine a une distance de 40 pieds de 1 usine a gaz qui 1 avait produite ; 
celui de Fcerster idans son ttude sur le cholera a Sondershausen, en ISTo"), 
que nous avnns deja cite. 11 nous parait bien evident qu il est impossible de 
comparer la marche envahissante, suns le >1. de gaz s e chappant sous pression, 
et la lente diffusion de ceux qui proviennent d un corps en putrefaction. 

Kins tons ccs cas, c est a lui-meme que riiomme doit imputer le rual et non 
aux cimetieres. qui n en peuvent mais. Ce qu il faudrait prouver, et ce qu on lie 
prouve pas, c est que les individus qui [uir etat. qui par situation sent le plus 
exposes aux atteiutes de ces terril.des miasmes. comme les gens qui babitent dans 
le voisinai r L- des cimetieres ou ceux que leur profession y appelle. depuis le los- 
soyeur jusqu au medecin de la salubrite. sont plus frappes par la maladie que 
les individus qui demeurent au loin et qui ne viennent que rarement visiter les 
morts. 

Si la science a etabli. a dit M. Depaul au conseil municipal de Paris, 1 oxis- 
tence de certaines maladies speciales propres a certaines professions, s il est 
avere que les ouvriers qui travailleut le plomb et le phospbore sont quelquefois 
victirnes de leurs manipulations, personne n a demontre jusqu ici, personne n a 
cuiistate ijiie les fossoyeurs. non plus que les boyaudiers. les tauneurs les 
eqiiarisseurs, les garcons des amphitheatres de dissection, tons ceux, en un mot. 



CREMATION. 69 

qui mellcnt en ccuvre des matieres en voie de decomposition, soionl sujcls a 
aucune maladie professionnelle. Est-il plus demontre que les exhidaisons pu- 
trides puissent engendrer le cholera, la fievre typbo ide, le typhus ou la pesle? 
M. Bouchardat, dont 1 autorite en ces malieres n est pas contestahlc, rappellea 
ce propos, dans Particle de la Revue scientifique que nous avous dcja cite, que 
1 annee qui a suivi les funestes evenements de 1870-1871 est de heaucoup la 
moins chargee de deces par fievre typhoide, entre toutes celles qui ont precede 
ou suivi, et que cependant nos cimetieres ne furent jamais autant encombres. 
Pendant la periode la plus malheureuse, aucun cas de typhus fever ne s est de 
clare a Paris. 

La conclusion a tirer de tout ce qui precede est celle-ci : 

Si nous connaissons imparfaitement les phenomenes qui accompagnent la 
decomposition putride a 1 air libre, nous connaissons encore moins ceux qui 
resultent dc cette meme decomposition operee sous terre. Les fails recueillis, 
loin de demontrcr la libre expansion au dehors des produits gazeux, semblent 
prouver, an contraire, que la plupart ne parviennent pas a la surface, soit par 
suite de combinaisons avec les materiauxdu sol, soit en vertu de la compression 
qu ils subissent. 

La faible quantite de gaz dele tere qui serepand dans 1 air, apres avoir vaincu 
la resistance que le sol lui oppose, semble impuissantc a provoquer cbez les 
individus les plus exposes a son atteinte aucune maladie caracterisee, non 
plus qu aucunc susceptibilite speciale. 

A plus forte raison ne saurait-elle etrc la source de toutes sortes de maladies 
endemiques et epidemiques, comme on 1 a pretendu sans preuve et sous le me 
diocre pretexte qu on ne connaissait aucune autre cause a laquelleil tut possible 
de les attribuer. D ailleurs la variete meme des maladies attributes a cette cause 
montre qu elle ne donne pas naissance a un produit specifique et que ce ne sont 
pas la des maladies contagieuses. 11 ne faut pas oublier, selon notre classification 
etiologique, que dans toute maladie il y a deux facteurs : le facteur externe 
(parasites, ferments, semences) et le facteur interne, qui est 1 organisme. Celui- 
ci ne se borne pas exclusivement a un role de support ou de de pot, et souvent, 
au contraire, les conditions de reception et de reaction dans lesquelles il se 
trouve ont la plus grande importance. 

y. Si 1 accusationportee contre les cimetieres, en ce qui touche les emanations, 
ne semble pas reposer sur un fondement bien solide, celle qui concerne la souil- 
lure des eaux potables est-elle beaucoup plus serieuse? C est ce que nous aliens 
examiner. 

L eau du ciel tombant sur les cimetieres penetre dans un terrain sature de 
produits de decomposition ; elle s en impregne, et, continuant sa marche des- 
cendante jusqu aux couches impermeables, va empoisonner les rivieres et les 
puits, ou 1 analyse chimique denote la presence d ammoniaque, de sels azotes, 
de composes sulfureux. 

La theorie, comme on voit, est fort simple. Reste a savoir si elle est justifiee. 
Tout nous porte a croire que 1 on a ici encore incrimine les cimetieres avec 
autant de raison qu on leur reprochait tout a 1 heure de produire le cholera, la 
fievre typhoide et meme la peste. 

II n y a pas une des assertions precedentes qui n ait trouve des contradicteurs 
dans les hommes les plus competents, et en opposant les fails aux fails et les 
theories aux theories, on s apercoit que tout ce que Ton peut conclure pour le 



70 CREMATION. 

moment est que la science est encore fort peu avance e sur ces questions et 
qu il serait au moins temeraire de baser sur des affirmations aussi peu prouvees 
des modifications sociales de i importance de celles que Ton propose. 

Un premier point, que Ton a tort, d apres nous, de faire intervenir dans la 
discussion, parce qu il ne nous semble nullement acquis, est celui de savoir si 
les eaux de pluie peuvent reellement penetrer assez profondement dans le sol 
pour y rencontrer les couches impermeables qui leur permettront de glisser 
jusqu aux rivieres ou aux puits. 

M. Depaul et ses colleguesMM. Leclercet Riant, dansle remarquable rapport 
qu ils oat presente au conseil municipal de Paris, ont elabli ce (jue recoit d eau 
du ciel cbaque metre carre de nos cimetieres : II resulte d experiences officielles, 
disent-ils, que I epaisseur d eau de pluie qui tombe par an et par metre carre dans 
notre region est de O m .v77, en moyenne. Chaque metre carre recoit done 577 li 
tres d eau. De nombreuses recherches ont ete faites pour determiner la quantite 
d eau absorbee dans le sol par Cbarnock, Delacroix, Dalton; les resultats de ces 
experiences ont montre que cette quantite etait d environun tiers. Dans bien des 
cas, elle etait inferieure. Les deux autres tiers coulent a la surface ou sont 
enleves par 1 evaporation. Ainsi, annuellement, pour une quantite de 577 litres, 
le sol ri absorbera que le tiers, soit 191 litres ou en nombres ronds 200 litres 
par metre carre, ou par bectare 2000 metres cubes par an. Mais nos cimetieres 
sont dans des conditions toutes speciales : un tiers de leur surface est occupee, 
par des chemins, allees, constructions qui ne laissent pas penetrer 1 eau dc 
pluie, et, dans les deux autres tiers, il y a encore une partie considerable 
occupee par des dalles et des monuments a travers lesquels 1 eau ne peut passer. 
II faut done divisor par deux le nombre ci-dessus et le reduire a 100 litres par 
metre carre et par an, ou 1000 metres cubes par hectare, c est-a-dire que la 
couche d eau qui traverse chaque metre carre par annee a une epaisseur de 
10 centimetres seulement. C est la le volume d eau qui traverse les terrains 
remues pour le service des inhumations. 

Dix centimetres ! En verite, c est une quantite bien faible pour penetrer dans 
une lerre toujours avide d humidite et gagner une nappe d eau qui git le plus 
souvent a la profondeur de 20, 30 et 40 metres au-dessous du sol. Par quel 
miracle ces quelques gouttes d eau ne seront-elles pas absorbees avant d avoir 
franchi un si grand espace, et comment resisteront-elles aux sollicitations sans 
nombre qu elles vont rencontrer sur leur chemin? C est ce que ne nous expli- 
quent pas assez ceux qui pour toute demonstration se contentent de nous 
apporter les conclusions de leurs analyses. 11s devraient connaitre cependant ce 
fait, que personne n ignore, que meme apres une periode de pluies furieuses, la 
terre n est guere modifiee au dela d une epaisseur de 50 a 60 centimetres, et 
qu au dela tout est secheresse etdurete. C est ce qui se trouve constate d une fagon 
tout accidentelle, il est vrai, mais neanmoins bien remarquable, dans un rapport 
redige par le docteur Prat, medecin de la prefecture de la Seine, au sujet d une 
exhumation. Un travail lent, ecrit-il, mais continu, a ete favorise dans sa 
lenteur par le terrain particulier qui enveloppait les cadavres et les tenait a 
1 abri de 1 humidite; car je n etonnerai personne en disant qu il y avail 
absence d eau dans le terrain ; malgre le temps si pluvieux du niois de mai de 
cette annee, les pluies torrentielles fines et continues n avaient pu faire pene 
trer 1 humidite au dela d un demi-metre, et les corps etaient a pres de 2 metres 
de profondeur, etc., etc. 



CREMATION. 71 

On nous demandera peut-ctre d expliquer, s il en est ainsi, comment se 
forment les nappes d eau profondes, de quelle manic-re elles s alimentent, pour- 
quoi elles diminuent ou augmentent suivant 1 etat variable de 1 atmosphere ? 
Bien que nous n ayons pas a donner la clef d un mystere, dont 1 explication est 
reservee aux geologues, nous pouvons deja ciler, pour 1 instruction de nos 
lecteurs, le passage suivant d un auteur quo les savants actuels ne recuseront 
certainement pas : 

J ai remarque, dit Buffon, en examinant de gros monceaux tie terre de 
jardin de huit ou dix pieds d epaisseur, qui n avaient pas ete remues dcpuis 
quelques annees et dont le sommet etait a pcu pres de niveau, que 1 cau des 
pluies n a jamais penetre a plus de trois ou quatre pieds de profondeur; en soi te 
qu en remuant cette terre au printemps apres un hivei fort huniidc, j ai trouve 
la terre de I mterieur de ces monceaux aussi seche quo quand on 1 avait amon- 
cele e. J ai fait la meme observation sur des terres accumulees depuis pres de 
deux cents ans : au-dessous de trois ou quatre pieds de profondeur la terre etait 
aussi seche que la poussiere ; ainsi 1 eau ne sc communique ni ne s etcnd pas 
aussi loin qu on le croit par la seule filtration : cette voie n en fournit dans 1 in- 
terieur de la terre que la plus petite partie; mais depuis la surface jusqu a de 
grandes profondeurs, 1 eau descend par son propre poids, elle pe nelre par des 
onduits naturels ou par de petites routes qu elle s est ouverte elle-meme, ellc 
suit les racines des arbres, les fentes des rochers, les interstices des terres, it 
se divise on s etend de tous cotes en une infinite de petits rameaux et de filets 
toujours en descendant, jusqu a ce qu elle trouve une issue apres avoir rencontre 
la glaise ou un autre terrain solide, sur lequel elle s est rassemblee. 

If parait done au premier abord assez difficile que la petite masse d eau qui 
tombc sur nos cimetieres penetre aux profondeurs que Ton sait; mais en admet- 
tant meme qu il en soit ainsi, il faut encore supposer que les principes dele- 
teres dont elle se sera chargee en passant a travcrs une terre remplie de detritus 
cadaveriques 1 accompagneront jusqu au bout, et ne trouveront point dans le 
trajet mille occasions d abandonner leur vehicule pour s associer aux elements 
de rencontre que le terrain pourra leur fournir. G est ainsi que l un de ces prin 
cipes redoutes, 1 ammoniaque, s il faut en croire les experiences fa<U s en 1848 
par MM. Huntable et Thompson, ne pourrait se maintenir a 1 etat soluble en 
presence de la terre. Celle-ci aurait la curieuse faculte de retenir a 1 e lat inso 
luble 1 alcali d une dissolution ammoniacale, et meme de solutions oil la base ne 
se trouverait pas a 1 etat libre, mais engagee dans des combinaisons telles que 
le chlorhydrate, le sulfate et le nitrate d ammoniaque. Ces experiences ont ete 
confirmees par M. Th. Way, en 1850. En reprenant les travaux de ces messieurs, 
il de terrnina en meme temps la capacite d absorption des terres ou de 1 argile. 
M. Way resta neanmoins convaincu qu il se formait une veritable combinaison 
chimique, avec un silicate double particulier existant duns le sol. 

DCS experiences de M. Hales, qui concordent avec les precedentes, etablissent 
qu une eau tres-chargee d ammoniaque ne traverse pas la terre comme si elle 
traversal un filtre ; 1 alcali est retenu, qu il soit a 1 etat libre ou a 1 etat de sel ; 
et meme, dans ce dernier cas, M. Hales a trouve que 1 absorption du sel ammo- 
niacal par les terres etait encore beaucoup plus elevee que lorsque 1 alcali etait 
a 1 etat libre. 

En presence de faits de cette nature, dit M. Gille, auquel nous empruntons 
la citation qui precede et a qui Ton doit un iirteressant travail sur la question, 



72 CREMATION. 

que devient la thcoric de la lixiviation des tcrres de nos cimetieres par les eaux 
de pluie ! Si meme elle pouvait se produire, il y aurait a noter, ajoute-l-il, que 
le cimetiere Montparnasse (1 un des cimetieres parisiens), par exemple, offrirait 
conime resistance a la filtration verticale une couche de terrains de natures 
diverses, qui ont au moins vingt metres de profondeur avant de reneontrer cette 
fameuse couche de terre glaise. Et cc n est pas tout : apres avoir vaincu cette 
resistance dans le sens vertical, il restcrait encore a ces eaux une distance de 
pros de six kilometres a parcourir avant de rencontrer la Seine, et ce parcours 
devrait s effcctuer dans le sens horizontal, et toujours en contact avec des com 
poses mineraux, qui ont une grande tendance a fixer les sels ammoniacaux et 
a former avec eux des composes doubles insolubles. 

Toutes ces objections, toutes ces difficulte s n ont pas, il faut 1 avouer, vivo- 
ment embarrasse les adversaires de 1 inhumation, et toute leur argumentation a 
consiste a nous montrer la presence d elt-ments dangereux dans les eaux, sans 
nous prouver suffisammcnt qu il faille en accuser nos cimetieres. 

Or tout est la. Personne ne discute la sincerite et 1 excellence des analyses 
effectuees par des chimistes aussi competents que M. Belgrand et ses collabora- 
teurs; mais ce qu on soutient centre eux, c est que beaucoup d autres causes 
que les cimetieres, si tant est meme que ceux-ci soient coupables, peuvunt 
determiner dans les eaux la presence de ces elements pretendus dange 
reux. 

Pour I ammoniaque, par exemple, qui dans la plupart des puits de Paris ne 
se rencontre meme pas a la dose de 1 gramme par metre cube, il ressort des 
experiences faites en 1851 par M. Boussingault que 1 eau de pluie tombant 
a la campagne en renfcrme tout pres de 1 gramme par metre cube, et que cette 
quantite s eleve considcrablement quand les experiences ont lieu dans Paris. La 
moyenne de 1 annee 1851 donnepour cette dcrniere villeogr. 55 par metre cube; 
le maximum en clecembre est de 1 gr. 45 ; le minimum en octobre estde 1 gr. 08. 
Toujours d apres M. Boussingault, au mois d avril de 1 annee suivante, 1 eau de 
pluie contenait 4gr. 5-4 par metre cube d eau, ce qui etait juste 27 fois autant 
que la Seine a la meme epoque. 

L eau de pluie est done plus ammoniacale que celle des rivieres ou des puits; 
et Ton ne peut pretendre que les cimetieres, au moins pour 1 eau de pluie 
recueillie a la campagne, y soient pour quelque chose. Mais ce n est pas tout. 
Sept puits de Paris ont ete etudies au point de vue de la composition des eaux, 
et qu a-t-on trouve? C est que les deux puits les plus eloignes de tout cimetiere 
etaient les plus riches en ammomaque, et plus riches d une quantite extraordi 
naire. Tandis, en effet, que des puits tres-rapproches de la zone soi-disant dange- 
reuse, comme a Glignancourt, renfermaient une quantite d ammoniaque vrai- 
ment inappreciable (Ogr.51), des puits situes dans les quartiers les plus cen 
tra ux (Hotel de ville, quai de la Megisserie) en contenaient jusqu a 55 grammes 
et 54 grammes par metre cube. Ici encore peut-on incriminer les cimetieres? 
Evidemment non. M. Boussingault qui s est donne la peine de rechercher la 
source de cette quantite enorme d ammoniaque 1 a trouvee dans la presence de 
fosses d aisances non etanches, situees dans le voisinage des puits. Et en realite 
c est une cause semblable qui fait que 1 eau de pluie qui tombe dans les 
villes est plus chargee d ammoniaque que partout ailleurs. Elle rencontre dans 
nos cites une atmosphere plus ou moins viciee par les dejections de toute 
nature qui encombrcnt nos voies et salissent nos murs, par les gaz qui s echap- 



CREMATION. 75 

pent des tuyaux dc ventilation de 60 000 on 80 000 fosses d aisanccs. Si Ton 
estimc, avec Parkes, qu une population de 1000 personnes produit par an 
25 tonnes de matieres fecales et 14 646 pieds cubes d urine, il faudra multi 
plier ces chiffres par 2000 pour evalucr a pen prcs les excrements annuels de la 
population parisienne. Voila une source d ammoniaque autrement feconde quo 
celle que nous presentent les cimetieres, en admettant memo, ce que nous con- 
testons, que la filtration des eaux s y puisse accomplir. 

La presence des sels azotes doit-elle, plus que celle de 1 ammoniaque, etre 
attribute aux cimetieres? Gela est au moins douteux. 

On parle, dit M. Gille, dans un travail deja cite, de la production des 
nitrates comme d une source d acide azotique venant de la decomposition de 
1 ammoniaque produite par les matieres azotees. Mais cela est-il prouve? 

Est-ce que les remblais autorises dc certains terrains, avec les materiaux 
et les platras provenant des demolitions, auxquels on joint des ordures de toute 
nature, ne constituent pas tons les elements necessaires pour faire une bonne 
nitriere? 11 serait difficile de trouver mieux. 

Est-ce que M. Boussingault n a pas signale dans son ouvrage de chiinie 
agricole que la craie de Meudon contenait environ 25 grammes de salpetre par 
metre cube? Cette source naturelle dc nitrate de potasse ne provient pas, je 
suppose, de la decomposition des matieres organiques des cimetieres. 

Est-ce qu on nc lit pas dans le memc ouvrage, a l articlc PLATRE DE MONT- 
MARTRE : Un echantlllon provenant de la carriere Saint-Denis dans sa coucbe 
inierieure, mouille par une infiltration, a donne 1 equivalent de 508 grammes 
de nitrate de potasse par metre cube. Un autre echantillon, cboisi dans 1 intc- 
rieur d un bloc, n a plus fourni par metre cube que 18 grammes. 

Ceci connu, y a-t-il quelque cbose d etrange a trouver, par 1 analyse, que 
1 eau de Seine renferme a Paris, en moyenne, 1 1 grammes de nitrate par metre 
cubed eau, et, comme le dit M. Sainte-Claire-Deville, que la Seine porte a la mer, 
cbaquejour, 1 equivalent de 71000 kilogr. de potasse? Mais les eaux du Nil, 
comme le demon trent les analyses de M. liarral, portent a la mer cbaque jour 
plus de 1 million de kilogrammes de salpetre. 

De tout cela que conclure? C est t|iic la Seine, dans son parcours, traverse 
des terrains qui lui fournissent ces elements, et que les cimetieres de Paris ne 
sont pour rien on pour fort peu de chose dans celte composition de 1 eau. 

Enfin que faut-il penser de 1 existence de sources sulfureuses dans Paris, et 
doit-on en faire remonter 1 origine a 1 action des detritus organiques sur les 
eaux seleniteuses de la capitale? Cette doctrine, dit M. Depaul, pourrait etre 
admise si tous les puits etaient, dans un espace suffisamment grand, trans- 
formes en eaux cliargees d acide sulfhydrique ; mais comment expliquer la 
source sulfureuse de la rue Demours, n 19, aux Ternes ? Quel cimetiere a 
produit ce resultat?Pour tirer de ces di verses observations des conclusions rigou- 
reuses, il faudrait que des analyses faites de proche en proche et controlees par 
des rechercbes locales sur la nature des terrains vinssent donner un fondement 
serieux a la doctrine qui attribuc ces sources a 1 action reductive des eaux des 
cimetieres. II n est pas necessaire d aller chercher si loin pour expliquer 1 exis 
tence de ces sources, ct la presence de depots circonscrits de lignite sur le trajet 
des eaux seleniteuses suffit pour determiner la production d eaux sulfureuses. 
Les amas de lignite, comme toute matiere organique d origine animale ou vege- 
tale, donne lieu a des degagements d acide carbonique. Or 1 acide carbonique, 



74 CREMATION. 

en presence d eaux chargees de sulfate de chaux,precipite le carbonate dechaux 
et degage 1 hydrogene sulfure. On s explique des lors facilement la presence 
d eaux sulfureuses dans le terrain de Paris, en dehors de toute action des 
cimetieres. 

Aiusi il n est pas un des elements incrimines auquel on n ait decouvert une 
origine non-seulement possible, mais probable, en dehors de Faction hypothe- 
tique des cimetieres. D ailleurs, comme on 1 a parfaitement bien fait remarquer, 
quelle que soit la cause de leur presence dans les eaux de riviere ou de pluie 
qui servent a notre alimentation, en quel cas la dose est-elle suffisante pour 
devenir un danger? Nous avons vu que 1 eau de pluie contenait plus d ammo- 
niaque que 1 eau de Seine et que celle du plus grand n ombre des puits de la 
capitale, et cependant personne n a jamais pretendu que 1 eau de pluie fut em- 
poisonnee. 

On ne soutiendra pas davantage que les sels azotes, a la dose ou on les ren 
contre d ordinaire, c est-a-dire \ a 2 grammes par litre, soient a redouter, lors- 
qju on se rappelle que les medecins ordonnent cbaque jour le salpetre comme 
dim-clique a la dose de 1 a 8 grammes par litre ; et, comme le faisait remar 
quer M. Depaul, si les 105 grammes d azote que 1 on rencontre dans un metre 
cube d eau suspecte sont un danger, quelle ne doit pas etre notre apprehension 
quand il s agit d avaler une tasse de bouillon qui en contient bien davantage. En 
ce qui concerne les sources sulfureuses, cette putrefaction liquide, comme les 
appellent quelques-uns, le peril qu elles font courir a la societe est chose si peu 
demontree, qu elles sont recommandees au public comme salutaires et bienfui- 
santes par les medecins memes que 1 administration charge de la surveillance de 
ces eaux. 

Dans cette discussion, il faut faire figurer un autre element que jusqu ici 
on a trop neglige. Nous voulons parler de la filtration des eaux d egout et de 
leur utilisation par le proce de agricole. Le savant Rapport sur la deuxieme ques 
tion du congres international d hygiene de Paris, re dige par MM. Schloesing, 
A. Durand-Claye et Proust nous fournira de nouvelles preuves, en demontrant 
que le sol est 1 e purateur le plus parfait des eaux charges de matieres orga- 
niques. Lorsque des eaux impurcs, celles des egouts par exemple, sont versees 
surun sol meuble, les matieres insolublcs sont d abord anetees par la surface 
comme par uu fillre : quelques particules, assez tenues pour franchir ce premier 
obstacle, sont bientot fixees un peu plus has. Tel est le premier cffet produit : 
c est un simple filtrage mecanique. L eau debarrassee des matieres insolubles 
descend plus avant; le sol s en imbibe; chaque particule de terre s enveloppe 
d une couche liquide exlremement mince; amsi divisee, 1 eau presente a 1 air 
confine dans le sol une surface enorme ; alors s opere le second effet de 1 irriga- 
tion, la combustion de la matiere organique dissoute dans 1 eau d egout. On dit 
que le feu purifie tout ; et, en efl et, il n y a pas de matiere organique si impure, 
bi malsaine, que le feu ne transforme, avec le concours de 1 oxygene de 1 uir, eu 
aodc carbonique, eau et azote, composes mine raux absolument inoffensifs. Dans 
1 interieur du sol, se passe un phenomene de meme ordre, non plus violent et 
visible comme le feu, mais lent, sans aucun signe exterieur; ce n en est pas 
moins une combustion qui reduit toute impurete organique en acide carbonique, 
eau et azote; il lui arrive meme d etre plus pari aite que la combustion vive et 
d oxyder, de bruler 1 azote, ce que le feu ne sait pas faire. L azote est en elfet, 
beaucoup moins combustible que le carbone et 1 hydrogene, c est-a-dire qu il se 



CREMATION. 75 

combine beaucoup plus difficilemcnt que ces corps avec 1 oxygene, c est pour- 
quoi la transformation dc 1 azote organique en acide nitrique est le signe d une 
parfaite combustion dans le sol. Quant aux matieres insolubles retcnues a la 
surface, elles n echappent pas davantage a la combustion lenle, surtout quand un 
labour les a incorpores dans le sol. Tout ce qui en reste est un sable extreme- 
ment fin qui comptera desormais parmi les elements mineraux de la terre. 
Les experiences recentes de MM. Scbloesing et Miintz ont montre que la terre 
vegetale avait la propriete de bruler les matieres organiquesetde nitriiier 1 azote. 
On peut arreter la nitrification en ajoutant de la vapeur de chloroforme, ce qui 
semblerait montrer que cette nitrification tient a la vie d organismes capables 
comme le mycoderma aceti ou autres vibrions de transporter 1 oxygene sur les 
matieres organiques. 

L epuration se fait par deux mouvements, celui de 1 eau, celuide 1 air; 1 un 
apporte le gaz comburant, 1 autre la matiere combustible, L action de 1 air agit 
d une maniere continue, et Ton pcut 1 aiJer par destranchees profondes ou 1 exci- 
ter par le drainage. Mais on n est pas encore parvenu a la mesurer el Ton n a 
aucune idee des quantite s d air qui s ecbappent entre 1 air et 1 atmosphere, dela 
respiration du sol. On peut an contrairc mesurer le pouvoir epuralcur du sol 
et, par consequent, regler la quantite des impuretes qu il peut consumer, comme 
on regie 1 apport du bois dans un foyer, quarid on sail combien celui-ci peut bru 
ler. D ailleurs 1 irrigation est neccssairement intermittente, el la filtralion et 
1 evacuation le deviennent aussi. On determine ainsi le pouvoir epurateur du sol 
d apres la methode du docteur Frankland. On est arrive, en Angleterre, a faire 
epurer sur des surfaces limitees des quantiles considerables d eau d egout s ele- 
vant jusqu a 200 000 metres cubes par an et par bectare. Un hectare du sol de 
Gennevilliers pris sous une epaisseur ulile de 2 metres, peut epurer par an au 
moins 50 000 metres cubes d eau provenant des egouts dc Paris. 

Que Ion rapprocheces chiffresde laqunntite d eau que les pluies versent an- 
nuellement sur les cimetieres de Paris et que nous avous donne plus haul. Sans 
doute, les conditions du probleme ne sont pas les memes, et puur ceux-ci la 
matiere organique n est pas diluee et se trouve pour ainsi dire en bloc. Mais 
elle doit disparailre par le meme precede et se reduire en acide carbonique, eau 
et azote. Ge qui lui manque surtout pour arriver a ses fins, c est 1 apport de 
1 oxygene. Le drainage des cimetieres n est pratique que quand il est imperieu- 
sement reclame par la nature du sol. 11 faut qu il soit fait d une maniere sys- 
tematique, et Ton doit meme perfectionner les precedes employes aujourd hui. 
Sans songer a des dispositions aussi grandioses que 1 admirable et immense 
reseau d egouts du Paris moderne, on concoit cependant qu il serait possible, 
pour le sejour des morts, de disposer dans le sol un systeme de canaux dans 
lequel la circulation de Fair se ferait par appel ou par propulsion. Ne serait-ce 
pas la 1 avenir des hypogees de noire epoque? 

Le second argument dirige coatre les cimetieres et centre 1 inhumation ne 
semble done pas beaucoup plus serieux que le premier et ne merite pas qu on s y 
arrete davautage. Reste le troisieme : 1 encombrement des cimetieres. 

5. G est la, suivant nous, le plus serieux des arguments produits, ce qui ne 
veut pas dire qu il soit invincible. 

Autrefois, et pendant des siecles alors que i" inhumation en tranchees etait 
adoptive, on n avait pas a se preoccuper de 1 encembrement des cimetieres. Mais 
dans 1 etat de choses actuel, et sans autre raison que la maniere dont les conces- 



70 CREMATION. 

sions sont accordees (il y eu a environ 70 000 concessions a perpetuite dans les 
anciens cimetieres de Paris), aucuii cimeliere, si vaste qu il soil, ne peut se flat 
ter de pouvoir eternellement suflirc aux besoins d une population, meme station- 
naire. Si, en effet, stir 100 inhumations, le dixieme environ d apres la statis- 
tique, se fait en concessions perpetuelles, c est un emplacement de plus en plus 
considerable qui va s immobilisaut tous les jours, et alors meme qu a Paris, par 
exemple, on aurait un espacc plus que suffisant pour fournir aux 46 000 inhu 
mations en moyenne qui ont lieu annuellement, en admettant qu on n accorde 
pas au dela de cinq annees aux corps ensevelis en concessions temporaires ou 
gratuites, il viendrait toujours un moment ou la plus grandc partie, la totalite 
meme du terrain sc trouverait prise par les concessions perpetuelles, et il fau- 
drait bien chercher ailleurs un lieu pour les autres. D autrepart, 1 experience a 
demontre que les cinq annees aujourd hui accordees aux inhumations tempo 
raires ou gratuites sont insuffisantes, et que la terre, lorsqu on en vient a la 
solliciter pour la troisieme fois, ne fait plus son oeuvre : nouveau motif d agran- 
dissement. Enfin, comme la population des villes a ete jusqu ici en augmentant 
a cause de Immigration des campagncs, il faut prevoir encore 1 accroissement du 
nombre des inhumations et rencombrement de plus en plus marque qui doit en 
resulter pour les cimetieres. Toutes ces causes reunies jettent dans un reel 
embarras les municipalites responsables du bien-etrc des administres, et beau- 
coup voient se dresser devant, elles ce dilemne desagreable : ou bruler les morts, 
ou les deporter. 

Bien que 1 idee de la deportation des morts n ait guere ete accueillie avec plus 
de faveur que la cremation, a laquelle elle semble meme inferieure a certains 
egards, c est pourtant a 1 un a ou 1 autre de ces deux precedes que nous serions 
fmalement forces d avoir recours s il etait nettement etabli que Ton ne peut 
apporter au mode actuel d inhumation des modifications telles que les inconve- 
nients signales disparaissent ou se trouvent notablement amoindris. 

C est ce qu il s agit d examiner. 

A commencer par le premier des inconvenienls que nous avons notes et qui 
est 1 habitude prise d accorder des concessions perpetuelles, il yaun moyen tres- 
simple de le detruire : c est de ne plus accorder dc semblables concessions. On 
satisfait a loutes les exigences et a tous les interets en accordant des concesr 
sions indefmiment renouvelables. Aller plus loin nous parait etre une erreur. 
La piete des descendants pourra conserver eternellement, si bon lui semble, la 
tombe de 1 ancetre, de meme que les cites et les etats pourront entretenir a per 
petuite celle des hommes qui les auront servis et lion ores. Par une telle mesure, 
le culte prive n est done pas moins sauvegarde que le culte public. La suppres 
sion des concessions perpetuelles restituerait dans un temps donne une masse de 
terrains considerable et aurait pour effet de rendre presque insensible la portion 
annuellement immobilisee. On oublie trop que nos cimetieres, nous parlous des 
cimetieres parisiens (car c est sur eux qu a porte principalement 1 argumentation 
des adversaires de 1 inhumation), ne sont que de date relativement recente et 
que beaucoup de gens actuellement vivants ont pu assister aux premieres inhu 
mations qui y ont ete effecluees. Cela explique qu il n y ait pas encore une 
grande quantite de concessions perpetuelles abandonnees ; pen de families ont 
eu le temps de s eteindre ou d oublier 1 aieul ou le pere qu elles ont mis au 
tombeau. Mais lorsqu un siecle se sera ecoule, que trois generations auront 
passe depuis la creation, combien seront encore entretenues de ces tombes pri- 



CREMATION. 77 

mitives? G est une chose non douteuse que dans le plus grand nombre des 
families actuelles, la plupart des membres ignorent le lieu ou a ete enterre 
1 aieul et, a plus forte raison, le bisa ieul. C est encore un fait pleinement de- 
montre quc la duree des families qui ont le plus de raisons pour se perpetuer ct 
se maintenir, c est-a-dirc des families nobles, ne depasse pas trois cents ans, ainsi 
que 1 a prouve Benoiston de Chateauneuf. On ne trouve plus au dela d heritier direct 
du nom. Pourquoi consacrer au souvenir d un individu que tout le monde oublie, 
et dont il ne reste plus rien, une terre qui serait si bien occupee par d autres? 

Une seconde amelioration, qu il serait possible, a notre avis, d apporter au 
present etat de choses, serait celle qu a propose recemment M. le docteur Dela- 
siauve, et qui consiste a renvoycr dans leur pays d origine la depouille de ceux 
qui sont venus mourir dans la capitale. On sait a quel point toutes les grandes 
villes, et Paris en particulier, sont pour les habitants de la province un centre 
puissant d attraction. Si Ton ne peut empecher personne de s etablir ou il veut, 
si, d autre part, rien ne doit gener el entraver dans la mesure du possible le 
culte des morts, rien non plus ne s oppose a ce qu avec le libre conscnlement 
des interesses, et il s agit la surtout des vivants, on ne renvoie a leur lieu d ori 
gine les restes de cette population nomade et flottante qui encombre, pour leur 
malheur souvent, la plupart des grandes villes, et prend dans leurs cimetieres la 
place reservee a leurs propres morls. Nous n ignorons pas qu il y a a la proposi 
tion de M. Delasiauve un grave obstacle, qui est la question d argent. Mais, ontre 
iju il n y a la rien d insurmontable, nous estimons que quand bien meme les 
villes interessees devraient contribucr |iour une partie ou meme pour la totalite 
aux frais du transport, il y aurait encore la pourellesun avantage considerable, 
si par ce moyen elles pouvaient conserver a leurs veritables habitants les cime 
tieres qu ils aiment et des habitudes qui leur sont precieuses. 

Dans le meme ordre d idees, c cst-a-dire en se contentant d ameliorer 1 etat 
actuel, sans le modifier profondement, n y aurait-il pas lieu de rechercher les 
moyens de faciliter a la terre son oeuvre de destruction ? Nous ne voyons pat 
qu on ait tente jusqu ici aucun effort serieux dans ce sens et assurement ce serait 
deja quelque chose que d assurer la reprise periodique des terrains pendant un 
temps illimite : on aurait ainsi fait disparaitre 1 une des principales causes de 
l encombremont. Si, comme 1 assurent ceux qui ont le mieux etudie la question, 
la prodigieuse quantite d eau que renferme le corps humain determine du meme 
coup la lenteur et le danger que presente sa destruction, ce serait, ce nous 
semble, simplifier deja le problems que de ne livrer aucun corps a la terre sans 
1 avoir au prealahle depouille de la plus grande partie de 1 eau qu il contient. La 
terre n aurait plus, des lors, qu a completer 1 ceuvre de dessiccation deja com- 
mencee, etune sortcde pulverisation plus ou moins rapide remplacerait la putre 
faction. C est, en realite, ce qui se passe dans tous les pays 011 une atmosphere 
tres-seche et tres-chaude debarrasse le cadavre de sa masse enorme de liquide 
par une prompte evaporation : on ne retrouve bientot qu un pen de poussiere, 
produit d une combustion naturelle l . 

\. D apres Fieck, le corps liumain est, en moyenne, compose des parties suivantes : 

Eaii 58,5 

Substances combustibles 52,5 

Matiire miuerale 9,0 

100,0 

C est en tenant compte de ces differents elements qu on est arrive a trouver, pour leur 
combustion complete dans lefour de M. Siemens, une temperature de 750 centigrades. 



78 CREMATION. 

Sans croire quc toutes difficultes seraient a jainais aplanies, si 1 on adoptait 
les moyens que nous proposons ou d autres de meme ordre, nous croyons cepen- 
dant que de telles mesures aideraient deja puissaramcnt a triompher des 
obstacles qu on a rencontres et rendraient probablemcnt inutile une reforme plus 
radicale, une modification plus proforide dans 1 organisation et 1 amenagement 
de nos cimetieres. 

Dans le cas contraire, notre conviction est que Ton trouverait encore les 
moyens convenables pour echapper a la deportation des morts aussi bien qu a 
leur cremation. Nous n en voulons pour preuve que cequi a ete produit et pro 
pose dans ce sens de systemes nouveaux, depuis que ces graves questions sont 
en jeu. Sans prendre ici parti pour aucun d eux, nous pouvons citer le projet 
presenle par M. de Guny, qui, s il ne remplit pas a notre avis toutes les condi 
tions desirables, indique cepenclant une voie dans laquelle il serait possible 
d entrer si une nccessite superieure nous y obligeait. Ce qtii le recommande plus 
particulierement a nos yeux, c est qu il fonctionne depuis longtemps deja dans 
plusieurs \illes d ltalie, a Naples en particulier, ou les habitants, parait-il, s en 
trouvcnt bien. 

Ce projet consiste en tin systeme de galeries souterraines a deux e tages de 
profondeur, de chaque cote desquelles des cases en maconnerie, perpendiculaires 
aux galeries et disposees sur plusieurs rangs, recoivent les cercueils et sont 
ensuite fermees au moyen d une plaque de pierre scellee. Les galeries out une 
largeur de S^SO, suffisante pour permettre une circulation tres-facile; celles 
du premier etage sont eclairees par des ouvertures circulaires de i m ,60 de 
diametre, percees dans la premiere voule, en nombre assez grand pour eclairer 
parfaitement, et recouvertes d un toil vilre, qui, en empchant la pluie de pene- 
trer a 1 interieur, laisse librement circuler 1 air. Les galeries de 1 etage inferieur 
recoivent le jour de meme par des ouvertures percees dans la deuxieme voute et 
recouvertes d une grille qui laisse passer une lumiere suffisante. Ces galeries 
sont coupees a leurs extremites par des allees transversales sans tombes, aux- 
quelles donnent acces de larges escaliers, de sorte que la circulation est aussi 
commode que possible. 

Sans entrer dans les nombreux details de construction et d amenagement ou 
est entre 1 auleur, disons seulement qu il ne demande, eu egard au cbiffre des 
deces annuels dans Paris, qu une surface de 35 hectares pour suffire a toutes les 
necessites presentes. Si 1 on considerequeles cimetieres actuels occupent 1 40 hec 
tares environ, on voit que Paris peut encore se developper avant d avoir epuise 
les ressources que lui offre le projet de M. de Guny. 

M. Gratry a presente un systeme non sans analogic avec le precedent, mais qui 
presents cependant cette difference importaute que les constructions sont au- 
dessus du sol au lieu d etre souterraines. De plus, il propose 1 emploi de bieres en 
ciment qui, sans avoir peut-etre tous les avantages qu il leur accorde, et sans 
etre depourvues d inconvcnients dont il ne parle pas, meritent neanmoins d etre 
otudiees et meme experimentees, s il y a lieu. Un ingenieur du gouvernement 
bresilien, M. Louis Cruls, a invente egalement un systeme dans lequel il rem- 
place la biere par une pierre arlificielle ou le corps se trouve comme incruste. 
D autres, comme MM. Gannal et Sucquet ont propose divers modes d embaume- 
ment, dont quelques-uns, par leur simplicite, sont appeles a rendre des services 
considerables, en permettant d ensevelir les morts autrement que dans les pro- 
Ibndeurs de la terre. 



CREMATION. 79 

Nous rappelons aussi que le charbon reduit en poudre fine produit des eflets 
semblables a ceux de la terre seche. MM. Pichot et Malapert (do Poitiers) out 
utilise ces proprietes absorbantes du charbon dans la fabrication de suaires des 
tines a cnveloper les cadavres et a empecher toute odeur putride jusqu au mo 
ment de I inhumation. Des cadavres ensevelis dans de la poudre de charbon 
seraient assez rapidement momines. C est d ailleurs ce qu a propose M. llorne- 
mann, sous le nom de traitement des cadavres par le charbon de hois pile. Le 
charbon aurait la propriete d absorber les matieres liquides et gazeuses, et de 
reduire et diminuer la masse des corps par une force chimique, dont Pellet est 
comparable a celui d une combustion ou calcination lente mais complete. Le 
charbon, d apres M. Hornemann, brulerait les corps lentement grace aux pro 
prietes ozoniferes qu il possede comme le platine spongieux, tons les corps 
poreux et reduits en poudre, le sable fin et sec, les substances terreuses, etc. 
Les disinfectants pourraient etre utilises. Les experiences faitcs a cet egard par 
M. Devergie a la Morgue sont inte ressantes : il a suffi d une eau pheniquee au 
4000 e environ pour obtenir, pendant les fortes chaleurs, la disinfection de la 
salle des morts sans 1 aide d aucun fo urn eau d appel, alors que six ou sept 
cadavres sejournaient dans cette salle. 

II faut dire aussi quelques mots de 1 utilite des plantations dans les cime- 
tieres. Contrairement aux opinions de Maret et de JNavier, il faut admettre avec 
Priestley, Pellieux, Sutherland, Tardieu que c est un puissant moyen d assainis- 
sement. Les plantations ne doivent pas etre trop serrees, de maniere a conserver 
au sol toute son humidite. II faut choisirdes arbres droits et elances, comme le 
peuplier d ltalie, le cypres, des plantes qui consomment pour leur accroi^sement 
unegrande quantite d azote (trefie, avoine) celles qui absorbent beaucoup d eau 
(eucalyptus, soleil on helianthus annuus). Toules ces plantes laissent dans le 
solou a sa surface des restes de leur vegetation qni augmentent 1 humus, le ter- 
reau, dont Faction est tout aussi importante, ainsi que nous 1 avons montre. 

Qu on se tranquillise done, on peut etre assure qu il depend des homines de 
garder auprcs d eux leurs morts : pour atteindre un tel but, les moyens ne font 
pas defaut. II serait au moins etrange que dans un etat de civilisation aussi flo- 
rissant, dans un siecle ou les sciences physico-chimiques et biologiques ont 
fait de si grands progres, nous fussions inferieurs en un point semblable a toutes 
les the ocraties antiques, et qu a Paris, a Londres ou a Florence, on n arrival 
pas a constituer quelque chose d approchant des hypogees de Memphis. 
Pour resumer ce qui precede, nous dirons : 

Des trois reproches que Von adresse auxcimetieres, I infection de I air, I em- 
poisonnement des eaux potables et I encombrement, les deux premiers reposent 
sur des fails trop insuffisamment de montre s pour qu on les puisse prendre en 
se rieuse consideration. Quant au troisieme,s ilest, nousle reconnaissons , plus 
fonde que les deux autres,, il faut aussi ne pas ignorer quil nous suffit de vou- 
loir pour trouver un remede au mal, sans avoir recours a un expedient plus 
redoutable peul-etre que le mal lui-meme. 

Ainsi aucune necessite sociale plus ou moins urgente, aucune loi plus ou 
moins imperieuse d hygiene publique n exige, comme le pretendent un pen 
hativement les partisans de la cremation, que nous reprenions 1 antique usage 
de bruler nos morts. Et ici nous nous permettons de signaler a nos adversaires 
une inconsequence qu ils commettent et dont ils ne semblent pas comprendre 
toute la porte e. A les en croire,yles dangers que I inhumation fait courir a nos 



80 CREMATION. 

cites sont si graves et si pressants qu il n y a plus une minute a perdre pour 
recourir a la cremation. C est au nom dn peril social qu ils reclament son 
retablissement. Et en meme temps, par une contradiction flagraute, ils out soin 
de declarer que la cremation ne saurait etre obligatoire, mais simplement facul 
tative. II faudrait ccpendant raisonner. S il y a danger et que ce danger, la cre 
mation seule soil capable de le conjurer, il n y a pas a hesiter : brulons nos 
morts, car personne ne conteste que les interets des particuliers doivent s ef- 
facer devant 1 interet de tous, et qu il ne peut y avoir de faculte laissee a 1 in- 
dividu qu autant que cette faculte ne compromet pas la chose sociale. Pourquoi 
cette faiblesse de la part des cremateurs, pourquoi n ont-ils pas eu la hardiesse 
d aller jusqu au bout et de demander, au nom du salut public, que Ton brulat 
les recalcitrants ? 

II nous semble qu il etait tout a fait inutile, aux partisans de la cremation, 
du moment qu ils la voulaient seulement facultative, de donner taut de mau- 
vaises raisons pour justifier son emploi, et qu il aurait ete plus simple de leur 
part et peut-etre meme plus habile de ne la reclamer qu au nom de la liberte 
qui doit etre laissee a chacun de faire de sa propre depouilletel usage qu il juge 
convenable, a la condition de u attenter ni a la saute publique ni aux bonnes 
moeurs. Au fond, c est a ces termes tres-simples que se reduit toute la question : 
Doit-on admettre la cremation comme un mode de sepulture quelconque, et a ce 
point de vue faut-il r encourage r ou la combattre, dans les limites ou Vfitat et la 
socie te peuvent le gitimement intervenir? 

YIII. DOIT-ON AUTORISER LA CREMATION? Sur le premier point, nous avouons que, 
quelle que soit notre antipathie motivee pour ce genre de funerailles, il nous 
est impossible de ne pas repondre affirmativement. C est en effet a chacun de 
voir ici ce qu il a a faire : que celui qui vetit etre brule soit brule ! Toute inter 
diction a cc sujet n aurai t pour effet que de rendre plus nombreux les partisans 
de la cremation : grace a ce besoin de contredire et de s opposer qui est au 
fond de la nature humaine, des gens qui n auraient jamais songe autrement 
aux merveilleux avantages que presente la combustion artificielle sur la putre 
faction souterraine, n auront plus d autre ambition que d etre reduits en cendres 
au moyen des appareils perfectionnes de MM. Polli ou Siemens. Si, au contraire, 
on autorise la cremation, nous ne craignons pas de dire que le public dans 
sa masse restera indifferent aux seductions qui lui sont offertes et qu il gardera 
sa fidelite a des coutumes que nous estimons mieux appropriees a ses senti 
ments et a ses besoins. Nous envisagcons done a ce point de vue 1 avenir sans 
inquietude, et nous ne redoutons pas d abus. 

Toutefois, en autorisant la cremation, 1 Etat devra exiger de ceux qui en 
feront emploi qu ils se soumettent aux mesures de police que dicte la plus 
elementaire prudence. II ne faut pas, en effet, que la cremation puisse jamais 
devenir une sauvegarde ou meme un encouragement pour le criminel; et pour 
cela on doit necessairement proceder dans tons les cas, ou bien a 1 autopsie 
judiciaire qui sera plus ou moins minutieuse suivant les renseignements 
recueillis, ou bien a la mise en lieu sur des organes susceptible? de receler des 
poisons. Les cremateurs ont dit que ce serait vouloir mettre a la cremation un 
obstacle a peu pres invincible que de reclamer rigoureusement 1 une ou 1 autre 
de ces deux mesures; car, outre que 1 application en serait herissee de difii- 
cultes (a Paris, par exemple, ouil nieurt de 120 a 150 personnes par jour), leur 



CREMATION. 81 

caractere de suspicion les rendrait infiniment desagreables pour Ics personncs 
qui en seraient 1 objet. Nous ferons observer cependant que la mesure moins 
generale que proposent les cremateurs, et qni consiste a ne prendre dc 
precautions que dans les cas reellement suspects, est peut-etre plus injurieuse 
encore que les precedentes, si elle presente moins d obstacles dans { application. 
Com me il n y aurait jamais qu un tres-petit nombre de cas suspects qui devien- 
draient des cas criminels, on aurait fait planer sur heaucoup d innocents nn 
soupcon d autant plus odieux et plus grave qu il serait plus restraint, tandis 
que personne ne pent s offenser legitimement d une rnesure qui est generale. 
C est done pour 1 honneur mcme des personnes interessees que nous demandons 
que les memes prescriptions s appliquent a tous indistinctement, et la preci- 
sement se presente la difficulte, non insurmontable peut-etre, mais actuellement 
tres-reelle, de savoir comment le personnel medical pourra suffire a de tels 
travaux. 

Sous les reserves etdans les limitesque nous venons d enoncer, nous croyons 
done que Ton peut sans danger autoriser la cremation. Mais faut-il aller plus 
loin et y a-t-il lieu pour la societe et 1 Etat de mettre leur inlliience a son ser 
vice, de preter les mains a son introduction dans nos mosurs, de 1 encourager 
par les rnoyens qui sont en leur pouvoir ? 11 y aurait encouragement et appui 
de la part del Etat, remarquons-le bien, non-seulement s il imposait sans neces- 
sitela cremation, ce qui serait simplement monstrueux, ou si par la promesse 
de certains avantages il pesait sur la determination des individus, mais encore 
s il n appliquait pas tous ses efforts a conserver 1 inhumation, a rendre son emploi 
facile, a en attenuer les inconvenients ou les effets nuisibles, s ils existent. 

IX. FAUT-IL EISCOURAGER LA CREMATION? Surce point, nous repondrons sans he- 
siter: non. 11 existe, a notre avis, un interet superieur a conserver 1 inhumation, 
qui, plus que tout autre precede quelconque, repond aux exigences de ce culte 
des morts, dont la conservation et le developpement n importent pas moins, 
comme nous 1 allons voir, aux particuliers qu aux Etats. 

Ce culte des morts, si Ton se rappelle ce que nous avons dit dans la premiere 
partie de notve travail, s est rencontre partout a peu pres le meme dans rimma- 
nite. En quelque lieu, a quelque epoque qu on la considere, on relrouve tou- 
jours, non pas les memes modes de sepulture, qui, eux, ont vane, mais les 
memes manifestations pieuses autour des restes du mort, qu ou 1 expose a Fair 
libre, comme en Perse, qu on 1 embaume, comme en Egypte, qu on le brule 
comme a Athenes ou a Benares, ou qu on 1 inhume, comme en Chine. Ces mani 
festations, ces pratiques, nous avons montre qu elles avaient leur point de 
depart, leur raison d etre dans les sentiments et les opinions des premiers 
hommes, opinions et sentiments qui, quoi qu on fasse, form en t 1 eternel fonds 
de la nature humaine et ne sont jamais qu assoupis quand on les croit disparus. 
Nous en avons donne un remarquable exemple dans ces rites funeraires de Rome 
et de 1 Inde, ou des peuples qui brulent leurs morts et n en gardent qu un peu 
de ccndres, se conduisent a leur egard, suivant les vieilles coutumes de la pre 
miere periode humaine, comme si ces morts continuaient a vivre d une vie 
materielle, comme s ils pouvaient encore sentir, aimer et vouloir : contradiction 
elonnante sans doute, mais qui montre bien jusqu ou va la puissance de cette 
tendance spontanee. Nous avons en outre developpe cette idee que si, sous la 
pression de certaines necessites climateriques et sociales, les hommes out a 
DICT. ENC. XXIII. 6 



82 CREMATION. 

diverses reprises partiellement abandonne les rites primitifs, ils se sont em 
presses d y revenir aussitot que ces necessites ont disparu ; et nous avons ajoute 
qu en tout cela, mediocre a etc 1 influence qu ont eue sur la masse les philo 
sophies et les religions. 

Sur la masse, disons-nous, car nous ne pouvons pretendre qu il en ait ete 
tout a fait ainsi sur ce petit nombre d hommes qui, dans toutes les societes, 
s aite, pense, inventeet travaille pour I lmmense majorite. Chez ceux-la certaine- 
ment l influence philosophique et religieuse, sans etre absolue, a toujours ete 
(irande et capable de re agir avec force centre les impulsions spontanees. Lepoly- 
theisme d abord, le monotheisme ensuite, sans parler de toutes les theories des 
philosophes ecloses a leur ombre, ont ete puissants sur cette minorite con- 
vaincue ; et Ton pent croire que si elle n a pas fait davantage en beaucoup de 
circonstances pour reformer tant de pratiques evidemment contraires a ses 
croyances, c est qu elle s est heurtee aux antiques et inalterables sentiments de 
la multitude. 

Mais, d autre part, les dogmes theologiques, pas plus qne les conceptions de la 
metaphysique, ne sont eternels, et un jour vient oil chez cette elite meme les 
tendances spontanees, toujours vivantes quoique silencieuses, reparaissent avec 
une force dont on ne leseutpas crues capahles. Delivre d une compression secu- 
laire, le natural reparait, avec des exigences quelque peu differentes peut-etre, 
mais non moins energiques que chez cette foule, qui, elle, n ajamais varie. C est 
la le phenomena que nous observons aujourd hui. Assurement ce n est pas faire 
une decouverte que de constater 1 abaissement qui va grandissant d annee en 
annee des croyances surnaturelles : il suffit de prcter 1 oreille aux clameurs 
des interesses pour etre persuade qu on n avance la rien d inexact et de suggere 
par une pensee haineuse et parliale. Mais en meme temps on peut noter com- 
bien par compensation revivent de pures tendances fetichiques et combicn 
I homme, apres avoir pendant tant de siecles adresse son culte a des etres si 
difiiciles a concevoir, se reprend tout bonnement a aimer et a adorer tout ce 
qui 1 entoure. 

II y a plus d un siecle aujourd hui, comme 1 a fait justement remarquer 
M. Pierre Laffitte, que ce mouvement de relour s est particulierement prononce, et 
ce sont ceux-la memes qui avaient le plus detruit qui ont le plus contribne a le 
faire naitre. Les hommes se consolerent de ne plus rien adorer en dehors de la 
nature en adorant la nature elle-meme ; ils commcncerent a trouver des beautes 
inconnues a des choses aupres desquelles ils passaient depuis des siecles sans 
apprecier leur valeur. Ils decouvrirent un charme particulier dans 1 eau des lacs, 
dans la verdure des forets, dans la grace fragile de la fleur, et ils proclamerent 
toutes ces nouveaule s. Rousseau et Diderot furent les grands promoteurs de cette 
renaissance. Les hommes de la Revolution, qui avaient recu d eux cet amour 
de la nature, ne cesserent de la celebrer, et il ne serait pas difficile deretrouver 
au milieu de discours sur des objels terribles des phrases emues en I honneur 
des champs. Les reines elles-memes subissant cette influence n eurent-elles pas 
leur Trianon? Presque au meme instant commence avec Chateaubriand cette 
nouvelle ecole litleraire qui s appela plus tard le romantisme, et dont le merite 
fut de continuer en le developpant ce que le xvin e siecle avait commence. Poetes 
ct romanciers nous ramenerent a 1 amour des choses de la terre, et pendant 
qu ils nous inlroduisaient dans 1 intimite des forets et des lacs, les peintres, 
eux, s adonnant au paysage, nous representerent ce que les poetes avaient 



CREMATION. 83 

chante. On en vint a se prendre de passion pour ce qu il y a de plus humble 
dans la nature, pour le brin d herbe et pour la fleur, et il y eut des artistes qui 
se consacrerent a les peindre comme des romanciers a les celebrer. Nous avons 
vu de notre temps une litterature qu on pourrait appeler la litterature bota- 
nique. Dans un autre ordre d idees on s eprit jusqu aux moindres traces laissees 
sur la terre par les generations passees. On commenca de professer un culte reel 
pour tout ce qui subsistail des monuments dont elles avaient couvert le monde ; 
on entoura de respect ce qui restait de leurs temples et de leurs forteresses ; on 
s empressa de restaurer ce qui menacail ruine, on reslitua meme en entier ce 
dont il ne demeurait qu un vestige. Et cet amour du passe ne se borna pas a cc 
qui avail un caracterc de grandeur et de puissance : on s attacha a lout ce que 
1 art des ancetres avait produit, on recueillit, on rechercha avec passion lesmille 
ustensiles qui etaient a leur usage, depuis 1 arme dont ils se servaient a la guerre 
jusqu aux plus futiles objets dont ils decoraient leurs tables. Aucun temps 
ne vit naitre autant de collectionneur?. aucun temps n a vu fonder autant de 
musees. 

En quoi cet esprit nouveau, ou, si 1 on prefere, ce retour vers 1 ancien esprit 
se montre-t-il dans le culte des morts, qui nous interesse ici particulierement? 
Eh bien ! il apparait en ce que le culte rendu aujourd bui aux njorts ressemble 
deplus en plus a ce que nous 1 avons rencontre chez les populations primitives 
ou a ce que nous le trouvons actuellement chez les populations les moins 
avance es. 

Ecoutons ce que dit a ce sujet un homme qui n a d autre pretention que 
celle de bien observer, M. Maxime Du Camp : 

Les pauvres gens, ceux de la tranchee gratuite, soignent cux-memes les 
quelques pieds de terrain eutoure d uue bacriere ou dorment leurs morts. Ils 
viennent le dimanche apportant des fleurs achelees a bas prix, tenant en main 
un petit arrosoir rempli a la borne-fontaine, et ils restent des heures entieres 
a cultiver le jardinet funebrc. Parfois, au pied de la croix debois, ils mettent 
des choses etranges : des statuettes de platre qui n onl aucune signification alle- 
gorique, de gros coquillages, des fragments de pierre meuliere qui figurent un 
rochcr factice; dirai-je que j ai vu une pipe enveloppee d un bouquet d immor- 
telles? C est aux tombes des enfauts qu il faut surtout aller regarder. La, c est 
presque du fetichisme. Aupres du heros scandinave on enterrait son cbeval et 
ses armes, afm qu il put faire bonne figure en entrant chez Odin ; dans le sarco- 
phage des jeunes filles grecques on jetait leurs bijoux favoris ; ces vieilles coutumes 
des peuples encore jeunes ont traverse les ages, les religions, les philosophies, 
et sont restees parmi nous. A la place ou repose la lete du pauvre petit, on a 
installe une cage vitre c qui se ferme a clef. Dans cette sorte d armoire, on reunit 
les joujoux qu il aimait : des sold.its de plomb, des poupe es, des bilboquets, 
un jeu de quilles, des petits souliers comme celui que la sachet le baisait dans 
le iron aux rats. Sur la tombe d un enfant de quatorze mois au cimetiere du 
Sud, j ai apercu une gravure de modes representant deux femmes et une fillette 
jouant avec un perroquel. Sans doule on en amusait 1 enfant lorsque la maladie 
1 accablait dans son berceau... 

Un jour, dit le meme auteur, il y a longtemps, au cimetiere Montmartre, 
j ai etc Ires-emu. A quelque distance d une tombe que j allais visiter, je vis une 
jeune femme agenouillee, les deux mains posees sur une dalle sepulcrale et la 
tete appuyee sur les mains. Elle chantait d une voix Ires-pure el mouillee de 



8 4 CREMATION. 

larmes 1 air de la Casta diva. Je m arretai, croyant etre en presence d une folle 
et ne devinant guere ce qu une invocation a la lune signifiait en pareil lieu. La 
femme se releva, essuya ses paupieres, m apercut... Alors elle me montra d uji 
sine de tcte la tombe ou elle s etait inclinee, me dit : C est maman, elle 
aimait cet air-la, et s eloigna en sanglotant. 

Dans un autre passage, nous recueillons cet aveu : La croyance a 1 im- 
mortalile de Fame se materialise singulierement. C est le corps, la depouille 
desaqreqee, dispame qui dement Cobjet du culle reel; deposer sa carte 
sur un Sombeau, la corner pour bien indiquer que le visiteur est venu lui- 
meme et n a trouve personne, c est faire un acte etrange et passablement ridi- 

eule. 

M. Du Camp est-il bien sur que cet acle soit aussi etrange qu il veut bien le 
dire? Pour nous, il nous semble on ne peut plus naturel et facile a expliquer : 
il est la consequence meme du phenomene que nous signalons et qui consiste 
en une recrudescence croissante de toutes les tendances fetichiques a mesure 
que les populations s emancipent davantage des croyances surnaturelles. Et cela 
est si vrai que ce que nous raconte M. Du Camp du culte des morts n est que 
ce qu il a observe a Paris : c est la ce qui se passe dans la capitals et quelijues 
grandes villes, la ou le peuple est le plus sceptique et le plus indifferent aux 
choses religieuses ; mais il faudrait chercher longtemps avant de rencontrer 
un cimetiere de village qui repondit a une semblable description. L auteur 
appelle cela une contradiction singuliere ; nous ne voyons la, pour notre part., 
qu une conduite parfaitement logique et comprehensible. 

Mais, dira-t-on, n y a-t-il pas quelque chose d effrayant dans 11:1 id ":(.(o:uf 
Peut-on sans fremir imaginer que Ton revient aux ages barbares, a 1 igiiorarice 
primitive; qu on est sur le point de rejeter les immenses resultats de 1 evolution 
intellecluelle accomplie? (jue veut-on dire en pretendant que nous recommen- 
gons a penser et a sentir comme nos premiers ancetres ? 

Le fetichisme actuel n a que quelques points de contact avec le fetichisme 
antique; c est un fetichisme civilise, si nous pouvons nous exprimer ainsi, 
un fetichisme limite et jusqu a un certain point volontaire. Tout le monde 
admet, a quelque parti philosophique que Ton appartienne, cette division du 
moral humain en deux elements distincts : 1 intelligence et le sentiment . Si ces 
deux elements se rencontrent chez 1 homme a tous les ages de son histoire, 
comme on peut e galement les rencontrer chez 1 animal, il ne s ensuit pas de lii 
que leur rapport n aitpas varie et que 1 mtelligence se trouve aujourd hui vis-a- 
vis du sentiment dans la situation ou elle etait au debut de I liumanite. Si Ton 
admet, avec toute la science contemporaine, que ces fonctions superieures 
soient localisees dans des organes materiels, dont 1 ensemble forme le cerveau, 
il va de soi que ces fonctions out pu sc developper ou decrottre par 1 exer- 
cice, par 1 habitude, par 1 heredite, et qu il peut exister aujourd hui., physiologi- 
quement parlant, une difference cerebrale considerable entre nous et nos pre 
miers peres. 

S imagine-t-on bien ce qu etait le cerveau d un de ces bommes de 1 age feti- 
chique? Une preponderance immense, colossale, prise par le, sentiment sur 
1 intelligence reduite a un role infime; des passions grossieres et irresistibles 
se donnant carriere et ne demandant a la raison que les moyens de se satisfaire, 
sans jamais la consulter sur 1 opportunite de leur action ; d unc part 1 autorite 
du despoUsme le plus absolu, de 1 autre la soumission de 1 esclavage le plus vil, 



CREMATION. 

telle est, en peu de mots, la situation morale dans laquelle ont vecu nos 
premiers ancetres et dans laquelle vivent encore tant d hommes nos con tempo- 
rains. C est de ce point que I humanite est partie, et Ton peut dire que 1 effort 
de 1 immense revolution qui s est accomplie dans son etat a consists surtout a 
fortifier I" intelligence, a I elcver du role d esdave a celui de ministre dn 
coeur. Que le-resuHat ait etc considerable, c est ce qu on ne saurait croire 
sans tomber dans une illusion grave, si Ton considers la masse des hommes; 
mais c est cc qu on peut affirmer sans crainte, si Ton ne tient compte que 
de cette phalange d elite qui, apres tout, constitue I humanite. Chez elle, 
1 ancien etat cerebral s est trouve en certains cas si profondement modifie 
qu on a pu craindre 1 exces contraire et redouter de voir les actes dmges 
uniquement par 1 intelligence, ce qui n eut pcut-etre pas ete un momdre mal 
que celui auquel on venait d echapper. II n est pas douteux que la civilisation 
grecque a engendre de ces types extraordinaires, comme les Aristote et les 
Archimede, chez qui 1 intelligence avait pris un tel empire qu ils semblaient 
n obe ir qu a des besoins intellectuels. Mais ce sont la des exceptions exces- 
sivement rares ; dans le plus grand nombre des cas le rcsultat obtenu, et il 
est suffisant, a ete de rendre 1 mtelligence assez forte pour diriger d une ma- 
niere convenable les impulsions naturelles du coeur. Disons, en passant, que 
la meilleure part, sinon la totalile d un tel succes, est due aux religions diverses 
qui se sont tour a tour succede sur la planete. Elles y ont contribue dc deux 
i acons : d une part en surexcitant les fonctions intellectuelles qu elles obligeaient 
a produire des systemes et a les defendre ; d autre part, en comprimant par leur 
influence morale ce qu il y a de plus tyrannique dans le sentiment, c est-a-dire 
la portion ego iste, 1 autre ayant comme 1 intelligence plus besoin d excitation 
que de refoulement. 

Dans sa moderne renaissance, fait d atavisme social, - qu on nous passe 
1 expression, le fetichisme a done surpris 1 homme dans un etat cerebral 
tres-diffcrent de 1 etat primitif. De la, son caractere nouveau. II entre bien dans 
ses manifestations quelque chose de la spontaneite premiere; mais il y entre 
surtout beaucoup de raison et de volonte. L homme aujourd hui ne s abandonne 
a cette tendance qu autant que cela lui plait : il sail lui resister toutes les fois 
qu il le jugc necessaire. Sans doute il pourra mettre son plaisir a oublier un 
instant les lois uaturelles decouvertes par la science, il pourra dans ses vers 
adresser des invocations pathetiques aux elements, parler aux fleuves et a la 
mer et tutoyer les montagnes ; mais si le fleuve vient a deborder, il n est pas a 
craindre qu il se contente, comme autrefois, de s agenouiller sur ses bords en 
tendant des mains suppliantes. 

En ce qui concerne nos morts, puisque c est la finalement qu il nous faut en 
venir, ce qu il y a de profondement reel dans la renaissance felichique que nous 
constatons ne doit pas nous empecher de reconnaitre combien 1 etat nouveau est 
different de 1 etat ancien. Tout ce qu il y a de fctichique dans notre conduite 
envers les morts consiste en ceci, que devant le cadavre d un etre aime nous 
imposons momentanement silence a notre raison et donnons libre carriere a nos 
sentiments. Nous nous plaisons a croire que celui que nousperdons n apas cesse 
de vivre au point de ne plus nous entendre, de ne plus recevoir avec gratitude les 
temoignages de notre amour, de ne plus nous aimer lui-meme. Tel nous le met- 
tons dans la tombe, tel il va demeurer eternellemcnt present a nos yeux; et 
lorsque nous viendrons visitcr les quelques pieds de terre sous lesquels 



86 CREMATION. 

il repose, nous ne nous demanderons jamais, dans nos manifestations pieuses, 
si la terre et le temps out fait leur oeuvre, et si nos prieres ne vont pas a un 
etre dont la depouille meme a disparu. 

Mais, remarquons-le bien, c est la perte d un etre aime qui peut porter notre 
coeur a reprcndre momentanement un tel empire. Toute autre nous laisse indif- 
ferents. Or, c est la ce qui differe notre fetichisme du fetichisme .antique, pour 
lequel un cadavre quelconque etait quelque chose d anime et de vivant. Si nous 
nous decouvrons en signe de respect devant le convoi d un etranger, c est pour 
honorer la douleur de ceux qui 1 accompagnent, et non pour rendre hommage a 
une depouille qui ne nous est de rien et dont nous ne nous occupons que pour 
1 empecher, autant que le permet le culte saere des morts, d etre nuisible aux 
vivants. 

Notre fetichisme est done limite, et si dans les cas de douleur extreme il est 
veritablement spontane et involontaire, il depend au moins de nous de 1 exciter, 
de 1 cntretcnir, et de prolonger avec la complicite de 1 intelligence un etat 
mental qui n a ete engendre d abord que par un mouvement d exaltation passa- 
ger. Le tout, dans la question qui nous occupe, est de savoir si nous devons 
consacrer nos elTorts a developper cette tendance chaquejour croissante, comme 
le constatent les plus impartiaux des observateurs, et s il est un autre proce de 
que 1 inlmmation pour remplir le but propose. Quant a nous, nous estimons 
qu il est d un interet de premier ordre d appuyer par tous les moyens en notre 
pouvoir cette renaissance fetichique dans ses manifestations quelconques, et en 
parliculicr dans celles qui concernent le culte des morts. Aucun culte, en effet, 
ne peut eveiller et soulenir au meme degre dans 1 homme les sentiments desin- 
teresses, ceux qui de tous ont le plus de mal a poindre, et dont cependant la 
preponderance n importe pas moins au bonheur individuel qu au bonheur domes- 
tique et social. Celui que Ton va visiter dans sa tombe ne peut plus rien pour vous, 
et toute la peine que vous vous donnez pour lui etre agreable ne sera pas payee 
deretour. Votreseule recompense sera dans la satisfaction que vous aurezdonnee 
a vos penchants sympathiques en les exercant. Mais, a la ve rite, cet exercice ne 
sera pas perdu ; par lui vous vous serez ame liore, et s il est vrai, comme 1 a dit 
quelqu un, que la vertu soil un effort en faveur des autres, quelle source de 
moralite que des efforts accomplis en faveur des morts, c est-a-dire envers des 
etres incapables de reconnaissance ! Si Ton convient avec nous qu une societe 
serait coupable si elle entravait ou meme si elle n encourageait pas de toutes 
les manieres 1 essor de tels sentiments, dont depend sa felicile, on ne tar- 
dera pas a convenir egalement que 1 inhumation seule est apte a remplir les 
conditions voulues et qu a aucun degre elle ne peut etre suppleee par la cre 
mation. 

Nous le demandons a tous les cremateurs de bonne foi : croient-ils vraiment 
que le culte des morts tel qu il existe et tel qu il a sa raison d etre d apres les 
motifs que nous avons exposes, croient-ils que ce culte puisse se maintenir 
loisque les corps seront consumes par le feu au lieu d etre mis en terre? Quelque 
vif et puissant que soit le sentiment qui agitera 1 homme, quelle autre idee que 
celle d un aneantissement absolu pourra-t-il conserver lorsqu il tiendra entre 
ses mains 1 urne cineraire? S il y a une part de subjectif dansle sentiment qui 
accompagne 1 inhumation, on ne peut douterau moins que la part objective ne 
soit considerable : car, en fin de compte, on a vu descendre le corns dans la fosse, 
on sail qu il y reside, et tout 1 effort mental consiste a se representer I imafe du 



CREMATION. 87 

moil non telle qu il peut etre devenu au moment ou Ton y pcnsc, mais tel 
qu il elait an moment ou on 1 a perdu. Dans la cremation, au contraire, vous 
assisted a la destruction menie de ce corps, dont la conservation, supposee sinon 
reelle, est le point de depart, la raison d etre du culte rendu. L operation 
achevee, on tient entre les mains, avec les quelqucs grammes de poussiere 
intbrme que renferme I urne cineraire, la preuve ineme de cette destruclion, 
et si forte, qu aucune puissance morale n est capable de 1 ecarter. II est certain 
qu autant vaudrait ne rien tenir dn tout et no, laisser au mort pour toute sepul 
ture que le souvenir des vivants. N est-ce pas, d ailleurs, ce que proposait un 
journaliste que nous avons cite ? Malheur aux hommes, malheur aux nations, 
disait-il, qui out besoin d un signe materiel pour honorer leurs morts ! Com- 
bien, helas ! nous differons d avis avec eel homme libre de prejuges, et combien 
nous souhaiterions d avoir sa confiance dans la force mentale et morale de 
1 humanite! Nous ne croyons malheureusement pas que jamais elle puisse se 
passer de ce signe materiel dont il parle avec mepris, et atteindre a cet etat de 
subjectivite parfaite et pure de toute excitation etrangere, dont il la croit capa 
ble et qui n a jamais ete que le privilege exclusil d un Ires-petit nomine. 
D ailleurs une telle subjectivite, si elle pouvait etre universelle, ne nous rendrait 
encore qu imparfaitement tous les services que nous attendons des cimetieres. 
On serait 1 efl ort sur soi-meme dans celte contemplation interieure d une image 
que le moindre caprice suffirait a laire naitre et que la distraction la plus 
legere pourrail effacer? on seraient les devoirs pieux / ou serait le culte? Que 
d efticacite, au contraire, au point de vue du developpement de nos penchants 
les plus eleves, dans ces visites aux morts, qui, cbaque fois qu elles se renou- 
vellent, et a Paris chacun sait combien elles sont frequentes, demandent a 1 in- 
dividu, quelle que soit saclasse, un sacrifice materiel parfois considerable et une 
fatigue morale toujours penible, bien que recherchee. Vous repondez a cela que 
vous construirez des colombaires, que vous eleverez des mausolees, ou les 
urnes cote a cote seront exposees a la piete des vivants. Mais vos colombaires 
remplaceront-ils la tombe? Ge recueillement, cette solitude indispensables que 
le parent et Tami trouvent aujourd bui aupres des cypres et des saules, ou les 
rencontreront-ils dans vos grandes salles communes, lorsque s y bousculeront 
les quarante mille visiteurs que le dimanche ramene dans les cimetieres pari- 
siens, les deux cent mille qui s y pressenl nujour des Morts. Autant le culte des 
morts nous semble rendu facile par rinbumation, autant il nous est impossi 
ble d imaginer quelles formes il pourra revetir lorsque les corps auront ete 
incineres. Les urnes seront-elles donnees aux families? Et les restes sacre s des 
parents seront-ils obliges de suivre leurs de cendants dans tous les demena- 
gements qu entraine la vie moderne? Si la vanite humaine vient a creer 
un luxe special pour les urnes funeraires, on peut etre certain de les voir 
ligurer bientot a I liotel des ventes ou a 1 etalage des brocanteurs. Direz- 
vous que les Grecs et les Romains brulaient leurs morts et que cependant ils 
n ont jamais passe pour negliger de leur rendre bonneur? Nous vous rappelle- 
rons qu il n y eut pendant longtemps parmi eux qu unc minorite patricienne 
qui fit usage du bucher, et que lorsque la mode en penetra dans les autres 
classes, ce fut precisement a 1 epoque ou se prononca la decadence et ou les 
Romains commencerent d abandonner les traditions qui avaient fait leur gran 
deur. Serait-ce une raison de les imitcr? Quant aux Hindous, que Ton peut citer 
egalement, et qni eux gardent, cela n est pas douteux, un culte pieux pour leurs 



88 CREMATION.] 

morts, nous ferons observer que chez eux une religion antique et toujours scrupu- 
leusement obeie n a pas laisse a 1 arbitraire de chacun le soin de regler la somme 
des devoirs envers cenx qui ne sont plus. Elle a ordonne elle-meme ce qu elle 
a juge convenable a cetegard, et par la a garde vifs et profonds dans le cceur de 
son peuple des sentiments que les precedes employes pour se delivrer des morts 
n auraient point tarde peut-etre a assoupir et a eteindre. Mais quel est 1 homme 
emancipe de notre Occident qui voudrait s astreindre aux offrandes journa- 
licres que la loi de Manou impose an brahnie en 1 honneur des manes et 
qu elle declare plus utiles et plus meritoires que les offrandes rnemes destinees 
aux dieux ? 

Nous adresserons a nos adversaires une derniere question : la plupart ont 
proteste avec e nergie centre toute idee d iudustrialisme introduit dans la cre 
mation et ont declare tres-baut que la premiere condition que devait remplir 
lout appareil crematoire etait de bruler jusqu au dernier atonie des gaz et des 
vapeurs degages. Nous demanderons simplement si ces dispositions qu on ne 
saurait trop louer doivent persister et si ceux qui les montrent sont decides a 
repousser sans merci les propositions qui ne tarderont pas a les assaillir. Nous 
avons, eneffet, tout lieu de croire que les avis sur la question sont fortpartages, 
et que les resolutions precedentes ont du paraitre a beaucoup de gens un veri 
table crime de lese-industrie : comment admettre sans fremir que Ton perde 
ainsi de gaiete de coaur des mate riaux si precieux, des gaz que Ton peut utiliser 
de mille manieres, des graisses et des liquides dont 1 emploi est tout trouve, des 
cendres qui feraient de si beaux engrais. Car les cendres memes, est-il bien 
indispensable de les remettre en entier a la famille ct ne pourrait-on pas en gar- 
derlameilleurepart? Du moment que le corps est reduit a quelques jiarcelles, 
qu importe que la reduction soit plus ou moins considerable? qui empeche de 
supposer que 1 ceuvre du feu a ete plus parfaite?... 

On va croire que nous exagerons : helas non ! tout cela a ete dit et propose. 
M. Xavier Rudler, dans une lettre au docteur Gaffe, dont nous avons deja eu 
1 occasion de parler, ecrivait ceci : Je n ai rien trouve de plus simple que de 
placer les corps dans une cornue a gaz et de les distiller jusqu a reduction en 
cendres, et j ai ajoute que le gazprovenant de cette distillation pouvait servir a 
V eclairaye . sauf a avoir des appareils de lavage tres-puissants. 

Ainsi, pour M. Rudler, la question n estpas de savoir s il pourra sembler dur 
a un fils de voir transformer son pere en gaz d eclairage ; non, c est tout sim 
plement une affaire d appareils de lavage a inventer. 

Dans une courte brochure (Brulons nos morts!), qui bien qu anonyme n est 
peut-etre pas la moins habilement faite en faveur de la cremation, nous trouvons 
la phrase suivante : Cette combustion degage des vapeurs qu il s agit de rendre 
aussi pen miisibles que possible, si Ton ne peut les absorber entierement, en 
attendant quon les utilise, comme la science ne manquera pas sans doute de 
le faire unjour. L auteur trouve la chose toute naturelle. 

Quant a 1 idee de garder pour 1 industrie agricole la plus grande partie des 
cendres obtenues, nous la devons au celebre M. Thompson, le propagateur de la 
cremation en Angleterre. 11 fait observer que son pays es. tributaire de 1 etran- 
ger pour une quantited os qui s eleve aujourd hui a 800 OOOlivres environ, et en 
supputant ce que peuvent produire les quatre-vingt mille quatre cent trente 
deces que Ton constate annuellement a Londres, il se demande s il ne serait 
pas desastreux, devant la necessite de faire rendre au sol le maximum de produits 



CREMATIOiN. 89 

possible pour nourrir une population aussi compacte que la population britan- 
nique, de perdre chaque annee plus dc !200 000 livres d un engrais aussi 
precieux. 

C est en presence de semblables propositions que nous demandons aux crema- 
teurs s ils se croient assez sues de leurs adherents pour nous affirmer qu ils 
resteront eternellement sourds a d aussi puissantes raisons. Jamais les arguments 
ne manqueront, qu on le croie bien, pour justifier de tels precedes. On invo- 
quera 1 interet social, les lois economiques, au besoin meme 1 interet dc la 
famille, qui recevra peut-etre une legere retribution en echange du service 
rendu, et toutes ces considerations sont trop emouvantes pour qu on ne se decide 
pas a francbir le dernier pas et a se precipiter dans 1 industrie. 

Ge jour-la, le culte des morts aura vecu. 

X. RESUME : Dans 1 etude que nous venous de faire de la cremation, nous 
avons cherche a montrer le point de vue humain, nous voulons dire le cote 
social de cetle question. 11 nous a ete facile de prouver qu en quelqur 
pays que ce soit les bommes n ont point commence par brfiler leurs morts. 
Esquissant alors la suite des actes funeraires, nous avons nettemenl distingue 
les ceremonies qui ont accompagne la sepulture ou le rituel funeraire de la 
sepulture elle-meme. Pour ce qui regarde les ceremonies i unebrcs proprement 
dites, il y a eu entre tous les peuples de la terre la plus complete unilbrmite , 
tandisque pour ce qui concernela sepulture elle-meme, il y a eu de nombreuses 
variations, d apres les climats et les moyens que les populations rencontrerent a 
leur portee. 

Les hommes furent pousses a employer la cremation pour deux raisons : le 
desir de se soustraire au danger que tout amoncellement de matiere organique 
entraine apres lui, le besoin de rapatrier les restes des morts. Ainsi 1 usage de 
bruler les corps ne s est introduit que cbez les peuples dont le caractere militaire 
est incontestable : les Grecs, les Ilomains, les Mexicains, ou chez les Hindous 
qui avaient a lutter contre I epidemicite du chole ra ou les rigueurs d un climat 
meurtrier. La guerre ou la peste ont conduit I liomme a 1 emploi de memes 
moyens. De ces differents centres principaux, la cremation s cst repandue 
dans les pays voisins par les conquetes militaires ou les efforts des mission- 
naircs. 

ISous avons montre ensuite de quelle maniere la cremation fut mise en pra 
tique et fait remarquer qu elle ne fut jamais adoptee que par une tres-faible 
minorite. Disparue de 1 Occident depuis le commencement de 1 ere chretienne, 
elle a tente de s y introduire de nouveau, au debut de notre siecle,a la faveur de 
1 engouement que suscitaient alors Rome et la Grece. Peu prisee par les gouver- 
nements, mais defendue avec conviction par quelques ecrivains francais et 
etrangers, elle a fmi, apres plus de soixante ans d efforls, a se creer de chauds 
partisans en Italie, en Suisse, en Allemagne, ou on a commence a la pratiquer. 
La France s est tenue jusqu ici sur la reserve. 

Apres avoir reproduit avec impartialite les arguments des partisans de la 
cremation, et reconnu la perfection de leurs appareils, nous avons fait voirque 
les arguments invoques contre les cimetieres se reduisent a trois principaux : 
on les^accuse d etre une source d emanations dangereuses, d empoisonner les 
eaux de puits et de riviere, d occuper trop de place. Nous avons montre ce 
qu il y a de peu fonde dans ces opinions et cherche a reliabiliter les cimetieres 



90 CREMATION. 

Nous estimons cependant qu il y a lieu d autoriser la cremation pour ceux qui 
la desirent, car, commc 1 a dit Frochot : Les derniers soins a rendre aux de- 
pouilles humaines sont unacte religieux, dont la puissance publique ne pourrait 
prescrire le mode sans violer le principe de la liberte des opinions. Toutefois 
en 1 autorisant, 1 Etat devra exiger 1 execution de certaines me-ures de police. 
Les pouvoirs publics ne peuvent songer a rendre la cremation obligatoire que 
dans les conditions memes qui 1 ont fait naitre, c est-a-dire sur les champs de 
bataillc ou on temps d epidemie grave. Sauf ces deux cas speciaux, il n y a pas 
lieu d encourager Tadoption d une mesure aussi perturbatrice de nos habitudes. 
L inhumation favorise, entretient et developpe le culte des morts, qui est une 
source puissante de moralite. La tombe, a dit justement Vico, est une institu 
tion caracteristique de 1 espece humaine. Dans notre societe moderne, il faut 
que toule cite possede son cimctiere. Comme les individus, les societes ont 
leurs habitudes, instinctives ou acquises, et il n est permis de les modifier 
qu apres en avoir murement approfondi la nature, le caractere et le but. Ce 
serait une erreur de croire que les ameliorations sociales dependent exclusive- 
ment de mesures d ordre purement materiel ; la science doit aujourd hui cher- 
cher a expliquer tous les phenomenes, et trouver leurs veritables causes. C esta 
ce point de vue que nous nous sommes places dans cette etude d hygiene sociale. 

A. LACASSAGNE et P. DDBUISSON. 

INDEX. Apergu general. Division et delimitation du sujel, p. 5. I. Des precedes fu- 
neraires qui precederont la cremation, p. 5. II. Chez quels peuples et pour quels motifs 
la cremation prit naissance, p. 12. III. De quelle maniere la cremation fut pratiquee, 
p. 24. IV. Renaissance de la cremation au dix-neuvieme siecle, p. 32. V. Arguments 
invoques par les partisans de la cremation, p. 43. VI. Appareils modernes employes pour 
la cremation, p. 56. VII. Discussion des arguments presentes par les partisans de la 
cremation, p. 05. VIII. Doit-on autoriserla cremation? p. 81. IX. Faut-il encourager 
a cremation? p. 82. X. Resume, p. 89. 

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60 volumes (article : INHUMATION). Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales 
(article : MORT). Grand dictionnaire universel du XIX* siecle. Larousse (article : 
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Voirie et cimetieres. Paris, 1852. GUERARD. These inaugurate. Des inhumations. Paris. 
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Cinq Cents dans la seance du 21 brumaire an V. CAMBRY. Projet presente a Vadminis- 
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seance du 14 floreal an I ll. Annales d hygiene, Union medicate, Journal d hygiene, 
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de pharmacie, 1873 : Eaux et cimetieres, par ROBINET. Comptes rendus de V Academic des 
sciences, 3 mai 1849 : communication FREYQXET. POLLI. Sulla incinerazione dei cadaveri. 



CREME. 91 

L incinerazione del cadaveri e admissibile? risposta al prof. Polli. Giovanni BATT AYH. 
La cremazione e I igicnc, lettere al prof. Polli. ZIN\O. Sulla inumazione, imbalsamazione 
e cremazione del cadaveri. BRUNETTI. Cremazione dei cadaveri. G. PINI. Sulla ercntu- 
zionedei cadaveri, riposta al prof. Mantegazza. TEDESCO. La cremazione dei cadaveri. Del 
colera-morbus in suoi rapporti colla cremazione, etc. BLONDELLI. La cremaziom dei cada 
veri umani, esaminata nella sua origine morale, religiosa e politico,, G. DCJARDIN. La 
cremazione ed incinerazione dei cadaveri. GORINI. Gli experiment! vulcanici. FELICE DEI.I. 
ACQUA. La cremazione dei cadaveri. Auguste GUIDINI. La cremazione dei cadaveri nei rnp- 
porli igienici, morali, tecnici ed artistici. Atti delta cremazione di Alberto Keller. 
Bollettino dellci Societa per la cremazione dei cadaveri di Milano. De la cremation. 
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Des Sepultures, par A. GAUTHIER-LACHAPELLE. Paris, 1801- Les Tombeauz, par GIHAUD, 
2 e ed. Paris, 1801. Projet sur les sepultures, par RONESSE. - - Des Funerailles, par DE- 
TODRNELLE. Des Sepultures, par AMAURY-DUVAL. Discours sur la question proposes, etc., 
par MULCT. LAMAKHE. Diet, de police, art. Cimetiere. LEGRAND D AUSSY. Memoire sur les 
sepultures nationales, an V. Recueil general des questions Iraile es el conferences du 
bureau d adresse es annees 1053, 34, 35, jusqu d present, etc. (Paris MDCL1V, chez Tlieo- 
phraste Renaudot) : le 18 aout 1642, on discute la question : Lequel vaut mieux enterrer ou 
bruler les corps des defunts. BUFFON. T/teorie de la Terre. VOLNEY. Voyage en Ei/y^le 
et en Syrie. CHAHDIN. Voyage en Perse- - - MAHUDEL. Du I m incombustible. In Mem. dc 
I Ac. roy. des inscr., etc., t. IV. Paris. 1723. Etrennes aux marts el aux vivanls, 171)8, 
in-12. Memoria sobre os pregnisos causados pelas sepulturas das cadrtverrx nos tem- 
plos, e methodo de os prevenir. Vicenti Coelko de Scabra silva Tcllcs. Lisboa, 1X00. - 
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22, 25, 28 janv. 1857, articles de FEYPEAU. Opinion \nationale, 15 sept. 1801. Let/re sur 
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apres la mart. Moniteur scientifique de Querneville, 1874, p. 883. LACASSAGNE et Dunuissox. 



On donne ce nom a la couche jaunatre et demi-fluide qui se ras- 
serable a la surface du lait pur, abandonne au repos dans uri lieu irais. 

La preparation de la creme est fort simple; elle precede celle du beurre, et a 
etc decrite a cet article dans le present Dictionnaire. 

La creme est un melange variable de beurre, de caseine et de serum. 
Elle se forme par suite de la legerele des globules butyreux qui, en raison de 
leur densile moindre que celle du liquide ambiant, gagnent la surface. C est 
done une separation mecanique. On concoit tres-bien que ces globules ainsi se- 
pares se tassent de plus en plus a la partie superieure du liquide ; aussi observe- 
t-on que la consistance de la creme varie, et augmente avec le temps. A cette 
premiere cause vient bientot s cn joindre une secondc ; la caseine contenue dans 
le lait interpose se coagule, et diminue encore la liquidite du produit, au point 
que le vase qui le contient peut etre retourne sans qu il s ecoule. 

La composition d un pareil melange est necessairement variable, en raison des 
circonstances au milieu desquelles il se forme, et des differentes especes de lait 
qui lui donncnt nai>sance. D apres M. Jeannier (voy. article LAIT, page 150), la 
creme contient en moyenne 372 parties de beurre pour 1000, et sa densite est 
1020. 

Le dosage de la creme s effectue au moyen du cremometre, invente par Banks 



92 CREME DE TAKTRE. 

en Angleterre, usite d abord en Amerique, et introduit en France par Valcourt. 
Get instrument, dont le scul merite est le has prix (8 francs la douzaine), est in- 
lidele. Ses indications sont faussees par 1 ebullition du lait, et 1 addition de 
1 eau. II a etc decrit a 1 article LAIT. 

La qualile de la crcme depend surtout de la quantite de beurre qu elle con- 
tient. C est done ce dernier corps qui doit etre dose. On y arrive facilement soit 
a 1 aide du lacto-butyrometre, de M. Marcband (art. LAIT, page 149), soit, ce 
qui vaut mieux, par 1 analyse complete suivant la methode decrite page 143 
(Joe. cit.}. II est aussi essentiel que la creme soit fraiche et que le depart ait eu 
lieu a une temperature de 13 a 14 degres. Elle a, dans ce cas, im gout d une 
grande finesse, qu elle perd au fur a mesure que le lait qu elle contient s aci- 
difie, s aigrit et se coagnle, et que le beurre rancit. 

Tout en que nous venous de dire se rapporte a la creme normale, mais non a 
ce qui est vendu sous ce nom dans le commerce. 

La creme proprement ditc ou creme a cafe des lai tiers de Paris n est autre 
chose que du lait pur, quelquefois audilionne d un peu de creme veritable, ou 
plus simplement d eau. Elle se vend 60 centimes le litre, et doit marqucr de 
18 a 25 degres au cremometre. 

La veritable creme prend le nom de creme double, elle n est vendue qu en 
petite quantite. 

Pour la masse des consommateurs, on reconnait la veritable creme a deux ca- 
racteres : sa consistance et sa couleur jaune, rappelant celle du beurre qu elle 
doit contenir. La consistance cremeuse s obtient facilement en provoquant la 
coagulation partielle de la caseine, an moyen d une quantite convenable d une 
substance coagulant le lait. On donne au tout la couleur voulue a 1 aide de 1 un 
des precedes employes pour le lait (caramel, extrait de cbicoree torrefiee, rocou, 
carottes cuites au four, oignons brules, petales de souci prepares pour teindre 
le beurre, etc.). Ces pratiques constituent une tromperie sur la qualite de la 
chose vendue, mais elles sont sans influence immediate sur la sante du con- 
sommateur. P. C. 

< ui:m: E TARTRE. Tartrate acide de potasse, bitartrate de potasse, 
surtartrate de potasse. KO,HO,C 8 H 4 10 . 

On donne le nom de tartre, de tartre brut, a la croute saline qui se forme 
centre la paroi interne des tonneaux dans lesquels on conserve le vin. Ce tartre 
est compose surtout de creme de tartre, d un peu de lie, de matiere colorante 
et d une petite quantite de tartrate de chaux. II est rouge ou blanc, selon le 
vin qui Fafourni; il a une saveur agreable et vineuse, et bride sur les charbons 
ardents en repandant une odeur qui lui est propre. Le tartre est employe dans 
cet etat pour preparer les boules de Mara ou de Nancy. 

Le tartre est purifie en grand a Montpellier. Pour cela, on le fait dissoudre 
dans 1 eau bouillante ; on y delaie quatre ou cinq pour cent d une argile pure 
qui ne tarde pas a s emparer de la matiere colorante et a la precipiter ; on passe, 
on evapore a pellicule et on laisse cristalliser ; les cristaux seches portent le 
nom de creme de tartre. II sont constitutes par du bitartrate de potasse assez 
pur, a cela pres du tartrate de chaux qu ils contiennent. 

La creme de tartre ou tartrate acide de potasse se pre sente sous la forme de 
cristaux qui sont des prismes rhombo idaux droits, qui se roupent entre eux et 
forment des agregats confus. Ces cristaux sont incolores et inodores ; leur saveur 



CREME DE TARTRE. 93 

est aigre ; ils craquent sous la dent. La creme de tartre est inalterable a 1 air ; 
elle est peu soluble dans 1 eau froide : une partie de sel exige pour se dissoudre 
240 parties d eau a -+- 15; elle est soluble dans 15 parties d eau bouillante et 
insoluble dans 1 alcool. 

La creme de tartre qui est un produit commercial, doit etre cboisie en cris- 
taux bien prononces, blancs et d une saveur acide assez marquee. II faut la con- 
server dans un endroit sec, car elle s altere a I humidite et acquiert alors une 
odeur d acide acetique. Quelquelbis elle est falsifiee au moyen du sable : la 
fraude se reconnait facilement en traitant la creme de tartre par 1 eau bouillante, 
qvii laisse le sable indissous. II faut aussi s assurer qu elle ne renferme ni sul- 
fates, ni cblorures, ni sels metalliques. Une solution etendue de creme de 
tartre additionnee d un leger exces d acide azotique ne doit etre precipitee ni 
par le chlorure de baryum (sul fates), ni par 1 azotate d argent (chlorures), 
ni par Tacide sulfhydrique (sels metalliques). la presence du tartrate de 
cliaux se reconnait dans la dissolution de ce sel a 1 acide de 1 oxalate d ammo- 
niaque. 

La creme de tartre est employee en poudre comme purgative a la dose de 
8 a 50 grammes. Elle fait partie de la poudre cornachine ou tie Tribus, de plu- 
sieurs poudres et opiats dentifrices. Elle sert a pre parer 1 acide tarlrique et la 
plupart des tartrates. On s en sert surtout pour obtenir la creme de tartre 
soluble dont nous parlerons tout a 1 heure. 

Poudre de creme de tartre. On pulverise la creme de tartre dans un mortier 
de porcelaine, et on la passe au tamis de soie. (Codex.) 

Poudre de cornachine ou de Tribus. Creme de tartre, scammonee, antimoine 
diaphoretique, de cbaque, parties egales. 

Cette poudre doit etre preparce a mesure du besoin, car si 1 antimoine diapbo 
retique retenait du protoxyde d antimoine, elle deviendrait eme tique; il se ferait 
dans ce cas de 1 emetique ou tartre stibie. 

La poudre cornachine s cmploie a la dose d un gramme, comme purgative. 

Poudre dentifrice acide. Creme de tartre pulverisee 200 grammes; sucro 
de lait 200 grammes; laque carminee 20 grammes; buile essentielle de 
mentlie poivree 1 gramme. On broie soigneusement sur un porphyre la laque 
carminee avec une partie du sucre de lait ; on ajoute le restant du Sucre et la 
creme de tartre ; on repasse par parties le melange sur le porphyre, et, apres 
1 avoir aromatise avec 1 huile essentielle de menthe, on le conserve a 1 abri de 
la lumiere dans un vase bouchc (Codex.) 

Electuaire dentifrice. Creme de tartre 60 grammes ; corail rouge prepare 
120 grammes; os de seche porphyrises 50 grammes; cochenille 50 grammes; 
alun 2 grammes ; miel de Narbonne 520 grammes. On re duit en une poudre line 
separenicnt, sur un porphyre, le corail, les os de seche, la creme de tartre, la 
cochenille et 1 alun. On broie d abord 1 alun et la cochenille dans un mortier de 
marbre avec une petite quantite d eau, jusqu a ce que la couleur rouge soit bien 
developpee; on ajoute successivement le miel et les autres poudres, et on triture 
pour avoir un melange exact que Ton parfume a volonte avec une essence 
appropriee. 

Limouade tartro-borate e (WAHU). Creme de tartre en poudre 25 grammes; 
borate de soude en poudre 7 grammes. On melange avec soin les deux sels dans 
un mortier de porcelaine. On prend ensuite 40 grammes d eau bouillante ; on 



94 CREME DE TARTRE. 

en verse un quart dans le mortier sur les sels ; on triture pendant quelques ins 
tants et Ton decante avec precaution ; on ajoute un second quart de 1 eau bouil- 
lante sur la partie des sels non dissoute ; on triture et Ton decante. En repe- 
tant deux ibis encore la meme operation, on parvicnt a dissoudre la totalite des 
sels. On ajoute alors a la solution le sue d un fort citron, et 50 grammes de 
sucre en morceaux que Ton a au prealable rudement frotte sur le zeste du 
citron, afin d absorber une partie de son huile essentielle. On aide a la solution 
du sucre en agitant pendant quelques instants, et 1 on frltre au papier. 

On obtient de cette maniere une veritable limonade du gout le plus agreable. 
L effet purgatif a lieu en moyenne au bout de deux a trois heures, et le malade 
ne ressent aucune colique. Les doses ci-dessus couviennent pour un bomme 
adulte; on les variera done en raison de 1 age et du sexe du malade, et par con 
sequent, lorsque Ton aura affaire a des enfants, on pourra diminuer la quantite 
relative de 1 eau. 

La creme de tartre a ete pendant longtemps considered comme le purgatif le 
plus convenable dans les maladies inflammatoires ; elle etait administree a la dose 
de 8 grammes comme laxatif leger, et de 30 grammes comme purgatif. On la don- 
nait dissoute dans du bouillon d herbe ou de veau. Elle constituait un medica 
ment infidele, qui aujourd bui est a peu pres completement abandonne. Quand 
on veut recourir a un purgatif acidule, on lui substitue avec beaucoup d a van 
tage la creme de tartre soluble ou tartrate borico-potassique. 

Creme de tartre soluble, tartrate borico-potassique, tartrate boro-potas- 
sique. KO,B,,0 5 ,C 8 H 10 . 

La creme de tartre etait, comme nous 1 avons deja dit, tres-employee au 
siecle dernier comme purgatif acidule, mais son peu de solubilite dans 1 eau 
nuisait beaucoup a son emploi. Depuis longtemps, les chimistes se sont occupe s 
du moyen de la rendre plus soluble. Us ont d abord employe, a cet effet, le 
borate de soude; mais ce set detruisant prcsque cntierement 1 acidite de la 
creme de tartre, ils lui ont substitue 1 acide borique, qui est encore employe 
aujourd hui pour cet usage. 

Voici le precede indique par le codex de 1866 pour pre parer la creme de 
tartre soluble : bitartrate de potasse pulverise 1000 grammes; acide borique 
cristallise 250 grammes ; eau 2,500 grammes. On met ces substances dans une 
bassine d argent ; on porte a 1 ebullition ; on e vapore en agitant continuellement 
et en ayant soin de menager le feu a la fin jusqu a ce que le melange soit reduit 
en une masse tres-epaisse. On detacbe cette masse, on la divise, et on la fait 
secher a 1 etuve, sur des assiettes. On concasse le produit sec, et on le conserve 
dans des tlacons bien bouches. Gette forme a 1 avantage d etre favorable a la 
conservation du produit et de ne pas permettre la fraude. 

La creme de tartre soluble se presente alors en fragments amorplies, trans- 
parents, non susceptibles de cristalliser. Elle doit etre douee d une forte saveur 
acide et se dissoudre dans 1 eau en grande proportion. 

On peut obtenir la creme de tartre soluble sous la forme de lamelles brillantes 
et entierement solubles dans Teau. Dans ce cas, il est indispensable de ne pas 
se servir d acide borique prepare au moyen d une solution de borate de soude 
clarifie par le blanc d ceuf. 

La creme de tarlre soluble passe pour etre un laxatif doux et sur, a la dose de 
15 a 30 grammes; seulement, pour rendre sa saveur tolerable, il est ne cessaire 
de corriger son extreme acidite par une forte proportion de sucre. On 1 emploie 



CREME DE TARTRE. 95 

egalement a 1 exterieur tie la meme facon que le sue de citron, a la dose de 
60 grammes par litre d eau, en lotions sur les ulceres fongueux et atoniques. 

La combinaison de 1 acide borique avec la creme de tartre s effectue difficile- 
ment. Pour la rendre aussi rapide que possible, il convient de presenter les ele 
ments de la reaction dans un etat de division convenable, et de facilikT cclle-ci 
par une elevation de temperature soutenue et un contact trcs-prolonge . On 
remplit ces conditions en employant une quantite d eau suffisante pour que les 
matieres soient tenues en dissolution pendant 1 evaporation qui dure longtcmps. 

La creme de tartre soluble medicinale n est pas constitute par du lartratc 
borico-potassique pur; elle contient de 1 acide borique libre. Tout 1 acide boriqnc 
que Ton introduit dans la formule ne se retrouvc pas dans le. produit, ce qui 
tient a ce que la vapeur d eau entrame une portion de cet acide ; bien qu il soit 
des plus fixes quand il est anhydre, il se volatilise au contraire facilement 
en presence de 1 eau lorsqu il est en dissolution. 

Soubeiran, qui a etudie avec beaucoup de soin la creme de tartre soluble, 
et qui, le premier, en a e tabli la veritable composition chimique, a observe que 
cette substance devient quelquefois completement insoluble dans 1 eau froide ; il 
attribue ce fait a une transformation isomerique de la combinaison. Lorsque ce 
phenomcne se produit, il importe de delayer le sel dans deux fois son poids 
d eau, de porter le melange a 1 ebullition et d evaporer la dissolution. Le plus 
souvent 1 etat moleculaire special de la creme de tartre soluble se detruit sous 
I mfluence de 1 action prolongee de 1 eau bouillante. 

M. Pedro de la Calle a donne pour la preparation du tartrate borico-potassique 
parfaitement soluble un precede qui reussit bien. Considerant que la creme de 
tartre du commerce est souvent rendue impure par la presence de tartrate de 
chaux et de differents composes metalliques, il propose de la faire de tonics 
pieces par la reaction de 1 acide tartrique sur le bicarbonate de potasse, tel qu on 
le trouve dans le commerce a 1 etat de purete. Mais il determine la reaction en 
presence de 1 acide borique, de telle fagon que les elements se trouvent dans 
1 etat le plus favorable a la formation du compose. Voici la proportion indiquee 
par M. Pedro de la Calle : 

Bicarbonate de potasse cristallisc 100 

Acide tartrique crislallise 100 

Acide borique 50 

Eau 600 

On fait dissoudre le bicarbonate de potasse dans 1 eau bouillante et Ton pro- 
jettepeu a peu 1 acide tartrique pulverise dans la liqueur ; 75 grammes suffisent 
pour neutraliser 1 alcali, une trace d acide ajoutee en plus determinerait imme- 
diatement un depot de tartrate acide. A. ce moment, on introduit 1 acide boti- 
que dans la solution, ou il ne tarde pas a se dissoudre ; le reste de 1 acide tartri 
que est ajoute et ne produit pas la moindre separation de tartrate acide de 
potasse. Apres la filtration, on evapore la liqueur, en menageant le feu et en 
agitant continuellement, jusqu a ce que la masse soit devenue tres-epaisse. Elle 
est ensuite detachee et sechee sur des assiettes, on la concasse des qu elle est 
solide, et on la conserve dans des flacons bien bouches. On peut encore evaporer 
au bain-marie le produit en consistence sirupeuse, 1 etendre en couche mince 
sur des assiettes et terminer la dissiccation a 1 etuve. 

Avec la quantite indiquee ci-dessus, M. de la Calle a obtenu environ 220 gram 
mes de tartrate borico-potassique. 



96 CREMES MEDICAMENTEUSES. 

La creme de tartre soluble obtenue par ce precede est completement mcolore; 
elle se dissout toujours et tres-fucilement dans 1 eau; elle est naturellement 
privee des sels etrangers que la creme de tartre du commerce introduit souvent 
dans le tartrate borico-potassique du Codex. 

M. Pedro de la Calle a constate que la creme de tartre soluble preparee selon 
la formule du Codex, chauffee entre 200 et 220, commence par fondre et 
qu apres avoir ete soumise pendant une heure environ a cette temperature, elle 
devient opaque et perd entierement sa solubilite. Celle obtenue par le precede 
qu il a indiquee, placee dans les memes conditions, fond, reste transparente et 
vitreuse, et conserve la propriete de se dissoudre dansl eau. 

Le mode operatoire indique par M. Pedro do la Calle doit done etre prefere 
aux moyens indiqucs jusqu ici. T. GOBLEY. 



MEDIC AMENTEUSES. La composition des cremes medica- 
menteuses est extremement varie e. Nous allons en indiquer les principales. 

Creme pectorale de Tronchin. Beurre de cacao 30 grammes ; sucre 15 gram 
mes, sirop de capillaire 30 grammes, sirop de tolu 30 grammes. On racle le 
beurre ; on le triture avec le sucre, et Ton incorpore le melange aux sirops. Ce 
medicament se prend par cuillerees dans la bronchite aigue. C est un bon 
pectoral. 

Creme pectorale de Pierquin. Sucre blanc, sirop de tolu et sirop de capil 
laire, de chaque, parties egales. On mele. A prendre par cuillerees a cafe dans les 
bronchites. 

Creme pectorale de Jeannet. Beurre de cacao 100 grammes ; huile d amande 
douce 10 grammes; sirop de coquelicot 40 grammes; eau de fleur d oranger 
20 grammes. Pour bronchite chronique. 

Creme pectorale de Hue. Beurre de cacao, sirop delimatjons, sirop de violettes, 
sucre, de chaque 50 grammes. Par cuillerees dans la toux seche et opiniatre des 
enfants. 

Creme de chaux. Les chimistes donnaient autrefois ce nom au carbonate de 
chaux qui s amasse sous forme de pellicules a la surface de 1 eau de chaux 
exposee au contact de 1 air, dont elle attire, comme on le sait, 1 acide carbonique. 

Creme de bismuth (D r QUESNEVILLE). Sorte de pate ou de bouillie forme e 
par du sous-nitrate de bismuth precipite, lave, et retenant une proportion d eau 
fixe. Cette preparation a 1 avantage d offrir une cohesion moins grande que le 
sel soumis a la dessiccation. 

Creme de camphre (KRAUSS). Savon blanc rape 45 grammes, camphre 
60 grammes, carbonate d ammoniaque 60 grammes; eau 1900 grammes; 
teinture d opium k 24 grammes ; essence d origan 24 grammes ; alcool et essence 
de terebenthine aa Q. S. On prepare une creme qui, etant privee de matiere grasse 
est facilement absorbee par la peau. Un morceau de flanelle enduit de ce melange 
est maintenu applique sur le thorax des enfants dans les affections inflammatoires 
de la gorge et des bronches. 

Creme pour le teint. Cire blanche 1 grammes ; blanc de baleine 1 grammes, 
huile d amande douce 150 grammes; eau de rose 120 grammes. On fait une 
pommade qui a la consistance de la creme. 

Creme de tartre. (Voy. ce mot.) 

Creme de tartre soluble. (Voy. CREME DE TARTRE.) 

A. DECHAMBEE et T. GOBLE\. 



CREOSOL. 07 

CRi:\ioiiK (ACIDE) et CREMATES. L acide crcniquo a ( le decouvert par 
Bera lius (Poggendorffs Annalen, Bd. XIII, p. 84, et Annal. de chim. et de 
phys., t. LIV, p. 219) dans les eaux minerales de Porla, en Suede, en meme 
temps que 1 acide apocrenique. Suivanl 1 illustre chimiste, ces deux acides 
existent dans le terreau et dans tous les depots ocreux des eaux ferrugineuses 
(voy. APOCRENIQUE [acide]). 

Pour preparer 1 acide erenique, on fait bouillir ces depots ocreux pendant une 
demie heure avec de la polasse caustique, on /litre et on traitc par 1 acide ace - 
tique en exces ; 1 addition d une solution d acetate de cuivre determine la forma 
tion d un precipite bran conlenant 1 acide apocrenique et qu on separe par 
filtration. On sature ensuite la liqueur par le carbonate d ammoaiaque et on 
ajoute de T acetate de cuivre tant qu il se forme un precipite blanc-verdatre ; on 
aclieve la precipitation a 80, puis on traile par Thydrogcne sulfure ; on obtient 
ainsi de Tacide erenique mele de crenates terreux ; pour isoler cet acide, on 
traite par 1 alcool qui dissout 1 acide erenique, et Lu sse les crenates intactes. 
L acide erenique est un corps amorphe, d un jaune pale, d une savour d abord 
acide, puis astringente. Mulder qui a egalement etudie ce corps (Annalen der 
Chem. u. Phann., Bd. XXXVI, p. 245), a fait voir qu cu s oxydaut I acide 
humique donne de I acide erenique et de I acide apocreniqiic. 

Les crenates alcalins sont amorphes, solubles dans I eau, mais insolubles 
dans 1 alcool ; ils se transforment en brunissant en apocrenates. Ces sels sont 
encore pen etudies. 

L acide erenique, comme 1 a fait voir Mulder, ne renferme pas d azote de con 
stitution ; cet auteur a propose, pour exprimersa composition, laformule empi- 
rique G 12 H 12 8 , qui a ete acccptee par Berzelius. L. UN. 

CREOSOL. C 8 H 2 . Le creosol est un liquide incolorc, ti es-refringent 
d une odeur agreable et d une saveur aromatique brulante ; il bout a 219", mais 
se decompose un peu par la distillation en presence de Fair. Sa densite est 
de 1,089 a 15. II n est pas soluble dans I eau et se mele en toutes proportions a 
1 acool, Tether, I acide acetique eristallisable. Avec 1 ammoniaque aqueuse con- 
centree il donne une bouillie de cristaux qui se decomposent facilement. L hy- 
drate de potasse s y dissout, et le melange se prend par le refroidissement en 
une masse cristalline de creosolate de potassium. Avec I acide azotique, il donne 
de I acide oxalique; avec I acide sulfurique le creosol prend une belle couleur 
rouge-cerise on violette. II reduit a chaud les sels d argent en miroir; r addi- 
tionne d une solution alcoolique de perchlorure de fer, il se colore en vert, 
comme la creosote; sa solution aqueuse coagule I albumine. 

On prepare le creosol en traitant par I acide sulfurique etendu ou I acide 
oxalique le creosolate de potassium, obtenu par 1 action de la potasse sur la 
creosote de nitre. L huile qui se se pare est lavee a I eau, sechee par un courant 
d hydrogene, et rectifiee. 

Le brome altaque vivement le creosol en fournissant des cristaux insolubles 
dans I eau, tres-solubles dans 1 alcool et Tether, et qui ont pour composition 
C 16 H 15 Br 3 8 . L iode et le phosphore Tattaquent egalement. 

Le creosol peut donner naissance a des derives metalliques. Le creosolate 
nentre de potassium s obtient facilement lorsqu on melange une solution alcoo 
lique concentrce de potasse avec de la creosote dissoute dans moitie de son 
volume d ether. II se dissout dans Teau sans decomposition et cristallise de la 

DICT. EMC. XXIII. 7 



98 CREOSOTE (CHIMIE). 

dissolution aqueuse en aiguilles feutrees (G 8 H 9 2 K, IPO). Le cre osolate de 
potassium acide s obtient par 1 action du potasium a 90 sur la creosote. Pour 
J obtenir cristallise, on le dissout dans 1 ether, mais en operant la dissolution 
en presence de 1 air, on perd beaucoup de matiere ; pour eviter cet inconvenient, 
on opere en vases clos. II est blanc, cristallise en belles aiguilles. Les creosolates 
de sodium sent incristallisables. II existe aussi des creosolates de baryum et de 
plomb. T. GOBLEY. 

CREOSOTE, UKI.OSOTI;. I. Chimic. La Creosote (de xplj, chair, et 
de ffeiijw, je conserve) est un liquide doue de proprietes antiseptiques, et que Rei- 
chenbach a retire, en 1852, du goudron de bois. Sous le nom de creosote on 
trouve aujourd hui dans le commerce differents liquides de nature et de composi 
tion variables, et n ayant de proprietes communes que leur solubilite dans les al- 
calis, leur point d ebullition fixe vers 200, et leurs proprietes antiseptiques. G est 
ainsi que beaucoup de creosotes ne renferment que de 1 acide phenique ou phenol; 
d aulres sont un melange de phenol et de cresylol (Voy. ce mot). 

Quant a la creosote decouverte et preparee par Reichenbach, elle n est pas un 
principe immediat dcfini, ainsi que 1 ont montre Hlasiwetz et Earth; aussi les tra- 
vaux d un grand nombre de chimistes qui se sont occupes de son etude, presen- 
tent-ils de nombreuses divergences, et les re sultats analytiques ne concordentpas 
entre eux. 

Hlasiwetz et Barth ont pu extraire de la creosote du goudron de hetre une 
substance definie, le creosol C 8 H 10 2 ; suivanteux, la creosote serait une combi- 
naison de creosol avec un hydrogene carbone; cependant elle ne presente pas 
les caracteres d une combinaison definie ; ce n est probablement qu un melange. 
Suivant Frisch, elle serait une combinaison phenylee de creosol. 

Des reactions propres a caracleriser les deux especes de creosole (du hetre et 
de la houille) seraient, d apres Rust et Mayer, les suivantes (Chem. Central- 
blatt, 1867); nous les relevons dans un article de M. Vidan, ancien agrege du 
Val-de-Grace. (Gas. hebd., 1877, p. 775) : 

Reactifs Creosote du hetre (creosol). Creosote de la houille (phenol et 

cresylol). 

Collodion Rien. Le melange se prend en gelee. 

Ammoniaque Insoluble a chaud et a froid. Insoluble a froid, soluble a chaud; 

liqueur limpide. 

Eau de bargte Dissolution imparfaite : le liquide Dissolution limpide; a peine si, 

se trouble au repos. a la longue, il se forme un le- 

ger dep6t. 

Potasse affaiblie Dissolution trouble, meme avec Dissolution limpide. 

un exces de reactif. 

Deuigoutles d ammoniaque.puis Coloration verte, puis brune. Coloration blcue. 

perchlorure de fer, quantite 
suffisante pour rcdissoudre le 
jirecipitd forme; 4 volumes 
d eau. 

M. \ 7 idan emet 1 avis que, pour 1 usage medical, on pourrait remplacer avec 
avantage la creosote, insoluble dans 1 eau, par le cre osoiate neiitre de potasse, 
que Ton obtient facilement en melangeant une solution alcoolique concentree 
de potasse avec de la creosote dissoute dans la moitie de son volume d ether. 

Quoiqu il en soil voici comment s extrait la creosote du goudron de bois e 
qnelles sont les proprietes qui lui sont assignees. 



CREOSOTE (CHIMIE). 99 

Pour preparer la creosote, on distille le goudron de bois jusqu a ce que le re- 
sidu ait acquis une consistance poisseuse. On rectifie plusieurs fois le produit en 
ne recueillant que les parties plus lourdes que 1 eau ; on les fait dissoudre dans 
une solution de potasse caustique. La solution alcaline est chauffee a 1 air de 
maniere a resinifier une substance etrangere qui s est dissoute clans la potasse en 
meme temps que la creosote. On met celle-ci en liberte par 1 acide sulfurique 
etendu. Pour purifier la creosote ainsi obtenue, on la distille a plusieurs reprises 
avec de 1 eau legerement alcaline, on la dissout dans la potasse, on la precipite, 
on re pete ces operations jusqu a ce qu elle se dissolve dans la potasse sans laisser 
de matiere huileuse. Finalement on la desseche et on la rectifie. 

La creosote est huileuse, incolore, mais se colorant au soleil ; sa saveur est 
brulante et tres-caustique, son odeur forte et desagre able. Sa densite varie de 
1,037 a 1,087 a 20. Elle bout 203; elle ne se solidifie pas par un froid de 
27. 

Elle est peu soluble dans 1 cau, tres-soluble dans 1 alcool, 1 ether, le sulfure 
de carbone, 1 acide acetique, 1 ether acetique ; elle dissout le phosphore, le sou- 
fre, le selenium, les matieres colorantes, les matieres grasses, les acides oxaliques, 
tartrique, citrique, benzoi que, stearique. Elle dissout egalemcnt a chaud la ma 
tiere colorante de 1 indigo. qui s en precipite par 1 addition de Talcool et dc 1 eau. 
Elle dissout beaucoup de sels. 

M. H. Piust donne les caracteres suivants qui servent a distinguer le phenol de 
la creosote du goudron de hetre. 15 parlies de phenol et 10 de collodion don- 
nent une masse gelatineuse, tandis que la creosote se melange au collodion en 
une solution claire. 

En ajoutant de 1 ammoniaque a du perchlorure de fcr jusqu a ce que le pre ci- 
pite soit persistant, on obtient une liqueur qui donne avec le phenol une colo 
ration bleue ou violette, et avec la creosote du goudron de hetre une coloration 
d abord verte, puis brune. 

L acide sulfurique se mele a la creosote en donnant une liqueur pourpre ; avec 
1 acide azotique, on obtient de 1 acide oxalique, de 1 acide binitrophenique et 
de 1 acide picrique. Traitee par la potasse, elle s y dissout et donne un sel cris- 
tallise d ou 1 on retire le creosol; pour obtenir ce sel cristalle, il est necessaire de 
prendre les precautions indiquees a la preparation du creosol. Le potassium en 
degage de 1 hydrogene et donne le creosotate acide de potassium. 

En chauffant la creosote avec un melange de soude caustique et d oxyde de 
manganese et reprenant la masse solide par 1 eau, on obtient durosolate de soudc 
d ou on precipite 1 acide rosolique par un acide. 

La creosote est un puissant antiseptique et un caustique ener^ique. Elle 
coagule 1 albumine du sang et celle du blanc d ceuf. Elle a joui en medecine 
lors de son apparition, d une vogue aussi grande que celle dont jouit actuelle- 
ment 1 acide phenique. 11 sera traite plus loin de 1 action physiologique de la 
creosote et de ses propriete s therapeutiques, soit comme remede externe, soit 
comme remede interne, en indiquant les diverses preparations qui conviennent 
specialement dans les divers etats morbides. 

Voici les formes pharmaceutiques sous lequelles la creosote est le plus ordi- 
nairement prescrite. 

Eau de creosote. On ajoute goutte a goutte une solution alcoolique de creo 
sote dans de 1 eau distillce jusqu a ce que le melange commence a perdre la trans 
parence apres avoir ete agite. 



100 CREOSOTE (EJIPLOI MEDICAL). 

On 1 applique a 1 aide de plumeaux de charpie sur les surfaces saignantcs, 
les plaies, les ulceres. 

Eau de creosote (Laveran.). Creosote 5 grammes; eau 500 grammes. On 
mele. Appliquer des compresses imbibees sur le corps, dans les cas de fievre 
typhoide. 

Potion de creosote (Laveran). Creosote trois goutles ; essence de citron deux 
gouttes; sirop de fleur d oranger 50 grammes: eau 90 grammes. Employee par 
MM. Laveran et Recholier centre la fievre typhoide. 

Alcool creosote centre la curie denlaire. Creosote 1 partie; alcool a 60 
16 parlies. On mele. On introduit dans la dent cariee de ce melange sur du 
colon. 

Pilules de creosote (PitschaiT). Creosote trois gouttes; extrait de cigue Oe r ,20; 
magnesie et mucilage q.s. Pour 9 pilules argenlees. On en prescrit trois par jour 
pour combaltre les vomissements des femmes enceintes. 

Pilules de creosote contre les dyspepsies liees a 1 existence des sarcines de 1 es- 
tomac (Budd). Creosote 1 gramme; mie de pain et mucilage q.s. pour 40 pi 
lules. Prendre une ou deux pilules apres chaque repas, contre les gaslralgies 
liees a 1 existance des sarcines. 

Yin creosote (Ch. Bouchard et Gimharl). Creosote pure du goudron de 
bois, 15 grammes; teinture de gentiane, 50 grammes; alcool de Montpellier, 
250 grammes ; vin de Malaga, q. s. pour 1 aire un litre. De deux a quatre cuil- 
lerees en 24 heures (chaque cuilleree dans un verre d eau). Contre la phthisie. 

Solution huileuse de creosote. (Ch. Bouchard et Gimberl). Iluile de Ibie de 
morue, 150 grammes; creosote de goudron de bois, 2 grammes. Contre la 
phthisie. 

Solution alcoolique de creosote (Dujardin-Beaumetz). Creosote pure, 6 gram 
mes; alcool, 250 grammes; Bagnols, q. s. pour un litre. Contre la phthisie. 

Glycerine creosote e (Guihert). Glycerine 125 grammes; creosote 12 gouttes. 
Employee dans le pansement des plaies et des ulceres ; en imbiber de la 
charpie. 

Creosote pour conserver les pieces d anatomie (Pigne), Eau 1000 grammes, 
creosote 10 gouttes. Un cadavre ou une partie quelconque de cadavre, plonge 
dans cette solution, se conserve longtemps avec toutes les proprietes physiques. 

T. GOBLEY. 

3 II. Emploi medical, ttistorique. C est a Reichenbach, de Blansko 
(Moravie), que revient le double merite de la decouverte de la cre osote et de son 
utilisation en medecine. II a raconle comment il fut conduit a rechercher los 
proprietes medicales de cette substance. C etait, dit-il, un jour qu il en prepa- 
rait une petite provision ; quelques gouttes du nouveau produit tombercnt sur 
ses doigts et lui enleverent 1 epidcrme aux points touches. 11 en conclut 
aussitot que la cre osote pouvait etre le principe momifiant de 1 acide pyroli- 
gneux, et il se mit ai oeuvre pour verifier son hypothese. 

L experimentation lui de monlra bientot qu il avait de couvert, en eifet, un 
antiputride de premier ordrc. Des lors, il concut 1 ide e de mettre a profit ces 
deux proprietes d astringent et d antiputride dans le traitement des plaies 
simples ou autres. puis, encourage par des succes evidents, il gene ralisa 1 emploi 
du remede nouveau et crut devoir le prescrire a 1 interieur a des phlhisiques 
qui crachaient du sang. 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 101 

La notpriete de Rciclienhach donna a. ces premiers cssais publics un grand 
retentissement dans toute 1 Europe. Partout on se mit a experimenter pour veri 
fier les assertions de 1 habile chiniiste, de sorte que la creosote devint le medi 
cament a la mode. II y cut, en effet, vers 1 853-1 855, au moment ou Reicbenbach 
annoncait les excellents resultats obtenus, un veritablement engouement a 
1 egard de ce produit, en Allemagne principalement, en Angleterre et mcme un 
peu a Paris. Chimistes et cliniciens etudierent avec ardeur la creosote et furent 
en mesure de fournir en peu de temps des renseignements precis sur bien des 
points de son histoire. Necessairement, unc reaction assez vive snivit bientut; 
1 enthousiasme des premiers jours disparut vite a la suite de quelques desil- 
lusions, puis peu a peu le remede heroique tomba dans un discredit absolu ct 
fut a peu prcs oublie des medecins. Seuls, les dentistes conlinucrent de s en 
servir pour calmer les douleurs de la carie dentaire. Cette reaction avait 
e videmment ete trop vive, car des rechercbes entreprises dans cos dernieres 
annees out demontre que la creosote peut etre employee avec profit dans bon 
nombre de circonstances. Si ce n est pas la panacee qu avait entrevue rimagina- 
tion ardente de Reichenbach, il faut admettre cependant que le medicament est 
serieux et doit figurer a une place honorable dans notrc matiere medirale. 

EFFETS PHVSIOLOGIQUES. La creosote n est pas un produit absolument de fini au 
point de vue chimique; sa formule est encore discutee, et ses proprietes gviir- 
rales different suivant la source qui la fo urnit, c est-a-dire suivant le goudron 
d ou on 1 extrait. On pourrait presque dire qu il existe autant de creosotes que 
de sortcs de goudron, de facon qu il faut necessairement fa ire des distinctions 
dans cette etude du genre creosote et bien specifier de quel produit on entend 
parler, quand on traite de ses applications. 

Or, dans ma description, j aurai exclusivement en vue la creosote du goudron 
de bois et plus particulierement du goudron de hetre, cells de Reichenbach, 
usitee le plus souvent en therapeutique, ct qu on ferait mieux d appeler offici- 
nale plutot que creosote vraie, cette derniere denomination n ayant pas de 
signification precise. 

Ceci pose, voioi quels sont les effets physiologiques de la substance qui nous 
occupe. 

A. Effets topiques. Appliquee sur la peau recouverte de son epidemic, elle 
donne lieu a une cuisson legerj et a de la rubefaction. L tjpiderme se fendille et 
tombe par squames furfuracees, suivant la remarque de Reichenbach. Sur les 
muqueuses ou sur la peau privee d epiderme, elle manifeste ses proprietes 
caustiques d une fagon beaucoup plus energique, elle attaque les tissus plus 
vivemcnt, les blanchissant un peu a la maniere du nitrate d argent, et deter 
mine une cuisson assez desagreable. Tous ceux qui ont essaye de la creosote 
pour calmer la douleur produile par la carie dentaire connaissent la sensation 
penible causee par ce liquide fusant sur la gencive, sensation fugace a la verite, 
et qui cesse par suite de la disorganisation des parties superficielles de 
la muqueuse buccale, lesquelles deviennent comme parcbeminees. 

En resume, la creosote a des effets topiques qui participent de ceux des astrin 
gents puissants et de ceux des caustiques superficiels. 

B. Unction diffuses est tres-interessante a etudier. Violente a faible dose sur 
les organismes inferieurs, elle n est puissante qu a dose assez forte chez les 
aiiimaux plus eleves dans rechelle et cbez riiomme. 

De faibles proportions de creosote tuent facilement les microzoaires et les 



102 CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 

microphytes, ou s opposent a leur developpemenl. C est parce que ces faibles 
proportions existent dans la fume e que les viandes dites fume es se conservent 
longtemps avec leurs qualiles nutritives, a I abri de la corruption. 

Une plante rie re siste pas a quelques arrosages avec de 1 eau creosolee; 
elle s etiole et meurt bienlol, comme 1 a vu Miguel, en experimentant surun 
rosier. 

Ce medecin a, 1 un des premiers, recherche 1 action toxique de la creosote 
chez les animaux. Quclques-unes de ses observations meritent d etre resumees. 

A dose faible, 1 action est nulle. Un jeune chien de deux mois a pu prendre 
impunemeiit, pendant huit jours, 4 goalies de eel hydrocarbure diluees dans 
250 grammes d eau sans etre incommode. A dose forte, les accidents surviennent. 
8 gouttes administrees de la meme facoii au meme chien onl determine les 
phenomenes suivants : marche leute et difficile, nausees frequentes, soubresauls 
de tendons, tremblement intermittent, amaigrissement notable. On suspend 
1 ingestion du poison, le chien se retablit. A dose massive, 7s r ,80 dans 
15 grammes d eau, 1 empoisonnement est violent et rapide chez le chien. L 1 ani 
mal tombe tres-vite dans un etat de prostration complete ; il a des vertiges, des 
etourdissements ct le regard fixe; ses sens paraissent engourdis; son haleine est 
chaude; sa respiration s embarrasse par suite d une production abondante de 
mucosites dans les voies respiratoires et de 1 obstruclion de celle-ci par ces 
mucosites. Malgre une loux violente, convulsive , le chien ne parvienl pas a 
debarrasser ses voies aeriennes. De temps en temps, on constate des eructations, 
des nausees, des vomissements de matieres analogues a du lail. Puis, on le 
comprend sans peine, la respiration s embarrasse de plus en plus el menace de 
se suspendre, les membres sonl agiles de fremissements, deviennent rigides, et 
la mort arrive dans un acces de suffocation. 

A I autopsie, on trouve lous les tissus impregnes d une forte odeur de 
creosote et des lesions assez accusees dans les principaux organes. 

La muqueuse des voies digestives presente des traces d irritation dans la plus 
grande partie de son etendue, de la bouche a 1 estomac, etjusque dans 1 intestin. 
De nombreuses laches rouges, comme ecchymoliques, parsement celle mu 
queuse. 

Les cavites cardiaques renfermenl des caillols assez denses. Le sang parait en 
general plus coagule que lorsqu il est abandonne a lui-meme. 

Les poumons sont gorges de sang brun. 

Le cerveau semble parfaitement sain. On pourrail croire, a priori, que 1 action 
topique irritante de la creosote sur 1 intestin et 1 estomac, a pu contribuer dans 
une large mesure a faire naitre la serie des accidenls que nous avons enumeres; 
il n en est rien, car si Ton fait une injection d eau creosotee dans la caroticle ou 
la jugulaire, la symptomatologie de l empoisonnement est la meme. En effet, 
d apres J. R. Cormack, la respiration s accelere vivement, il y a une ou deux 
attaques convulsives, 1 animal pousse des cris percants et meurt au bout de quel 
ques instants, par arret du coeur. 

Chez Yhomme, 1 action pharmacodynamique de la creosote est comparable a 
celle que nous venous d indiquer chez 1 animal. 

Les doses faibles diluees ne donnenl que des sensations passageres en traver- 
sant les premieres voies : saveur et odeur desagreables, chaleur plus ou moins 
accusee dans Tcesophage et 1 estomac. 

A dose forte, ces effels s accusenl davantage, et il s y ajoute les suivants : 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 103 

dyspepsie, nausees, vomissements, vertiges, mul de tele, bouffees de chaleur a 
la face, diarrhee, dysenterie meme, rapporte Cormack, frequence dc la miction, 
strangurie. L urine prend parfois une coloration brune, en meme temps qu elle 
devient plus abondante, particularity signalee pour la premiere fois par 
Maclend (London Med. Gaz., vol. XVI et XYH) et revue par d autres medecins 
anglais. Enfin on a accuse recemment la creosote de donner lieu a des erup 
tions ortiees. G est au moins cc que le doctcur Bernard, de Cannes, a vu cbez 
deux plilhisiques auxquels il administrait ce remede. Le medicament produisait 
a coup sur une eruption que ce praticien compare a 1 erytheme copahivique et a 
1 urticaire. 

A dose massive, 1 action de la creosote est identique chez 1 homme a celle que 
nous connaissons chez 1 animal. I/observation snivante que je trouve resumee 
dans YAnnuaire de pharmacie de 1873, p. 217, sans indication bibliographique, 
va nous montrer cette identite . 

Une enfant de deux ans, avale de 20 a 50 gouttes de creosote. Bientot il perd 
connaissance, la deglutition devient impossible, il vomit ct rend une urine 
brune; puis 1 ecume lui sort de la bouclie, il etouffe. Sa respiration est sterto- 
reuse, il est dans un etat d angoisse excessive et crie constamment ; en fin 
survieiment des convulsions, et la mort arrive an bout de dix-sept heures. 

Le cadavre examine cinquunte et une heures apres le deces exhale une forte 
odeur de creosote. Les levres sont decolorces, seches, parcheminecs ; la muquense 
de la langue, du palais, de 1 oesophage est d un blanc sale. Le cerveau et les 
poumons sont gorges de sang et les ventricules cardiaques remplis de caillots. 

Faut-il maintenant considerer comme des cas d cmpoisonnement par la 
creosote, ces fails graves d intoxication par les viandes fumees observees surtout 
en Allemagne, et dans lesquels on signale de vives douleurs et la sensation de 
brulure a 1 epigastre, des coliques violentes avec constipation, des vomissements 
de matieres sanguinolentes, la respiration lente, raffaiblissement du pouls, la 
dilatation pupillaire? Merat et Dclens repondent aflirmativement sans produire 
d arguments en faveur de leur maniere de voir. Je me borne pour mon compte a 
dire que si le rapprochement tente par ces deux savants therapeutistes est a 
priori suffisamment justifie, il est regrettable qu il ne s appuie pas sur des 
preuves positives. 

Voies d elimination. Ce sont tres-probablement les poumons et les reins. 
Les sujets exhalent par 1 haleine 1 odeur de creosote, et leur urine prend une 
odeur particuliere et des caracteres speciaux : donnees assez caracteristiques. Ici 
encore les analyses chimiques rigoureuses font defaut malheureusement. 

En definitive, les fails que je viens de rapporter nous conduisent a resumer 
comme il suit 1 action pharmacodynamique de la creosote. 

A dose faible, elle n a que des effets topiques stimulants sur les voies 
digestives. 

A dose forte, elle atteint les grandes fonctions, qu elle trouble plus ou moins 
profondement. Son action topique sur les premieres et secondes voies acquiert 
une intensite considerable, de sorte qu il peut en resulter des phenomenes de 
gastro-enterite avec leurs consequences obligees : douleur, vomissements, diar- 
rhe es, etc., etc. Puis, apparaissent bientot des accidents d un autre ordre : 
vertiges, faiblesse musculaire, troubles respiratoires et circulatoires, qui se 
developpent selon toute probabilite consecutivement a 1 absorption du poison, 
plutot que sympathiquement, en raison de 1 irritation des voies digestives. 



104 CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 

Enfm surviennent les efiets topiques dus a 1 elimination de la creosote, ou 
tout au moins c est la une interpretation plausible dcs accidents que voici : 
1 excitation bronchique, la polyurie, la dysurie et meme la strangurie, la colo 
ration noire de 1 urine. 

S agit-il d une dose massive, on voit s ,\jouter aux symptomes precedents des 
troubles nervo-musculaires graves : atfaiblissement des muscles, troubles pro- 
fonds des orgaues des sens et de rintelligence, tremblements generalises, con- 
tracture, convulsions, coma; des modifications profondes de la circulation et de 
la respiration, caracterisees par du ralentissen.ent du coeur, par de la dyspnee, 
de la suffocation, la cessation des mouvements circulatoires, 1 asphyxie due a la 
supersecrction bronchique et enfin 1 arret du coeur. 

Si nous chcrclions maintenant a interpreter le mode faction de la creosote 
sur le conomie, nous sommes forcement amene a dire qu elle atleint surtout le 
systeme ncrveux cerebro-spinal. II faut bien admettre, en effet, qu elle frappe 
1 encephale et la moelle epiniere, quand on voit chez les animaux intoxiques la 
connaissance disparaitre, les organes des sens cesser de fonctionner, la resolu 
tion musculaire ou la paralysie du mouvcmcnt se produire, et puis encore le 
tremblement, la contracture, les convulsions, le ralentissement du coeur 
s ajouter a ces symptomes deja si caractcristiques de troubles cerebraux et 
medullaires. 

En definitive, outre ses proprietes irritantes qui s accusent sur tous les 
tissus qu elle touche, la creosote est encore un agent pcrturbateur des fonctions 
de 1 encephale et de la moelle epiniere, que je rapprocherais volontiers de 
1 acide phenique sous le rapport de la toxicite. 

Est-ce en raison de la propriete qu elle possede a un tres-haut degre de coagu- 
ler 1 albumine qu elle desorganise le systeme nerveux et altere le sang, conditions 
desastreuses pour Porganisme, c est ce que je ne saurais dire; je risque nean- 
moins cette hypothese qui me parait assez plausible et satisfaisante. 

II reste dans cette etude de 1 action pharmacodynamique de la creosote beau- 
coup de lacunes a combler. Nous savons peu de chose sur les modifications 
qu elle imprime a la temperature, si ce n est qu elle ne 1 affecte pas a dose 
faible ; enfin nous sommes mal fixes sur les voies d elimination et les meta 
morphoses que cet hydrocarbure peut subir en traversant 1 economie. 

APPLICATIONS THERAPEUTIQUES. On pent les diviser en deux groupes princi- 
paux : les applications rationnelles, c est-a-dire derivees de ses proprietes 
physiologiques, et les applications empiriques. 

Les premieres se subdivisent en deux categories. Elles compreiment : 1 celles 
qui sont basees sur les vertus astringentes, caustiques, parasiticides, styptiques 
et vulneraires de la creosote ; 2 celles qui derivent de ses effets antiseptiques. 



externes. Etudions les applications rangees dans la premiere cate- 
gorie, qui comprennent tous ses usages externes. Je mentionnerai d abord que 
parmi les proprietes de la creosote qui interesserent le plus vivement les 
medecins, lors de la decouverte de cet hydrocarbure, il faut surtout citer son 
action hemostatique. Celle-ci sans etre d une puissance tres-grande est 
reelle, ainsi que 1 indique a priori son action coagulante de 1 albumine et du 
sang, mais comme le prouvent surtout les experiences physiologiques et les 
faits cliniques. 

Muller et Reiter out facilement arrete des hemorrhagies consecutives a une 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 105 

blessurc dc la veine cruralc cliez le chicn a 1 aide d un simple pkr.nasseau de 
charpie imbibee de creosote eufouce dans la plaic. 

S agissait-il d une plaie arterielle, le meme moyen reussissait encore, aide 
d une compression moderee. Les vaisscaux examines offraient des traces d in- 
ikmmation dans 1 etendue de quelques centimetres a partir de leur section ct a 
ce niveau un caillot obturateur. 

Chez riiomme, la creosote arrete avec la plus grande facilile les hemorrha- 
gies capillaires en nappe, 1 ecoulement du sang par les piqures de sangsues, 
1 epistaxis et toutcs les pertcs de sang fournies par des vaisseanx arteriels ou 
veineux de petit calibre. 

J ai dit que la creosote fut pcu de temps apres sa decouverte appliquee par 
Pveichenbach au pansement des plaics. L habile cliimistc recoimul hienlot qu cn 
outrode ses vertus hemostatiques, cllejouissait encore de qualiles desinfeclantes 
et cicutrisantes et que par consequent, c elait un vulneraire de premier ordre. 
Le premier, il signala les excellents effets de 1 eau creosotce comme topique 
dans le pansement des plaies simples et surtout des plaies de mauvaise 
nature. A son exemple, des 1S35, un grand nombre de medecins, a Pans, utili- 
serent le nouveau topique et n eurent qu a s en loner ainsi qu on va voir. 

Ulceres simples, syphilitiques, gangreneux. On a bcaucoup -vault autrefois 
1 efficacite de 1 cau creosotee pour stimuler ces sortcs d nlceres, leur enlever 
1 odcur letide et la putridite, modifier leur aspect blafard, les deterger, les faire 
bourgeonner et marcher vers la cicatrisation. Reichenbach d abord, puis Kunc- 
kel, Berthclot, Miguet, Lesserre ont cite des observations concluantes d ulcera- 
tions de cct ordre rebelles a tous les traitements, durant depuis des mois et des 
annees, gueries rapidement apres plusieurs pansements a la creosote. Hasbach 
(1853) a vu, dans la gangrene de la bouche chcz 1 enfant, les applications de 
creosote donner les plus heureux resultuts, meme quand Inflection resultait 
d infection septique. 

Martin-Solon est moins enthousiaste que les obscrvateurs precedents. S il 
reconnait que cette substance agit bien centre les ulceres a bords calleux, proba- 
blement en activant le mouvement nutritif de la peau, il ne lui altribue aucune 
superiorite sur les plaques de plomb et les bandclcttes de diachylum. 

Yelpeau, d aulre part, ne 1 a pas vu reussir centre les ulcerations gan- 
greneuses. 

Personne n emploie plus guere aujourd hui la creosote commc topique des 
ulceres rebelles, de mauvaise nature ou speciiique. L acide pbcnique, 1 acide 
thymique, les salicylates, 1 alcool, etc., ont absolument supplante cette substance 
qui, cependant, ne me parait pas leur ceder sous le rapport de 1 energie anti- 
septique. 

Plaies simples on complique es de lesions osseuses. Bn dures. Abces. Bu- 
bons. Engorgements ganglionnaires. L eau cre osotee a ete utilise e avec avan- 
tage centre ces divers accidents. Elle a servi a arroser les plaies recentes pour 
tarir 1 ecoulement du sang et faciliter la cicatrisation; a injecter les trajets 
fistuleux simples ou compliques de lesions osseuses : earie ou necrose; a baler la 
guerison des bnilures (Reichenbach, Goupil, etc.), eta deterger les foyers pitru- 
lents consecutifs a des abces ou des phlegmons. Enfm, au dire de Miguet, des 
lotions creosotees ont pu faire avorler des abces, resoudre des adenites sup- 
purees et dissiper des engorgements ganglionnaires. Ce sont la des applications 
recommandables. Toutefois je pensc, avec Martin-Solon, que dans le cas de bru- 



106 CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 

lures, la creosote ne 1 emporte pas sur d autres repercussifs et cicatrisants souvent 
employes. 

Maladies de la peau. Alterations diverses de ce tegument. Les dermatoses 
jusliciables des applications de goudron ont ete souvent traitees par la creosote. 
G est ainsi cju on a present des lotions ou des pommades creosotees dans cer- 
taines affections squameuses, le psoriasis, I ecze ma sec de nature dartreuse 
(dartres lurfuracees) ; centre les dermites simples, V eczema humide, I impetigo, 
le prurigo. 

Martin-Solon (1836), conseillait centre les dartres furfuracees la pommade 
suivante : 

Axonge 50 grammes. 

Creosote v a vu gcultes. 

Elliotson (1858) recommandait, dans le cas d eczema humide ou d impetigo, 
de simples lotions avec de 1 eau creosotee : 1 goutte pour 2, 3, 4, 5 ou 6 onces 
d eau. 

Dans plusieurs cas de prurigo inve tere , Max Simon a obtenu des succes 
remarquables des onctions avec la pommade suivante : 

Axonge. 30 grammes. 

Creosote 1 

Pour combatlre les engelures, qui ne sont autre chose qu une dermite 
a frigore, Devergie preconise la formule suivante, excellente d apres lui : 

Axonge 30 grammes. 

Sous-acetate de plomb liquide in goultes. 

EUrait theba ique "20 centigrammes. 

Creosote x gouttes. 

Elle me semble s adapter a tous les cas d engelures, ulcerees ou simplement 
erythemateuses. 

Des engelures je puis rapprocher Ve rysipele, autre cutite, parfois traite par 
les applications creosotees. 

Le docteur Fahnestock, de Pittsburg, est grand partisan de cette methode. 
Qu il s agisse d erysipele simple ou phlegmoneux, il badigeonne de creosote pure 
toutes les surfaces malades, depassant un peu les limiles du mal, ou bien les 
recouvre de compresses imbibees d eau creosotee, et voit la maladie avorter ou 
se resoudre. Simultanemeut, il prescrit les evacuants, de sorte qu il est difficile 
de faire la part exacte des deux medications. Cependant elle est assez large pour 
la creosote, si Ton en juge par 1 observation du docteur Delarue, de Bcrgerac, 
ou nous voyons un erysipele gueri en six jours exclusivement par 1 emploi d une 
pommade creosotee et de boissons fraiches. On etendait toutes les deux heures 
sur les parties affecte es, la pommade clont voici la composition : 

Axonge 60 grammes. 

Creosote 8 

Enfin, parmi les dermatoses que la creosote a modifiees avantageusement, je 
citerai , d apres Brown , le lupus ; bonne application suivant moi ; et d apres 
Coster, la lepre leontine, traitement purement palliatif des manifestations cuta- 
nees de cette redoutable maladie. 



CREOSOTE (EMPLOI MKDICAL). 107 

Dermatoses de nature parasitaire. Evidemmcnt la creosote doit triompher 
ici, grace a ses proprietes parasiticides bien connues et puissantes. 

On concoit sans peine qu elle puisse guerir la gale (Reichcnbacli, Coine- 
liani, etc.), en tuant le sarcopte qui la produit, et qu elle ait domic de bons 
resultats dans les teignes, en detruisant le tricophyton. 

AinsiHilt (1838) selouail beancoup dans le porrigo d une pommade composee 
comme il suit : 

Axonge 50 grammes. 

Oxyde de zinc 2 

Creosote *L gouttes. 

E. Masse a vu guerir le sycosis parasitaire par les lotions creosotees : parties 
egales d eau, d alcool et de creosote, faites deux fois par jour pendant une 
semaine, et continuees la semaine suivante avec une dose double de creosote dans 
la solution precedente. 

L effet curatif re sulte ici, d apres ce medecin, de ce que les spores sont 
detruites par le medicament; le mycelium, lui, resiste. 

Nous possedons aujourd hui des agents parasiticides aussi puissants que 
la creosote, mais moins irritants : le soufre, le mercure, par cxcmplc, (mi 
entrent dans nombre de formules avantageusement applique es an traitement des 
dermatoses d origine parasilaire, c est pourquoi cette substance loxique est a 
peu pres inusitee maintenant contre ce genre d aiTections. 

Difformites de la peau. Les proprietes caustiques legeres de la creosote out 
ete parfois mises a profit contre les excroissances verrucjueuses. L application 
est rationnelle ; je la recommande volontiers avec le docteur llainey et le doc- 
teurOrd, deux de nos confreres anglais. 

En Angleterre egalement, les tumeurs erectiles chez les enfants out ete, dans 
certains cas, attaquees par la creosote pure ou la solution a parties egales d alcool 
et de cet hydrocarbure. 

Sous 1 influence de fomentations avec ces liquides les tumeurs s enflamment, 
s excorient, s ulcerent, se solidifient et finissent par disparaitre. C est la une 
methode qui pent avoir sa valeur et qu on aurait tort de negliger avant de 
recourir au traitement chirurgical. 

Affections ute rines. Urethrites. Les qualites astringentes des solutions 
creosotees trouvent leur application nalurelle contre les metrites simples du col, 
les ulcerations sanieuses du museau de tanclie et les affections blennorrhagiques 
de rhomme. Colombat (de 1 lsere) a traite avec succes les metrites idce reuses, 
par les attoucbcments avec la creosote. Le crayon de nitrate d argent me parait 
plus commode a rnanier et tout aussi efficace probablement. 

II est d ailleurs certain que les injections d eau creosote e peuvenl avoir leur 
avantage contre les ecoulements leucorrheiques et urethraux, comme tous le& 
medicaments astringents. 

Et j admets encore que dans les metrorrhagies la creosote peut egalement arreter 
recoulement du sang, grace a ses proprietes styptiques, ainsi que i a vu le doc 
teur Arendt, dans une perte apres Taccouchement et dans deux cas d implan- 
tation vicieuse du placenta ; mais ce sont la des proprietes communes a tous les 
agents astringents et styptiques, qui ne recommandent pas specialement la creo 
sote a 1 attention des praticiens. 

Dans le cas de flueurs blanches, Arendt formulait en injections une solution 
de 25 gouttes de creosote dans 950 d eau ; dans la blennon hagie une 1/2 goutte 



108 CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 

a 3 goultes pour 50 grammes d eau dislillee; dans la metrorrhagie, il injectait 
par le vagia, toutes les deux heures, line solution de 2 goultes dans 150 gram 
mes d eau. 

Ophthalmies. Le meme medecin russe appliquait 1 eau creosotee au traite- 
ment des conjonctivites, des ulceres corneens, des tales de la cornee et 
de rophthalmie variqueuse chronique. II faisait instiller dans 1 ceil chaque jour, 
un collyre coutenant de 1 a 5 gouttes de creosote pour 50 grammes d eau 
distillcc. 

Evidemment, tous les astringents facilement solubles dans 1 eau donneraient 
des resultats comparables. 

Carie dentaire. Voici, au contraire, une application therapeutique Lion 
speciale a la creosote, la derniere que nous ayons a signaler dans notre enume- 
lion de ses usages externcs. 

11 est generalement admis que, si elle est douce de proprietes calmantes 
centre les douleurs de la carie dentaire, elle est impuissante a enrayer la marche 
de cette affection ou bien a la guerir. 

Toutefoisun medecin militaire, le docteur Fremangcr, qui a public en 1855, 
un travail sur cette application de la creosote, ad met que ce liquide est capable 
souvent d avoir des effets curatifs. II a obtenu des guerisons dans la moilie des 
cas qu il a traites. 

Voici quelle etait sa pratique. II commencait par bien nettoyer et secber la 
cavite de la dent cariee, puis il promenait un pinceau ou une boulette de coton 
impregnee dc creosote pure sur tous les points attaques; parfois, il laissait la 
boulelte en place. Pour lui, ce liquide agit cbimiquement et pas aulrement 
centre la carie des dents. II detruit la partie mortifiee, coagule 1 albumine du 
nerf dentaire et forme a la surface de celui-ci une pellicule qui le garantit de 
J action de 1 air et des corps etrangers. 

Buchner conseillait (1835), contre les douleurs de la carie dentaire, deremplir 
la cavite cariee d ouate imbibee de la solution suivante : 

Creosote .................. 1 partie. 

Alcool ................... 8 a 16 parties. 

On entasse mollcmcnt le coton et on le renouvelle tous les quarts d beure 
jusqu a ce qu on ait obtenu le soulagement. 

La creosote n est evidemment qu un palliatif contre les accidents douloureux 
de la carie dentaire. J ai vu cependant que si elle les fait disparaitre presque a 
coup sur et instantanement, ils ne tardent guere a se reproduirc dans nombre 
de cas et finissent par etre refractaires a 1 aclion du calmant. Quant a la guerison 
de la carie elle-memc, je n y crois que mediocrement, et mieux vaut quand cette 
lesion existe, la trailer par les moyens surs dont disposent actuellement les den- 
tistes, on evitera dc la sorte une perte de temps toujours prejudiciable. 



internes. AFFECTIO.XS DES VOTES DictsTiVEs. C est a titre d astrin- 
gent, de styptique et d antiemelique que la creosote est parfois encore prescrite 
dans ces aifeclions. 

Le docteur Arendt la recommande dans les cardialgles simples, a la dose de 
deux gouttes diluees dans un verre d eau sucrce ; Budd, contre certaines dyspep- 
sies symptomatiques de la presence des sarcines dans 1 estomac, en pilules de 
0,025 a 0,05 apres le repas. On s explique tres-bien que ce remede astringent, 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 109 

toxique pour les microphytes, puisse rendrc des services dans les deux groupes 
de maladies que nous signalons, qui reconnaissent pour cause soit 1 alonie ou 
1 irrilation de 1 estomac, soit la presence de I algue appelee sarcine dans sa 
cavite. 

Dans quelques maladies caracterisees par des lesions plus profondes des voies 
digestives, la creosote compte egalement des succcs. Plusieurs medccins 1 appli- 
quent au traitement de la diarrhee et de la dysenteric. Dans la premiere, la 
diarrhee simple, commune, Spinks et Kesteven ont donne avec succes de 2 a 
5 gouttes de ce medicament toutes les trois, quatre ou six heures, suivant 1 in- 
tensite du rnal. 

Dans la dysenteric, des succes analogues ont ete rapportes par le docteur 
Elmer, medecin ame ricain, qui recommande la creosote a la dose d une goutte 
toutes les deux heures, diluee dansun \ehicule approprie. A la troisieme goutte 
en general, le soulagement est manifeste. Eu Anglcterre, le docteur Wilmot, 
s est montre partisan de 1 emploi de la creosote en lavement contre cette ma- 
ladie : 4 gouttes dans une decoction de gruau ; le professeur Gairdner egale 
ment conseille le lavement dans la dysenteric avec selles fetides, et il present 
pour cet usage 50 a 180 grammes de la mixture creosotce de la pharmacopee 
d Edimbourg (eau, 425 grammes; sirop, 50 grammes; creosote et acide ace- 
tique, aa xvi gouttes). 

Enfin chez une malade affectee d ente rorrhagie grave prohahlement supplr- 
mentaire, vomissant tout ce qu elle pa-nail et dans un ctat de collapsus 
inquietant, Ringland produisit une veritable resurrection avec la creosote 
associee au cognac; on en donnait 4 gouttes toutes les deux heures. Des les 
premieres doses les vomissements cesserent et 1 hemorrhagie s arreta; on 
diminua la dose du medicament jusqu a 2 gouttes toutes les six heures ; le 
quatorzieme jour la malade etait entitlement retablie. A deux reprises difie- 
rentes dans les six mois qui suivirent, cette femme offrit les monies accidents 
qui-furent conjures aussi heureusement par le meme moyen. 

La creosote a joui d une assez grande reputation comme antic metique. 

Le medecin anglais Elliotson revendiquela priorite de cette application (Med.- 
Chintrg. Trans., vol. XIX), et il considere qu elle peut rendre de grands 
services contre le symptome vomissement en general ; a la condition toulefois, 
je pense, qu il ne soit pas symptomatique d une affection maligne de 1 estomac 
oud nne maladie organique du coeur ei des reins (Martin-Solon). 

C est ainsi qu on a vu quelquefois la creosote faire cesser les vomissements 
hysieriques, les vomissements de la grossesse, de la phthisic, et du cholera. 

Ces derniers, rapporle M. C. Weber (Allgem. med. Centr.-Zeitimg, 1854), 
sont arretes net au debut du cholera par une ou deux gouttes de creosote don- 
nees toutes les deux heures. Tous ces faits, a 1 exception toutefois de ceux re- 
latil s a la phthisie aujourd hui generalement admis, auraient besoin d etre veri 
fies a nouvean. 

Pour enrayer les vomissements de la grossesse, le docteur Pitschafft preconise 
les pilules creosotees dont voici la formule : 

Creosote 15 centigrammes. 

Poudre de jusquiame inc 

Eau distillee J U- t>. 

pour 9 pilules de 0,10, nrgentees. Trois par jour : le matin, a midi et le soir. 



HO CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 

Le moyen est assez inoffensif et pent etre essaye, prudcmment, par le praticien 
a bout de ressources centre cet accident penible. 

MALADIES INFECTIEUSES ET VIRULENTES. Dans ces grands groupes, deux especes 
morbides ont ete surtout 1 objet de recherches therapeutiques an point de vue de 
la valeur curative de la creosote, la fievre typhoide et le charbon. 

a. Fievre typhoide. Pecholier, de Montpellier, ale premier preconise 1 agent 
antiseptique que nous etudions, pour combattre cette maladie infectieuse. Ses 
premieres tentatives remontent a 1868, et depuis cette epoque les succes les 
plus evidents et les plus constants sont venus encourager ses efforts. Yoici 
1 origine de ses essais : Profilant, dit-il, des travaux de M. Bechamp sur les 
effets de la creosote et de 1 acide phenique contrc le developpement des ferments 
organises, nous nous sommes dit que si la creosote et 1 acide phenique pou- 
vaient empecher 1 apparition ou la multiplication des ferments typho ides, ils 
deviendraient un puissant remede centre la dothienenterie. Considerant done 
celle-ci comme une fermentation et la creosote comme un antizymasique ener- 
gique, il pouvait rationnellement croire qu en opposant 1 anti-ferment au 
ferment 1 avantage resterait peut-etre au premier dans la lutte. Le raisonnement 
e tait bon, mais il cst passible d une objection grave, a savoir que le ferment 
echappe necessairement par ses elements multiples aux doses faibles du fermen- 
ticide que la plus vulgaire prudence commande d administrer aux patients. 
Cette objection M. Pecholier 1 a prevue et il y repond en disant qu il ne s agit 
pas pour lui de tuer le ferment, mais de s opposer a son apparition ou a sa 
prolife ration. Quoi qu il en soit de cette theorie, elle a conduit 1 auteur a une 
application heureuse de la creosote, puisque depuis qu il I admmistre aux 
typhoisants, et le nombre de ses observations depasse 150, il 1 a toujours trouvee 
des plus efficaces. Generalement il se borne a faire prendre a ses malades la 
potion que voici. 

Creosote in a v gouttes. 

Essence de citron in 

Potion gommeuse . . . 120 grammes. 

par cuilleree a soupe loute les deux heures. II donne encore chaque jour un 
lavement avec 5 a 5 gouttes de creosote et fait repandre ce liquide dans la 
chambre du malade. Le traitement doit commencer des qu on soupconne 1 inva- 
sion possible de la maladie et ne cesser qu a la defervescence. 

Cette medication antizymasique se concilie tres-bien avec le traitement hydro- 
therapique, quand celui-ci est indique par une hyperthermie considerable. 

Le docteur Morache experimentant la melhode de Pecholier a vu se confirmer 
sous ses yeux sa grande valeur therapeutique. Dans un travail presente en 1870 
a 1 Academic des sciences, il indique les conclusions que nous allons resumer, 
tout a fait en faveur du medicament. 

Considerant que la fievre typhoide resulte de 1 introduction d un virus dans 
I organisme, dont le mode d actionest sans doute 1 evolution d un ferment , 
notre confrere est aussi d avis que la creosote agit sur cette fermentation pour la 
modifier ou 1 annuler. 

Toujours est-il qu elle diminue rintensite de la fievre et la dutee de la 
periode febrile, en meme temps qu elle attenue les symptomes locaux et 



generaux. 



L annee precedente, Gaube declarait devant l Academie des sciences egalement 
qu il avait vu la creosote guerir onze fois sur douze la fievre typhoide et sup- 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 1H 

primer completement la convalescence. Cetle statistique n est pas precise ment 
remarquable; mais, comme on 1 a dit, les observations valent moins par le 
nombre que par la maniere dont on les apprecie. 

En somme, la methode therapeutique de Pecholier a donne entre les mains 
de ceux qui 1 ont bien appliquee de bons resultats ; aussi bien faut-il la prendre 
en serieuse consideration. 

b. Charbon. L administration de la creosote dans cette maladie virulente 
me semble parfaitement rationnelle, et je m etonne que ce mode de traitement 
ait ete neglige generalement. Yoici cependant une observation importante 
d Eulenberg (Pr. Ver.-Zeitung 1851), qui autorise de nouvelles tentatives 
thcrapeutiques, ainsi qu on va voir. Un individu contracta unc pustule char- 
bonneuse au-dessus du poignet. Peu de temps apres 1 apparition de cette pustule 
la main, 1 avant-bras et le bras gonflerent et se couvrirent de phlyctenes et de 
plaques de spbacele. Une cauterisation avec la potasse et le fer rouge, des inci 
sions longues et multiples sur le membre, 1 usage des toniques a 1 inte rieur 
restaient sans resultat. On cut 1 idee de donner a prendre de la creosote et de 
panser les plaies avec de 1 eau creosotee. Le succes fut rapide et complet a partir 
de cette substitution. 

Les excellents resultats qu a souvent donnes 1 acide phenique dans le traite 
ment de la pustule maligne, nous autorisent a supposer que la creosote, son 
succedane, aussi puissante centre les microzoaires, ne lui sera pas inferieure 
sous le rapport de I efficacite therapeutique. 

Je pense avec Morache que ce medicament pourrait etre essaye encore coutrc 
d autres maladies virulentes, la variole particulierement. Dans un cas de 
farcin chronique, Elliotson a vu son malade manifestement soulage par 1 usage 
a 1 interieur et a 1 exterieur des solutions creosolees. 

MALADIES DE L APPAREIL RESPIRATOIRE. a. Phthisie pulmonaire. La creosote 
fut, peu de temps apres sa decouverte, employee a titre de styptique contre les 
hemoptysies de la tuberculose pulmonaire. Reichenbach constata le premier les 
excellents eflets de ce medicament dans la phthisic pulmonaire, non-seulement 
pour arreter les crachements de sang, mais aussi pour combatlre leur cause, 
Inflection pulmonaire elle-meme. Dans son memoire de 1855, il rapportait deux 
cas de gue rison de tuberculose par 1 usage interne de sa creosote. Ces faits, 
comme bien on pense, eurent dans toute 1 Europe un grand retentissement et 
sur la foi des assertions produites par le chimiste allemand on essaya partout le 
remede qui venait de lui reussir si bien contre une maladie reputee incurable. 

II avait donne la creosote en nature, sur du Sucre, a ses malades ; mais il 
indiquait que les inhalations cre osotees allant droit au mal e taient prefe rables a 
Tingestion stomacale du medicament, c est pourquoi il conseilla ces inhalations 
aux medecins qui voudraient imiter sa pratique. Quelques-uns suivirent ce 
conseil, d autres se bornerent a donner des potions creosotees. Les resultats de 
cette experimentation furent tres-variables. Onpublia des observations favorables 
en assez grand nombre, mais en plus grand nombre encore des insucces. 
Parmi les premieres, je me borne a citer celles de Granjean (1854) et de 
Verbeeck (1852). Ces deux medecins, sans attribuer a la creosote une vertu 
curative dans la phthisie pulmonaire avancee, admirent son excellente influence 
sur la maladie et lui rapporterent la grande amelioration qu ils constaterent chez 
leurs malades. Cinq phthisiques au troisieme degre auxquels Verbeeck fit 
prendre pour tout traitement quelques gouttes de creosote par jour, furent tres- 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 

ameliorcs par ce medicament; la toux se calma, 1 cxpecloration se modifia et 
diminua, puis 1 etat general devint meilleur. Tous succomberent plus lard ; 
mais, suivant le medecin beige, leur existence fut evidemment prolonged. Je 
reproduis la formule qu il recommande : 

Decoction de mousse Caraghaen 500 grammes. 

Creosole n a vi gouttes. 

Sirop de pavot 24 grammes. 

A prendre par cuillerees a soupe toutcs les deux heures. 

Parmi les autres partisans du traitement de Reichenbach je cilerai encore 
Miguel, en France (1854), et Rampold en Angleterre (1857). 

Ce dernier pensait avec raison que la creosote a ses indications et contre- 
indications dans la phthisic pulmonaire. 

Tandis qu il la croyait inutile ou dangereuse quand il existe de la toux seche, 
un etat d erethisme ou d inflammation ct de 1 hemoptysie active, il pensait 
au contraire qu il faut la prescrire quand on est en presence d un ramollisse- 
ment tuberculeux, sans etat inflammatoire, et que 1 atonie et la dissolution 
prcdomment. 

J arrive aux opposants. Parmi les plus ardents, je citerai surtout Martin-Solon 
et Koehler. 

Le premier essaya, peu de temps apres Reichenbach, chcz un assez grand 
nombre dc phthisiques au troisieme degre les inhalations, tantot en se servant 
d un appareil de Woulf charge d eau creosotee, tantot en faisant repandre dans 
la chambre des malades cette meme eau : creosote, 20 a 60 gouttes ; eau 
240 grammes. Chez cinq malades qui firent des inhalations avec 1 appareil de 
Woulf, 1 honorable medecin de Beaujon n obtint aucun resultat encouragearit. 
Chez treize autres mis dans une chambre saturee de vapeurs creosotees, 
dans un seul cas le remede parut modifier favorablement la marche de la 
maladie, mais la remission fut de courte duree. Les treize malades mou- 
rurent. 

On conceit qu en presence d insucces aussi flagrants, Martin-Solon ait pu 
dire que la creosote n etait bonne tout au plus qu a conserver les pieces 
anatomiques. 

Koehler, de Berlin, va plus loin. Pour lui, la creosote est non-seulement 
inutile, mais encore dangereuse dans le traitement de la phthisic pulmonaire. 
Elle est febrigene ; elle augmente la tendance a 1 hemoptysie, trouble les fonc- 
tions digestives, produit parfois des vomissements opiniatres et des sueurs 
colliquatives, diminue les forces au point que des malades, pendant son usage, 
furent pris d un affaiblissement excessif et moururent subitement. L auteur n a 
pas vu chez les sujets qu il a traites, au nombre de douze, le plus petit effet 
curatil ou meme palliatif de ce medicament. Et, dans un cas de phthisic 
laryngee, 1 usage de la creosote lui parut activerles progres de la maladie. 

Ala meme epoque (1855), Petrequin, de Lyon, experimentant comparative- 
ment 1 eau de goudron et la creosote dans le traitement du catarrhfe pulmonaire 
et de la phihisie a divers degres, concluait que la premiere 1 emporte de beau- 
sur la seconde sous le rapport de l efficaci(e th&apeutique. Si, a la verile , la 
creosote facilile 1 expectoration, diminue quelquefois la toux et 1 oppression, 
avec moins d evidence cependant que 1 eau du goudron, son usage entraine de 

graves inconvenients. Elle favorisc I liemoplysie, determine de 1 ardeur du cote 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 115 

des voies digestives, donne des bonffees de chaleur a la face, fait vomir, inspire 
du degout et aggrave 1 etat general. 

A partir de 1836, la creosote ainsi condamnee allait pendant longtemps et 
presque partout rester sous le coup du jugement grave que nous venons de voir 
prononce par Martin-Solon, Koehler et Petrequin, medecins et jnges des plus 
autorises. 

En 1877, cependant, Gimbert et Bouchard entreprirent la revision de ce 
jugeraent deja infirme manifestemeiit par les observations de Verbeecken 1852. 
Ils reconnurent bientot que si la sentence avail ete produite de bonne foi elle ne 
laissait pas que d etre absolument inique parce que les experiences defavorables 
avaient ele mal faites. 

Par exemple, les inhalations de creosote sont absolument illusoires, pour cette 
raison que 1 hydrocarbure n est que difficilement volatil, meme a 100 degres. 
Done les malades de Martin-Solon, soumis a ces inhalations, n absorbaient pas de 
creosote. D autre part, beaucoup de praticiens se sont bornes a donner le medi 
cament qitelques jours seulement et a des doses beaucoup trop faibles : deux ou 
trois gouttes constituent evidemment une dose tout a fait insignifiante. 

Enfin on a souvent fait, prendre une creosote impure, mal preparee ; ou bien 
etait-elle pure, on la prescrivait pcu diluee, partant sous une forme capable d irri- 
ter les voies digestives. Evidemment, dans de pareilles conditions, I experimenla- 
tion ne pouvait donner que des resultats mauvais, et il n y a plus lieu de s e- 
tonner du silence profond qui s etait fait autour du medicament de Reichenbach, 
accuse d etre plus nuisible qu utile, a ce point qu on ne croyait plus devoir le 
preparer. On vendait, en effet, sous le nom de creosote, au moment ou Gimbert 
et Bouchard entreprirent Jeurs experiences, un liquide renfermant surtout de 
1 acide phenique ; la veritable creosote de Reichenbach n existait plus dans le 
commerce. 

Nous allons voir qu avec un produit pur bien administre, les meilleurs 
resultals therapeutiques ont ete obtenus dans le traitement de la phthisie 
pulmonaire. 

Sur 93 malades traites a Paris et a Cannes, appartenant aux conditions 
sociales les plus diverses, phthisiques a tousles degres, on compta 25 guerisons 
apparentes, 29 ameliorations, 18 insucces et 21 morts. 

Par guerison apparente les auteurs entendent dire : disparition de la toux et 
de 1 expectoration, cessation de la fievre et de la consomption, retour dc 1 em- 
bonpoint, suppression des rales bullaires, signes physiques faisant place a 1 etat 
normal ou a 1 induration cicatricielle. 

L amelioration s est traduite pour eux par le retour de 1 embonpoint, la 
suppression de la consomption, la diminution de la toux et de 1 expectoration, 
la diminution ou lemaintien dans le slatuquo des signes physiques. 

Au premier degre tous les phthisiques ont beneficie du traitement; au 
deuxieme, la moitie s en sont bien trouves ; au troisieme, le tiers a ete ameliore. 
Enfin, aucun phtliisique au premier degre n est mort; aucun de ceux qui 
etaient au troisieme degre n a gueri. 

\ oici maintenant la succession des effets therapeutiques observes : 

Au bout de huit a quinze jours, avec des doses quotidiennes variant de 0,40 

a 0,GO centigrammes, 1 expectoration diminue, la toux devient moins frequente, 

1 appetit renait ou augmente, les vomissements cessent, la fievre disparait, les 

forces se relevent, les sueurs nocturnes se suppriment, la consomption s arrete 

DICT. ENC. XXIII. 8 



114 CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 

c est-a-dirc quc 1 amaigrissement est moins sensible, Fembonpoint revient, et 
parfois meme on voit un engraissement veritable. Puis, a 1 auscultation, les rale& 
se montrent moins nombreux, et Ton constate des signes d induration ou de 
condensation dti tissu pulmonaire. 

Assez rarement la maladie fait un relour offensif, mais alors elle cede facile- 
ment si Ton maintient le traitement. 

L interpretation du mode d action de la creosote dans la phthisie pulmonaire 
est la suivante, d apres Gimbert et Bouchard. Le medicament n agit que sur la 
se cretion bronchique, qu il diminue ou tarit et modifie singuliereraent. Secon- 
dairement il fait disparaitre la toux; puis, en ameliorant 1 etat local, il agit par 
contre-coup sur 1 etat general. La creosote a sur le poumon et les bronches une 
action topique, analogue a celle qu elle peut produire sur une plaie, et c est 
grace a cette action que les malades voient leur situation devenir meilleure. Elle 
ne modiiie d aucune fagon la nutrition, car chez 1 homme sain, une dose jour- 
naliere de 0,40 n a pas eu la moindre influence sur la temperature, le pouls, 
la respiration, la quantite d urine, la densite ou la composition de cette 
humeur. 

Quelles sont les limites de 1 emploi theVapeutique de la creosote dans la 
tuberculose pulmonaire? A cette question Bouchard et Gimbert font la re ponse 
nette que voici : Nous voyons 1 indication partout et la centre-indication nulle 
part. Le medicament est applicable a tous les degres de la tuberculose, dans 
toutes ses formes, sauf la phthisie aigue. Deux circonstances seules peuvent 
faire renoncer a son administration : 1 intolerance de 1 estomac, 1 aggravation 
de la toux et de la dyspnee. 

Le docteur Ilugues (1877), chez vingt-sept malades soumisa son observation, 
offrant tous les degres de la phthisic pulmonaire, a vu egalement la creosote 
reussir dans des limites que nous venous de voir assigner a ses succes par 
Gimbert et Bouchard. 

L amelioration a ete en raison inverse des lesions : considerable au premier 
et au deuxieme degre, elle a ete faible ou nulle au troisieme. Les effets 
iherapeutiques se sont presentes a cet observateur dans 1 ordre que nous^ 
connaissons. 

Je puis encore ajouter d autres temoignages non moins probants a ceux qui 
precedent. Dans sa these inaugurale egalement (1878), H. Bravet etudiant les 
Effets de la creosote dans le traitement de la phthisie pulmonaire conclut que 
cette substance rend d eminents services aux phthisiques. Chez 19 de ces 
malades qu il a pu traiter a 1 hopital Saint-Antoine, service du professeur 
Brouardel, par les preparations creosotees, souvent les resultats ont ete tres- 
satisfaisants. A coup sur cependant, le terrain n etait ici rien moins que favorable 
puisqu il s agissait de tuberculeux au deuxieme et au troisieme degre places dans 
un milieu hospitalier, si desastreux d ordinaire pour ces pauvres gens. Quelques 
fails interessants ressortent plus particulierement de cette etude, utiles a faire 
connaitre. D une facon constante, les sueurs nocturnes ont diminue, puis 
disparu chez tous les sujets, ce que 1 auteur attribue a 1 effet diuretique de la 
creosote. Frequemment, la proportion relative des globules blancs par rapport 
aux globules rouges du sang a diminue sensiblement. Enfin, chez les phthisiques 
dont 1 etat s est ameliore, le chiffre de 1 uree dans 1 urine s est eleve notable- 
ment. 

Suivant Bravet, la creosote conviendrait surtout aux malades dont la tuber- 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). M5 

culose est asthenique et Icnte ; en revanche, elle serait nuisible dans les formes 
aigue s, hyperemiques et congestives de cette affection. 

Cette meme annee 1878, le docteur Cadier a vu chez des malades de la ville 
affectes delaryngite tiiberculeuse, la creosote agir a merveille. Dans 16 cas oil 
les lesions laryngeeset pulmonaires etaient assez avancees, 1 usage dece medica 
ment, a rinterieur, a la dose quotidienne de 0,40 a 0,50, les attouchements du 
larynx avec la glycerine creosotee, ont le plus souvent modifie tres-avantageuse- 
ment 1 etat local comme 1 etat general. Les ulcerations du larynx disparurent 
surtout facilement et vite; toutefois, 1 aspect serratique des cordes vocales, 
I ffideme des aryteno ides, des bandes ventriculaires ou des cordes vocales supe- 
rieures fut plus tenace. 10 malades augmenterent de poids, dans la proportion 
de 1 kilogramme a 3 kil., 500 gram. 

La formule de glycerine creosotee recommandee par Cadier est la suivante : 

Glycerine 60 grammes. 

Alcool -10 

Creosote pure 1 

En presence de ces resultats satisfaisants, eu egard encore a quelques fails 
favorables a la creosote que j ai observe s moi-meme, je n he site pas a dire que 
cet agent tient un des premiers rangs parmi nos moyens medicamenteux appli- 
cables au traitement de la pbthisie pulmonaire. 

Les preparations auxquelles Gimbert et Boucbard ont donne la preference, et 
repondanta cette double indication : dissolution et dilution, formelle toutes les 
fois qu il s agit d administrer la creosote, sont le vin creosote et la solution 
de creosote dans 1 huile de foie de morue : 

VIN CREOSOTE 

Creosote pure du goudron de bois 135 ,50 

Teinture de gentiane 30 grammes. 

Alcool de Montpellier 250 

Vin de Malaga Q. S. pour i litre. 

SOLUTION HUfltEUSE 

Huile de foie de morue 150 grammes. 

Creosote pure, de 1 a 2 

Une a quatre cuillerees dans les 2-i heures. 

Le vin s administre a la dose de 2 a 4 cuillerees a soupe dans les vingt-quatre 
heures, chaque cuilleree dans un verre cTeau. 

Quelques praticiens font prendre ce vin dans de 1 eau edulcoree avec du sirop 
de groseille au moment des repas ; il est ainsi mieux tolere. D autres adminis- 
trent la solution huileuse en capsules. 

b. Catarrhe bronchique. Tons les medecins qui ont prescrit la creosote 
aux phthisiques, en suivant a la lettre le mode d administration que nous 
venons d indiquer, sont unanimes a reconnaitre son efficacite pour diminuer 
1 abondance de 1 expectoration et modifier sa nature. G est vraisemblablement 
en s eliminant pnrles voies respiratoires, c est-a-dire topiquement qu elle agit, 
a la maniere des balsamiques. On peut done penser que dans les catarrhes 
bronchiques cbroniques ou subaigus, avec bi oncborrbee, elle donnera de bons 
resultats. On n a pas publie. que je sache, d observations speciales a 1 appui de 
cette maniere de voir; on s est borne le plus souvent a 1 enonce de ce fait, qu elle 
reussit dans le catarrhe bronchique. 



116 CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 

APPLICATIONS EMPIKIQUES. Je range sous ce litre la serie des etats morbides 
qu on a essaye de modifier on de faire disparaitre a 1 aide de la creosote donne e 
d une maniere purement arbitraire, c est-a-dire en dehors detouteidee theorique 
reposant sur ses proprietes physiologiques. C est empiriquemcnt, evidemment, 
qu on 1 a prescrite centre les nevralgies rhiimatismales, le diabete ou la 
polydipsie (Corneliani), la surdile (Curtis) et la chylurie (Ryan). 

Ces usages sont aujourd hui absolument oublies, et a bon droit. La creosote 
est, je pense, d une efficacite plus que douteuse dans les nevralgies, et si on 1 a 
vu parfois diminuer la soif des diabetiques, reduire la quantite de leur urine 
et la proportion du sucre de cette urine, on a to uj ours assiste a des modifica 
tions passageres de la glycosurie. 

Quant a la surdite traitee par ce medicament, c est celle que Curtis attribue 
a une diminution dans la quantite du fluide secrete par les glandes cerumineuses. 
La creosote, d apres le medecin anglais, ferait reparaitre la secretion du cerumen 
en excitant 1 activite des glandes qui le produisent. Pour obtenir ce resultat, 
apres avoir nettoye parfaitement le conduit auditif, on yintroduira matin etsoir 
quelques gouttes de la solution suivante : 

Creosote 30 grammes. 

Uuilcs d amandes douces 120 

L action que Curtis attribue a la creosote sur les glandes cerumineuses n est 
rien moins que demonlree, et il n est pas plus prouve que ce medicament ait pu 
rendre 1 ouie aux sourds. 

POSOLOGIE. La creosote destineeaux usages medicaux doit etre d une purete 
absolue. Une preparation defectueuse, dit Pveichenbach, peut laisser dans ce 
liquide un corps doue de proprietes emetiques effrayantes puisqu il suffit d en 
toucher le bout de la langue pour provoquer des vomissements avec collapsus 
grave. 

Je n ai pas a indiquer ici les caractercs chimiques qui permettent de recon- 
naitre cette purete (V. Bull, de therap., 50 octobre 1877); mais j insistesur 
la necessite absolue de cette condition pour toutes les applications medicales de 
la creosote. Aujourd hui, d ailleurs, le commerce la fournit le plus souvent de 
bonne qualite. 

Quand on present la creosote a 1 interieur, et je re pete que c est exclusive 
ment celle de goudron de bois et particulierement de goudron de hetre qui est 
la sorte officinale, dirais-je volontiers, il est egalement indispensable de la faire 
dissoudre dans un vehicule approprie et de la donner a prendre en dilution 
etendue, si 1 on veut qu elle soil bien toleree et n irrite pas les voies di*es- 
tives. 

Aussi bien la plupart des formules de pilules ou de potions cre osotees sont 
elles defectueuses. Je rappelle pour memoire quelques-unes de ces formules, 
sans les recommander Je moins du monde. 

Pour les usages externes, on fait usage de 1 eau creosote e, de glycerine cre o- 
sotee, d alcoolat de creosote, de baume creosote, de gargarismes creosotes, de 
creosote solidifiee, de pommade creosotee : 

EAU CREOSOTEE 

r6osote 1 a 4 grammes. 

Eau 1000 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 
. Centre brulures, ulceres putridcs, syphilitiqties et cancereux : 

GLYCERINE CREOSOTEE (cUIBERl) 

Glycerine .................. 125 grammes. 

Creosote .................. xti gouttcs. 

Memes usages que 1 eau creosotee. 

ALCOOLAT DE CREOSOTE (BUCHXER) 

Alcool .................... GO grammes. 

Creosote ................... 

II peut servir a preparer 1 eau creosotee ou bien coinme caustique super- 
ficiel. 

BAUME CREOSOTE 

Alcoolat de melisse compose .......... 10 grammes. 

Huile d amandes doucos ............ 20 

Fiel de bccuf ................. 4 

Creosote ................... * gouttes.| 

Cette preparation est clonnee par Bouchardat sous le nom de Baume acou- 
stique. 

GARGARISMR CREOSOTE (ll. GREEN) 



Creosote .................. ixiv gouttes. 

Teinlure de Myrrho ............. 12 grammes. 

Teinture de lavande composee ......... 12 

Sirop simple ................. 24 

Eau do fontaine .............. . 150 

Gontre 1 angine folliculaire localisee a la muqueuse pharyngienne et les 
inflammations chroniques de la gorge. 

CREOSOTE SOLIDIFIEG (STAN. MARTIN) 

Creosote. . . . . .......... ... 15 grammes. 

Collodion ................... 10 

Le melange aurait la consistance d une gelee. 11 peut etre facilement intro- 
duit dans la cavite d une dent cariee pour 1 obturer ; il a 1 avantage de ne pas 
fuser sur la gencive. L auteur a sans doute voulu dire qu il fallait se servir de 
creosote pheniquee, oudugoudron de houille, car la creosote de bois se distingue 
dc 1 acide phenique pre cisemeut en ne se solidifiant pas avec le collodion. 



POMMADE CREOSOTEE 

Creosote ................. Ia4 grammes. 

Axouge .................. 30 

Contre les dartres, les ulceres, etc. 

Pour les usages a I interieur, on evitera autant que possible de prescrire les 
poudres et les pilules creosotees. Les doses quotidiennes sont de 0,40 a 0,80 
pour un adulte ; de 0,05 a 0,40 centigrammes pour un enfant, suivant i age. 

L eau et le vin creosotes constituent de bonnes preparations auxquelles on 
aura le plus liabituellement recours; plus rarement on ordonnera les potions. 

vm CREOSOTE (FOUR.MER) 

Creosote ................. 6 grammes. 

Alcool de Montpellicr ........... - 125 

Sirop de sucre ............... 400 

Vin de Malaga ............... (J. S. pour faire 1 litre. 



CREOSOTE (EMPLOI MEDICAL). 

SIROP CREOSOTE (MAYEl) 

Creosote 5 grammes. 

Alcool a 80 125 

Sp. de vin de quinquina au Malaga 575 

POTION CREOSOTEE (EBEKs) 

Creosote n a iv gouttes. 

Mucilage dc gomme 50 grammes. 

Emulsion dc pavot blanc 150 

Sucre 4 

Une cuilleree a soupe toutes les deux heures dans la bronchite ou la phtliisie. 

PILULES DE CREOSOTE (pITSCHAFFl) 

Creosote v gouttes. 

Cigue 20 centigrammes. 

Magnesie et mucilage Q. S. 

En Irois pilules. A prendre contrc les vomissements de la grossesse. 

L eau de Binelli (Aqua arterialis balsamica Doct. Binelli), composee a Turin 
vers 1797 et qui jouissait d une grande vogue au commencement de ce siecle 
comme eau hemostatique, elait a base de creosote selon toute vraisemblance 
(Sweigger-Seidel). 

Les inhalations de creosote n ont aucune valeur a cause du faible degre de 
volatilite de ce liquide, aussi ne parlerai-je pas des divers precedes proposes, tous 
sans importance. 

Antidotes. Contre-poisons. Dans un cas d empoisonnement par la creosote, 
quclle serait la conduite a tenir? Avant tout et si Ton soupconnait la presence 
possible du poison dans 1 estomac, il faudrait recourir a un vomilif ou a la 
pompe stomacale pour debarrasser 1 organe. On pourrait encore faire ingerer de 
1 eau albumineuse qui invisquerait le liquide toxique et 1 empe cherait de mani- 
fester son action irritante sur lamuqueuse gastro-intestinale. Les contre-poisons 
chimiques n existent pas et d ailleurs, a supposer qu on les connaisse, seraient- 
ils bien applicables? 

Quant aux antidotes ils sont egalemeut inconnus. On se bornera a combattre 
le collapsus par les stimulants generaux ; puis on traitera par des moyens appro- 
pries 1 irritation gastro-intestinale, consequence obligee du passage de lacre osote 
a travers les voies digestives. EBNEST LABBEE. 

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BERNARD. Gaz. des k6p., fe vrier 1879. E. L. 

CREPIDE. Crepis L. Genre de plantcs Dicotylcdones, appartenant a la 
famille des Synantherees, trihu des Chicoracees. Le capitule des especes de ce 
groupe a un involucre a folioles imbriquees, dont les exterieures sont souvent 
plus petites que les autres et forment comme un calicule. Les akenes sont mar 
ques de cotes longitudinales, au nombre de six a trente ; ils sont attenues au 
sommet, termines en bee et munis d une aigrette blanche, a soies, capillaires. 
e sont des plantes herbacees, laiteuses, a lleurs jaunes ou purpurines a la face 
extern e. 

Les especes qui out quelque interet sont : le Crepis fcetida L., plante indi 
gene, croissant abondamment dans les lieux steriles et sablonneux, dont les 
akenes de la circonference out le bee inoins allonge que ceux du centre : elle 
poiie sur son involucre des poils glanduliferes secretant des globules resineux, 
qui lui donnent une odeur forte et desagreable. : sa suveur est mauvaise. Malgre 
ces proprietes, qui semblent indiquer une certaine activite dans cette plante , 
elle est inusilee. 

Le Crepis placera Tenore, qui vient dans la Sicile et 1 Italie meridionale, 
serait, d apres Tenore, une espece dangereuse; mais lefait n est point suffisam- 
ment etabli. 

Enfin le Crepis sibirica qui, ainsi que son nom 1 indique, vient dans certains 
points de la Sibe rie, donne au printemps des tiges laiteuses que, d apres Pallas, 
mangent les Baskirs. Le nom de cette plante est Chakoe dans son pays d ori- 

PL. 



BIBLIOGRAPHIE. LINNEE. Genera. Species. DE CANIIOLLE. Prodrom. ENDLICHER. Genera. 
PALLAS. Voyage, II, 28. MERAT etDE LENS. Dictionnaire de matiere medicale, II, 483, et 
VII, 220. GUSSONE. Flora Sicula et Journal des Dcux-Siciles , 1828. PL. 

CREPITANT et SOUS-CREPITANT (Rale). I. Le RALE CREPITANT, aillSl 

appele par Laennec, donne a 1 oreille la sensation d une crepitation fine et 
rapide, eclatant par bouffees composees de petites bulles seches, egales entre 
elles, tres-nombreuses et per^ues exclusivement pendant 1 inspiration. Le rale 



120 CREPITANT. 

erepitant, appele aussi rale ve siculaire par Andral et par Skoda, parce qu il 
parait sieger dans les vesicules pulmonaires, a ete compare par Laennec qui 1 a 
decouvert, au bruit que produit du sel que 1 oa fait decre piter a une chaleur 
douce dans une bassine, a celui que donne une vessie seehe qu on iusuffle ou 
un poumon sain et gonfle d air qu on presse entre les doigts. Ou 1 a compare 
encore, et avec plus de justesse, a la crepitation fine et seche que produit une 
meche de cheveux que Ton froisse au devant de la conque de 1 oreille. Du reste 
pour se faire une idee du rale crepitant, il faut 1 avoir entendu et des lors on ue 
1 oublie plus. 

Le rale crepitant , nous 1 avons dit , s entend exclusivement pendant 
1 inspiration. Quelquefois, il est percu pendant les deux ou trois premieres 
inspirations et il disparait ensuite ; souvent on ne 1 entend qu apres les 
fortes secousses de toux. Lenombre de ses bulles generalement ires-considerable 
est, dans certains cas, notablement reduit. Son caractere dominant est depersis- 
ter apres la toux et meme apres 1 expectoration. II siege generalement dans un 
seul cote et le plus souvent a la partie posterieure et inferieure de la poitrine. 

Le rale crepitant s observe surtout dans la pneumonie au premier degre 
(splenisation). Son apparition est precedee parfois pendant quelques jours soil 
d une diminution du bruit respiratoire (Grisolle), soit d une respiration puerile 
(Stokes). II disparait generalement lorsque la pneumonie passe du premier au 
deuxieme degre (hepatisation). 11 fait place alors an souffle tubaire et en se 
melant a ce dernier phenomene, il donne naissance parfois a cette varie te de 
bruit que Grisolle a appele bruit de taffetas dechire, qui ne s entend qu a 1 in- 
spiration ct qui parait se rattacher a une induration limitee de la surface pul- 
monaire. L apparition du souffle broncbique n exclue pas la persistance du rale 
crepitant dans certains points du poumon non encore atteints par 1 hepatisation. 

Lorsque s opere la resolution de la pneumonie, lorsque Fair penetre de nouveau 
dans les vesicules pulmonaires, leur permeabilite renaissante s annonce par 
1 apparition d un rale a bulles moins fines et plus bumides que La en nee a appele 
rale crepitant de retour. Mele d abord au souffle bronchique, ce rale ss montre 
ensuite seul a 1 inspiration et a 1 expiration, puis il devient plus gros, n est plus 
percu qu a 1 expiralion et revet finalement les caracteres du rale muqueux ou 
sous-crepitant. D apres Graves le rale de retour serait produit par une secretion 
qui se fait a 1 interieur des vesicules et des petites bronches. Aussi ce rale 
ferait-il defaut dans les pneumonies qui ne s accompagnent pas d expectoratiou. 

On n observe pas toujours le rale crepitant avec les caracteres que nous lui 
avons assignes en le definissant. Parfois, il est compose de bulles moins nom- 
breuses, plus inegales entre elles, plus humides et plus volumineuses qui le 
font ressembler au rale sous-crepitant. II en est ainsi dans la pneumonie catar- 
rhale ou une crepitation plus humide, fugace et mobile, temoigne du peu de 
profondeur et du peu de tenacite de la lesion ; il en est de meme encore dans 
la pneumonie typhoide, dans la pneumonie des enfants et dans celle de beau- 
coup de vieillards. D apres Ilourmann et Decbambre, le gros volume des bulles 
tient chez les vieillards a 1 agrandissement des vesicules pulmonaires par suite 
de 1 absorption du tissu intervesiculaire. Durand-Fardel dit avoir constate un 
rale crepitant veritable dans la moitie des pneumonies des vieillards. D un 
autre cote, Earth ct Roger ont trouve parfois chez les enfants des bulles de 
rales crepitants d une finesse extreme qu ils attribuent a la petitesse des cellules 
pulmonaires chez les sujets peu ages; mais ce u est la qu une exception a la 



CKEPITANT. 

re^le generale el le rale crepitant vrai, s il pent exister dans la pneumonic de 
la seconde enfance, ne s entcnd du moins jamais dans celle des enfants a la 
mamelle (Bouchut). Le rale crepitant a bulles plus grosses el plus humidos 
qu on observe chez ces derniers parait sieger plutot dans les petites bronches 
que dans les vesicules pulmonaires. 

Le rale crepitant facile a distinguer du rale sous-crepitant moyen, don I il 
sera question plus loin, ne pourrait etre confondu qu avec Ic rale sous-crepi 
tant fin de la bronchite capillaire lequel parait se former a la fois dans les radi- 
cules bronchiqucs et dans les cellules pulmonaires ; mais ce dernier rale occupe 
les deux temps de la respiration et les deux bases de la poitriue et n est ni 
suivi ni accompagne de souffle bronchique. 

Certains frottements pleuretiques composes de pelits craquements successifs et 
plus ou moins egaux entre eux, simulent quelquelbis Ic rile crepitant de la pneu- 
monie, mais ils s en distinguent par la finesse et 1 egalite moindres des bulles, 
par leur coincidence avec les deux temps de la respiration, par leur rudesse et 
leur transformation rapide en un veritable bruit de frottement pleural. Cette 
crepitation qui a e te etudiee avec soin par Damoiseau et quo cot autcur regarde 
comme d origine constamment pleuretique, peut cependant etre parfois un 
ve ritable rale crepitant du a un engouement pulmonaire dc voisinagc, drier- 
mine par rinflammation de la plevre. Cette lluxion du poumon, comme 1 ap- 
pelle Trousseau, donne naissance a une crepitation fine et seche symptoma- 
tiquc d une exsudation sero-muqucuse des vesicules pulmonaires, exsudation 
qui debute avec la pleuresie et peut survivre a la resorption de I epanchement. 

Le rale crepitant peut encore prendre naissance, lorsque le poumon vient 
a subir une expansion subite et a se congestionner, apres avoir ete comprime 
par un epanchement pleuretique qui s est resorbe rapidement ou qui a ete 
evacue par la thoracentese. Dans ces cas,le rale crepitant est generalement mele 
a des bruits de frottement dont 1 oreille a souvent peine a le distinguer. 

Par quel mecanisme se produit le rale crepitant? L ampleur plus ou moins 
marquee des vesicules pulmonaires ne saurait etre regardee comme la cause 
unique de la forme et du volume presentes par le rale crepitant, car si cbez le 
vieillarcl la grosseur des bulles est en rapport avec le volume plus grand des 
vesicules, il n en est plus de meme dans 1 enfance ou la veritable crepitation est 
rare, malgre la disposition tout a fait inverse des alveoles. 

La crepitation pneumonique ne peut s expliquer non plus par la nature des 
liquides epanches dans les vesicules pulmonaires. D une serie d experiences 
faites sur des liquides plus ou moins denses traverses par des bulles d air, Rob. 
Spittal avail conclu que les fluides sereux etaient les seuls dont les bulles don- 
nent a 1 oreille la sensation du rale crepitant de la pneumonic ; mais c est la 
une erreur, car la clinique demontre que c est dans le premier degre de la 
pneumonie, alors que les crachats presentent le plus de viscosite et de tenacite 
que la crepitation est la plus fine et la plus seche, tandis qu elle perd cescarac- 
teres au moment de la resolution, lorsque les liquides redeviennent fluides et 
parfois sereux (Grisolle). 

Le rale crepitant est-il du au passage de 1 air a travers les mucosites con- 
tenues dans les cellules pulmonaires, comme 1 a enseigne Laennec et comme on 
1 a generalement admis apres lui? Nous ne le pensons pas. En effet, si dans les 
grosses bronches et dans les cavernes pulmonaires il se forme des bulles qu . 
eclatent avec bruit aux deux temps de la respiration par le passage du courant 



122 CREPITANT. 

acrien, il n en est plus de meme dans les bronchioles fines et dans les vesicules 
pulmonaires. Ici le courant d air n estplus assez intense et 1 espace qu il tra 
verse est trop etroit pour que les liquides y puissent etre souleves sous forme 
de bulles (Guttmann). Les rales paraissent etre dans ce cas le resultat de 1 ecar- 
tement des parois vesiculaires qui se separent bruyamment pendant 1 inspi- 
rationpour livrer passage a 1 air. Cette condition n existe plus pendant 1 expi 
ration et c est pour cette raison que le rale crepitant fait defaul au second temps 
de 1 acte respiratoire. DejaBeau avail regarde le rale crepitant comme le resultat 
du deplissement et du froissement des vesicules pulmonaires dessechees par 
1 inflammation commengante et il avail montre que 1 insufflation d un poumon 
de mouton un peu desseche y produisait un bruit analogue au rale crepitant 
sec. Wintrich en determinant le meme bruit par 1 insufflation, sur le cadavre 
humain, des alveoles pulmonaires simplement affaissees et accolees apres la 
mort, a demontre que la secheres^e inflammatoire des vesicules pulmonaires n est 
pas necessaire pour que le rale crepitanl prenne naissance. II resulte de tout 
cela que les rales nes dans les alveoles pulmonaires et meme dans les bron 
chioles les plus fines, ne dependent pas ne cessairement des liquides qui y sont 
contenus et peuvent meme se produire en 1 absence de tout liquide, pourvu que 
pour une cause quelconque, les parois des vesicules viennenl a s accoler pendant 
[ expiration. Dans la pneumonic I accolement des parois alveolaires pendant 
1 expiration est du a 1 exsudat visqueux qui les tapisse et il esl rationnel de sup- 
poser que le rale crepitanl esl le resultat du decollcment brusque el bruyanl 
pendant [ inspiration des parois alveolaires agglutinees. On obtient du reste des 
bruits qui rappellent la crepitation pneumonique, en separant brusquement 
1 une de 1 autre les faces palmaires visqueuses de deux doigls ou en detachant la 
langue appliquee centre le palais. Telle est la theorie presque generalement 
admise aujourd hui pour expliquer la production du rale crepitant et cette theorie 
est confirmee en quelque sorte cliniquement par la secheresse extreme du rale 
crepitanl, par son absence constanle pendant 1 expiration el sa naissance Ire- 
quente lors de la seconde moitie de [ inspiration, enfin par sa persistance apres 
les secousses de toux et meme apres [ expectoration. 

Le rale crepitant ne manque jamais ou presque jamais dans la pneumonie et 
lorsque cette affection, dit Grisolle, se revele par quelque signe stheloscopique, 
la crepitation en est le phenomene le plus constant. C est dans la pneumonie 
qu on trouve d ailleurs le rale crepitant avec ses caracteres les plus tranches, et 
si cerale se montre dans d autres affeclions du poumon, on ne 1 y rencontre que 
modifie ou mele a d autres bruits et revetant rarement cette finesse et cette 
secheresse typiques qu imite si bien le froissement d une meche de cheveux au 
devant do 1 oreille. 

Ainsi dans la congestion active du poumon, on retrouve parfois le rale cre 
pitant, mais avec des bulles generalement plus grosses et plus humides qui le 
rapprochent du rale sous-crepitanl. II en est de meme dans la congestion pid- 
monaire passive ou d ailleurs, il occupe les parties declives des deux poumons 
et se fait remarquer par sa persistance, sans etre suivi de souffle tubaire, a 
moins qu une veritable pneumonie ne survienne. 

Le rale crepitant de Ycedeme pulmonaire est rarement caracteristique. H 
ressemble le plus souvent au rale sous-crepitant par la grosseur, 1 inegalite et 
1 humidite des bulles, parce que 1 exsudat se reux occupe a la fois les alveoles 
pulmonaires et les petites bronches ; il siege aux parties declives des deux pou- 



CREPITANT. 123 

mons et coincide ordinairement avec une hydropisie generale . II n existe du 
reste qu a condition que 1 infiltration screuse ne soit pas bornce a la Irame 
celluleuse intra-vasculaire (Earth et Roger). 

Dans I apopkxiepulmonaire, le rale crepitant s observe rarement a 1 etat sec 
et fin, il siege dans un on plusieurs points circonscrits du poumon, est rarement 
suivi de souffle bronchique et coincide habituellement avec une maladie du 
coeur et avec des crachements de sang. 

Dans les affections que nous venons de passer en revue, la grosseur, I humi- 

dite et 1 inegalite des bulles du rale crepitant paraissent tenir a ce que les 

liquides s epanchent a la fois dans les vesicules pulmonaires et dans les petites 

bronches. De la un melange de rales crepitants et sous-crepitants. Toutefois, 

le rale crepitant se retrouve a 1 etat sec et fin dans la congestion sanguine et 

; dans 1 hypersecretion des radicules bronchiques qui se developpe autour des 

tubercules crus (Voy. CRAQUEMEKTS). 11 siege alors le plus souvent an sommet 

des poumons, persists longtemps au meme degre et est accompagne et suivi de 

phenomenes tout particuliers qui ne permettent pas de les confondre avec le 

ui; rale crepitant de la pneumonic. 

En resume , la rarete du rale crepilant vrai dans la congestion, dans 1 cedemc 
et dans 1 apoplexie pulmonaires et sa frequence extreme dans la pneumonic 
pen <en font le signe pathognomonique de la periode d engouement do cette der- 
;life: mere affection. 

ita II. RALE SOUS-CREPITANT. Ce rale a etc decrit aussi sous le nom de rale 
i resk muqueux (Laennec) et sous celui de rale bronchique hutnide. Le mot muqueiijc 
usqua a le tort de prejuger la nature du liquide qui donne naissance au rale bron- 
le lack chique, car le sang, le pus, la matiere tuberculeuse peuvent le produire aussi 
bien que le mucus. Ces denominations diverges ont jete une certaine obscu- 
ritc dans les descriptions que donnent du rale sous-crepitant la plupart des 
ra e ji iivres classiques ou Ton trouve ranges sous la rubrique de sous-crepitants des 
al j >;[ iii bruits parcourant toute la gamme comprise entre le rale fin de la pneu- 
monie et le gargouillement des cavernes. II cut etc plus rationnel, de substi- 
tuer au mot sous-crepitant le nom generique de rale bronchiqne hunritle, puis- 
qu aussi bien cette denomination, sans prejuger en rien la composition des 
liquides secretes, embrasse dans sa signification deux des caracteres les plus 
tranches des rales dits sous-crepitants, a savoir leur siege constant dans les 
bronches et 1 humidite non moins constante dc leurs bulles. 

Les differents rales confondus sous le nom de sous-crepitants presentent les 
caracteres communs que voici : ils rappellent le bruit qu on produit en souf- 
ilant avec un chalumeau dans 1 eau de savon, bruit d autant plus intense que le 
le liquide est plus abondant et la force d insufflation plus, grande ; ils sont tou- 
I jours humides et s entendent a la fois a 1 inspiration et a 1 expiration, ce qui 
I les distingue d emblee du rale crepitant ; leur intensite est en rapport direct 
( avec la quantite de liquides contenus dans les voies aeriennes et avec la force 
des inspirations ; le volume de leurs bulles est en raison directe du calibre des 
bronches ou elles prennent naissance; ils disparaissent ou sont modifies par la 
toux et par 1 expectoration ; ils siegent de preference a la partie inferieure et 
poste rieure des deux cotes dc la poitrine ; ils coincident frequemment avec des 
I rales sibilants et ronflants. Enfin tous les rales sous-crepitants reconnaissent un 
seul et meme me canisme, une seule cause physique, le passage de 1 air a travers 
les liquides accumules dans les broncbes, tels que la serosite, le mucus, le pus, 



124 CREPITANT. 

le sang, etc. Ces liquides agites pendant les deux temps de la respiration par 
1 air qui les traverse, donnent naissance a des bulles dont le volume est en rap 
port avec 1 intensile du courant aerien et avec le calibre des bronches ou elles 
se forment. On peut du reste reproduire artificiellement les rales humides en 
insufflant des poumons dans lesquels on a injecte prealablement une certaiae 
quantite de liquide. 

Etant donnes tous ces caracteres communs aux divers rales sous-crepitants, 
il ne reste plus pour distinguer ces derniers les uns des autres que le volume 
plus ou moins marque de lours bulles et leur siege dans tel ou tel point du 
thorax. Nous admetlrons en consequence, pour la clarte de la description, trois 
types de rales sous-crepitants : 1 un rale sous-crepitant fin; 2 un rale sous- 
crepitant moyen ; 3 un gros rale sous-crepitant. Chemin faisant nous indique- 
rons la valeur semeiotique de chacun de ces rales et de leurs varietes. 

1 Le rale sous-crepitant fin ou rale sous-crepitant proprement dit siege 
dans les dernieres radicules bronchiques a peine differentes, par leur calibre, 
des alveoles pulmonaires. C est pour cette raison que ce rale se rapproche du 
rale crepitant de la pncumonie par la petitesse, la finesse, le grand nombre de 
ses bulles et parfois par leur siege exclusif a 1 inspiration. II en differe cepen- 
dant par son apparition possible aux deux temps de la respiration, par 1 hu- 
midite plus marquee de ses bulles, par son extension habituelle aux deux cotes 
de la poitrine et par ce fait qu il n est ni accompagne ni suivi de souffle tubaire. 
G est dans la bronchite capillaire que ce rale sc montre le plus frequemment et 
avec ses caracteres typiques. 11 occupe alors les parties inferieures du thorax 
tant en avant qu en arriere, et se fait remarquer par sa continuite et par 1 abon- 
dance extreme de ses bulles, resultat de 1 encombrement des petites bronches 
par une quantite enorme de liquides. Dans une epidemic de catarrhe suffocant 
dont nous avons rapporte 1 histoire en 1866 (Recueil des mem. de me decine 
militaire), nous avons observe constamment un rale sous-crepitant fin a bulles 
egales, comcidant avec les deux temps de la respiration, occupant leplus souvent 
les parties posterieures du thorax et s accompagnant parfois d une expiration 
rauque elprolonge e qui siegeait au sommet des poumons et qui etait due sans 
doute au retrait lent et penible des fibres bronchiques distendues par 1 exces 
des liquides secretes. Des rales sibilants et ronflants s entendaient du reste 
constamment dans les parties superieures. 

En somme, le sous-crepitant fin caracterise surtout la bronchite capillaire. 
On le trouve aussi, il est vrai, mais avec beaucoup moins d abondance, dans la 
congestion tant active que passive des poumons. Dans la congestion passive il 
occupe plus specialement les parties declives du thorax. Le rale sous-crepitant 
de la congestion recounait sans doute pour cause une secretion sero-mucjueuse 
ou sero-sanguinolente des petites bronches et des vesicules. 

Le rale sous-crepitant fin accompague parfois mais non constamment Ycedeme 
pulmonaire (voir rale crepitant). A lui seul il ne saurait caracteriser IWeme 
et il n acquiert de valeur qu autant qu il persiste longtemps sans fievre et qu il 
coincide avec une hydropisie ou avec une affection du coaur generatrice de 
1 cedeme pulmonaire. 

2 Le rale sous-crepitant moyen est celui qu on a designe plus specialement 
sous le nom de rale muqueux. Ne dans les bronches de calibre moyen mais 
variable, il se fait remarquer par la grosseur moyenne et par 1 humidite de ses 
bulles en meme temps que par leur volume inegal et variable. Si le sous-crept- 



CUEPITANT. 125 

tant fin n offre que peu ou point de nuances et ne caracterisc en definitive 
qu une seule affection, la bronchite capillaire, le sous-crepitant moyen est au 
contraire tres-variable quant a son siege, son intcnsite et son elendue et quant 
au nombre et an volume de ses bulles et il peut etre symptomatique dc plu- 
sieurs affections de nature differcnte. 

Le sous-crepitant moyen ou muqueux s observe surlout dans 1 inflammation 
catarrhale des broncbes de moyen calibre. II succede dans cette affection aux 
rales sonores et sees et il devient de plus en plus abondant a mesure que le 
catarrhe bronchique fait dcs progres. Fai un mot, il est le signe de la bronchite 
aigue arrivee a la periode de coction, et dormant lieu a une expectoration plus 
facile, muqueuse ou muco-purulente. Tantot ses bulles sont peu abondantcs, 
tres-inegales, plus ou moins disseminc es dans la parti e posterieure de la poi- 
trine ou elles n eclatent qu isolement et surtout apres les fortes secousses de 
toux ; tantot elles s accumulent en grand nombre a la base des poumons en 
s enchainant etroitement les unes aux aulres et en produisant un bruit presque 
conlinu, coincidant avec les deux temps de la respiration. Dans la broncbite 
generalisc e, elles se font entendre dans la partie anterieure de la poitrine et 
jusque sous les clavicules; mais c est toujours en arriere et en bas qu elles sont 
les plus abondantes, parce que dans cette region, les bronches plus nombreuses 
et plus longues se debarrassentplus difficilement de leur contenu et parce que 
les liquides tendent d ailleurs a s accumuler dans les parties les plus declives. 
Ainsi le sous-crepitant moyen, suivant que ses bulles sont peu nombreuses et 
disseminees oubien abondantes et accumulees aux parties basses de la poitrine, 
kl indique 1 existencc d un catarrhe partiel ou d un catarrhe generalise des 
bronches de moyen calibre. 

Dans la bronchite chroniqne, le rale muqueux presente les memes caracleres 
et c est par les symptomes locaux et generaux concomitants qu on reconnait la 
mil ehronicite du catarrhe. 

Le sous-crepitant moyen ne se rapporte pas toujours a un catarrhe bron- 

i chique simple et primitif. II peut elre aussi le symptome du catarrhe secondaire 

qui survient dans la plupart des affections du parenchyme pulmonaire. Dans le 

, catarrhe brncohique simple et primitif les rales sont toujours perceptibles dans 

,,; une grande partie d un poumon ou des deux a la fois; leurs bulles sont inegales 

r et accompagnes de rales sees, sibilants ou ronflants, ainsi que d une inspiration 

vesiculaire rude avec fremissement bronchique caracteristique. Tel se presente 

(I aussi le catarrhe bronchique qui accompagne 1 emphyseme vesiculaire, t.el encore 

le catarrhe hypostatique de la fievre typho ide et des affections adynamiques en 

, , general, catarrhe se revelant par un rale sous-crepitant moyen, humide et 

, M abondant occupant les deux temps de la respiration et siegeant dans les parties 

posterieures et declives des poumons. 

Quant aux rales sous-cre pitants moyens qui se rattachent a un catarrhe secon 
daire et compliquant une lesion pulmonaire, ils occupent au contraire des 
regions plus limitees et souvent tres-circonscrites. Leurs bulles sont plus fines 
parce que les fines bronches sont intercssees et elles s accompagnent plus rare- 
ment de rales sees et de fremissement broncbique (Guttmann). 

Un rale sous-crepitant moyen persistant et limite au sommet d un ou de 
deux poumons est done 1 indice d unc bronchite catarrhale determinee par une 
cause locale, par une epine inflammatoire consistant le plus souvent dans une 
induration tuberculeuse. (V. 

x 



126 CREPUSCULAIRE. 

Le sous-crepitant moyen, a siege circonscrit, s observcaussi dans Yhe moptysie. 
Suivant qu il siege dans un point determine d un ou de deux poumons, 1 he- 
morrhagie s estfaite d un seul cote ou des deux a la fois. Ge rale n est pas per- 
sistant et disparait apres la resorption de I epanchement sanguin. 

En resume le rale sous-crepitant moyen, generalise ou etendu aux parties 
posterieures et inferieures d un ou de deux poumons, indique 1 existence d une 
bronchite catarrbale primitive. Limite a un point unique ou au sommet d un 
ou dedeux poumons, il est le signe d une lesion pulmonaire qui le plus sou- 
vent est de nature tuberculeuse. 

5 Le gros sous-crepitant est remarquable par la grosseur et par 1 humidite 
de ses bulles, a tel point qu il rappelle le gargouillement des cavernes. 11 prend 
naissance toutes les fois qu un liquide assez fluide comme la serosite, le pus ou 
le sang fait irruption en grande quantite dans les voies aeriennes. Parmi les 
rales sous-crepitants a grosses bulles. nous rangerons le rale cavernuleux, le 
rale de la dilatation bronchique et le rale tracheal. 

o. Le rale cavernuleux, ainsi denomme par Hirtz qui 1 a decrit le premier, 
est un bruit de transition entre le sous-crepitant moyen et le gros sous- 
crepitant, entre le rale bronchique et le rale caverneux. II siege generalement 
au sommet d un ou de deux poumons, sous la clavicule ou dans la fosse sus- 
epineuse. Ses bulles sont grosses, abondantes, continues, persistantes, iso- 
chrones aux deux temps de la respiration, visqueuses et superficielles. Rare 
d abord et dissemine, tant qu il ne tient qu au catarrhe des bronches, le rale 
cavernuleux devient ensuite de plus en plus abondant, gros et humide pourse 
transformer finalement en un veritable gargouillement. Ce rale qui succede 
babituellement aux craquements bumides ne se passe pas exclusivement dans 
les bronches, comme ce dernier bruit; a un moment donne, il a aussi pour siege 
les cavernules que les tubercules ramollis ont laissees a leur suite, et c est alors 
qu il confine au gargouillement. II est le seul et veritable signe de la lique 
faction commenQante du tubercule, tandis que les craquements sees et humides 
n indiquent qu un catarrhe des petiles bronches developpe dans le voisinage 
d un tubercule cru (Voy. CRAQUEMENTS). 

b. Le rale de la dilatation bronchique est du a la broncliorrb.ee excessive qui 
accompagne toujours cette lesion. II simule a s y tromper le gargouillement 
d une caverne tuberculeuse et lorsqu il siege au sommet du poumon, il peut 
faire croire a 1 existence d une phthisic pulmonaire, d autant plus qu il s ac- 
compagne parfois de matite, de souffle caverneux et de pectoriloquie. Dans ces 
cas, la marche de la maladie et 1 absence des phenomenes generaux de la tuber- 
culose donnent la clef du diagnostic. 

c. Le rale tracheal est ce ronchus a bulles grosses et de volume variable, per- 
ceptibles aux deux temps de la respiration, extremement abondantes et tellement 
bruyantes qu on les entend a distance. C est le rale des agonisants du au passage 
bruyant de Fair a travers les mucosites accumulees dans la trachee et dans les 
grosses bronches et que le malade n a plus la force d expulser. V. WIDAL. 



On designe par cette denomination, depuis Latreille, 
une division des insectes Lepidopteres, intermediate entre les diurnes et les 
nocturnes. Gette division artificielle repond a la premiere partie des lepidopteres 
heteroceres, par opposition aux rhopaloceres ; ellc comprend les Sphynges de 
Linne (Voy. LETIDOPTERES). A. LABOULBENE. 



CRESOTIQDE (ACIDE). 127 

CRESCENTIA (voy. CALEBASSIER). PL. 

CRESCENZI (PIETRO), naturalisle du moyen age, qui, a une epoque ou les 
ecrivains mettaient leur imagination a la place de 1 observalion, s attaoha avec 
un zele bicn digne d eloges a 1 etude scrupuleuse et attentive de la nature, re- 
cherchant toujours 1 application, soit dans un but economique, soit dans 1 interet 
de la medecine humaine ou veterinaire. 

11 etait ne a Bologne vers 1240, ct apres avoir etudie la medecine et les sciences 
naturelles, il s etait adonne a la jurisprudence. Proscrit par suite de troubles 
politiques, il parcourut 1 ltalie, mettanta profit, pour vivrc, sa science dc legiste, 
et etudiant les questions economiques et agricoles. De retour enfin dans sa patrie 
en 1504, il coordonna les nombreux documents qu il avait recueillis et fit pa- 
raltre son ouvrage. Les historiens placent sa mort en 1320 (Henschel, Janus, 
2 e ser., II, 380, et Renzi, La Slor. della med. in Italia, II, 192. 

Voici le titre de cet ouvrage: 

Opus ruralium commodorum. Lovani, 1474, in-fol. et Florentife, Ii81, in-fol. Dans 
les Rei rusticce scriptores de Gessner. Lipsise, 1735, in-4, 2 vol., (rad. fr.; Paris, I486, in-i ol. 

E. Ben. 

CRESCENZI ou CRESCENZO (NICOLAS) , en latin CRESCENTIUS, c lait ne a 
Naples dans la seconde moitie du dix-septieme siecle et professail d;uis cette 
meme villc au commencement du dix-lmitieme. II combaltit les idees de Syl 
vius sur les ferments, qui etaient encore en vogue de son temps, mais il s attacha 
surtout a preconiser 1 utilite des rafraichissants centre les fievres, qu il voulait 
combattre presque exclusivement par 1 eau froide et meme relroidie par la neige 
ou la glace. 

Voici les titres de ses ouvrages, sans parler de quelques poesies et d un eloge 
de son savant conlemporain, Leonard de Capoue : 

I. Tractatus physico-medicus, in quo morborum explicandorum, potissinnim febrhtm, 
nova exponitur ratio, etc. Neapoli, 1711, in-4. II. Ragyionamenti intorno alia nitova 
medicina dell acqua, coll aggiunta d un breve metodo di praticarsi I acqua, etc. Ibid., 
1727, in-4, et trad. fr. Paris, 1750, in-12. E. BCD. 

CRESOTIQUE (Acide). C 8 H 8 3 . Get acide est 1 homologue superieur de 
1 acide salicylique; il est moins soluble dans 1 eau que 1 acide salicylique, tres- 
soluble dans 1 alcool et Tether. II se separe en beaux prismes par le refroidisse- 
ment lent de sa solution aqueuse. II fond a 153 et se solidifie a lii". Avec le 
perclilorure de fer il se colore en violet comme 1 acide salicylique. Avec la baryte 
caustique, il se dedouble en acide carl)onique et en cresylol. 

Pour obtenir 1 acide crt sotique, on fait passer a travers le cresylol (C 7 II 8 0) 
doucement chauffe un courant de gaz carbonique, en meme temps qu on y pro- 
jette des morceaux de sodium; le metal se dissout et il se forme une masse so- 
lide composee de cresyl-carbonate, de cresotate de sodium, et de cresylol 
en exces. On traite par 1 eau, puis par 1 acide chlorhydrique ; le cresyl-carbonate 
se decompose avec formation de cresylol, et 1 acide cresotique, mis en liberte, se 
dissout en grande partie dans le cre sylol. Pour Fen extraire, on agite le tout 
avec une solution concentre e de carbonate d ammoniaque ; la solution ammonia- 
cale est concentree a 1 ebulition, filtree et decomposee par 1 acide chlorhydrique. 
L acide cre sotique se separe. T. GOBLEY. 



128 CRESSON (BOTANIQUE). 

CRESPO (BENEDETTO), ou, son nom etant latinise suivant 1 usage du temps, 
CRISPUS (Benedictus), naquit aAmiternum (Aquila, dans les Abruzzes), vers 1 an 
650, d une famille qui se vantait de descendre de 1 historien Crispus Sallustius. 
11 1 ut preconise archeveque de Milan en 683 par le pape Sergius I, et mourut le 
11 mars 725 ou 755 selon Renzi. II a, phis tard, etc canonise. Crespo n est pas 
seulement celebre par ses querelles avec 1 eveque de Pavie, et par la fondation d un 
convent de Benedictins a Milan, mais par un poeme intitule : Commentarium 
medicinale avec une preface en prose, et qu il composa alors qu il n etait que 
simple diacre. II decrit les differents moyens de traitement employes centre les 
maladies, et parait s etre inspire de Serenus Samonicus ; mais sa versification est 
bicn inferieure a ccllc du poc tc latin, et quant aux materiaux memes, ils sont 
empruntes a Dioscoride, a Pline, et aussi aux recettes populaires alors en usage. 
L ordre qu il suit est celui qu on appelle 1 ordre anatomique a capile ad pedes. Du 
reste ce livre est tres-court et ne contient que 241 vers. 

Yoici comme echantillon le commencement du poeme : 

Si caput inmtmeris agitatur pulsibits cegrum 
At circumflexo turbatur pondere quodam, 
Protinus ex hederw studeas redimire corona. 
Mas quoque cum diro libanum copulatur aceto. 
Myrrha etiam liguido pariter sociatur olivo, 
etc... 

On ne reprocbe pas seulement a Crespo la mediocrite de sa poesie, mais encore 
d avoir, en composant ses vers, consulte plus souvent son oreille que la mesure. 
(Choulant, Handb., et Renzi, Colled. Salernit., i. I). Le livre dont il s agit a ete 
publie sous le titre : 

S. Benedicti Crispi commentarium medicinale ad finem codicis vindobonensis. Kiringse, 
1835, iu-8 (ed. J.-V. Ulrich). 11 avait ete publie anterteurement parmi les autres classiques 
d Angelo Mai, t. V. Roirue, 1835, in-8, et de Kenzi 1 a reedite dans la Collectio salernitana, 
t. I, p. 71; Napoli, 1852, in-8". E. BGD. et L. Hs. 



% I. Botaniqae. Ce nom a ete donne a un grand nombre de 
plantes, ordinairement donees deproprietes stimulantes, antiscorbutiqueset d une 
saveur piquante due an developpement d une essence particuliere. Les unes ap- 
partiennent a la famille des Cruciferes, et les autres a des families di verses, no- 
tamment a des Composees, Tropaeolees, etc. 

Le plus connu, comme le plus usite des Cressons est le C. de fontaine (Nas 
turtium offtcinale R. BR.), encore appele vulgairement C. d eau, de ruisseau, 
Cailli, Sanledu corps, et commun dans toute la France, ou il est souvent d ail- 
leurs cultive. 

Le genre Nasturtium appartient aux Cruciferes-Cheiranthees, groupe des Ara- 
bidinees, caracterise par des cotyledons generalement accombants. Les Nastur 
tium ont des fleurs hermaphrodites, a receptacle convexe, portant des sepales 
courts et etales, egaux ou un peu inegaux a la base. Les petales sont pourvus 
d un onglet court, quelquefois nul. Les etamines sont au nombre de six et tetra- 
dynames, ou en nombre moindre (5-1). Dans ce dernier cas, elles sont inegales. 
Le fruit est une silique courte ou plus ou moins allongee, arrondie, rarement 
didyme. Le style est court, assez epais, a sommet stigmatifere subcapite, simple 
ou bilobe. Les graines, en nombre indefini, sont 2-seriees ou tres-rarement 
l-serie.es, petites, gonflees, avec les funicules courts et libres. Les Nasturtium 
sont des herbesramiuees, a port Ires-variable, glabres ouchargeesde poils sim- 



CRESSON (BOTANIQUE). 129 

pies. Ge sont assez souvent des plantes aquatiques. Leurs fcuilles sont entieres 
ou diversement lobees on pinnatisequees. Leurs fleurs, jaunes ou plus rarement 
blanches, sont disposees en grappes allongees, courtes ou corymbilormes, et par- 
fois accompagnees de bractees. On en compte une vingtainc d especes qui habi- 
tent le mondeentier, principalement les regions froides et temperees. 

Le N. officinale est une plantc haute d un ou 2 a 20 decimetres, ordinaire- 
ment glabre, d un vert luisant. Ses feuilles, un peu epaisses, sont pinnatisequees, 
a segments lateraux inequilateraux, plus ou moins sinues-creneles ou presqur 
entiers, avec des petioles qui embrassent la tige par deux oreillettes aigues. Les 
fleurs sont disposees en grappes terminales ou oppositifoliees ; elles ont des se- 
pales dresses, de moitie plus courts que la corolle et verts, des petales blancs. 
Les siliques sont subcylindriques-lineaires, legerement arque es, bosselees, etalees 
a angle droit ou plus ou moins reflechies, plus longues que les pedicelles. Les 
graines sont biseriees, brunes, arrondies et fortement alveolees. On a distingue 
plusieurs formes de cette plante, notamment celles qu on nomme parvifolium et 
sii folium. 

D autres Nasturtium indigenes ont e te employes comme Cresson et ont les 

memes propriete s que les pre ce dents, quoiqu a un moindre degre. Ce sont les 

N. sylvestre B. BR. et anceps DC. Le premier porte les noms vulgaires de Cresson 

de riviere et Cresson sauvage (Herba Sisymbrii sylvestris s. Erucce palustris 

,1 off.). C est une espece commune partout dans les lieux humides, haute dc 2 a 

li: , 4 decimetres, a souche grele emettant des branches aeriennes anguleuses et 

; ii flexueuses. Les feuilles sont toutes pinnatifides ou pinnalisequees. Les fleurs 

sont jaunes, et les siliques sont cylindriques-lineaires, etroites, arquees-asccn- 

dantes, plus longues que les pedicelles. Le N. anceps DC. (Sisymbrium anceps 

WAHL.) est tres-voisin du N. sylvestre, et ses usages sont absolument les memes; 

jfl a seulement des fleurs plus grandes, des fruits plus courts que les pedicelles 

et comprimes-ancipites. 

Le Nasturtium amphibium R. BR. est aussi une des especes employees comme 
antiscorbutiques. On mange dans les campagnes, au printemps, ses racines et 
ses jeunes feuilles, comme on fait de celles des autres Cressons. Aussi 1 appelle- 
t-on C. d eau et Raifort d eau. Les divers botanistes lui ont donne les noms latins 
de Sisymbrium amphibiumL., S. Roripa SCOP., Myagrum amphibium Lois., Ro- 
ripa amphibia BESS. C est une herbe commune au bord des eaux. Sa souche 
vivace, horizontale et tronquee, emet des branches couchees qui s enracinent in- 
ferieurement dans la vase, et aussi des stolons qui rampent. Les feuilles sont 
oblongues-lance olees, entieres, dentees ou pinnatifides. Ses fleurs sont jaunes, 
assez grandes, et ses fruits sont disposes en une grappe allongee, riche, avec des 
pedicelles de moitie plus courts que les fleurs. 

Le Cresson ale nois ou Cresson de jardin, Cresson desavane commun, espece 
annuelle tres-frequemment cultivee comme condiment, piquante, stimulants, 
antiscorbutique, depurative, est le Lepidium sativum L. (Voy. PASSERAGE). 

Le Cresson des pre s ou C. elegant, Petit C. aquatique, est le Cardamine pra- 
tensis L. (Voy. CARDAMINE). 

Le C. des mines ou C. des de combres est le Lepidium ruderale L. (Voy. PAS 
SERAGE). Le C. de savane est aussi le Lepidium didymum L. et un Pectis (Com- 
posee). 

Le Coronopus Ruellii DC. et le Sium angustifolium L. (Ombellifere) ont 
0! recu aussi le nom Cresson sauvage. 

DICT. ENC. XXIII. y 



130 CRESSON (EMPLOI MEDICAL). 

Les Barbarea sont aussi parfois appeles Cressons (Voy. BARBAREE). Le Ores- 
son des vignes est leB. prcecox; et le C. de terre, le #. officinalis. 

Le C. vivace est le Barbarea vulgaris et YErysimum proecox. 

Viennent ensuite des Cressons qui n appartiennent en aucune facon a la fa- 
mille des Cruciferes. 

Les Capucines ( Tropceolum) out souvent recu le nom de Cressons de 1 Inde, 
du Perou, du Mexique ; ce sont principalement les T. majus et minus. En Angle- 
terre on les nomme Indian Cress. 

Le Cresson de chien ou de cheval est une plante peu active de la famille des 
Scrofulariees, le Veronica Beccabunya L. 

Les Spilanthes, de la famille des Composees, ont aussi recu le nom de Cres 
sons. Le G. de l lnde, de Vile de France, etc. est le Spitanthes Alcmella L. Le 
C. du Bre sil, de Para (voy. ei-apres), o\idu Paraguay est le Spilanthes ole- 
racea L. (Voy. SPILANTHE). 

Les Chrysosplenium, de la famille des Saxifragacees se nomment Cresson dore, 
C. de roche, etc., notamment les C. alterni folium et oppositifolium. H. BN. 

II. Emploi medical. L huile volatile sulfuree quele cresson contienten 
sa qualite de crucifere (un peu plus abondante dans le cresson de fontaine que 
dansle cresson cultive) ; la richesse en azote dont il est doue ; 1 iode et le fer qu on 
y rencontre et qui, pres des sources iodureesou ferrugineuses, peuvent alteindre 
d assez grandes proportions (iode, 5 milligr. par botte ordinaire, suivant Cha- 
tin, au lieu de la proportion ordinaire de 1 milligr.; la presence d un extrait 
amer et de sels de potasse ; toute cette composition indique assez les usages 
therapeutiques de cette plante. C est avant tout un stimulant de la digestion et 
de la nutrition ; c est aussi un reconstituant et un alterant. A ce double titre, 
il tient un bon rang parmi les agents dits antiscorbutiques, soil comme aliment, 
soit sous ibrme de preparation medicinale ; il convient parfaitement dans les 
affections apyretiques caracterisees par une grande debilite ou liees au lym- 
phatisme et a la scrofule. On 1 a beaucoup vante centre la phthisic pulmonaire. 
Nous ne croyons pas qu il ait jamais gueri la tuberculose; mais il rend certai- 
nement des services dans le catarrbe chronique ou dans les etats congestifs cko- 
niques du poumon qui, chez les jeunes gens et surtout chez les jeunes filles 
rual reglees, simulent une granulation commencante. On 1 emploie aussi avec 
succes contre la dyspepsieatonique, avec flatulence gastro-intestinale. 

On range le cresson parmi les diuretiques et les diaphoretiques. Ce n est pas 
tout a fait sans raison. La diurese principalement s observe quelquefois a la 
suite de 1 usage abondant de la plante, dont la composition d ailleurs explique 
assez bien pareil effet. 

Pour que le cresson exerce ses proprietes therapeutiques et les exerce toutes, 
il faut d abord qu il soit pris en grande quantite ; puis qu il soit iuge re cru, 
la cuisson lui faisant perdre son huile volatile et sans doute aussi un peu de 
son iode. On en mange une ou plusieurs bottes par jour, soit entre les repas, 
soit aux repas, en hors-d oeuvre ou autour des viandes. Que si la plante en na 
ture n est pas bien supportee, le mieux est d en prendre le jus le matin a 
jeun, ou au commencement des repas. Eniin, si Ton ne veut utiliser que les 
elements fixes de la plante, on peut la manger cuite a la maniere des epinards, 
en faire des decoctions et recourir aux diverses preparations pharmaceutiques 
dans lesquelles il entre. 



CRESSON DE PARA. 131 

Le cresson mache plusieurs fois par jour, soil qu on en avale le jus, soitqu on 
le rejette, est un remede populaire centre la turgescence sanguine des gencives. 
Avec le cresson pile, on fait des cataplasmes qu on applique sur les parties lu- 
mefiees, sur les engorgements froids de diverses natures. 

Voici quelques preparations utiles a connaitre : 

Sue de cresson de fontaine. 

On pile le cresson dans un mortier de marbre ; on exprime dans un linge et 
Ton nitre le sue a froid. Quelquefois on se borne a passer le sue a travers un 
linge fin. Une ou deux cuillerees le matin a jeun; il peut etre bon d y ajouter 
du sirop ou du vin de quinquina. 

Sirop de cresson. 

Sue non depure de cresson 100 

Sucre Jjiaric 100 

Chauffez au bain-marie couvert jusqu a dissolution du sucre ; faites refroidir 
t passez a travers uneetamine. 

Decoction ou infusion de cresson. 

Cresson de fontaine 50 grammes. 

Faites infuser pendant une heure ou faites bouillir pendant vingt minutes, 
en vase clos. 

On emploie rarement 1 huile essentielle de cresson ; mais elle entre dans 
Yeau de la Vrilliere, avec la cannelle, le girofle, le cochlearia. 

Le cresson de fontaine entre dans le sirop et le vin antiscorbutiques. 

A. DECIIAMBRE. 

t KFSSOX DE PARA. EMPLOI. Le spilanthe etant employe en medecine 
sous le nom de cresson de Para, c est a ce mot qu il doit etre question de 
ses proprietes therapeutiques. Ces proprietes sont dues principalement, suivant 
M. Lassaigne, a une huile volatile acre, tandis que, suivant d autres, 1 acrete 
de la plante appartiendrait a une matiere fixe, de nature resineuse, soluble dans 
1 alcool et 1 ether. Le cresson de Para contient en outre de la gomme, de 1 ex- 
tractif, du sulfate de potasse et du chlorure de potassium. 

On peut dire que cette plante possede les principales proprietes du cresson de 
fontaine, mais a un plus liaut degre. Ellc a une saveur poivree, excite fortement 
la secretion salivaire, produit dans 1 estomac une sensation de chaleur comme 
le piment, excite 1 appelit et reveille les forces generalcs. Elle convient tout 
particulierement comme sialagogue, comme stimulant et comme antiscorbuti- 
que, mais ne possede pas les proprietes speciales que le cresson de fontaine doit 
a la presence du fer et de 1 iode. On 1 a administree comme vermifuge. 

Cependant, le cresson de Para, malgre les recommandations de Beral et de 
Rousseau, est peu employe en France, bien qu on y ait propose plusieurs for- 
mules pour sa preparation ; notamment pour un alcoolat, qui mele a beaucoup 
d eau, constitue un tres-bon collutoire; une alcoolat ure (un morceau d amadou 
impregne de cette liqueur et place dans la bouche amene une forte secretion 
salivaire) ; un sirop dont on prend plusieurs cuillerees par jour. Les fleurs de 



132 CRETIN. 

cresson de Para entrent dans la preparation de la liqueur odontalgique connue 
sous le nom de Paraguay-Roux. 

CRESYLOL. Phenol cresylique, hydrate de eresyle, C"I1 8 0. Le Cl 6- 

sylol est contenu dans la creosote du goudron de houille; on 1 isole des portions 
distillant entre 200 et 210 par des distillations fractionnees dans un courant 
d hydrogene et Ton recueille le produit qui passe a 205. II existe aussi avec 
1 acide pbenique dans le goudron de bois. 

La transformation du tolueme en cresylol a ete effectuee par M. Wurtz. 

Le cresylol consiste en un liquide incolore, refringent, d nne odeur de creosote; 
il bout a 205. II se dissout facilement dans rammoniaque aqueuse. L acide azo- 
tique 1 attaque vivement en donnant une substance brune incristallisable, mais 
on peut avec des precautions obtenir des derives nitres. Use dissout dans 1 acide 
sulfurique en se colorant en rouge, [et en produisant de Vacide sulfo-cresy- 
lique. A 60, la transformation est complete au bout de 24 beures. Les sulfo- 
cresylates de banjte et de plomb sont solubles et constituent des masses amorphes. 

Le potassium et le sodium se dissolvent dans le cresylol avec degagement 
d hydrogene. Si dans le cresylol doucement chauffe on fait passer un courant de 
gaz carbonique en meme temps qu oh ajoute du sodium, on obtient le sel de 
sodium d un nouvel acide, 1 acide cresotique (C 8 H S 3 ) bomologue de 1 acide sa 
licylique. (Voyez ACIDE CUESOTIQUE). 

On obtient le pbosphate et le chlorure de eresyle en faisant re agir le perchlo- 
rnre de pliosphore sur le cresylol. T. GOBLEY 

CRETE MARINE. Nom donne parfois a la Cristc marine (Chritkmitm ma- 
ritimum L.) . PL. 

CRETE DE COQ. VoiJ. CoNDYLOJIES, 

CRETIN. Le cretin est un etre physiquement et intellectuellement de<*e- 
nere, trapu, osseux, le plus souvent maigre, parfois bouffi, oedematic, et tou- 
jours difforme. Sa complexion chetive, lourde et epaisse, denote un developpe- 
ment general dans le sens de la largeur de la charpente. Son teint est ordinai- 
rement d un blanc livide, comme cretace; d autres fois, il a 1 aspect terne et 
brun rappelant celui des pellagreux, d ou le nom de marron qu on lui donne 
dans certaines conlrees. Chez les individus oadernaties, la peau est jaunatre et 
tachee ; elle est chez tous particulierement rugueuse, depourvue d elasticite et 
tres-peu sensible. Get aspect s accentue rapidement avec les annees, les transi 
tions de I age etant a peine marquees; le cretin parait passer en effet presque 
tout d un coup de 1 enfance a la vieillesse; des rides apparaissent premature- 
ment et donnent a 1 individu 1 aspect vieillot et decrepit longtemps avant I age. 

La decheance organique imprime a tous les cretins un sceau d uniformite par- 
ticuliere, et leur physionomie sans expression est loin de presenter les differences 
individuelles nettement marquees qui distinguent entre eux les hommes de de- 
veloppement normal. 

Nous allons examiner le cretin, au double point de vue anatomique et phy- 
siologique; apres la description des principaux organes, nous nous occuperons 
de leur fonction. 

A. DESCRIPTION ANATOMIQUE. I. Tete. La tetedu cretin, volumineuse proper- 



CRfiTIN. 133 

tionnellement au corps et a la face, est de forme irreguliere et parait s etre de- 
veloppe surtout dans le sens de la largeur, le diametre transversal se rappro- 
chant tres-sensiblement du diametre antero-posterieur, landis qu a 1 etat normal 
ce dernier excede sensiblement le diametre transversal. Un tableau comparatif 
du a M. JNiepce donne des evaluations interessantes a ce sujet. II en resulte, 
en premier lieu, que la circonfcrence de la tele, et par consequent son volume, 
acquierent chez le cretin rapidement un cbilfre eleve des 1 enfance et que ce 
chiffre ne s accroit pas tres-sensiblement avecl agc. Le plus jcune de ce tableau 
est un enfant de trois ans dont la taille est de O m ,567 ; la circonference de sa 
tete mesure O m ,429. Le plus age du meme tableau est un individu de cinquante et 
un ans dont la taille est de l m ,536, tandis que la circonference de sa tete mesure 
seulement O m ,490. Le maximum de mesure de la circonference de la tete ne 
presente done entre ces deux individus que la minime difference d environ 
6 centimetres, tandis que la hauteur respective de leur corps se trouve dans des 
rapports de developpement qui se rapprochent sensiblement de la normale. 11 est 
en effet Ires-frequent que chez le jeune cretin, la grosse tete pesanle, dispropor- 
tionnee, penche de cote , sur 1 une ou 1 autre epaule, ou bien sur le devant de 
la poitrine, le menton appuye sur le sternum comme si 1 individu ne pouvait la 
tenir en equilibrc. 

Le tableau de M. Niepce nous renseigne ensuite sur le genre dc developpement 
des diametres de la tete eu egard aux rapports qu ils affectent cntre cux. Le 
seul enfant de quatre ans de ce tableau, dont la taille est de O m ,562, presente 
une circonference de la tete de O n ,482, tandis que parmi les treizc individus du 
tableau, ages de trente-deux a cinquante et un ans, et. dont la taille excede le 
plus souvent un metre, il s en trouve onze chez lesquels le diametre transversal 
du crane est inferieur a celui de 1 enfant de quatre ans, et deux seulement chrz 
lesquels il est superieur. Cc defaut de proportion est meme tellement conside - 
rable, qu on pourrait se demander si un certain nombre d indivitlus ages du 
tableau de Niepce n etaient pas des idiots, ceux-ci se distinguaut des cretins sur 
tout par la petitesse de la tete. Et cependant 1 exces de developpement du crane 
dans le sens transversal serait, selon quelques observateurs, bien plus marque 
encore chez le cretin qu il neressort du tableau deM. Niepce. Sur cent cretins me- 
sures par Trombotto, le diametre antero-posterieur du crane, entre la racine du 
nez et la protuberance occipitale a donne des chiffres qui varient entre 28 et 52 
centimetres, tandis que le diametre transversal entre le trou auditif d une oreille 
et 1 autre a varie de 32 a 36 centimetres. Ces chiffres denotent une disproportion 
des divers diametres de la tete notablement plus accusee que celle du tableau 
<lu D r Niepce, mais ces differences peuvent tenir a ce que les deux auteurs n ont pas 
releve leurs observations dans les memes contrees. Les cretins sont certainement 
differents selon leur provenance, 1 individu degenere empnmtant necessairement 
certains caracteres particuliers a sa race et au lieu de sa naissance, malgre 
rumformile des caracteres pathognomoniques de la degenerescence. 

Nous avons dit que la tete du cretin, invariablement ecrase e d avant en arriere 
est large a la base, retrecie vers le sommet; ajoutons que le front est bas et 
convert, fuyant en arriere, particulierement deprime au-dessous des arcades 
sourcilieres et dans la region occipitale. Les deux moities de la tete sont souvent 
asymetriques, ce qui, joint a la conformation des regions frontalc et occipitale, 
impnme au crane du cretin un type uniforme, paraissant se rapprocher de la 
figure d un cone irregulier dont la suture sagittale conslituerait le sommet. 



134 



CRETIN. 



L occiput est comme efface, le plan posterieur du cone tombe verticalement en 
faisant presque une ligne droite avec la nuque. 




Fig. 1. Aspect generul d un cretin-type age de 39 ans, non pubere, premiere dentition conserved 
(cas sporadique releve dans la Gironde par le docteur Desmaisons). 

II. Cheveux et systems pileux en general. La plupart des cretins ont dcs 
cheveux epais, tres-fournis et enchevetres : chez les cretines, on les trouve sou- 
vent disposees par meches epaisses a intervalles clairsemes ; il sont courts 
dans les deux sexes. Leur couleur est presque toujours d un chatain sale plus 
ou moins fence suivant les pays. La calvitie ne se produit guere chez les cretins, 
et leurs cheveux ne blanchissent jamais. Le cuir chevelu est bossele, reconvert 
de croutes, ce qui temoigne a la fois de la malproprete des cretins et de 1 aban- 
don dans lequel ils vivent; beaucoup d entre eux exhalent du reste une odeur 
fetide. Ils sont presque completement imberbes, mais un leger duvet clair 
seme de la face se rencontre sou vent dans les deux sexes. Le corps est nu 



CRETIN. 



r,:, 



et glabre commc celui de 1 enfant; il n y a point ou tres-pen de polls dans 1 ais- 
selle et au pubis; a ce point de vue par consequent, comme a tous les autres, 
1 age n imprime que pen de traces sur 1 individu degenere, el n y cut-il pas la de 
crepitude senile precoce dans 1 aspect general, le cretin age se distinguerait fort 
peu du cretin dans 1 cnfance. 

III. La /aceporte 1 empreinte de la stupidite et de 1 indolence; elle est comme 
le crane, developpee en largeur. Les pommettcs sont saillantes, le nez epate> 




Fig. 2. Goitreux et son fils cretin. 

large a la base, les narines beantes; les cartilages du nez sont rudimentaires, ou 
manquent meme completement. Les levres sont epaisses, la levre inferieure pen- 
dante, la langue tres-volumineuse, comme gonflee et gluante, souvent sortie de 
la bouche qui est demesurement large, presque toujours entr ouverte, laissant 
echapper une salive visqueuse. La machoire inferieure grosse et lourde, deborde 
la machoire superieure et imprime a la figure un caractere bestial. Les oreillos 
ecartees de la tete sont tres-volumineuses et epaisses ; les dents tres-espacees, 
mal implante es, cariees; celles de la premiere dentition une fois torn bees, sont 



136 CRETIN. 

rarement remplacees. Le vrai cretin mache d ailleurs a peine ses aliments ct la 
dentition est toujours tres-tardive. 

Les yeux tres-ecarles et souvent devies pardu strabisme simple ou double, sont 
ternes et sans expression. Le globe oculaire lui-meme ne presentc ge ne ralement 
rien d anormal (1 iris a la couleur ties cheveux) , mais les paupieres sont presque tou 
jours cedematiees. La ble pharite est habituelle; elle atteint surtout la paupiere 
superieure qui est bordee d un lisere rouge et granuleux, d ou un etat larmoyant 
qui ajoutc une expression de tristesse a la stupidite du regard. Les cils et sour- 
cils sont clairsemes. La plupart des cretins fuient la lumiere, a moms cepen- 
dant que I insensiblite retinienne cbez quelques-uns les fassent recbercher le 
soleil, qu ils regardent alors constamment en face, sans en paraitre incommodes. 
Mais, en general, le cretin ne fixe pas les objets ; il regarde sans voir ou voit sans 
comprendre ; sa physionomie toujours immobile, sauf lorsqu elle est contracture e 
par une souffrance physique, denote 1 indifference et 1 apatbie; la decheance est 
empreinte sur son visage. 

IV. Col. La nnque et le cou sont tres-gros et tres-courts ; la region du cou 
ne presente pas la concavite qui la caracterise a 1 etat normal et nous avons de ja 
dit que la lete volumineuse penclie sur 1 epaule ou la poitrine. L hypei tropliie 
plus ou nioins accusee de la glande thyroi de augmente la difformite du cou. Le 
cretin complet est rarement atteint de goitre, ce qui a fait dire qu il y a propor- 
tionnalite inverse enlre le degre dc developpement du cretinisme et du degre de 
de veloppement de la glande thyroide ; mais chez le cretineux, le goitre existe a 
peu pres constamment et prend parfois un volume enorme. Nous aurons a etu- 
dier plus loin (voy. CHETINISME) les rapports entre cette difformite et le creti 
nisme, en meme temps que sa signification au point de vue de 1 endemie en ge 
neral. Nous verrons que le developpement du goitre coincide avec la pubertequi 
chez le cretin complet ne se produit jamais, ce qui explique chez celui-ci la ra- 
rete de 1 hypertrophie de la glande thyroi de. Ici nous nous bornerons a la des 
cription exterieur du goitre. 

II affecte des volumes t res-variables. Apparaissant dans la premiere enfance 
par un noyau unique, il prend rapidement des proportions considerables en en- 
vahissant peu a peu le cou tout entier. 11 s accroit quelquefois au point de 
pendre sur la poitrine en la recouvrant presque en entier. Le goitre est unique, 
bilobe ou multilobe formant parfois une masse compacte et dure, et d autresfois 
un appendice flottant, extremement mobile. Au toucher, il est tantot mou et 
d une consistance pateuse, tanlot au contraire, elastique, dur, bossele et comme 
parseme de noyaux cartilagineux ou mcme osseux. C est au moment de la pu- 
berte que le goitre prend le plus de developpement, et il s accroit fort peu au- 
dela de cette epoque; mais il parait durcir avec 1 age. Chez les cretines, nous 
verrons que la gestation n a lieu que quand la dcgenerescence n est pas complete, 
et alors elle influence sensiblement 1 accroissement de la tumeur qui, du reste, 
est plus frequente dans le sexe feminin. II arrive aussi que le goitre du cretin 
s ulcere,mais des accidents plus frequents sont causes par levolumede la tumeur. 
En effet, la compression qu elle exerce sur le cou amene des troubles divers qui 
sont d abord 1 aphonie, quelquefois 1 oppression, surtout dans les monvements 
precipites. Le cretin court difficilemenl ; ce n est pas sans gene respiratoire et un 
certain degre de cyanose qu il parvient a gravir les montagncs, ou a porter des 
fardeaux. 

Lorsque le goitre proprement dit n existe pas, le cou est encore gros et court, 



CRETIN. 157 

ce qui ajoutc un signe aux caracteres distinclifs entre le crelin et 1 idiot, chez ce 
dernier le cou etant ordinairement gracile et allonge. 

IV. Le thorax du cretin est deforme et asymetrique. Demesurement large et 
court chez cerlains individus, ou bien au contraire etroit et comprime; il est 
souvent enibncc d un cole et saillant de 1 autre, ce qui tient non-seulement a 




F "g- A 3- Gallon de 20 ans.Taille: 93; poids:2"2kil. Fig. 4. Fille de 27 ans. Observation in Bulletin 
Tele : grande circonference, 0,53; deini-circon- de V Academic de mcdccinc, 18o9. 

ference, antcro-posterieure, 0,31 ; demi-circon- 
ference transverse, 0,51 ; diaraeireantcro-postc- 
rieure, 0,18; diamelre transverse, 0,14. 



leur deformation propre, mais aussi a la vicieuse implantation des cotes. La co- 
lonne vej-tebrale est rarement voutee, mais les apopliyses epineuses sont sail- 
orltf ^ antes 5 e ^ e s sont quelquefois deformees par des gibbosites, et les espaces inter- 
costaux sont irregulierement defences, surtout lateralement, ce qui fait paraitre 
la region sternale comme bombee en avant. Les seins de la cretine sont petits, 



138 CRETIN. 

flasques et les mamelons rudimentaires; chez la semi-crctine, les mamelles sont 
au contraire grosses et pendantes. 

V. Abdomen. L aplatissement de la region sous-sternale fait particulierement 
ressortir 1 abdomen, qui est tres-gros et ballonne par 1 ingestion journaliere de 
grandes quantites d aliments grossiers avales avec gloutonnerie. Le bas-ventre 
est distendu et pendant ; 1 ombilic tres-rapproche du pubis. Le bassin participe 
au developpement vicieux ; il est souvent deforme, et il est chez la cretine ordi- 
nairement aussi etroit que chez le cretin. 

VI. Les parties ge nitales sont rudimentaires chez les vrais cretins ; la verge, 
cylindrique, se termine par un gland a peine forme et les testicules subissent a 
leur tour un arret de developpement. Chez les semi-cretins, ces memes organes 
sont au contraire souvent tres-developpes et d un volume enorme. Les organes 
genitaux de la cretine sont fletris et rudimentaires, les levres flasques etlavulve 
entr ouverte, meme chez les vierges ; 1 hymen est normal. Nous avons dit que le 
pubis est depourvu de poils dans les deux sexes. 

VII. E.i tre mites. Les membres superieurs et inferieurs du cretin sont dis- 
proportionnes eu egard au tronc ; extremement courts on au contraire tres- 
long, ils sont presque toujours decharnes, parfois enfles et de formes au 
niveau des articulations. L inaction du cretin a pour consequence de faire 
a peine saillir les masses musculaires dej;\ fort peu developpees par elles- 
iiiOines , et les membres sont greles et cylindriques. L inaptitude de 1 indi- 
vidu a la marche se revele par une implantation et une direction yicieuses 
des membres inferieurs , tres-souvent devies par le rachitisme ; les genoux, 
gros el e pais, ploient en avant , et les talons en arriere. Les mains larges, 
sont garnies de doigts courts et epais (surtout le pouce) ; les ongles sont rudi 
mentaires ou lorsqu ils existent, durs et tres-larges. Les pieds volumineux et 
plats sont tournes en dehors au point que les malleoles internes se rapprochent 
du sol, les doigts du pied sont deformes, chevauchant les uns sur les autres et 
les ongles des pieds ressemblent a ceux des mains. 

En somme, la dilformite de chaque organe pris isole ment, le defaut de pro 
portion des organes entre eux, pris dans leur ensemble, voila ce qui constitue 
comme un type de degenerescence uniforme nettement accuse : Aucune trace 
de beaute, conclut la Commission du Piemont, a la description de laquelle nous 
avons fait et nous aurons encore a faire de larges empruuts, aucune harmonie 
de formes ne revele chez le cretin, la main sublime du Createur, et sa vue 
ferait presque naitre le doute s il appartient reellement a la race humaine. 

B. Fo^iCTiONS. Toutes les fonctions d un etre aussi completement disgracie 
doivent reveler la decheance organique, mais celle-ci est d autant plus caracte- 
ristique que la fonction est plus elevee, et c est ainsi que le cretinisme im- 
plique avant tout la degradation intellectuelle. Nous allons done etudier chez 
les cretins d abord : 

I. Les Facultes intellectuelles. Nous savons deja que le caractere le plus 
saillant du cretin est la degradation intellectuelle. La sphere de 1 activite morale 
est excessiment limitee chez tous, mais il y a cependant des degres a etablir. 
Tandis que le cretin le plus complet, chez lequel tous les sens sont obtus, 
et qui est meme assez frequemment prive de 1 un d eux (1 ouie), manifesto a 
peine les instincts les plus rudimentaires de 1 etre vivant, le cretin moins 
dechu, le semi-cretin et le cretineux gardeut encore certaines aptitudes d uu 
ordre peu eleve. 



CRETIN. 159 

L individu completement degenere possede a peine le sentiment des besoins 
les plus imperieux, et se laisserait mourir de faim et de soif si on ne prenait soin 
de lui ; il est absolument incapable d aflection et ne temoigne meme pas ce senti 
ment rudimentaire d attachement que 1 animal manifeste envers celui qui le soigne. 
Le semi-cretin, moins indifferent au point de vtie moral, possede au contraire a 
un Ires-haul point 1 instinct de ses besoins et le temoigne avec brutalite et sans 
mesure. L e ducation a peu de prise surlui; incapable d e motion morale, de dis 
tinction enlre le bien et le mal, la beaute et la laideur, il est inconscient de ses 
actes, etl age ne fait naitrechez lui aucune aptitude nouvelle. Les moins inintel- 
ligents des semi-cretins sont capables de contracter certaines habitudes automa- 
tiques, mais aucun ne sait comparer les fails et tirer un parti quelque pen rai- 
sonne d une experience acquise. Toute responsabilite doit done etre denie e au 
cretin et au semi-cretin ; ce dernier peut, dans une mesure restreinte, com- 
prendre la portee de certains actes, au moins dans lenr consequence materielle 
immediate, mais il est toujours inapte a en apprecier la portee morale. 

De toutes les functions intellectuelles c est la memoire des faits qui parait la 
moins abolie. Les semi-cretins gardent le souvenir des objets et des personnes 
qu ils ont eus souvent sous les yeux et ils savent associer certaines notions de 
bien-etre ou de malaise aux circonstances qui les ont fait naitre, d oii il re sulte 
qu ils fuient tout ce qui leur a deja cause la souffrance une prece dente fois, et 
qu ils vont volontiers au-devant des bons traitements, en temoignant leur joie 
par des gestes et des cris excessifs. Ils savent e viler les punitions et se sou- 
viennent de 1 accueil qu on leur a fait. G est ainsi qu ils prennent souvent 1 ha- 
bitude de mendier, s adressant plutot aux etrangers facilement emus par la 
nouveaute du spectacle, qu aux habitants du pays qui les traitent avec moins 
d amenite. A ce degre de semi-cretinisme les individus sont capables de com- 
prendre des ordres et les paroles designant des objets materiels ; ils savent 
obeir a des injunctions simples , tiouvent leur domicile et parviennent meme 
a imiter certains actes. On peut leur confier des travaux domestiques simples, 
commele balayage des maisons, la garde des animaux ; aux moins degrades, 
la garde des enfants et les travaux des champs. Cependant le semi-cretin 
meme, des qu il rencontre un obstacle, s arrete et se trouve dansl impossibilite de 
prendre une initiative. II est du reste, paresseux, indolent, mais en general tres- 
doux. Le mauvais traitement lui suggere parfois une colere aveugle, instantan- 
nee, mais assez facilement apaisee. Quelques semi-cretins proferent des mots qui 
sont ordinairement des substantifs, le reste de la phrase e tant exprime par des 
vociferations et des grimaces. Quant an cretineux, qui est 1 individu le moins 
degenere, il est susceptible d une certaine education, capable d apprendre a lire, 
a ecnre et a compter; il sait formuler des phrases mais il ne se sert de la pa 
role que pour exprimer des besoins materiels. Bon nombre savent distinguer 
les pieces de monnaie, mais il est rare qu ils appre cient judicieusement leur 
valeur intrinseque. 

La cretine a tous les degres, est, toute chose egale d ailleurs, plus inintel- 
ligente encore que le cretin. 

Dans le crelinisme incomplet la puberte amene dans les deux sexes Teclosion 
de certaines aptitudes d ordre intellectuel ; c est ainsi que mu par le desir de sa- 
tisfaire ses propensions sexuelles, 1 individu sait employer certaines ruses, et 
nous verrons plus loin que ses appetits sous ce rapport sont parfois tres-impe- 
tueux. 



140 CRETIN. 

En general, un milieu favorable, un Iraitement doux et bienveillant, de 
bonnes conditions hygieniques, peuvent ameliorer 1 etat intellectuel du semi- 
cretin et du cretineux, mais aucune influence exterieure n a de prises sur le 
cretin complet. 

A quelque degre qu ils appartiennent ils sont tous solitaires, ils ne s aiment 
pas enire eux, et ne vont jamais au secours les uns des autres ; ils s evitent en 
general et seprennent facilement de querelle, tandis que les moins inintelligents 
d entre eux temoignent un certain degre d attachement aux individus sains de 
leur entourage qui les traitent avec bienveillance. 

La cretine est capable d amour maternel ; il est vrai que celle qui est apte 
a engendrcr n appartient jamais au dernier degre, celui-ci impliquant la sterilite. 

Tous les observateurs ont remarque la tendance a la somnolence chez le 
cretin complet, mais c est Maffei qui a particulierement decrit un etat de stupeur 
periodique et transitoire. L individu se tient alors immobile, blotti au couche, 
les yeux grands ouverts, fut-il en face du soleil, le regard inanime, insensible 
a tout bruit et a tout mouvement du dehors, la bouche beante, respirant a peine, 
et sans presque donner signe de vie. Get etat, qui ressemble a la stupeur exta- 
tique des lypemaniaques, dure plusieurs beures. 

II. Voix et langage. Le cretin complet est frappe de mutisme, tout au 
plus manifeste-t-il par des grognements inarticules la douleur ou la faim. Chez 
1 individu moins degrade la voix pent prendra certaines inflexions et temoigner 
diverses impressions ; c est ainsi que parmi les semi-cretins qui sont encore 
incapables de proferer des paroles, il en est qui se servent d interjections rudi- 
mentaires par Jesquelles il est a peu pres possible .de reconnaitre la nature des 
sentiments qui les a inspirees. Meme le cretineux est mal equilibre, depourvu 
du sentiment des mesures,apathiqueou excite. Le semi-cretin, capable d articuler 
des mots et des lambeaux de phrases, les emet cependant avec monotonie com 
plete, a moins qu il ne subisse une vive impression physique, auquel cas il 
s exprime avec une vehemence excessive, suppleant a 1 insuflisance du langage 
articule, par des cris et des gestes passionnes. Lorsque rien ne le surexcite, il 
est plonge dans son indifference slupide, ne paraissant nullement eprouver le 
besoin de communiquer avec son entourage ; mais une cause exterieure vient- 
elle a agir sur lui, il rompt le silence pour proferer sans transition des paroles 
mal liees et violentes. 

III. Organes des sens. Nous avons deja signale en parlant de la peau, le 
peu de sensibilite du cretin, ce qui explique son indifference a la temperature 
ambiante et aux injures materielles de tous genres. 11 s expose, sans paraitre 
s en apercevoir, aux rigueurs de 1 hiver, a peine vetu, de meme qu il subit la 
chaleur d un foyer jusqu a se faire des brulures, ou les rayons d un soleil ar 
dent, sans rechercher 1 ombrage. Le cretin ne transpire guere ; il n e prouve pas 
le besoin d approprier a la saison ses vetements toujours encrasses; de meme 
il supporte la morsure des insectes dont le plus souvent il est convert sans pa 
raitre s en apercevoir. 

Le sens du tact proprement dit est aussi obtus que la sensibilite generale; 
bon nombre ne paraissent pas pouvoir distinguer, les yeux fermes, les objels 
qu ils manient journellement. 

De tout les sens le plus obtus et le plus frequemment atteint est [ oiiie. En 
viron un tiers des cretins sont sourds et muets ou entendent tres-difficilement. 
Lors meme que 1 ouie est normale, le cretin ne parait pas saisir certaines 



CRETIN. 141 

inflexions de voix, fussent-elles assez caracteristiques pour etre comprises meme 
par les animaux domestiques. Parmi les cretineux il cxiste, il est vrai, des indi- 
vidus paraissant doues d une certaine sensibilite de 1 oui e et qui recherchent avec 
avidite le son des instruments de musique. 

La vue est le plus souvent normale, a moins que les yeux n aient souffert, par 
quelqu affection iuflammatoire ou scromleuse qui est tres-frequente chez les 
cretins. Nous avous deja signale certains cas de strabisme et d insensibilite 
retinienne. 

11 n est pas aisc d apprecier, chez des etres aussi peu capables de communiquer 
leurs impressions, le degre de sensibilite du sens de Yodorat, qui cependant 
doit etre obtus, si Ton peut en juger sur leur indifference aux mauvaises odeurs 
et leur insensibilite aux parfums, soil des fleurs, soit des substances odorantes 
de tout autre nature. Les cretins sejournent tres-souvent dans des lieux infects, 
voire meme sous les fumiers des maisons, et ils se vautrent, sans en paraitre 
incommodes, dans leurs propres ordures. 

La gloutonnerie babituelle du semi-cretin pour tout aliment, si grossier et 
meme si repoussant qu il soit, ferait supposer qu il est dcpourvu, plusou moins 
completement, du sentiment du gout, s il ne recbercbait pas, d autrc part, ;I\<T, 
avidite , des friandises de toute nature. 

En these generale, tandis que chez le cretin du dernier degre tons les sens 
sont obtus (sauf la vue) chez 1 individu moins degenere, les impressions senso- 
rielles persistent, tout en manquant de finesse et de delicatesse. 

IV. Mouvement volontaire. La description que nous avons deja donnee de 
1 aspect geneml du cretin explique suffisamment sa faiblesse musculaire. Sauf 
quelques exemples de semi-cretins vivant au grand air et employes aux tra- 
vaux des champs, le plus grand nombre sont debiles et chetifs ; aussi nc sortent- 
ils de leur inaction que contraints soit par des besoins impe rieux, soit par des 
excitations venantdu dehors; ils sont ordinairement alVaisscs sur eux-memes, "ar- 
daut le plus souvent les yeux entr ouverts, la tete penchee sur la poitrine, les 
bras et les jambes pendants, et se tiennent dans unc espece de resolution ana 
logue a celle d un semi-paralytique. Leur aspect total exprime 1 inertie et 1 im- 
puissance. Les cretins complets sont incapables d el ibrt musculaire quelconque, 
leur demarche est lourde, titubante, incertaine; ils se buttent au moindre 
obstacle, trebuchent en marchant, et se blessent souvent dans les chutes dont ils 
ne savent amortir la gravite pur un mouvement de protection. 

II existe des cretins (notamment dans la vallee d Aoste), a peu pres comple 
tement. prives de la faculte de se mouvoir ; on les tient attache s sur un sic ^e, 
et on les nourrit comme des malades atteints du dernier degre de la demence 
paralytique. 

V. Respiration, circulation et temperature du corps. Le nombre et 1 am- 
plitudedesmouvements respiratoires paraissentetre sensiblement moindre chez 
le cretin que chez Findividu sain, toute chose egale d ailleurs. Selon M. Sa- 
voyen, qui s est livre a des etudes comparatives a ce sujet, le nombre de res 
pirations du cretin serait moindi e d environ trois par minute, et 1 amplitude de 
chaque inspiration serait dyns la proportion 0,0527 a 0,0593. II re sulterait 
de cette insuffisance de respiration une diminution d absorption d oxygene dont 
le chiffre approximatif en vingt-quatre heures est evalue a 160 grammes. La 
temperature du cretin est d une appreciation plus facile et d apres le meme 
observateur clle serait de 55 a\36 degres, par consequent sensiblement au- 



142 CRETIN, 

dessous de la normale. Le nombre des pulsations parait etre moindre aussi, 
mais on concoit que sous ce rapport iln estguere aise d obtenir des appreciations 
precises, de grandes varietes individuelles existant meme a 1 etat normal. II 
est generalement admis toutefbis que 1 impulsion cardiaque est faible et que 
le nombre des pulsations ralentit chez le cretin. 

VI. Le sommeil, lourd et calme, ne presente rieii d anormal ; reveille, le 
cretin parait rester longtemps dans un etat de demi-somnolence. 

VII. Fonctions digestives. Nous avons deja signale a deux reprises differentes 
1 absence des instincts de conservation chez les cretins complets, et 1 exalta- 
tion de ces instincts chez les semi-cretins; ajoutons ici que les digestions 
sont en general bonnes et les evacuations normales, chez les cretineux, mais le 
cretin complet est an contraire souvent atleint d indigestion et notamment de 
dysenteric. 

VIII. Secretions. Certaines secretions sont particulierement abondantes; il 
en est ainsi des larmes et de la salive. La secretion des urines ne parait pre 
senter rien d anormal. 

IX. Reproduction. Nous avons deja dit que le vrai cretin des deux sexes est 
frappe de sterilite; 1 individu male est impuissant et prive de tous desirs vene- 
riens, la vraie cretine est infeconde. Nous avons signale aussi 1 atrophie des 
or^anes genitaux chez les cretins complets et leur developpement demesure chez 
bon nombre de semi-cretins et de cretines. Ceux-ci en effet, loin d etre impuis- 
sants, paraissent etre i requemment stimules par des desirs excessifs ; aussi les 
voit-on se jeter avec brutalite sur 1 objet qui a eveille leur ardeur, n hesitant 
point a la satisfaire, meme en public. La semi-cretine est lascive, et comple- 
tement depourvue de pudeur. L onanisme qui n est pas observe chez le cretin 
complet, est tres-frequent chez le semi-cretin des deux sexes. 

La puberte est toujours tardive, cependant les desirs veneriens se revelent 
chez 1 individu male vers la vingtieme annee ; les menstrues de la cretine 
apparaissent vers la dix-huitieme annee ; elles sont toujours peu abon 
dantes et irregulieres. La conception est, meme chez la semi-cretine , loin 
d etre frequente, et la gestation ordinairement laborieuse, ce qui fait que le 
foetus n arrivepas souvent completement a terme. L etroitesse du bassin est une 
des causes de grossesse anormale; quant aux organes genitaux internes, ils 
n ont pas ete suffisamment etudies pour bien determiner les causes nombreuses 
de la rarete des grossesses a terme, chez la semi-cretine. 

X. Habitudes. Le cretineux seul merite une mention sous ce rapport, 1 in 
dividu completement degenere ne participant a aucun degre a la vie sociale. Le 
cretin capable de se livrer a une occupation quelconque et, qui, nous 1 avons 
deja dit, peut etre utilise par des travaux n exigeant qu une tres-minime somrae 
de vigilance oude forces me caniques, apporte meme dans ces occupations si insi- 
gnifiantes, une uniformite automatique et un complet defaut de discernement. 
Toujours pret a se rebuter au moindre incident imprevu, il est facilement pris 
de lassitude que ni les menaces ni les chatiments ni les exhortations affectueuses 
ne peuvent vaincre. 

Nous avons dit que les semi-cretins et surtout les cretineux se livrent habi- 
tuellement a la mendicite; nous ajouterons que les moins inintellio-ents d entre 
eux sont capables de quelques tours d adresse et de jongleries, executes avec une 
certaine aptitude a 1 imitation. 

Dans la plupart des contrees infestees, les cretins appartenant a des families 



CRETIN, 143 

pauvres sont a peine vetus, et portent les memes haillons par loutes Ics saisons; 
meme les cretins des families aise es temoignent dans leur mise d un abandon et 
d un delabrement extremes qui tient en grande partie a leur incorrigible mal- 
proprete. On signale cependant quelques exceptions pour cerlaines cretineuses 
qui paraissent aimer les vetements recherches et coquets, se couvrant volontiers 
d e"toffes de couleurs eclatantes ; mais en general la cretine, a egal degre de 
degenerescence, est aussi indifferente au sujet des vetements que le cretin, et 
dans les contrees assez nombreuses, ou la mise pour le crelin est la meme dans 
les deux sexes, il est assez dilficile de les distinguer avant Tage de la puberte. 

XL Dure e de la vie. Maladies ye ne rales. La mortalile chcz le cretin est tres- 
grande a tout age, mais surtout dans les premieres annees de 1 enfance. Parmi 
les individus completement dechus, un tres-petit nombre parviennent a 
[ adolescence. Les conditions de vitalite sont plus favorables cliez les cretins 
incomplets. Nous savons deja que ceux-ci sont capablcs de reproduction, 
mais lorsqu ils se marient entre eux, ils engendrent des etres steriles ou 
memenon viables, et la ligne e s e teint. Malbeureusemcnt il se produit des in;i- 
riages entre goitreux et cre tineux, ou bien entre ceux-ci et des individus sains, 
et les unions de cette espece produisent assez souvent des enfants viables, mais 
presque toujours degeneres. On ne signale pas cependant 1 existence de l;unillcs 
qui se soit propagee jusqu a la cinquieme gene ration sans melanges de gene- 
rateurs pris dans la population saine. Cette observation esl d un enseignementdc 
la plus haute portee et nous aurons a y revenir en nous occupant de 1 endrniH 
du cretinisme (voyez ce mot). 

L observateur qui parcourt les contrees habitees par des cretins aura bientot 
fait la remarque que I immense majorite appartienncnt a 1 enfance, et un tres- 
petit nombre seulement a 1 age viril ; le cretin atteint rarement la cinquantaine, 
et on ne cite que des exemples tout a fait isoles de cretins arrives a soixante ans 
ou au-dela. 

Les maladies les plus frequentes auxquelles ils succombent sont ceux de 
1 enfance, parmi lesquelles il faut nommer, le rachitisme, la scrofule, la dysen 
teric, la meningite, 1 hydrocephalie, les affections convulsives et notamment 
1 epilepsie. On a signale chez le cretin des acces de maladies aigues avec fureurs 
qui se rattachent probablement a 1 epilepsie. 

Plus tard ils sont. sujets aux congestions et a 1 apoplexie cerebrales, a la tuber- 
culose sous toutes les formes, a la gastro-enterite et aux maladies du coeur. 

Les hernies sont frequemment observees chez les cretins. 

Certains observateurs pretendent qu en cas d epidemie la population de ge- 
neree d une contree est plus frequemment atteinte que la population saine ; il en 
serait ainsi surtout pour la fievre typho ideet le typhus. En admettant quecelte 
observation soit exacte, on doit sans doute attribuer aux mauvaises conditions 
dans lesquelles vivent les cretins, a la misere et au delabrement qui sont leur 
partage habituel, une large part dans leur plus grande receptivite morbide. 
Les maladies endemiques, la fievre intermittente par exemple, sevissent aussi 
frequemment sur eux. 

Le grand nombre de maladies et d infirarites compliquant si souvent le cre 
tinisme, n exclut nullement 1 existence de cretins, de semi-cretins et de cre- 
tineux qui jouissent d une bonne sante, mais ces exemples sont d autant moins 
frequents que la degenerescence est plus pronoucee, le nombre et les compli 
cations etant en raison directe de 1 intensite de la degenerescence. 



144 CRETIN. 

Les cretins arrives a la fin de 1 existence ont une agonie lente, mais en appa- 
rence peu penible ; malades ou moribonds, ils ne proferent guere de plaintes, ils 
sont plonges dans une profonde apathie dont rien ne pent les tircr et ils s etei- 
gnent doncement. 

On trouve dans les contrees eprouvees par 1 endemie du cre tinisme, plus 
souvent que paitout ailleurs, des sujets atteints d idiotie et d imbecillite, qu il 
importe de ne pas confondre avec les cretins, dont ils se distinguent par des 
caracteres physiques nettement tranchees. Le lecteur connait apres ce qui vient 
d etre dit, 1 aspect trapu, ramasse, massif, lourd et epais du cretin; les imbe 
ciles et les idiots sont au contraire en general freles, grands, elances, a cou 
long, a tete petite, le plus souvent vifs d allure, agites, quelquefois mediants, 
le plus souvent difficiles, hargneux ou bicn emporte s. 

Tous ces traits sont bien difterents de ceux que nous venons de reconnaitre 
chez le cretin. 

II est utile aussi de signaler la frequence dans les contrees endemiques, ou 
toutes les formes de degenerescence se rencontrent, de certains arrets de de ve- 
loppement, et de cette varie te teYatologique particuliere que 1 un d entre nous, 
M. Baillarger, adecritsousle nom d astlienogenie. L arret de developpementn est 
autre chose que 1 enfance perpetuel, physiquement etintellectuellement, mais ne 
constitue nullement une degene rescence, appellation ne convenant qu au cretin, 
etre qui porte les caracteres physiques d une decheance nettement caracterisee. 

Examen post mortem. Un assez grand nombre d observateurs signalent des 
autopsies de cretins, mais malgre 1 incontestable autorite de la plupart d entre 
eux, nous ne pouvons accepter sans un veritable sentiment de defiance les faits 
enonces. On a souvent confondu les cretins avec les imbeciles et les idiots, cequi 
ote singulierement deja a la valeur des resultats. L examen necroscopique du 
cretin nous parait encore entierement a refaire. La plupart des indications 
n ont certainement qu une apparcnce de precision, mais comme il ne nous a 
pas ete donne personnellement d en etablir le controle, nous allons indiquer 
sommairement les resultats des autopsies faites par les auteurs (Malacarne, 
Autenrieth,Ackermann,Serres, Racquet, Niepce, Iphofen, Fodere, Wunderlich). 

La conformation du crane, la consistance, la configuration et la quantite de 
la masse cere brale ont surtout attire 1 attention des observateurs. 

Les parois du crane sont presque toujours fort epaisses ; notamment du cote 
de la base, le diploe manque parfois completement ; les os sont massifs et 
lourds et meme eburnes; d autres fois, mais plus rarement, les tablettes lais- 
sent, au contraire, entre elles un tres-grand interstice rempli de diploe et de 
sang. L apopbyse basilaire est courte, effacee, presque horizon tale (Niepce). Le 
trou occipital est retreci, legerement vertical ; la gouttiere basilaire est si peu 
marquee, que le bulbe rachidien peut a peine s y loger. Tous les orifices du 
crane sont plus etroits qu a 1 elat normal et notamment les trous ante rieurs et 
posterieurs. Les trous occipital et frontal manquent de profondeur et la cavite 
cranienne ne correspond pas au volume du crane. 

Les depressions formees par les anfractuosites dc la surface cerebrale, ainsi 
que les gouttieres qui recoivent les sinus, sont tres-superficielles, effacees et par 
fois meme a peine visibles, et cependant les sinus eux-memes ont ete plusieurs 
fois trouves gorges de sang noir. 

Virchow a constate sur deux nouveau-nes qu il supposait etre des cretins, 
1 ossification prematuree de la suture spheno-basilaire . 11 resulte cependant de 



CRETIN. 145 

la plupart des autopsies que I ossification des sutures du crane sc fait tres-tar- 
divement chez Ics cretins. 

La grande quantite de serosite rcmplissant les ventricules et Ics cavites tic la 
choro ide a etc tres-frequemmcnt signalee, et ily a lieu detenircette constatation 
pour exacte. 

Les enveloppes du cerveau sont fort epaisses, injectees, particulierement la 
dure-mere qui esl le plus souvent adhe rente aux os du crane. 

Le cerveau est tres-frequemmeut asymetriquc, un cote ayant ete reconnu par- 
fois d un tiers moins pesant que le cote oppose. La substance cerebrale a ete 
trouvee par les uns tres-dense et par d autres au contraire rarnollic, et injcctee 
de sang et de serosites. On a signale aussi une difference de consistance entre 
la substance blanche et la substance grise. 

Le volume des masses opto-striees est rarement en relation avec celui de la 
totalite du cerveau ; ces organes serai en t ou tres-developpes ou atrophies. 

Une lesion frequemment signalee consiste dans 1 atrophie des nerfs acousti- 
tiques ; les bandelettes optiques et le chiasma ont egalement ete trouves alteres 
dans plusicurs autopsies. 

Chacune des diverses parties du cerveau prise isolement est le plus souvent 

atrophiee mais quelques-unes cependant seraient parfois hyper trophiees. I armi Ics 

premieres se trouvent cites le tuber cinereum, la tige pituitaire, le corps calleux, 

les corps genouilles, les cordons qui constituent la voute a trois piliers, les pe- 

doncules cerebraux, 1 infundibulum, le pied d hippocampe, et le corps frange. 

Au nombre des seconds figurent le corps pituitaire (Niepce) les eminences ma- 

millaires, le conarium. La cloison transparentc parait etre plus cpaissc qn a 

1 etat normal; le septum lucidum a ete plusieurs fois vu remuli de serosites. 

On a constate sur le trajet des nerfs craniens 1 existence de nevromes dont la 

coupe est rouge et molle. Serres decrit des renftements ou des ganglions trouves 

par lui sur les divisions des cinquieme, sixieme et dixieme paires craniens. 

Authenrieth signale une grosse tuberosite situee pres des tubercules quadriju- 

meaux. 

Le cervelet du cretin presente des lesions qui d apres les auteurs ne seraient 
ni moins nombreuses ni moins accentuees que celle du cerveau. II est ordinai- 
rement tres-petit, irregulier, asymetriquc ; ses lobes sont applatis et les 
scissures inter-lamellaires sont sans profondeur. Malacarne a particulierement 
etudie le nombre des lamelles cerebelleuses chez le cretin. Suivant cet au- 
teur elles seraient de presque moitie inferieures en nombre acelles de Thomme 
sain. Niepce a trouve la substance blanche et grise du cervelet tres-molle, lascis- 
sure mediune superficielle, le vermis inferieur tres-petit, la valvule de Yieus- 
sens plus dense qu a 1 etat normal, les pedoncules du cervelet tres-petits. Une 
fois sur cinq la substance, cerebelleuse paraissait dense et le lobe median du 
cervelet plus developpe qu a 1 etat normal. 

La protuberance a ete trouvee molle, petite, le sillon qui limite le pont de 
varole du cote du cerveau, peu marque ; il en a ete de meme du sillon de la 
protuberance. Celle-ci loge des arteres de tres-petit calibre. 

Le bulbe rachidien a paru comme comprime par 1 horizontalite de 1 apophyse 
basilaire; il est etrangle dans le trou occipital, qui est presque vertical; les 
corps restiformes ont ete vus delies. Niepce a remarque que 1 entrelacement 
d un grand nombre de filets nerveux, si complique a 1 etat normal, existe a peine 
chez le cretin. 

DICT. ENC. XXIII. 10 



146 CRETINISME. 

La moelle n a pas ete soigneusement examinee, elle parait aussi etre tres- 
molle et baignee dans une serosite plus ou moins abondante. 

La surdi-mutite e tant une infirmite frequente chez les cretins, 1 examen de 
I appareil auditifz ete fait assez frequemment. On a trouve dans ce cas des le 
sions des osselets. Us etaient mal conformes, la membrane du tympan etait 
seche et epaisse, la caisse du tympan etroite, la trompe d Eustache tres-petite, 
les canaux semi-circulaires, le limaeon et le vestibule plus ou moins obliteres, 
a peine indiques. Nous avons deja signale les alterations du nerf acoustique. 

L autopsie n a eu rien de particulier a reveler pour la face; nous mentionne- 
rons seulement en passant la saillie considerable des apophyses zygomatiques, 
reconnu deja du vivant des individus, et la carie dentaire. On constate presque 
toujours la chute prematuree des dents dont on ne trouve qu un tiers ou un quart 
du nombre normal sur les individus entre vingt et treiite ans. 

Le cou des cretins et surtout des semi-cretins est souvent deforme par un 
goitre qui affecte toutes les formes du goitre non endemique dont la des 
cription anatomique fait le sujet d un article special de cet ouvrage (Voy. 
GOITRE). 

Le coeur est ordinairement mou et petit ; partout du reste les masses muscu- 
laires sout peu abondantes et d une llaccidite marquee ; 1 estomac et les intes- 
tins sont tres-distendus ; les autres organes thoraciques et abdominaux ne pre- 
sentent rien de bien caracterislique, sinon qu ils portent tous, plus ou moins 
le stigmate d un organisme arrete dans son developpement, ou dechu, toutes les 
fonctions ayant ete plus ou moins entravees pendant la vie. 

La colonne vertebrate et les membres portent souvent le caractere du rachi- 
tisme ; nous avons deja signale la grosseur des articulations. 

M. Niepce a fait 1 analyse du sang du cretin pendant la vie et arrive a la con 
clusion que les globules du sang sont en quantite moindre et que, d uue autre 
part, 1 albumine et la fibrine ont sensiblement diminue dans le sang du cretin. 

B.ULLARGER et KRISHABER. 

CRETIXISME ET GOITRE EXDEMIQUE. On designe sous le nom de 
cretinisme l une forme particuliere de degenerescence organique et intellectuelle 
liee aux conditions exterieures de certaines contrees dans lesquelles elle constitue 
unemaladie endemique. Nous ajouterons immediatement que 1 endemiedu creti 
nisme n existe pas en dehors de Tendemie du goitre, et que ces deux manifes 
tations morbides constituent, a des degres divers, deux termes d une meme affec 
tion ; le goitre est le degre initial d une degenerescence dont le cretinisme com- 
plet constitue le dernier echelon. L histoire du developpement de ces deux 

1 Parmi le grand nombre d appelations sous lesquelles les auteurs ont decrit cctte dege 
nerescence, c est celle de cretinisme qui a prevalue, mais on est loin d etre d accord sur To- 
rigine du mot. Les uns font deriver cretin du latin Creta, a cause du teint creiace des indi 
vidus, les autres, avec Fodere, croient a une simple corruption du mot chre tien, c est-a-dire 
bienheureux, cette derniere appelation servant en effet a designer les cretins dans certaines 
contrees. Dans les anciens ouvrag-es latins ils sont le plus souvent designes sous le nom de 
christiani. 

Dans diverses parties du midi de la France, les populations leur donnent aussi le nom de 
cagots, de capots ou de cafl os. 

Les Allemands les appellent Kretinen ou Blodsinige ; en Autriche, les designations les plus 
repandues sont : Trotteln, Gacken. En Italic, on les appelle gavas, cristianei, totola, en Suisse, 
Trissel, etc.; en Amerique, bovos, tontos. C est a dessein que nous passons sous silence un 
ires-grand nombre de synonymies moins populaires. 



CRETINISMS. 

phenomenes morbides etant identique, nous sommcs amenes a les ranger ici sous 
le meme titre, tout en nous reservant de trailer dans une autre partie de eel 
ouvrage, les questions afferentcs a 1 histoire du goitre au point de vue puremen 1 , 
anatomique et chirurgical (Voij. GoiinE). 

Le goitre endemique avail ete signale par les auteurs anciens, et meme le 
cre tinisme leur etait connu ; mais 1 etude approfondie de cette endemic sur unc 
base reellement scientifique ne commence que vers la fin du siecle dernier, a la 
fois en France, en Italie, en Allemagne eten Angleterre avec Fodere, Malaearne, 
Ackermann et Clayton. Depuis cette epoque, un nombrc considerable de mono- 
graphics, d articles de journaux, d ouvrages complets, de revues, de rapports, 
d ecrits de tous genres en un mot, ont mis cette grave question au grand jour. 
Des societes savantes de plusieurs pays en ont i ait 1 objet de discussions se- 
rieuses, et les gouvernements eux-memes ont temoigne leur sollicitude pour 
les populations frappees en ordonnant des enquetcs qui ont etc failcs sur les 
lieux par des commissions specialcs et competentes. Ces commissions onl dis 
pose de moyens d examen les plus larges, tous les hommes les plus eclaires dc 
chaque contree s etant mis volontiers a leur disposition pour fournir les ren- 
seignements pi*opres a eclairer leur jugcment. Nous aurons souvent a citer 
deux rapports importants provenant de commissions specialcs; la premiere, 
dite du Piemont, a ete institute par le roi de Sardaigne en 1848, la seconde, 
connue sous le nom de Commission franfaise, a publie son rapport, du a la 
plume de Tun de nous, en 1873. 

A cote de ces deux ouvrages, nous citerons comme nous ayant fourni des 

renseignements particulicrement precieux le livre de M. Saint-Lager publie en 

1867 et les monographies plus anciennes de Fodere, Seguin, Foville, Jlarchand, 

Savoyen etNiepce. Un grand nombre d indications isolees nous ont ete fournies 

par des monographies irangaises et etrangeres, et nous avons mis a contribution 

tous ceux qu il nous a ete possible de consulter direclcraent, nous rapportant 

pour les autres aux auteurs consciencieux que nous avons cites plus haul. 

L historique de la question a ete faite avec beaucoup de soins par M. Saint-La^er a 

qui nous avons emprunte la plupart des renseignements qui nous onl scrvi pour 

la redaction de la partie bibliographique de cet article. G est encore M. Sainl- 

Lager qui nous parait avoir le mieux explique les veritables cause de 1 endemie 

comprise deja avant lui : cet auteur a en effet apporle un contingent de faitg 

nouveaux tres-bien observes qui ont entraine la conviction dans presque tous 

les esprits. La commission francaise, a son tour, aajoute des fails tres-nombreux 

A ceux deja connus ; grace a des efforts venant de divers cote s et inspires par 

les memes convictions, 1 etiologie du cretinisme parait aujourd hui bien elucidee 

et c est la un point capital si Ton considere que la prophylaxie de cet etat morbide 

ne peut etre utilement appliquee que lorsqu on possede des notions etiolo- 

giques d une valeur incontestable. 

De toutes les races humaines du globe entier il n en existe pas une seule qui 
soit completement indemne de goitre et de cretinisme. Mieux etudiee en Europe, 
1 affection parait au premier abord y etre plus frequente que dans les autres 
contrees de la terre; c est cependant le contraire qu il faudrait admeltre selon 
quelques observateurs modernes. 

Glavigero, Th. Gage ont vu des goitreux parmi les Indiens depuis le Mexique 
jusqu au dela du Perou. Je trouvai, dit Th. Gage dans sa relation de voyage, 
le prieur de Sacapula accompagne de plusieurs Indiens du pays ; ils avaient 



148 CRETINISME. 

d enormes tumeurs au cou qu ils atlribuent a 1 usage de 1 eau de la riviere. 
An Bresil, suivant Aug. Sainl-llilaire et Luccock, le goitre n epargne ancune 
des trois races ; les Indiens, les negres et surtout les metis presenteraient ce- 
pendant plus souvent cette infirmite que les blancs. 

D apres Smith, au contraire, on voit plus de goitres, au Perou, parmi les 
blancs que parmi les Indiens. Brunei assure que dans la Republique Argentine, 
les gauchos, metis d Indiens et d Espagnols, presentent plus de cas de goitre 
que les blancs, les negres et les Indiens. Burton a vu des cretins parmi les In 
diens qui vivent pres de la baie Sandushy, vers la partie meridionale du lac 
Erie ; Praslow parmi les Indiens de la Californie ; Richardson parmi ceux des 
montagnes Rochcuses et du fort Edmonton. 

Le goitre ct le cretinisme sont endemiques a Borneo, Sumatra, Java, Ceylan; 
chez les peuples de race mongolique, dans le Kashgar, le Butan, 1 Assam, le 
Tipperah, le Nepal; en Chine, dans les montagnes du Kwang-Tong; chez les 
Bumates de la conlree a Test de Nertschinsk et au nord du lac Baikal ; chez les 
Tongouses, enlrc la Lena et le fleuvc Amour; enfin parmi ces peuples melanges 
d elements mongoliques et iinnois, des deux versants des monts Ourals. 

Le goitre et le cretinisme sont endemiques chez les Marocains de 1 Errif, les 
Berbers de quclques parties de 1 Atlas et des monts Aures, chez les Arabes des 
oasis; parmi les races negres, chez les Mandingues du Bambaur, et sur les 
deux versants des monts Kong. La dissemination de I enclemie goitreuse parmi 
les divers rameaux de la souche aryenne depuis 1 Inde en deca du Gauge jus- 
qn aux rivages occidentaux de 1 Europe est bien connue. 

Plusieurs auteurs sont d accord sur ce point, que parmi les habitants de 1 An- 
cien monde, ce sont les populations negres de certaines contre es de 1 Afrique qut 
fournissent le plus grand contingent a I endemie. 

En ce.qui concerne la race rouge Ilumboldt avail d abord emis 1 idee qu elle 
etait indemne de goitre et de cretinisme, mais il reconnut bientot son erreur et 
signala lui-meme 1 existencc frequente de 1 endemie dans les races indiennes de 
1 Amcrique et notamment dans celles qui habitent les hauts plateaux de Quito, 
Le cretinisme a ete constate aussi chez les Indiens du Nicaragua (Bernhart), 
Dans la Nouvelle-Grenade, Mollien pretend que les indigenes sont plus fre- 
quemment atteints que les habitants de race blanche. On a constate de nom- 
breux cas de cretinisme parmi les Indiens de la Californie et du nord de 
1 Amerique. Selon Aug. Saint-Hilaire et Luccock, le goitre serait plus frequent 
chez les metis des Indiens et des negres que dans les races pures non me- 
langees. 

En somme, les medecins americains et les savants en mission ont donne de tour 
cotes des descriptions suffisamment detaillees du goitre et du cretinisme pour 
qu on puisse en conclure qu aucune race n est a 1 abri du fleau, mais il nous 
parait insuffisamment prouvc que la race blanche soil plusepargnee que les au- 
tres. II est du reste a remarquer que les auteurs et les voyageurs se sont efforces 
d innocenter le plus possible la race ou la nation a laquelle ils appartenaient; 
cette tendance apparait non-seulement dans les vastes contrees du Nouveau 
monde, telles que I Amerique, ou Ion se trouve en face de grandes divisions d es- 
peces humaines, et en Europe lorsqu il s agit de nationalite s tres-diverses, 
mais encore dans un milieu plus restraint ou surgit la question des haines et 
des jalousies locales : Tel ecrivain anglais a voulu voir la cause dela degeneres- 
cence des blancs du Canada dans I lmmigration des Frangais ; tel auteur slave a 



CRETINISME. 

pretendu qu en StyriecesontlesAllemands qui ont propage I lnfirmite; un mcde- 
cin suisse affirme quo parmi les riverains des bords du lac des Quatre-Cantons, 
les descendants des Cimbrcs ont seuls resiste a 1 endemie. Dansle Tyrol, Allc- 
mands et Italiens se sont mutuellement accuses d etre les initiateurs du mal, et 
c est ainsi presque partout ou les habitants sont d origincs diverses. Mais la verite 
n est pas la. Les conditions organiques de 1 etre vivant sont etroitement liees a 
son milieu ambiant dont il subit I influence selon des lois qui ne peuvent encore 
etre rigoureusement definies, mais dont les elements commencent a nous etre 
connus. C est dans cette direction qu il faut porter nos investigations, et tous nos 
efforts doivent tendre, lorsqu il s agit de 1 etude d unc degenerescence ende- 
mique, a determiner le plus etroitement possible les relations entre les conditions 
physiques du monde exterieur et les modifications organiques de 1 etre qui les 
subit. 

Dans les contrees ou regne 1 endemie du cretinisme les animaux et quelque- 
fois les plantes meme degenerent, et par consequent subissent, en tant quVHiv 
organises, les influences nuisibles de leur milieu. 

Nous possedous sur le goitre des animaux un grand nombrc de documents 
Aristole, Columelle, Pline, Galien, Aetius, avaient remarque que les cochons 
sont sujets a rengorgement des glandes du cou. Galien s cxprime ainsi : 
Graeci strumas appellant (yotyarJss) a porcis (xoiyo?) in quoram gutture adc- 
nosi quidam tumores reperiuntur. D apres Paul d Egine le mot x ot ?5 vient 
en effet de ce que les strumes sout fumiliercs aux pores. 

Le goilre des cbiens et des pores a e te observe dans differentes contrees. Keys- 
sler 1 a vu dans le pays d Aoste, Goxe dans le Valais, Fodereen Maurienne, Ray 
mond et Rey dans le Lyonnais, Tallard dans la Meurthe, Delafond dans les en 
virons de Paris, Verdeil dans le canton de Vaud ; Garro, Prevost et Vicat 1 ont 
observe dans le canton de Geneve, Mac-Clelhmd a vu des cbiens et des chats 
goilreux sur les rives du Gange et de ses affluents. 

Dans 1 espece bovine le goitre a ele signale par Vieillard, Moretin, Prevost et 
Guerdan. Les medecins autrichiens, piemontais et russes, en ont egalement pu 
blic de nombreuses observations. 

Gustave Radde a observe des antilopes goitreuses en Siberie, pres des fron- 
tieres de la Chine, vers le Dalai-Nor, sur les rives affluents du fleuve Amour. 
Cet autcur a era meme pouvoir decrire une espece nouvelle sous le nom d*an- 
tilope (jidturosa, 

Campbell a vu pres de Behar et de Tirvat, 25 chevres et agneaux affec- 
tes de goitres, Bramley rapporte qu on observa, en 1821, cctte tumeur sur les 
chameaux, a Purneah. 

M. Saint-Lager, a qui nous empruntons ces details historiques, ajoute que les 
medecins russes ont vu des chevaux goitreux dans la con tree dont il vient d etre 
question et dans le gouvernement d Oloneiz. Les medecins ont egalement con 
state le goitre chez les chevaux dans le Guatemala et dans I Ainerique cen- 
trale. D aulres, aux Etats-Unis, au Bresil, dans la Republique argentine; 
Duchesne en Carinthie, Keyssler dans le pays d Aoste, Tallard et Rougieux dans 
le departement de la Meurthe, Mayor et Vicat dans le canton de Geneve. Vicat a 
rencontre dans 1 espace de six ans, 25 chevaux goitreux. 

L un de nous (M. Baillarger) a vu dans plusieurs localites de la Maurienne, a 
Aiguebelle, Saint-Jean, Saint-Michel, Modane, des mulcts goitreux ; dans une 
ccurie de Modane, sur 20 mulcts, 19 etaient goitreux. Peronnet et Lecoq ont 



150 CRETINISME. 

trouve en Savoie, sur 60 mulets, 28 goitreux; sur 45 chevaux, 15 goitreux; 
Pellat, a 1 tisine d Allevart a trouve 47 mulets goitreux sur 55. 

En ce qui concerne le cretinisme, on a fait peu d observations sur les animaux. 
Raymond a vu des chiens goitreux dans un etat de stupidite comparable a 
1 idiotisme. La meme degradation a ete observee sur des cbiens et des chevaux. 
M. Saint-Lager a interroge quelques individus ayant vu ou possede des. 
animaux goitreux en Savoie, en Suisse et en Piemont, et il a constate que ces 
animaux prennent le poil rude et terne, la voix rauque, Tome obliteree; i]s 
deviennent indolents, et quelqucs-uns arrivent a un etat de torpeur qu on ne 
peut s empecher de comparer au cretinisme. C est un sujet peu connu et 
digne de fixer 1 attention des veterinaires. 

Tout dernierement nous avons fait (M. Krishaber) 1 autopsie d un chien 
atteint d un enorme goitre endemique multilobe. Comme on le voit les observa 
tions .d animaux goitreux ne sont pas rares et on en trouvera un certain nombre 
dans les recueils de medecine veterinaire. 

En verite, la beaute de formes, la puissance et 1 activite vitales sont conside- 
rablement amoindries sur tout ce qui vit dans les contrees endemiques; tous 
les produits de la nature portent pour ainsi dire le signe de la decheance. 11 
n est pas jusqu aux O3ufs des oiseaux de basse-cour, jusqu aux fruits et aux 
cereales qui ne soient degeneres. Rappelons seulement afm de borner notre 
etude a 1 espece bumaine, que tous les voyageurs ont pu remarquer que 
dans les contrees ou existent de nombreux cas de goitre, le type s amoindrit. La 
taille devicnt plus petite, le corps est trapu, epais, la tete volumineuse, les 
pommetles saillantes, les yeux eloignes 1 un de 1 autre, et tout 1 exterieur des 
habitants rappelle a un degre quelconque la description que nous avons donnee 
du type du cretin (voy. ce mot). 

Cette degenerescence signalee par plusieurs auteurs, est decrite de la maniere 
suivante par le rapporteur de la Commission du Piemont : 

Les habitants des lieux ou les causes d insalubrite sont en plus grand 
nombre et ou elles sevissent avec plus d intensite, ont presque tous un aspect 
cachectique ; les ecrouelles et le rachitisme y sont assez frequents. La plupartont 
1 ossature enorme, une tete volumineuse, les articulations des extremites infe- 
rieures d une grosseur extraordinaire, ce qui peut dependre de leur exercice 
continuel a la montee et a la descente. lls ne parviennent point a une taiile 
elevee. Un bon nombre d entreeux ont le goitre, et ceux qui en sont exempts ont 
le cou gros et empate.Leur figure presente quelque chose de grossier et d aplati; 
ils ont les zygomes saillants et les yeux ecartes, de telle sorte que leur physio- 
nomie presente plus ou moins un aspect stupide. 

Ferrus, apres avoir cite un passage de la Commission du Piemont ajoute : 
Qui, dans ce tableau peut meconnaitre une idiosyncrasie bien tranchee? Qui 
n y reconnai trait au contraire les elements primitifs de la maladie, repandus 
dans la population tout entiere ? La commission se prononce pourtant avec une 
certaine timidite, ou plutot elle ne fait pas sentir suffisamment a quel point 
les racines profondes et les traits essentiels du cretinisme ressortent du tableau 
qu elle a trace. Qu est-ce done, pour une population, que Taplatissement de la 
figure, la saillie des pommettes, 1 etrange ecartement des yeux, et 1 aspect plus 
ou moins stupide des physionomies? Plus loin, Ferrus ajoute : Le cretinisme 
n est pas, on le voit, un fait accidentel, isole, sans correlation avec les disposi 
tions generales des populations. Les causes determinantes peuvent avoir, sans 



CRETINISME. 

doute, une certaine influence sur les cas qui se manifested ; mais la source du 
mal est plus profonde, plus enracinee. II n y a point seulemcnt la des cretins 
a trailer, mais une population entiere, d une maniere soutenue et par tous les 
modificateurs generaux. Ce fait constitutionnel de cretinisme, eparpillant en 
quelque sorte ses traits affaiblis et diffus sur 1 ensemble des habitants, la ou 
1 endemie est active, et ou ses racines sont profondes, est digue de toute 
attention. 

M. le docte.ur Marchant, en meme temps qu il etudiait avec soin le goitre et 
le cretinisme dans les Pyrenees, n a pas manque de porter son attention sur les 
caraeteres que presentaient les populations. II les a divisees sous cc rapport, en 

deux categories. 

Ilclasse dans la premiere les habitants deshautes vallees qui se distinguent, 
dit-il, moins par leur stature elevee, que par les proportions parfaites qu ils 
presentent dans le corps et les membres. Dans la deuxieme categoric, il 
place les habitants des vallees inferieures ou regnent le goitre et le creti 
nisme. 

II s en faut de beaucoup, dit M. Marchant, que les Pyrencens de la seconde 
cate gorie pre sentent Jes avantages physiques que nous avons vus caracteriser les 
habitants des valle es superieures. Tout, au contraire, chez eux, annoiice une race 
d hommes dege neree. Leur tailleest generalement au-dessous dc la moycnne; et 
les membres disproporlionnes donncnt a leur personne uneapparencc commune 
et malpropre. Les jambes de ces montagnards sont courtes et grosses, tandis 
que leurs extremites thoraciques semblent avoir une longueur demesuree ; leurs 
pieds sont plats, larges et tres-gros, ils sont fortement debordes en arricre par 
le calcaneum qui, a en juger par la largeur du talon, serait en meme temps 
plus etendu transversalement chez ces individus que chez ceux de la premiere 
categoric. Leurs mains sont courtes et terminees par des doigts tres-gros et peu 
mobiles dont les extremites ungueales tres-larges semblent prcsque toutes finir 
au meme niveau ; quelquefois un, deux, ou plusieurs des doigts sont propor- 
tionnellementplus courts que les autres. Quant au visage de ces Pyreneens, il 
est large, court, tres-plat et surtout remarquable par la saillie des os malaiivs 
et la longueur des arcades zygomatiques ; leur bouche, entouree de levres 
epaisses et pendantes, est desagreablement ouverte entre un nez epate et un 
menton court et arrondi, fuyant en has eten arriere, et qui est ombrage par une 
barbe rare quoique grosse, et d une couleur le plus souvent rousse. Leur crane, 
moins volumineux que celui que nous avons observe chez les montagnards de la 
premiere categorie, manque toujours de symetrie et presente des degradations 
saillantes ; ainsi le front est has, deprime sur les cotes, la voute cranienne, sans 
hauteur, parait exclusivement constitue e par sa base. Une chevelure epaisse 
recouvre le couronriement de ces individus difformes; etce n est qu apres avoir 
pris 1 habitude de palper toutes les tetes que nous nous sommes bien rendu 
compte de leur irregularite. 

C est dans cette partie de la population, dont le temperament est generale 
ment lymphatique, que les goitreux et les cretins se trouvent presque exclusi 
vement; on pent meme ajouter que les individus qui sont epargnes de la 
premiere de ces affections ont tous, en general, le cou tres-gros et tres-court. 
C est encore parmi les Pyreneens de cette categorie, que Ton observe le grand 
nombre de sourds-muets et de scrofuleux, que nous retrouverons plus tard dan s 
lijs villages etles families de cretins. 



152 CRETINISME. 

On peut alors observer, chez un grand nombre d individus, des signes isoles 
de cretinisme. Ces signes, bien que tres-divers, sont faciles a saisir ; chez 1 un, 
ce sont les traits du visage qui rappellent ceux des cretins; chez I autre, la pe- 
titesse de la taille; chez un troisieme, la conformation du corps, puis 1 imper- 
fection des sens ou de la parole, etc. 

On constate, en outre, dans les families, des fails de deux ordres tres-diffe- 
rents : dans lesunes, il y a tendance a la degenerescence dont les traits s accen- 
tuent de plus en plus ; dans les autres, au contraire, une tendance au retour 
vers 1 etat normal. 

Ces diilerents effets se produisent suivant les alliances et les conditions d ai- 
sance on de misere, etc. On rencontre souvent des individus dont le corps est 
svelte et bien conforme, mais qui conservent encore des caractercs de cretinisme 
dans les traits du visage et dans la conformation de la tete. Ces derniers carac- 
teres semblent, en general, ceux qui se transmettent le plus longtemps dans les 
families. 

Aux signes physiques de Ja degenerescence se trouve le plus souvent reuni 
1 abaissemcnt du niveau intellcclucl, et il est inutile de s arreter longuement sur 
cette question qui a etc traitee par les auteurs et par nous-meme a 1 article 
Cretin. 

Rapports entre le goitre et le cretinisme. La coexistence du goitre et du 
cretinisme a du de tout temps frapper les observateurs, et, en effet, dans tous 
les ccrits sur ce sujet, on la trouve signalee. Mais c est a Fodere que revient 
I lionneur d avoir le premier compris la loi qui lie 1 une a I autre ces deux ma 
nifestations morbides et d avoir etabli cette loi que le goitre est le premier 
degre d une degenerescence dont le cretinisme est la dernierc expression 
(Fodere, Traite du goitre et du cretinisme, germinal an 8). Et cependant pros 
d un demi siecle plus tard, la Commission du Piemont arrive a des conclusions 
presque diametralement opposees a celles de Fodere . Cette Commission admet 
bien qu un bon tiers des cretins sont atteints de goitre, que des enfants, dont 
le developpemcnt revele le stigmatc du cretinisme, sont atteints frequemment 
d un rudiment de goitre des leur premier age ; mais elle ajoute que beaucoup 
de cretins sont depourvus de goitre, que le volume de celui-ci n est pas en 
relation directe avec le degre du cretinisme et que, d autre part, on rencontre 
des individus goitreux non cretins. Ces propositions sont parfaitement exactes, 
mais nous ne pouvons en dire autant de la conclusion qu en tire la Commission, 
lorsqu elle pretend que le goitre ne constitue pas un symptome essentiel de cre 
tinisme et que la coincidence de ces deux phenomenes morbides est purement 
accidentelle. A cette opinion se sont ranges cependant bon nombre d auteurs 
parmi lesquels nous citerons en France : Ferrus, Koeberle, Moretin et quel- 
ques autres. 

Nous allons examiner les arguments qui ont ete mis en avant par les par 
tisans de celte opinion, et plus particulierement par la Commission du Pie 
mont. 

Apres avoir rappele 1 opinion qui tend a rattacher le goitre au cretinisme par 
les liens etiologiques et pathologiques les plus etroits, le rapporteur de cette 
Commission s exprime ainsi : Si Ton considere qu il se trouve des cre 
tins entierement prives de goitre; que le degre du cretinisme n est pas toujours 
en raison directe du volume de la tumeur ; qu enfm on rencontre des individus 
portant un goitre volumineux sans presenter le moindre indice de cretinisme, 



CRETINISME. 155 

il est permis de conclure que le goitre ne constituc pas un symplome essentiel, 
mais qu il forme une concomitance purement accidentelle de cette triste dege 
neration. Et plus loin il ajoute : Le goitre endemique dans les pays de 
montagncs existe par lui-meme ; il a des causes qui lui sont propres, il se de- 
veloppe et progresse sans etre ni la cause ni 1 efiet du cretinisme. II y a des 
regions dans lesquelles les habitants en sont presquc tous affectes sans qu il se 
trouve parmi eux des traces de cretinisme, et cette circonstance se rencontre 
surtout a 1 entree des vallees. 

Ges deux passages tendent a etablir entre le goitre et le cretinisme une sepa 
ration complete, et 1 auteur, comme on le voit, ne regarde la reunion frequent e 
des deux maladies que comme une simple coincidence. 

Ferrus semble avoir admis jusqu a un certain point une communaute d ori- 
gine entre le goitre et le cretinisme; neanmoins il doit etre range parmi les 
advcrsaires de la doctrine de Fodere. Apres avoir rappele que le goitre se 
trouve souvent chez des sujets d une sante parfaite et d un esprit developpe, il 
ajoute : Quelle que soil la distance que cette condition vraiment majeure 
mette entre le goitre etle cretinisme, il est convenable de se demander, si toutes 
les fois que la premiere affection existe, il y a, sinon commencement de cn -ii- 
nisme, du moins tendance a cette affection. En rcpondant nettement par 1 afh r- 
mative, je ne demens rien de ce que j ai avance sur la diversite des deux etals. 
Voici pourquoi : Suivant la definition que j ai proposee, le cretinisme consiste- 
rait dans une hydrocephalie diffuse ou dans un cedeme cerebral. Taut que cette 
maladie ne s est pas nettement dessinee, les individus atteints de goitre restent 
dans les conditions des habitants de la contree deja placee sous la dependance 
de la constitution generale qui predispose au cretinisme et peut y conduire. Le 
cre tinisme ne commence reellement que la ou le cerveau est modilie dans sa 
contexture ou tout au moius comprime par la serosite. C est a ces modifications 
organiques, qu il faut e galement rapporter, comme effets consecutifs, certains 
arrets de developpemcnt, les alterations osseuses elles-memes, 1 obtusion 
des sens, en un mot, tous les grands phenomenes de la maladie. Les goitreux, 
dans les localites endemiquement cretineuses, sont disposes, pour ainsi dire, 
au cretinisme, comme les temperaments sanguins le sont aux phlegmasies et 
les constitutions appauvries aux scrofules. 

Cette derniere phrase ne semble laisser aucun doute sur I opinion de Ferrus. 

II y a bieu loin, en effet, de la doctrine qui tendrait a faire admetlre que les 
goitreux sont disposes au cretinisme, comme les temperaments sanguins le sont 
aux phlegmasies, a celle qui tend a etablir ce fait capital, que le goitre et le 
cretinisme sont deux manifestations d une seule et meme cause spe cifique. 

M. Koeberle s est prononce sur cette question d une facon plus precise que 
Ferrus, et il separe completement, ainsi que la Commission du Piemont, le 
goitre du cretinisme. On a des longtemps remarque, dit-il, que le goitre 
tait tres-commun dans les pays ou le cretinisme est endemique, et que de nom- 
breux cretins etaient affectes d un goitre plus ou moins volumineux. Partout 
on a rattache le goitre au cretinisme, et on a conside re les etats morbides 
comme etant plus ou moins inseparables et comme derivant des memes causes. 
Or, pour prouver qu il n en est pas ainsi, 1 auteur cite les statistiques de 
la Commission sarde et de M. Billet. La premiere constate que pour 
21841 goitreux il n y avait que 7084 cretins dont 5913 settlement etaient si- 
gnalcs comme affectes de goitre. D apres la seconde, dans le diocese de Mau- 



154 CRETINISME. 

rienne, on aurait trouve 4010 goitreux n offrant aucune trace dc cretinisme, et 
1577 cretins dont 296 n etaient point goitreux, d ou Ton pouvait conclure que 
le goitre existe tres-souvent sans le cretinisme et tres-souvent aussi le creti 
nisme sans goitre. Si Ton rencontre en general des goitreux dans les localites 
ou le cretinisme est endemique, ajouteM. Koeberle, I affection goitreuse, d autre 
part, est tres-repandue dans un grand nombre de localites ou le cretinisme est 
inconnu et ou elle atteint les individus les mieux conformes du reste, et les 
plus intelligents, sans que, depuisune longue serie de generations, les goitreux 
aient engendre des cretins. Enfin, ajoute-t-il encore, les simples idiots et 
les imbeciles sont parfois communs dans des localites ou Ton n observe ni cre 
tins, ni goitreux. Dans les pays ou regne le goitre, les imbeciles et les simples 
idiots peuvent en etre atteints sans que leur conformation corporelle presente 
alors les caracteres du cretinisme. Par consequent, le goitre n existaut que chez 
la moitie des cretins et se trouvant tres-repandu chez les individus intelligents 
et chez les idiots qui ne presentent pas les caracteres du cretinisme, il en re- 
suite que le goitre ne pent etre considore comme un attribut de cette degene- 
rescence, et que 1 idiotisme complique de goitre n est pas necessairement creti- 
nique; l idiotisme simple, le cretinisme, I affection goitreuse, sont des e tats 
morbides distincts, independants, mais qui peuvent se trouver associes. 

Moretin emet la meme opinion peut-etre meme plus energiqucment ; cet au- 
teur assure qu on voit dans certains villages le goitre se perpetuer depuis les 
temps les plus recules, sans avoir la moindre tendance a degenerer en creti 
nisme. Plus loin, il va meme jusqu a pretendre que les observateurs modernes, 
parmi ceux qui n ont pas fait seulement de la science dans le cabinet, mais 
qui ont explore les contrees a goitre et a cretinisme, sont unanimes pour se pa- 
rer ces deux affections. 

Parchappe s est moins nettement prononce que les auteurs qui viennent 
d etre cites. Neanmoins les passages qui suivent prouveront qu il etait bien pres 
de partager 1 opinion de la Commission du Piemonl : Sans contester, dit-il 
en aucune sortela realite et 1 importance des affinites qui existent entre le goitre 
et le cretinisme, j ai exprime 1 opinion que ces deux maladies different essen- 
tiellement par leur nature pathologique, et que pour parvenir a perfectionner 
la science, en ce qui concerne ces deux affections, il est indispensable de sou- 
mettre chacune d elles a une etude distincte non-seulement au point de vue 
pathologique, ce qui a ete deja fait, mais encore et surtout au point de vue 
etiologique, ce qui est a faire. Un peu plus loin, 1 auteur s exprime de la facon 
suivante. Des considerations pathologiques, dont la valeur ne saurait etre 
niee, ne permettent pasde confondre, en une meme maladie, le goitre qui se 
produit habituellement apres la naissance a la maniere d unc maladie et le cre 
tinisme, qui se presente essentieliement sous la forme d une infirmite conge- 
niale; entre ces deux affections, on- a pu admettre pour elles une sorte de com- 
munaute etiologique, il n en est pas moins vrai que les questions a resoudre 
pour chacune d elles presentent de tres-reelles differences, sous le triple point 
de vue statistique, etiologique et prophylactique a embrasser dans une enquete. 

Pour appuyer son opinion, Parchappe a surtout insiste sur ce fait qu il 
y a des contrees ou le goitre existe sous la forme endemique" dans des propor 
tions considerables et ou le cretinisme est inconnu ou ne se manifeste que ra- 
rement et tres-secondairement, tandis qu il y a d autres contrees, au contraire, 
ou le cretinisme se presente, au milieu de populations plus ou moins atteintes 



CRETINISME. 

par le goitre, comme un mal dominant par sa graviteet meme parsa frequence. 

Pour demontrer ce fait, Parchappe a reuni dans des tableaux, d une part, les 
localites on le goitre regnerait a 1 etat endemique sans qu on y obscrvat le cre- 
tinisme, et, d autre part, celles ou cette derniere maladie existerait sans qu il 
y eut de goitreux. 

Ces citations suffisent pour demontrer 1 existcnce de la doctrine qui tend a 
faire du goitre et du cretinisme deux affections tout a fait distinctes, en meme 
temps qu elles font connaitre les principaux arguments sur lesquels on s appuie 
pour la soutenir. Ainsi le goitre et le cretinisme seraient deux affections essen- 
ticllement distinctes par leur nature pathologiquc, et entre lesquelles il existe 
tout au plus une sorte de communaute etiologique. 

L opinion opposee ne manque pas non plus de partisans, et il faut mention- 
ner au premier rang Fodere, deja cite souvcnt, Tourdes, Morel, CUabrand et 
Fabre. 

D apres Fodere, le cretinisme ne se Irouve que la ou il y a du goitre; il marche 
de pair avec cette maladie : Je presume, dit-il, qu il n eu est que 1 effet 
immediat, ayant pour cause eloignee la mcme que le goitre. Ailleurs 
encore il ajoute que o la propagation du cretinisme suppose toujours des parents 
goitreux. Enfin le memo auteur assure que les parents, qui out un goilre un 
peu considerable, out loujours le malheur d avoir des enlants atli ints, a un degre 
quelconque, de cretinisme. D apres cet auteur le lien qui unit les deux m;i In 
dies serait done, comme on le voit, des plus etroits. 

M. le profcsseur Tourdes, adopte 1 opinion de Fodere; il pense que le goitre 
et le cretinisme sont dus a 1 influence des memes causes, ce qui lui parait sur- 
tout demontre par 1 influence de 1 heredite Gette heredite, dit-il, est une des 
preuves les plus evidentes dc la communaute d origine et de nature que pre- 
sentent ces deux affections. 

Morel admet a son tour que le goitre et le cretinisme sont unispar les liens etio- 
logiques et pathologiques les plus etroits : Tous les pays qui renferment des 
cretins, possedent, dit-il, des goitreux, et on ne pourrait alleguer aucunexemple 
a 1 encontre de ce fait. L observation attentive des faits prouve que le goitre est 
la premiere etape du cretinisme. Dans les contrees ou le goitre est endemique 
on peut deja distinguer sur la figure des individus les premiers lineaments du 
cretinisme: levres plus grosses, nez largement epate, arcades zygomatiquesplus 
saillantcs, marche alourdie, torpeur plus grande de 1 intelligence. 11 y a dans 
ces milieux, predominance du temperament lymphatique; il n est pas rare d y 
rencontrer des individus affliges de bernies, de surdile, elc., etc. Plus loin 
Morel ajoute : Gette maniere de considerer 1 evolution du cretinisme n est 
pas une simple notion speculative; si le cretinisme est 1 evolution a travers les 
generations d un element morbide dont les ascendants portaient le gcrme en 
eux et qui avait altere leur constitution, il est de toute evidence que ce n est 
pas centre le cretinisme qu il faudra dirigcr les moyens de traitement, mais 
centre le mal dont le cretinisme est le terme ullime. Or cemal, dit 1 auteur, 
est le goitre; non pas que les termes goitre et cretinisme soient synonymes, 
car on peut etre goitreux sans etre cretin, mais il y a entre ces deux etats un 
lien de parente qui nous fixe irrevocablement sur la direction a imprimer aux 
recherches etiologiques et aux applications therapeutiques. 

Gomme on le voit, Morel ne defend pas seulement ici, la doctrine de Fo 
dere, il en fait entrevoir les consequences au point de vue de la propbylaxie. 



156 CRETINISME. 

Si on admet, en effet, que Ic cretinisme n est qne le degre le plus grave d une 
endemic dont le goitre marque le debut, c est evidemment contre cette premiere 
manifestation qu il faut s empresser de reagir. 

D apres M. Chabrant, dans les Hautes-Alpes, au moins, on pourrait mvo- 
quer 1 opinion populaire en faveur des rapports du goitre et du cretinisme. 
La relation qui unit entre elles ces deux affections est, dit-il, si evidente 
qu elle n echappe pas meme aux habitants de nos montagnes. Demandez-leur, 
par exemple, comment il se fait que, dans telle ou telle famille on trouve des 
enfants entaches de crelinisme, tandis que le pereet la mere paraissent bien 
conslilues et sains. Us ne manqueront pas de vous repondre que parmi les 
ascendants qu ils ont connus, il y avail des goitreux. 

Au nombre des auteurs francais qui ont professe les memes opinions sur ce 
point, on peut encore citer de Rambuleau, Esquirol, Boussingault, Bouchardat, 
Fabre de Meronne et Savoyen. 

II resulle, comme on le voit, de toutce qui precede, qu il cxiste bien reelle- 
ment deux opinions tres-differentes sur les rapports du goitre et du cretinisme, 
et que chacune d ellcs a ete et est encore soutenue par des auteurs dont 1 auto- 
rite ne saurait etre mcconnue. 

II est aise de comprendre combien il est important d elucider cette question 
alaquelle serattache si intimement 1 etiologie, la prophylaxie et meme le traite- 
ment de 1 endemie qui nous occupe. II est en effet certain qu il ne peut exister 
aucun moyen d action sur la degenerescence arrivee au dernier degre ; le creti 
nisme complet echappe necessairement a tout traitement curatif ; mais il n en 
est nullement ainsi de la premiere manifestation de 1 endemie du goitre, et il 
est de la plus haute importance de demontrer par des fails irrefragables si, 
comme le veut la Commission du Piemont, il n existe aucune relation entre 
ces deux etats morbides, ou bien si c est la theorie inverse qu il convient d adop- 
ter avec la plupart des auteurs modernes. La question est done de savoir si en 
rencontrant dans une contree le goitre, on agit indirectement sur le cretinisme 
en enrayant sa marche et sa frequence, et si Ton peut esperer, en faisant dispa- 
railre plus ou moins completemenl le goitre dans une contree, diminuer consi- 
derablement ou meme supprimer totalement la degenerescence cretinique. 
C est cette derniere opinion qui est la notre; elle a ete formulee et amplement 
motivee par Tun de nous, dans le rapport dc la Commission franc. aise que nous 
avons deja cite et sur lequel nous aurons frequemment a revenir. 

Ce long expose des diverses theories qui ont ete emises par nos predecesseurs, 
pour ou contre la theorie unitaire, nous permet maintenant de rechercher les 
causes d erreur qui ont pu se glisser dans les travaux des auteurs et surtout 
dans les recherches de la Commission du Piemont. 

Nous dirons d abord que cette Commission n avait ete inslituee que pour 
1 etude du cretinisme ; elle a en effet donne une description du cretin qui peut- 
etre considere comme classique et la plus complete que nous ayons rencontree 
dans les auteurs ; mais cette Commission ne s etait occupee du goitre que d une 
facon incidente ; elle a fait bon marche des fails qui lui ont ete communique s 
au sujet du goitre et dont 1 etude attentive Taut-ait certainement conduite a des 
considerations diamelralement opposees a celles qu elle a formulees. Voici de 
quelle facon cette Commission a precede : Elle redigea d abord deux circulaires; 
1 une, relative au cretinisme et formant une espece de questionnaire, fut adres- 
see aux cures de toutes les localites qui furent invites a se munir des rensei- 



CRETINISME. 



157 



gnements que pourraient leur fournir les syndics ; un autre releve fut envoye 
aux medccins des diverses provinces dont on attendait, avec plus de raison, des 
eclaicissemenls plus precis et plus etendus. Cette organisation eut pour resultat 
que les medecins cnvoyerent des memoires plus ou moins developpes, tandis 
que les ecclesiastiques, auquel pareil travail ne pouvait etre demande, se borne- 
rent a remplir les colonnes des tableaux qui leur avaient etc soumis. Or il se 
trouve qu il y a dans ces contrees, comme dans beaucoup d autres, une dispro 
portion considerable entre le nombre des medecins et celui des cures, chaque 
localite ayant un desservant tandis qu il est bien loin d en etre de meme pour 
les medecins. G est ainsi que de la province d Aoste, la Commission recut 84 
tableaux rediges par les cures, tandis que les me decius n avaient envoye que 
onze memoires ; les proportions ctaient sensiblement les memes dans les autres 
provinces. Or il n est nullement necessaire d etre verse en medecine pour con- 
stater ce que tout le monde peut voir, un goitre saillant, il n en est pas de meme 
lorsqu il s agit de constater une tumefaction tres-peu prononcee de la glande 
thyroide, telle qu elle existe le plus souvent sur le vrai cretin. Nc doit-on ]ias 
admettre que les ecclesiastiques aient souvent neglige de remplir la colonne 
affectee a la designation du goitre, par cette indifference que Ton rencon 
tre chez les habitants, memes eclaires, d une contree ou 1 inlirmite du goitre 
est particulierement repandue. L enquete de la Commission franchise contient 
sur ce point des revelations irrefutablcs et de la plus haute importance. Pour 
onze communes dans lesquelles, d apres la Commission du Piemont, il y aurait 
eu sur 4957 habitants, 151 cretins, il ne se serait pas trouve un seul cas 
de goitre; or la Commission francaise a constate, vingt ans plus tard, que ces 
memes communes comptaient un nombre beaucoup plus considerable degoitreux 
que de cretins. Voici le tableau comparatif entre 1 enquete de la Commission du 
Piemont et cclle de la Commission frangaise. 



DEPARTEMEiNT DE LA SAVOIE 



NOMS DES COMMUNES. 


ENQUETE 

SARDE. 


POPULATION. 


ENQUfiTE 

FIUNCAISE (1864). 


CRETINS 


^ 

Total. 


Goitreux. 


Cretins 
et 
idiots. 


avec 
goitre. 


sans 
goitre. 


1 Detrie . ... . . 


1 



14 

8 



5 
50 
2 


6 
5 

8 




6 
o 
26 
6 
5 
3 


7 
5 
8 
14 
11 
6 
5 
26 
11 
55 
5 


291 
1325 
1901 
512 
456 
561 
667 
894 
792 
lOio 
989 


5 


28 

9 
1-2 
10 
88 
80 
24 
1 


4 
2 
5 

10 
5 
9 
18 
22 
8 
6 












7. Notre-Dame-du-Pre 






10 Pralognan 


11 Saint-Bon 




80 


11 


151 


9451 


257 


87 



158 CRETINISME. 

La Commission franchise, a ajoute le nombre d idiots aux cretins, ce qui a 
porte le chiffre total a 87 ; or le goitre est beaucoup moiiis frequent chez les 
idiots que chez les cretins, ce qui donne une valeur d autant plus grande au 
chiffre eleve de goitreux rencontres dans ces onze communes. 

Si une erreur materielle n avait etc introduite dans la science par 1 organisa- 
tion defectueuse de la Commission du Piemont, il ne se serait probablement 
jamais trouve un autcur serieux qui eut emis une opinion diametralement en 
opposition avec les faits. II nous parait par consequent inutile d insister da- 
vantage sur la refutation de la doctrine quc nous relatons ici, et qui avail ete 
soutenue par Parcliappe. Les arguments de cet auteur avaient ete empruntes au 
rcleve de la Commission du Piemont, et s appuyaient surtout sur la pretentlue 
non-existence de goitreux dans les onze communes du tableau ci-dessus qui 
comptait 151 individus atteints de crelinisme. Parcliappe avail en effel presents 
a la Commission francaise un tableau puise dans les travaux de la Commission 
sarde, et danslequcl il avail reuni un assez grand nombre de communes exemptes 
du goitre et ofi regnait le cretinisme. Ces communes sont au nombre de 42. 

Ce qui frappe tout d abord dans le tableau de Parcliappe, c est que dans les 
42 communes indiquees, il y en a 17 qui ne renfermenl que 1 ou 2 cretins sett 
lement, et 10 qui en out moins de 5. II semble qu il n y ait pas lieu de tenir 
compte de ces 27 communes situees dans les contrees ou le goitre et le creti 
nisme sont endemiques. On comprend, en et fet, que ces cas isoles de creliniMiic 
peuvcnt etre ici expliques soil par le deplacement de quelques families, soil par 
1 influence de 1 heredite, et plus encore par la confusion qui peut s etre fait 
entre 1 idiotismc et le cretinisme. II n y a done en realite dans le tableau de 
Parcliappe que 15 communes appartenant aux departements de la Savoie et dela 
Haute-Savoie, dont le recensement tiendrait a prouver que le cretinisme peut 
exister isole ment a 1 etat endemique. Ces communes sont celles de Detrier, 
Saint-Gervais, Servoz, Mont-Rond, le Bourget, Hauteville, Notre-Dame-du-Pre, 
Thorens, La Cote d Aime, la Saulce, Ilautecour, Pralognan, Montmelian Saint- 
Bon et Mongirod. 

L enquete de 1864 n ayant fourni aucun reuseignement et, par consequent, 
aucun moyen tie controle sur les communes de la Saulce, Thorens, Servoz et 
Saint-Gervais, il ne reste en realite que 1 1 communes, lesquelles, d apres l en- 
quete sarde, conliendraient, nous 1 avons deja dit, 151 cretins sur 9457 habi 
tants, c est-a-dire une proportion de plus de 1 1/2 pour 100, et cela sans qu il 
y cut un seul cas de goitre. Ce fait assurement aurait une grande importance 
au point de vue de la solution de la question; mais 1 enquete de 1864 ade- 
montre qu il n est point exact. 

II resulte, en effet, du tableau que nous venons de reproduire et qui pre sente 
reunis les resultats de 1 enquete sarde et ceux de 1 enquete francaise de 1864, 
que les 11 communes citees plus haul au lieu de 151 cretins sans un seul 
goitreux, conliendraienl aucontraire 257 goitreux et87 cretins seulement. 

La loi de Fodere se confirme done d une maniere absolue : 1 endemic de cre 
tinisme n existe jamais en dehors de rendemie goitreuse el cette existence con- 
stante conslitue un des arguments les plus puissants en faveur de la theorie 
unilaire que nous soutenons ici. 

Un autre argument non moins important est a tirer des rapports de 1 here- 
dile entre le goitre et le cretinisme. C est encore Fodere qui avail le premier 
formule cette observation que les parents goitreux transmettaient a leurs 



CRETINISME. 159 

enfants la predisposition du goitre et du cretinisme et que dcs parents at- 
teints de goitre wlumineux engendrent des enfants cretins a differents degres. 
Fodere ajoute meme ^u il n existe pas de cretins chez les ascendants desquels 
on ne puisse constater 1 existence du goitre. 

D excellents observateurs, comme Marchant, Clmbrot, et plusieurs autres 
que nous aurons 1 occasion de citcr plus loin out continue les explications de 
Fodere en les precisant par des chifires. 

M. Marchant qui s est beaucoup occupe de I heredite admet comme parfaite- 
ment demontree la transmission du cretinisme par des parents goitreux. Apres 
avoir rappele 1 opinion de Fodere et cite un assez grand nombre de families 
dans lesquelles la transmission du cretinisme a eu lieu d une maniere directe, 
il fait remarquer que dans les cas ou rheredite directe n a pu etre conslatee, 
les enfants cretins etaient nes de parents goitreux. 

Plus loin encore il ajoute : Nous aurions pu appuyer les observations faites 
par Fodere par de nombreux exemples, si nous avions eu lout autre but que 
celui de prouver que le cretinisme etait une affection hereditaire. 

M. Chabrot, assure que dans les Hautes-Alpcs cette transmission par les 
parents goitreux est une opinion populaire. Get auteur ajoute (pie, quand le 
pere ou la mere d un enfant cretin sont excmj)ts de goitre, on ne manque pas 
de rappeler, pour expliquer sa maladie, qu il a eu des goitreux parmi ses 
anceties. Ainsi non-seulement les cretins naitraient directement de pere et de 
mere goitreux, mais il suffmiit, comme cela a lieu dans les maladies heredi- 
taires en general, que les grands-parents aient etc atteints de goitre. 

II convient d ailleurs de faire remarquer que la propagation du cre tinisme 
par les manages des goitreux offre en realite un tres grand interet. Le nombre 
ties cas de goitre en France etant de plus de 500,000, on est autorise a cher- 
cher dans cette cause la source, nonseulement d un tres grand nombre de 
cas de cretinisme, mais aussi d idiotie, d arret de developpemeut, de begaie- 
ment, de surdite, de surdi-mutite, etc. A tous ces points de vue cette ques 
tion merite done d etre etudiee avec soiri. 

Pour la resoudre definitivement il importe de rechercher quelle est la pro 
portion des cretins dans les families atteintes de goitre et dans celJes qui en 
sont exemptes. On comprend en el fet que si la doctrine de Fodere est exacte, il 
devra arriver comme consequence que les cas de cretinisme dans les families 
goitreuses se presenteront en proportion considerable et tout a fait exception- 
nelle, comparativement a la population generate. 

G est en effet ce que dernontrent les fails. 

La Commission du Piemont elle-meme a contribue a etablir 1 influence de 
I heredite sur le cretinisme. Le tableau de cette commission contenait une co- 
lonne dans laquelle avail ete inscrit 1 etat de sante des peres et meres des cre"- 
tins; il s agissait d indiquer specialement, si les parents avaient ete cretins ou 
goitreux. II resulte dece tableau, bien insuffisant cependant, que chez la moitie 
des cretins les ascendants directs etaient goitreux, et cette proportion si infe- 
rieure qu elle soil a la realite, aurait pu suffire pour amener la commission a 
reconnaitre la realile. 

Bien que cette proportion soit deja forte, il y a deux raisons qui doivent la 
faire considerer comme au-dessous de la verite. 

La premiere, c est que la slatistique ne comprend ici que le pere ou la mere; 
on n a done point tenu compte des cas assez nombreux dans lesquels les grand- 



160 CRETINISME. 

peres el grand-meres des cretins etaienl goitreux. Or, ainsi qu il a ete dit plus 
haul, il en esl de cette affection hereditaire comme des autres , elle doit 
sou vent epargner une generation. M. Marchanl, sur 58 cas de crelinisme, a 
trouve que la maladie avail ete transmise 42 fois directeraent par les pere et 
mere et que 16 fois elle avail passe des aieux aux pelits enfants. 11 n est 
pas besoin de faire remarquer que la proportion de 16 a 42 esl consi 
derable. 

Une seconde raison pour laquelle la proportion indiquee dans 1 enquete sarde 
doit etre regardee comme Irop faible, c est qu on n a poinl separe, comme dans 
1 enquete francaise, les idiols des crelins. 

M. Broc, dans son rapport sur la llaule-Savoie, a menlionne dans chacune 
des communes qu il a visitees, un certain nombre de cas de cretinisme, et il a 
donne le plus souvent des i*enseignernenls sur la sanle des parents. Dans 25 cas 
sur 26, le pere ou la mere des cretins etaient atleints de goitre. 

M. Auzouy a observe dans les Basses-Pyrenees 20 cretins, dont 14 etaient 
issus de parenls goitreux. Sur 75 cretins examines par M. Roque dans la Cor- 
reze, 52 sont nes de parents goitreux. Les 4 cretins , donl les pholographies 
onl ele reproduces dans 1 allas de Morel, etaient tous les 4 nes du meres goi- 
treuscs. 

Dans le document communique par Mgr Billet, et que nous avons deja cite 
plus baul, sur la commune de Planaise, on trouve des renseignements sur 
7 families de cretins et dans les 7 cas ces families elaienl atteintes de goitre. 
Sur les 12 enfants crelins traites a 1 hospice de la Charlie, 9 avaient des parents 
goitreux. 

II resulte d un document communique a M. Fabre, par le docleur Boeri, et 
qui a aussi ete cite plus haut, que dans 4 communes de la vallee de Stora, sur 
161 crelins, 147 etaient nes de parenls goitreux. 

En resumant ces observations, on trouve que sur 593 crelins, 315 sonl nes 
dans les families atleintes de goilre, ce qui donnerail, comme on voit, au lieu 
d une proportion de 50 pour 100 environ, qui resulle des documenls publie s 
par la Commission du Piemonl, le chiffre beaucoup plus eleve de 80 pour 100. 

Le plus grand nombre des cretins se trouve done dans des families alteintes 
de goitre; on ne peul nier que ce ne soil la un excellent argumenl pourprou- 
ver que les enfanls des goitreux apportent en naissanl une predisposilion au cre- 
linisme. 

II n est assurement pas douleux que la cause endemique seule, agissant pen 
dant les premiers mois ou les premieres annees de la v vie, peut produire un 
cerlain nombre de cas de cretinisme, malgre 1 absence de loute predisposition 
heredilaire. 

Cependant, si on considere que la population de loul un village esl e^alcment 
soumise a 1 action de cetle meme cause endemique, on ne peul manquer d ad- 
mettre que la proportion si forte des enfanls cretins dans les families des goi- 
Ireux esl le resultat d une predisposilion hereditaire. Si cette predisposition 
n exislait pas, commenl pourrait-on expliquer, en effel, celle espece de concen 
tration dans certaines families et non la dissemination, dans des proportions a 
peu pres egales au milieu de loule la population? 

La populalion si forte des crelins dans les families alleintes de goitre suffit 
done pour demontrer qu une predisposilion heredilaire au crelinisme esl trans 
mise par les parenls goilreux a leurs enfanls. 



CRETINISME. 161 

II y a d ailleurs des observations particulieres, malheureusement rccueillies 
jusqu ici en petit nombre, et qui ne paraissent laisser aucun doute sur le fait 
d une predisposition hereditaire au cretinisme chez les enfants des goitreux. On 
comprend que si on rencontre dans une localite un cas isole de cretinisme, 
et que cc cas s observe precisement dans une famillc atteinte de goitre, il 
acquiert, au point de vue des rapports des deux maladies, une importance 
toute speciale. On ne peut, en effet, indiquer ici une cause endemique plus ou 
moins generale, on ne peut pas davantage attribuer a une rencontre purement 
fortuite ces cas dc cretinisme isole et se presentant precisement dans des 
families de goitreux. 

Les portraits et figures que nous avons reproduits a 1 article CUETIN se rap- 
portaient tous a des individus ayant eu des parents goitreux. Dans 80 observa 
tions de cretinisme ou d idiotie reconnue dans la Maurienne, par l un de nous, 
rapporteur de la Commission francaise, des renseigncments sur la famille out pu 
etre recueillis dans 65 cas, sur lesquels 52 fois le goitre avait existe cbezles pa 
rents, et 15 Ibis ceux-ci avaient etc eux-memcs atteints de cretinisme. II est 
important d ajouter que tres-rarement il a ete possible de signaler IVlat de 
sante des ai eux, et cependant les lois generates de 1 beredite existent aussi pour 
le goitre etle cretinisme, et le germe dela degenerescence qui nous occupe peut 
certainemcnt etre transmis aux descendants en epargnant une generation, et 
peut-etre merne plus d une. Le rapporteur de la Commission franchise a con 
state que dans les contrees oil le cretinisme n existe qu a 1 etat sporadique, on 
ne le rencontre que dans les families de goitreux. C est ainsi que dans une loca 
lite du departement de la Gironde, a Mortagne, presque sur le bord de la mcr, 
a ete recueillie 1 observation du cretin que represente une de nos figures (Voij. 
CRETIJX, fig. 1). Or le goitre, de memc que le cretinisme, est tres-rare dans ce depar 
tement, mais il se trouve que ce cretin etait ne d une mere goitreuse. Son his- 
toire a ete relevec par M. Desmaisons, a la complaisance duqnel nous devons 
aussi ce portrait; il etait age de 59 ans lorsque nous 1 observames ; il n etait 
pas devenu pubere et avait conserve ses premieres dents. La forme de la tete, 
les traits du visage, la taille courte et ramassee, et le minime developpement 
de 1 intelligence nous permettent de considerer cet individu comme un beau 
specimen de la degenerescence cretineuse. 

M. Fabre, a son tour, fait remarquer, qne dans les villages les plus eleves des 
Alpes, ou le goitre etle cretinisme n existent plus a 1 etat endemique, on trouve 
quelques cretins isole s constamment issus de parents goitreux. Nous citerons 
encore une observation devenue celebre et eminemment demonstrative, de 
Ferrus : Une cretine goitreuse de 2G ans se trouvait en 1842 dans le service de 
M. Falret, a la Salpetriere. Elle etait nee a Charonnepres Paris et avait une sceur 
etun frcre atteints de la meme degenerescence. Or, il resultait d une enquete mi- 
nutieuse faite par Ferrus qu il n existait pas dans le village de Charonne d autrcs 
mf fails analogues, mais que le pere et la grand mere paternelle de ces trois goitrenx 
offraient des signes indubitables de cretinisme. Ici, la loi d lieredite s est mani- 
lestee dans une direction inverse, des cretineux ayant engendre des goitreux. 

On pourrait rapprocher de ce fail une observation citee par M. Yingtrinier. 

11 s agit d une famille dans laquelle sont nes cinq idiots goitreux, bien que cetle 

famille habitat une localite ou le goitre n etait en aucune fucon endemique. Sur 

;# pres de 1000 habitants, 1 enquete, en effet, n a revele qu un seul cas de goitre 

chez une femme. 

DICT. ENC. XXIII. 1 1 



162 CRETINISME. 

II est impossible de contester 1 importance de ces foils de cretinisme ou> 
d idiotie accompagnes de goitre chez plusieurs enfants de la meme famille, dans 
des localites ou ni le goitre ni le cretinisme ne sont ende miques, 

Ges exemples pourraient etre aisement multiplies; nous n en avons choisi que 
quelques-uns qui nous paraissent tres-rigoureusement elablis; mais, si des fails 
isoles nous passons aux observations prises en masse, les resultats ne sont pas 
moins probants. Voici ce qu il resulte des releves de I enquete generale faite en 
France ct etablie sur des chiffres considerables ; sur les 63 departements au su- 
jet desquels on a obtenu des renseignements, on a trouve que pour les localites 
dans lesquelles existait 1 endemic et qui comptait 1 250 000 families, 58 000 en 
viron renfermaient des goitreux, ce qui donnc la proportion de 1 a 52. L en- 
quele a fait connaitre la repartition d environ 7000 cretins, d une part dans les 
38000 families atteintes de goitre, et, d autre part, dans les 1 212000 qui en 
sont exemptes. Or voici a quels resultats on est arrive. II se trouve que dans la 
population goitreuse il y a une famille sur 15 reniermant un ou plusieurs cre 
tins, tandis qu on ne trouve dans la population non goitreuse qu uiie famille 
alteinte sur 367. II est tres-probable que cette derniere proportion est encore 
trop forte, attendu que nulle difference n a etc elablie entre le crelinisme et 
1 idiotisme, et, comme cette derniere n a que des rapports beaucoup plus eloi- 
gues avec le goitre, on scrait ccrtainement oblige d augmenter considerablement 
ce chiffre de 567, si Ton eliminait tous les idiots qui figurent a tort sur celte lisle. 

Dans les contrees atteintes par 1 endemie goitreuse, les cas dissemines de cre 
tinisme, compares jusqu ici a la population generale, ont ete considered, a 
juste raison, comme ne formant qu une proportion tres-faible; mais ils doivent 
surtout etre compares a la population goitreuse, dans laquelle ils se trouvent, an 
contraire, dans une proportion tres-forte. 

Les adversaires de la doctrine unilaire, pour prouver que le goitre et le cre 
tinisme appartiennent a deux endemics distinctes, ne se sont pas bornes a re u- 
nir des fails tendanl a prouver qu une endemic grave de goitre peul exister sans 
un seul cas de cretinisme ; ils ont, en outre, comme Parcbappe, par exemple. 
ajoute que dans des contrees beaucoup plus nombreuses on n observe au milieu 
de 1 endemie du goitre que des cas rares, dissemines de cretinisme, lesquels 
compares au chiffre de la population generale n ontverilablenient qu une impor 
tance tout a fait secondaire. Celle objection ne nous semble en realite rcposerque 
sur une erreur d interpretalion ; on comprend qu il fallait avanl loul recherchei 
si ces cas de crelinisme se produisaient dans les families exemptes de goitre, 
aussi bien que dans celles qui en sont atteintes. Dans ce dernier cas, 1 objectioii 
conservait toute sa force, la proportion par rapport a la populalion generale 
devenant verilablemeut insignifiante. 

11 en serail tout differemment si les cas dissemines de cretinisme se trouvaieut 
presque exclusivement dans les families atteintes de goitre. Si peu nombreux 
qu ils soient, ces cas forment alors une proportion tres-forte et ce fait, au lieu 
d etre une objection centre la doctrine unitaire, devient le meilleur argument 
en faveur de cette doctrine. 

Un exemple suffira pour montrer la difference des resultats, suivant qu on 
compare les cas dissemines de cretinisme a la population generale ou a la popu 
lation atleinte de goitre. 

Nous avons releve dans I enquete dc 1864, pour les 40 departements les plus 
fortement atteints, les communes dans lesquelles il y a endemie croitreuse sans 



CRETINISME. 165 

endemie du cretinisme, mais qui neanmoins contenaieat dos cas dissemines de 
cette degenerescence. Ces communes ramies forment une population d environ 
820000ames contenant 27 000 goitreux et 1400 cretins. 

Si on compare les cas de crelinisme a la population, on trouve ime proportion 
extremement faible, qui n est pas meme de 2 pour 1000; mais si, au contrairc, 
on recherche le rapport des cas de eretinisme a la population goilreuse,on trouve, 
en ne preaant que les trois quarts deces cas, une proportion de 40 pour 1000, 
d ou Ton pourrait conclure quo si, dans ces contrecs, les cas de cretinisme com 
pares a la population gcnerale sont rares et dissemines, ils sont, au contrairc, 
relativement nombreux dans les families atteiutes de goitre. 

La proportion de 40 pour 1000 serait suffisanle pour prouver que Irs den\ 
maladies ne sont point, comme onl a dit, essentiellemcnt distinctes; mais qu au 
conlraire, elles sont unies par des liens etiologiques et pathologiques tres- 
etroits. 

Nous rappelons en outre, pour memoire, ce que nous avons deja signale plus 
haut, que les cretins naissent de parents goitveux dans la proportion de 80 pour 

100. 

II y a d ailleurs un fait d une autre nature, resultant do lVm|iirlr stalistiqnc 
et dont Ja vaJeur ne saurait etre contestee. Nous avons deja dit que sur une 
population de 820000 ames contenant 27000 goitreux, on avail trouve environ 
1400 cas de cretinisme, dissemines. Or, suv ces 1400 cretins, la moitie etaicnt 
atteints de goitre. 

De quelque manierc qu on envisage ce fait, il parait difficile de n y pas trou- 
ver la preuve d une predisposition hereditaire ou d un lien etiologique des plus 
etroits entre le goitre et le cretinisme; autrement, comment expliquer que, sur 
une population qui ne compte que 5 pour 100 de goitreux, les cretins soient 
atteints de goitre dans la proportion de 50 pour 100? L extreme frequence du 
goitre chez les cretins constitue done un fait d un tres-grand interet pour la 
solution de la question. 

En resume, s il est vrai que les cas dissemines de cretinisme ne forment qu unc 
proportion tres-faible quand on les compare, comme on 1 a fait jusqu ici a la po 
pulation generale, la proportion devient au contraire Ires forte si on les compare 
surtout a la population goitreuse, ce qui non-seulement detruit 1 objection op- 
posee a la doctrine unitaire, mais en outre fournit un argument excellent en 
faveur de cette doctrine. 

Nous avons deja dit que le goitre n apparait qu entre la sixieme et la dixieme 
annee de 1 enfance, et qu il se developpe surtout au moment dela puberte, tandis 
que le cretinisme se manifeste toujours beaucoup plus tot. Les cretins peuvent 
done devenir goitreux, mais 1 inverse n a guere lieu. 11 s ensuit que, dans un 
releve statistique qui implique necessairement les jeunes sujets, la relation entre 
les deux manifestations morbides n est pas rigoureusement etablie, et comme il 
y a beaucoup plus de jeunes cretins que de cretins ages, le nombre de goitres si- 
gnales chez les cretins est constamment inferieur a la verite. Mais en ne tenant 
meme pas compte de cette circonstance, les statistiques bien etablies prouvent 
surabondamment, on 1 a vu plus haut, 1 identite de nature des deux etats 
morbides. 

Si maintenant des tails generaux, nous revenons a 1 examen des releves 
isoles, voici ce que nous constatons : Dans les cantons de la Marche, M. Me nes- 
trel a trouve qiie, sur 35 cretins, 30 etaient issus de parents goitreux; dans la 



164 CRETINISME. 

Haute-Savoie, cette proportion etait de 15 sur 46: dans la Correze, M. Rocques, 
nous ditqu elle etait de 52 sur 75 ; dans les Basses-Pyrenees, M. Auzouy a con 
state 14 sur 20, dans la commune de Planaise, Mgr Billet a trouve 7 lamilles de 
cretins, toutes atteintes de goitre. 

Admettons en taveur de notre opinion la statistique qui lui serait la raoins 
favorable ; il en resultera toujours que plus de la moitie des cretins sont atteinis 
d hypertrophie de la glande thyroide; des lors rargument qui consiste a invo- 
quer en faveur de la theorie dualiste ce fait qu il existe des contrees dans les- 
quelles les cas de cretinisme ne sont pas frequents, tandis que les cas de goitre 
le sont au contraire, cet argument, disons-nous, peut etre employe contre ceux 
memes qui le font valoir ; car dans ces contrees le cretinisme n existe pour ainsi 
dire pas dans la population saine, tandis qu ii frappe dans une tres-forte pro 
portion les in.lividus atteints de goitre. 11 nous parait rationnel d admettre que 
les causes de 1 endemie peuvent exister a des degres divers, et il est tres-carac- 
teristique que dans les contre es oil elle ne produit en majeure partie que des 
goitreux, c est parmi ceux-la que le crelinisme se produit. 11 n y a aucune con 
tradiction avec ce que nous vcnons de dire dans ce fait que le goitre ne se pro 
duit pas frequcmment chez le vrai cretin, ce qui serait du a ce que la puberte, 
dont 1 intime relation avec la formation du goitre est incontestable, n a pas lieu 
cbez le vrai cretin. M. Cerise, qui avail une conviction tres-arretee sur 1 unite 
morbide des deux phenomenes qui nous occupcnt, a cependant emis 1 opinion, 
tres-justc si Ton ne considere que 1 individu en lui-meme, que le volume du goi 
tre se trouve etre en raison inverse du degre de cretinisme. Cette formule, sans 
etre d une application rigoureuse, se verifie cependant dans un grand nombre 
de cas et nous avons deja dit nous-memes (voy. CRETIN) que lorsque 1 endemie 
atteint son plus baut degre d intensite sur un individu, le goitre ne se produit 
pas. 

Dans les pays ravages par 1 endemie qui nous occupe, la degene rescence prend 
quelquetois d autres formes que nous avons deja signalees (voy. CRETLN). et parmi 
lesquelles figment surtout 1 idiotie, 1 asthenogetiie et la surdi-mutite; nous 
n avons pas a revenir sur le diagnostic differentiel entre le cretinisme et 1 idiotie; 
disons settlement qu il existe des idiots et des astbenogenes atteints de goitre, 
sans que cependant la relation entre ces di verses formes de decbeance soit aussi 
nettement accusce que pour le cretinisme. 

Les rapports entre 1 idiotie et le goitre n ont jamais ete rigoureusement eta- 
blis, et on conceit que cette etude nc puisse etre faite que par des liommes par- 
ticulierement competents, qui ne sont pas exposes a confondre les idiots avec les 
cretins; la meme remarque s appliquea plus forte raison a 1 astbenogenie; mais 
il n en est pas de meme de la surdi-mutite que tout le nionde peut constater, 
et pour le releve de laquelle il suifit de consulter les registres des conseils de 
revision. 

Le tableau public par la Commission francaise donne la proportion comparee 
des cas de surdi-mutite dans les 89 departements de France. 

11 resulte de ce tableau que la Savoie et les Hautes-Alpes, dans lesquelles 
endemic goitro-cretmeuse est la plus intense fournissent en meme temps la 
plus haute proportion de sourds-muets ; mais il faut ajouter qu au quatrieme et 
au sixieme rang viennent les departements d Indre-et-Loire et du Pas-de-Calais 
tandis que ces deux derniers departements ne presentent que des proportions 
tres-faibles de goitreux. 11 existe par consequent des causes de surdite comple- 



CRETINISME. KIT. 

tement independantes de 1 endemie cretino-goitreuse, celle-ci devant etre con- 
sideree comme 1 une d entre elles, peut-etrc la plus puissanlc. 

En ce qui concerne le begayement, on constate que cette degenerescence se 
trouve dans des rapports beaucoup plus eloignes avec 1 cndemie qui nous occupe. 

Troxler, Roch, Maffei, Erlenmeyer et plusieurs autrcs ont cependant signale 
le begayement comme un symptome de la diathese cretineuse en Suisse, en Styrie 
et dans le Wurtemberg. M.de Rambuteau, qui avait etudie cette question avec 
soin alors qu il etait prefetduSimplon, disait : Le begayement du pereannonce 
le cretinisme des enfants. II est vrai que la Commission sardc n a accovde 
aucune importance a ce symptomedela diatliese cretineuse, et qu elle dit qu un 
seul cas de begayement a ete signale par Laissus de Montiers; mais il faut remar- 
querque cette penurie de renseignements depend de la Commission elle-meme, 
puisque, sur les trente-cinq questions auxquelles les correspond ants devaient 
repondre, celles du begayement et de la surdite n etaient pas posees. Comme 
nous manquons de renseignements precis sur le begayement, nous ne le signa- 
lons que pour memoire, renvoyant au rapport de la Commission francaise et a 
1 ouvrage de M. Saint-Lager pour les renseignements a ce sujet. 

Nous savons deja d aiileurs que toutes les formes de degradation organique se 
rattaclient a 1 endemie cretino-goitreuse, et en parlaut du cirtin nous avons 
enumere les complications de ce triste etat. On pourrait meme dire que la 
population presque tout entiere en subit 1 inHuence a un degre quelconque. 

Etioloyie. Nous arrivons aun point de notre sujet qui, pour les opinions di- 
verscs auxquelles il a donne lieu, me rite une attention toute particuliere. En outre? 
des donnees pratiques de la plus bautc portee se rattaclient a 1 etude des causes 
qui font naitre les endemies. En effet, on ne sera conduit aappliquer une metbode 
prophylactique et meme un traitement curatif, au moins dans une certaine me- 
sure, qu en arrivant a determiner les sources du mal. Pour assainir une contree, 
pour combattre le terrible fleau que nous etudions, c est a sa premiere manifesta 
tion, pour ainsi dire prodromique, qu il faut s attaquer ; c est le goitre qu il faut 
combattre pour enrayer le cretinisme, et, comme nous possedons contre cette 
manifestation une puissance d action incontestable, il est de la derniere impor 
tance d en connaitre les causes directes, afin de mettre, non-seulement les indivi- 
dus,mais encore les generations a 1 abri du mal. Nous aurons ensuitea indiquer 
les moyens directs de combattre les premieres manifestations de 1 endemie, alors 
qu elles existent deja. 

Certains auteurs, pour eviter Tembarras d une solution parmi les causes assi- 
gnees au cretinisme, ont cherchea expliquer 1 etiologie de l endemie par un en 
semble de conditions mauvaises, d habitudes, de genre de vie et d influences 
exterieures : c est la theorie, dite des causes multiples. 

Cette doctrine a ete soutenue par un assez grand nombred observateurs, parmi 
lesquels il convient de citer tout d abord le rapporteur de la Commission du 
Piemont. Apres avoir de clare que 1 endemie doit etre produite par le concours 
simultane d un grand nombre de causes, il les divise en trois categories : 

La premiere renferme les causes generales inherentes aux localites infectees. 

Sous ce litre se trouve compris tout ce qui a trait a la situation et a la figu 
ration du pays, a 1 elevation des villages, aux qualites de l air,a la temperature, 
a la lumiere, a 1 electricite, aux eaux considerees d une maniere generale, aux 
eaux potables, a 1 etat de la vegetation et meme des animaux domestiques. 

Dans la deuxieme categoric sont reunies les causes qui tiennent a la maniere 



166 CRETINISME. 

de vivre ties populations, ct 1 auteur passe successivement en revue 1 expositiou 
des villages, l etat des habitations, ralimentation, les vetements, le degre d ai- 
sance de la population, ses occupations, 1 absence de commerce et d industrie, 
le degre d instruction, les maladies predominantes, enfin la constitution physique 
des habitants. 

Dans la troisieme division sont etudiees les causes dites individuelles, celles 
qui se rapportent aux manages, a 1 etat sanitaire des parents, a certaines condi 
tions speciales dans lesquelles a lieu souvent la conception, aux accidents de la 
grossesse et a 1 education des enfants. 

On voil que 1 etiologie ainsi comprise renferme en realite 1 ensemble des 
conditions dans lesquelles vivent les populations. 

On avait a chercher les causes d une maladie, et on a rassemble en un faisceau 
toutes les influences nuisibles qu on trouvait le plus souvent reunies dans les 
localites atteintes, et qui pouvaient, a des degres divers, alterer la sante generale 
et contribuer a la degenerescence de la race. 

Cependant ces causes si diverscs et si nombreuses etaient loin d avoir la 
memc importance, ce qui a conduit a les diviser en deux classes : les causes 
pnncipales ct les causes accessoires. 

Les premieres sont au nombre de trois, ce sont : 1 1 air humide ou autre- 
ment vicie, soil par la situation du pays, soil par la mauvaise construction des 
maisons, mal aerees et malpropres, soit par le manque dc lumiere solaire; 
2 la mauvaise qualite des eaux et la trop grande ou la trop faible quantite de 
tel ou tel principe constituant; 5 1 insuffisance ou la mauvaise qualite des 
aliments. 

L action de ces trois causes serait favorisee par un ensemble d autres condi 
tions tres-nombreuses, mais auxquelles il ne faudrait accorder qu une influence 
secondaire. 

Les mariages consanguins ont ete considered comme un des elements etiolo- 
giques les plus importants du goitre et du cretinisme. 

Loin de nier 1 influence considerable de 1 heredite, nous aurons bientot a 
insister au contraire sur la part qui lui incombe dans le cretinisme ; mais il est 
impossible de ne pas faire remarquer des maintenant que les mariages consan 
guins dans les pays ou 1 endemie n existe pas, n engendrent ni cretins ni 
goitieux. Cette reserve faite, ajoutons que les habitants degeneres d une contree 
contractent frequemment mariage entre consanguins, ce qui s explique par la 
repugnance qui existe dans une certaine partie saine de la population a s allier 
aux families atteintes; il nous parait done incontestable qu a ce titre, c est- 
a-dire lorsqu il s agit d individus deja atteints par 1 endemie, les mariages 
consanguins prennent une part directe et considerable dans 1 intensite et 
1 extension du mal. 

Parmi les auteurs qui ont attribue 1 endemie au concours de plusieurs causes 
reunies, on peut aussi citer MM. Marchant et Niepce. Le premier declare de la 
maniere la plus explicite qu il s inscrit contre la prevention de ceux qui veu- 
lent assigner au goitre et au cretinisme une cause constante et toujours neces- 
saire. Quant a M. Niepce, les causes de 1 endemie sont pour lui au nombre de 
quinze, et il les a successivement etudie es avec details dans son ouvrage. 11 
est inutile d en faire ici une nouvelle enumeration, elles sont a peu pres les 
memes que celles indiquees plus haul et qui ont ete admises pai- le rapporteur 
de la Commission du Piemont. 



CRETLNISME. 167 

Telle est la doctrine clos causes multiples, soutenue, comme on vient dc le 
voir, par des auteurs dont 1 autorite ne saurait etre meconnue. Gependant, cette 
doctrine, presque generalement adoptee autrcfois, estaujourd hui combattue par 
la plupart des observateurs qui ont recemment etudie la question. 

Est-il necessaire de rappeler ce que nous avons deja fait remarquer a satiete, 
que dans les memes contrees ccrtaines regions restent indenmes, tandis que 
d autres sont frappees et que cette difference cxiste meme parmi les divers quar- 
tiers de la meme localite isolee. On rencontre dans la vallee d Aoste des villages 
dans lesquels un hameau contient des cretins, 1 autre partie de la population 
du village etant saine, et cependant il serait impossible a 1 observateur le plus 
attentif de trouver une difference quclconque panni les divers individus de la 
meme communaute en ce qui concerne leur industrie, leur genre d cxistcnce, 
leurs habitudes de vie et leur milieu extcrieur; tout y paralt identique jusqu a 
1 origine de la race. 11 nous parait done impossible d admettre qu une affection 
qui presente un caractere local aussi trancbe, et qui dans tous les pays du globe 
narde le meme type uniforme, ne soil pas nee sous 1 influenee d un principe 
nuisible et toujours identique. C est le principe que nous allons maintenant 
etudier. 

Nous avons volontairement passe sous silence jusqu ici la cause a laquclle 
nous croyons devoir rattacber nous-memes 1 existence du goitre ct du crctinismc, 
et si nous n avons pas ete les premiers u exprimer cette opinion, nous nous y 
rattachons au moins sans restriction. 11 existe certainement un agent toxique 
special, unique, partout le meme, qui affecte les organismes vivants et leur 
imprime unsceau de degenerescence toujours identique, dont le goitre marque le 
premier degre et qui a pour derniere expression le cretinisme complet, en passant 
,par tous les etats intermediaires jusqu a la degradation absolue de 1 etie. S il 
est impossible de designer cet agent toxique et del isoier, il nous est oermis 
cependant de dire sous quclle forme il s introduit dans rorgamsme. INous expi-i- 
onons la conviction, et nous allons essayer de 1 appuyer par desfaits nombreux 
et bien observes, que le vebicule de cet agent toxique est 1 eau de certaines 
sources, et nous insistons particulierement sur cette circonstance, que les eaux 
de pluie et les eaux de neige ne le renferment jamais. C est 1 eau jaillissant du 
sol qui contient le principe goitrigene; c est done dans le sol qu il I aut cbercber 
le principe on, si 1 onveut, cet agent toxique, dont 1 eau est le vebicule. 

Les traditions populaires dans les contrees ou la maladieest endemique, sonl 
pour ainsi dire unanimes a attribuer a 1 eau la cause qui produit le nial. 
Quoiqu on doive en general accorder pen d importance aux croyances populaires, 
nous avons tenu a signaler celle-ci qui se trouve etre d accord avec 1 observation 
la plus rigoureuse. 

La croyance a 1 action goitrigene de certaines eaux est tres-ancienne. Pline 
exprime par un adage devenu celebre les rapports qui existent entre les eaux 
<l un pays et le sol qu elles parcourent. II parle de 1 eau d une fontame d Etbio- 
pie qui faisait perdre le sens, et il raconte aussi que, dans 1 Italie transpadane, 
les femmes se paraient de colliers d ambrc dans le but de dissiper le goitre du 
a 1 usage de mauvaises eaux. 
On trouve dans Ovide un passage sigmticatif : 

Sunt qui non corpora tantum 

Verum aniraos etiam valeant mutare liquores. 



168 CRETINISME. 

Vitruve dit a ce sujet : Equiculis in Italia et in Alpibus, natiom Medullo- 
rum est genus aquce, quam qui bibimt efftciuntur turgidis gutturibus. 

Dans IJlpien on trouve egalement un passage exprimant une opinion ana 
logue. 

A une epoque bcaucoup plus rapprochee de nous, au seizieme et au dix- 
septieme siecle, les auteurs reviennent sur 1 idee de 1 influence nuisible de 
certaines eaux. Pour Paracelse ce sont celles qui traversent des metaux et des 
mineraux. Langius s exprime de lamememaniere. Agricola signals une fontaine 
goitrigcne dans les Grisons. Wagner, au dix-septieme siecle, cite a son tour un 
grand nombre de sources donnant le goitre, qu il designe sous le nom Kropf- 
brunnen (Kropf, Goitre, brunnen puits), dans les contrees qui correspondent 
aujourd hui aux Grisons (cantons de Zurich et de Berne), il a bu lui-meme 
pendant longtemps a ces sources et a pu se convaincre de leur action sur le 
developpement de la glande tbyro ide. Beckrnan raconte que, dans le pays de 
Scbmiedeberg, commune de Steinseiffen, le goitre a disparu des qu on a renonce 
a 1 usage de certaines sources que la population savait donner le goitre. Au 
dix-huitieme siecle, llaquetsignale 1 existence de Kropfbrunnen dans plusieurs 
contrees, et Lombraso fait cette observation bien significative, que les consents 
tie Lombardie se rendcnt a Cavasurta, ou ils acquierent en quinze jours le goitre 
par 1 usage des sources de la localite. 

Vcrs la fin du siecle dernier et au commencement du notre il s est fait un 
retirement sur ces opinions. Les grandes decouvertes de la cbimie contempo- 
raine paraissaient autoriser a nier 1 existence des agents toxiques dont on ne 
pouvait demontrer la realite. L analyse des eaux potables, si soigneusement 
qu elle fut faite, n ayant pas conduit a la decouverte du principe nuisible, on 
conclut negativement. Inspire de cet esprit pretendu scientifique, bon nombre 
d auteurs dedaignerent de s occuper d un simple prejuge, et c est ainsi que la 
Commission sarde, qui souleva cependant la question, arriva a conclure que la 
nature des eaux est sans influence aucune sur la production de la dege ne- 
rescence cretineuse. L autorite de cette Commission, tres-juslifiee si Ton tient 
compte du grand nombre de fails qu elle a su recueillir, a entraine 1 adhesion 
d un certain nombre d auteurs qui out cent apres la publication de son 
rapport. Les appreciations cbimiques de la Commission sarde sur les eaux 
sontdu reste debien mince valeur, et ne relevent certes pas de 1 esprit scienli- 
fique de la cbimie modcrne dont cette Commission avail la prevention de se 
prevaloir. Les eaux sont excellentes, dit-elle, a Saint-Vincent ou le goitre 
existe, el, dans d aulres contrees, elles sont troubles sans que Ton y conslate 
1 existence d aucun agent toxique. Ces qualificalions et ces appreciations sur les 
eaux sont vraiment trop sommaircs ; il arrive en effet assez frequemment que les 
eaux sont troubles dans les pays ou regne 1 endemie; mais cette circonstance 
est bien loin d etre constanle, et il est impossible de douter aujoui d hui qu une 
eau ne puisse etre clairc, insipide ou meme agreable au gout, tout en contenant 
des principes nuisibles, de meme que 1 inverse peut avoir lieu. 

Des analyses bien simples telles qu elles resultent de 1 emploi de la teinture 
de savon, permettent deja de reconnaitre des differences au point de vue de 
1 analyse chimique, que ni la vue ni le gout ne peuvent apprecier, et cepen 
dant ce genre d examen est lui-meme bien insuffisant. Un auteur partisan de la 
theorie de la propagation du cretinisme par 1 usage des eaux de sources et de 
puits, auquel nous empruntons de nombreuses preuves a 1 appui de cette these, 



CRETINISME. 169 

M. Saint-Lager, a demontre que la teinture de savon decele deja des qualites 
differentes dans les eaux d une meme source ou d une meme riviere suivant les 
divers points de leur parcours. 

Voici les resultats obtenus par cet auteur au moyen de cette simple analyse : 

L Isere presente les differences suivantes : 

Val de Tignes 10 

Moutiers 18 

Grenoble 23 

Dans le Rhone on observe les variations suivantes : 

A Oberwald 4 

Pres de Martigny 11 

Geneve. . . . , 14 

Lyon 10 

La composition varie e galement suivant les saisons, C cst ainsi qu on observe 
les differences suivantes entre 1 ete et 1 biver. 

Dans certaines rivieres de la Savoic : 

1 

ETC. IIIVER. 

. 

Arc u St-Jean 18" 39 

Isere a Moutiers 18 36 

\\ Torrent de Champigny 15 43 

Doron de Pralognan 13 48 

Torrent de Landry 14 45 

i 

Bien plus, la meme riviere peut presenter une composition diffcrente a 
1 approche de chacune de ses rives. Ce qui peut s expliquer par les changcments 
produits par les affluents ; c est ainsi que la Seine pres du pont dc Charenton 
marque 24 degre s comme la Marne, a la rive droite, et20 degres, seulement a la 
rive gauche. La composition d une riviere se modifie facilement dans son 
parcours eu e gard au terrain qui forme son lit; de bonne elle peut devenir 
nuisible et vice versa. II est done extremement probable que c est au sol que 
les eaux de sources et de puits empruntent leurs proprietes. Deja Pline avait 
remarque que 1 eau d une riviere pouvait etre bonne en un lieu et devenir 
dangereuse en un autre. Theophraste avait fait la meme remarque au sujet des 
eaux de 1 Asopos en Beotie. La faiblesse intellectuelle des habitants de cette 
contree cst restee proverbiale jusqu a nos jours, et n est-il pas probable, puis- 
I qu elle est encore actuellement inlectee de cretins, qu il en ait ete de meme a 
1 epoque oil sa triste reputation prit naissance? Les anciens auteurs signalent 
duresteune source d unfleuve en Beotie qui faisait perdre la raison. 

Bordeu dit formellement qu il a vu plusieurs torrents des Pyrenees qui 

sont differenls le matin de ce qu ils sont a midi et le soir. II est important de 

I g constater, avec bon nombre d auteurs modernes, que les proprietes des eaux 

. ]!lt d une riviere peuvent subir de fortes variations dans leur constitution. La fonte 

des neiges et 1 abondance plus ou moins grande des pluies doivent avoir evi- 

demment leur part d influence dans ces changements. 

Richardson nous dit que la riviere du fort Edmonston donne le goitre aux 
riverains du fort et perd sa nocuite a quelques lieues plus loin. Mack Clelland fit 
une observation analogue au Kemaon : Dans un village, dit-il, le goitre est 
endemique et le village le plus rapprocbe en est exempt. Constatation faite, le 
premier recoit une riviere qui, avant d arriver, depose pendant pres d un kilo- 



170 CRfiTlNISME. 

metre une grande quantite de tuf. M. Saint-Lager nous dit que les habitants 
deSaillon dans le Valais, qui avaient etc exempts de 1 endemie, 1 ont vue naitre 
dans leur milieu apres avoir remonte la prise d eau qui alimente la fontaine 
d une centaine de metres seulement; ce fait est Ires-important, en ce qu il 
demontre avec quelle prodigieuse facilite 1 eau emprunte au sol le principe 
toxique qui produit I endemie; d autre part, ces proprieles paraissent se perdre 
tout aussi facilement. On a remarque au Bresil que certaines sources qui 
donnent le goitre n ont plus d action delelere des qu elles arrivent dans les 
villes ou elles sont conduites par des tuyaux de plusieurs lieues de longueur. 
II est en effet a noter que la canalisation assainit dans beaucoup de localites 
les eaux nuisibles; M. Saint-Lager a observe dans le Dauphine et la Savoie, en 
Piemont et en Suissc, des exemples nombreux d amelioration survenues dans 
1 etal sanitaire des populations apres 1 etablissement de tuyaux destines a 
conduire dans les localites les eaux de torrents et de sources qui precedemment 
etaient arrivees a ces localites enbaignant librement le sol. M. Leclerc a fait une 
observation analogue dans les Vosges, M. Guilbert dans 1 Oise. Manson signale ce 
fait caracteristique que, dans le district houiller de Nottingham, les eaux 
n etant plus suffisantes, on fut oblige de forer des puits a une profondeur plus 
grande, ct que bientoton remarqua que les cas de goitre devinrent beaucoup plus 
nombreux dans la contree. Ferrus avail parfaitement reconnu cette particularity 
importante que de bonnes eaux d une source peuvcnt facilement se modifier au 
point de devenir nuisibles en traversant certaines regions, et il cite a 1 appui de 
cette observation les fails qu il a releves dans le departement de 1 Ariege. 

II est impossible de ne pas admettrequ un principe toxique qui semodifie avec 
une telle facilite, et qui apparait dememe, ne subisse pas I influence d un cer 
tain nombre de causes exterieures, qu il n est pas toujours facile de determiner. 
G est ainsi que des manifestations de I endemie augmentent ou diminuent dans 
une localite sans aucune cause appreciable. N est-il pas tres-admissible, d apres 
tout ce qui precede, que la preparation des aliments qui contiennent de 1 eau, 
peut jouer a sou tour un role important dans la genese du cretinisme. 

II parait indeniable que la stagnation de 1 eau goitrigene augmente sa proprie le 
nuisible, que la cuisson la detruit ou au moins en diminue 1 intensite d action ; 
il est constant aussi que certaines substances alimentaires et medicamenteuses 
peuvent la modifier; qu ya-t-ild elonnant des lorsquequelqueschangementssur- 
venus dans le mode d existenceet de nutrition d une population puissent apporter 
des changements considerables a son etat sanilaire? Ainsi s expliqucraient 1 aug- 
mentation et la diminution de I endemie dans une contree sans causes appreciates. 
Ces causes existent cependant, et il est sans doute reserve au progres des sciences 
exactes de les determiner un jour. On verra plus loin que, depuis que les recen- 
sements ont ete serieusement etablis, on a constate des oscillations tres-grandes 
dans rintensite et le degre de propagation de I endemie ; elle a menie paru 
dans les contre es ou elle n avait pas existe et elle a disparu dans d autres. Les po 
pulations ont su d instinct eviter les sources nuisibles et cbercber celles qui les 
guerissent, lorsqu elles ont deja subi 1 influence des premieres. Mgr Bil- 
liet raconte qu au hameau de Puiser, commune de Planaise, il existe 17 fa 
milies qui se servent des sources du pays et qui toutes sont affligees de goitre et de 
cretinisme ; une seule famille en est absolument exempte, et le meme auteur a 
constate qu elle fait un usage exclusif des eaux pluviales. M. Saint-Lager a 
verifie celte observation, ce qui ajoute incontestablement a son authenticite. Le 



CRETINISME. 

savant prelatafait une autre observation non moms interessantc : dans la com 
mune de Longuemate en Savoie, le goitre n existait pas jusqu au moment ou mi 
industriel a delourne la source qui alimentait le pays, contraignant ainsi les 
habitants a faire des puits ; le goitre apparait des lors. II est facile de com- 
prendre que 1 eau d un puits, qui est en somme slagnanle, se charge plus aise- 
ment des principes du sol qu une eau couraate ; nous savons deja que celle 
derniere a une tendance incontestable a changer de composition dans son par- 
cours, en s impregnant de nouvelles substances et en abandonnant une partie 
de celles qu elle contenait. On pourrait s expliquer ainsi qu un sol qui contien- 
drait 1 element goitrigene ne 1 abandonnat qu a 1 eau qui est longtemps en con 
tact avec lui, ce qui arrive pour les puits, les lacs, les elangs et certains reser 
voirs. Par contre, on a observe aussi que 1 eau evidemment goitrigene, lorsqu on 
la laisse deposcr longtemps dans des reservoirs artificiels, en 1 isolant par conse 
quent du sol, perd en partie ses proprietes toxiques. Dans une commune du 
Yalais, les habitants atteints de goitre avaient 1 habitude de se rendre a Sail- 
Ion, village voisin, exempt de 1 endemie, pour se guerir de leur infirmite. Or 
nous avonsdeja dit que cette commune avail, pour des motifs que nous ignorons, 
fait remonter a quelques centaines de metres la prise d eau qui alimentait sr> 
fontaines ; des lors le goitre apparut a Saillon. II existe un grand nombre de 
communes dont les habitants atteints de goitre vont boire 1 eau dans des com 
munes indemnes ou la font venirde la. On constate regulierementla disparition 
du goitre peu de temps apres 1 arrivee dans la plupart des villes des individus 
atteints; mais on pourrait alleguer, non sans raison, que dans ces cas toutes les 
conditions physiques out change, et que 1 air, Falimentation et le genre de vie 
sont differenls. II importc done de bien faire ressortir les cas dans lesquels la 
guerison fut obtenue sur place par 1 abandon seul des eaux potables. 

Voici deux villages separes run de 1 autre par une distance d environ 800 me 
tres ; 1 un, Saint-Bon, contient une population saine, robuste, completement 
exempte de cretinisme, tandis que 1 autre, Bozel, est afflige de 1 endemie sous 
toutes les formes. La municipalite de cette derniere commune s imposa le sa 
crifice d amener, dans des tonneaux, les eaux dont se servent les habitants de 
Saint-Bon, et 1 effet salutaire de cette disposition ne tarda pas a se manifester; 
aujourd hui on ne trouve a Bozel que des cretins deja adultes, tandis que les 
eiffants nes depuis 1 arrivee des nouvelles sources ne sont points atteints (Saint- 
Lager). Dans un etablissement public, a proximite de Paris, le goitre etaitap- 
paru plusieurs fois et avail disparu de meme ; Ferrus, qui raconte ce fait, sans 
preciser exactement la localite, ajoute que ces frequentes recidives comcidaient 
avec la cessation de 1 usage des eaux de la Seine el son remplacement par les 
eaux de sources de la localite ou par de 1 eau des puits artesiens. Rostan rap- 
porte 1 histoire d une dame qui fut atteinte a plusieurs reprises de goitre, mais 
qui fut defmitivement guerie lorsque, sur le conseil de son medecin, elle rem- 
plac.a 1 eau qu elle buvait ordiuairemenl par celle de la riviere d une commune 
voisine, ou le goitre n existail pas. Dans le village d Antignano .(province d Asti), 
il existe trois sources, dont deux paraissent posseder a des degres differenls le 
principe toxique, tandis que la troisieme en est exempte; c est ainsi que les 
families qui font usage d une des sources compteut de nombreux cretins et des 
goitreux ; celles qui sont plus voisines de la seconde source, n onl que des goi- 
treux; une autre partie du village est completement indemne de 1 infirmite, c esl 
celle qui se sert de 1 eau de la troisieme source. Yoila done un fait d une precision 



172 CRETINISME. 

rigoureusc : meme climat, meme altitude, meme atmosphere, meme alimenta 
tion solide, memes vetements, habitudes identiques comme travail et comme 
genre d existence ; il n y a qu une chose qui diflere, c est 1 eau potable; il nous 
parait completement impossible de meconnaitre que ce i ait n indique avec pre 
cision ou il faut chercher la solution du probleme. M. Saint-Lager, qui en fait 
une judicieuse appreciation, critique la Commission sarde qui cite 1 exemple 
d Antignano, en se refusant de reconnaitre 1 enseignement si precieux qu il 
offre. Nous 1 avons dit, cette Commission a toujours ete dominee par cette 
idee que 1 analyse chimique n ayant pas montre de difference entre les 
sources, celles-ci doivent etre identiques entre elles. Mais il nous parait ex- 
cessif de demander une telle, puissance d analyse a unc science toute moderne. 
La chimie fait tous les jours de nouveaux progres; elle s est enrichie de 
1 analyse spectrale depuis que la Commission sarde a fonctionne, et il est plus 
que probable qu elle augmentera encore ses moyens d investigation ; mais ne 
dut-elle jamais parvenir a isoler le principe toxique qui engendre le cretinisme, 
1 observation directe, les experiences si faciles a controler et si concluantes 
qui ont ete faites, suffisent pour en demontrer 1 existence. Du reste, en admet- 
tant meme qu il ne s agisse pas d un principe special, il n en est pas moins 
avere que 1 cau subit dans certaines conditions, et par son contact avec le sol de 
certaines localites, une modification quelconque qui la rend toxique. Les fails 
que nous aliens rapporter en fournissent de nouvelles preuves. 

Un tres-grand nombre d observateurs, tant en France qu a 1 ctranger, ont re- 
marque la facilite avec laquelle 1 endemie disparaissait ou diminuait dans une 
forte proportion, comme d autres fois elle apparaissait au contraire et se propa- 
geait avec rapidite. Or, il est possible de constater dans un grand nombre de cas 
que cette difference se rattache aux changements survenus dans le choix des 
eaux potables. Nous avons deja cite des exemples dans cet ordre d idees ; eli voici 
d autres : dans la commune de Saint-Michel, entre Salins et Arbois (Jura), M.Ger 
main observa que les habitants qui vivaient d un cote de la grande route etaient 
exempts du goitre, tandis qu un grand nombre d entre eux etaient atteints de 1 autre 
cote de la route ; deux sources de provenances differentes alimentent cette com 
mune, et il a ete possible de constater que les habitants se fournissaient d eau 
potable a deux sources differentes, dont 1 une est saine et 1 autre goitrigene. 
Dans le village de Saint-Bonnet, pres de Chauriat (Puy-de-D6me), les habitants 
remplacerent par une nouvelle source celle dont ils s etaient servis jusque-la; 
le goitre apparut aussitot dans cette commune. A Allevard et a Poncharra 
(Isere) 1 endemie tend a disparaitre, selon M. Saint-Lager, depuis qu on s y sert 
des sources du Breda ; ce n est que dans le quartier de la rue de Jerusalem a 
Allevard, dans lequel on continue a boire 1 eau des anciennes sources, que 1 en 
demie existe toujours au meme degre qu auparavant. II faut ajouter aussi que 
les habitants do ces localites font un plus grand usage de vin actuellement que 
par le passe. Selon le meme auteur la diminution de 1 endemie a ete constatee 
dans la commune de Domaine (Isere) depuis 1 usage de 1 eau d une source nou- 
vellement recueillie dans un reservoir a filtre. 

Dans la ville de Saint-Jean ou le goitre etait depuis longtemps endemique, 
un habitant, s inspirant du conseil du docteur Mottard, a fait construire une 
vaste citerne pour remplacer les eaux de Bonrieux. L influence de cette innova 
tion se fit sentir aussitot. 

Deux fontaines alimentent la commune de Lissac, dont les habitants se divi- 



CRETINISME. -173 

sent, au point de vuc de 1 endemie, en deux parties distinctes selon la proximite 
de ces fontaines. 

On peut dire en general que le cretinisme est presque inconnu dans le pays 
ou Ton fait usage des eaux pluviales. Le docteur Meyme designe un grand 
nombre de communes en Hollande et en Belgique dont les unes, exemptes de 
1 endemie, se servent d eau de puits; mais dont les autres, ou le cretinisme existe, 
font usage des eaux de sources. M. Delpon a fait la meme observation dans le 
departement du Lot. Un fait bien plus caracteristique encore a etc recueilli 
par M. Boussingault dans une ville de la Nouvelle-Grenade , a Socorro, ou 
presque tous les habitants ayant le goitre, un medecin bien inspire se lit cons- 
truire une citerne, et parmi les personnes qui en lirent usage aucune ne fut 
atteinte de 1 endemie. 

Selon Heid, les residants anglais d une ville tic la frontiere du Beng.ilc, 
ou le goitre est endemique, ont pris 1 habitude d envoyer chercber les eaux 
du Gauge, pour se preserver; ils sont restes indemnes au milieu d uiic 
population affligee de cretinisme et qui buvait les eaux des sources goitrigencs 
du pays. 

Le goitre etait tres-frequent a Reims il y a environ un siecle ; mais il y de- 
vint beaucoup plus rare apres qu on eut cesse de fa ire usage de 1 eau de puits 
et qu on 1 eut rcmplacee par 1 eau de Vesle, recueillie dans des fonlaincs publi- 
ques. II en est dememe de la ville de Geneve, ou 1 etablissement de la machine 
hydiaulique qui distribue 1 eau du Rhone a fait diminuer de plus en plus le 
nombre de goitreux, qui etait autrefois considerable. Des observations analogues 
ont ete faites par Cazalis au sujet de plusieurs villes du Piemont. M. Niepce cite 
un hameau d Avillard ou le goitre diminue en ete alors qu on boit 1 eau provc- 
nant de la fontc des glaces, et augmente en hiver alors qu on fait usage des 
sources du pays. M. Duclos a observe un phenomene inverse dans deux com 
munes de la Savoie, Chamonixet Croix-d Aiguebelle, ce qui provient de ce qu eu 
ete les ruisseaux de bonne qualite du pays se tarissent, et que les habitants 
vont s approvisionner a une source voisine qui donne naissance a 1 endemie. 

Borie nous ditque, dans une contree infestee de la Carinthie, plusieurs per 
sonnes parvinrent a se preserver de 1 endemie, en laisant exclusivement usage 
de la biere et du vin comme boisson ; pareil fait a ete observe au fort Silberberg 
(Silesie) par Hancke, ou sur une garnison de 5800 hommes 70 seulement res- 
taient indemnes, parce qu ils n avaient bu que de la biere, ou de 1 eau preala- 
blement portee a 1 ebullition et claritiee par le repos. La cuisson parait en effet 
assainir 1 eau goitrigene, mais les observations ne sont pas encore assez nom- 
breuses pour qu on puisse etre tres-affirmalif a ce sujet. Nous en dirions autant 
de la clarification par le repos. M. Boussingault a trouve a Mariquita, oil 1 ende 
mie est generalisee, une famille completement exempte ; elle avait 1 habitude, 
dit ce savant observateur, de laisser reposer 1 eau pendant deux jours avanl 
d en faire usage. 

Nous aurons a nous occuper particulierement des oscillations qui se montrenl 
dans 1 intensite et le degre de propagation de 1 endemie dans de nombreuses 
contrees, tant en France qu a 1 etranger. Depuis que les recensements sont 
fails avec une certaine exactitude, on a constate de grandes differences 
dans la marche du cretinisme ; tantot il augmente ou diminue periodique- 
ment; tantot, au contraire, il suit regulierement une marche ascendante, 
tandis que, d autres fois, 1 inverse a lieu. On constate done d abord deux cou- 



174 CRETINISME. 

rants opposes d augmentation et dc diminution constante et graduelle et, d au- 
tres fois, de simples oscillations en plus ou en moins. 

Dans les departements du Bas-Rhin, de la Moselle, de la MarneetdelaMeurthe, 
le cretinisme a diminue dans de fortes proportions, et cetie diminution a meme 
ete considerable dans certaines localites. C cst ainsi qu a Rosieres-aux-Salines 
(Meurthe), ou il existe actuellement environ 4 pour 100 de goitreux, on en comptait 
25 pour 100 il y aune quarantine d annees. Dans divers paysde 1 Europe et de 
1 Amerique, notamment dans le centre de 1 Allemagne, en Norwege, dans quel- 
ques comte s d Angleterre, en Siberie, dans la Nouvelle-Grenade, les auteurs ont 
constate des oscillations considerables en plus ouen moins. Nous n avonsenvue 
pour le moment que les cbangements assez appreciates pour etre facilement 
rattaches a la cause materielle que nous accusons de produire le cretinisme. 
Malheureusement,nous nc sommes pas en mesurc d indiquerpour tons les pays 
les changements d habiludes qui ont pu survenir cbez les habitants et les instal 
lations qui ont ete amenagees pour amener les eaux potables aux centres des 
populations. 11 pent etre arrive aussi que dans certaines localites on ait aban- 
donne 1 usage de sources devenues insuffisantes avec raugmentation des popu 
lations, el qu on ait trouve neeessaire d amener d autres eaux sans sepreoccuper 
si elles conlenaient le principe goitrigene. 

Maintenant que nous savons avec quelle facilite le sol communique a 1 eau 
son produit nuisible, et avec quelle facilite aussi t celui-ci se detruit, il nous 
sera permis d aflirmer que certaines conditions pbysiques peuvent avoir echappe 
aux observateurs qui out ctudie les grandes endemics de cretinisme dans divers 
pays, d autant plus que la plupart de ces observateurs ne paraissent pas etre 
convaincus de la theoric que nous soutenons. Nous avons fourni des exempb 
posilifs en faveur de notre these, en nous reportanl toujours a 1 autorite do 
ceux qui out observe les faits eux-memes. C est ainsi qu il nous a ete possible 
de preciser la cause de la diminution ou de raugmentation du cretinisme et 
du goitre pour un bon nombre de localite s ; nous pouvons encore ajouter que 
partout ou les eaux ont ete canalisees, on a diminue leur degrede saturation des 
produits du sol, et, par suite, 1 intensite de I endemie. 

II est peut etre utile ausssi, lorsqu il s agit de pays ou le sol lui-meme 
peut subir des changements , de tenir le plus grand compte de cette cir- 
constance. Humboldt signale 1 apparition soudaine du goitre sur le plateau 
de Bogota dans la Nouvelle-Grenade, sans pouvoir, dit-il , en determiner b 
cause. M.Saint-Lager croit pouvoir 1 altribuer aux eboulements considerables qui 
sont tres-frequents dans ce pays, dont la formation dominante est constitue e de 
gres bigarre extremement friable ; des montagncs entieres s ecroulent et entrai- 
nent avec elles des couches de schiste charbonneux ; les eaux sont raises en con 
tact avec ce sol de nouvelle apparition et leur qualite s en trouve modifiee. En 
faveur de 1 interpretation de M. Saint-Lager milile 1 observation deM. Bourrit, qui 
avait remarque que les goitres diminuent ou augmentent selon les directions quo 
prennent les torrents, et nous savons que celles-ci sont assez variables. La pio- 
fondeur des ravins qui, pour le meme cours d eau torrentiel, tend a augmenter 
constamment, a egalement pour consequence la decouverte de nouvefles cou 
ches du sol dont la composition est changeante. 

Nous signalerons encore un autre point tres-important et dont nous aurons 
beaucoup a nous occuper plus loin. Nous voulons parler du traitement iode, qui 
joue un role tres-considerable dans la diminution de I endemie. Nous verrons 



CRETINISME. 175 

quelle minime quantite il suffit d inlroduirc dans 1 organisme pour obtcnir des 
resultats tres-appreciables. L action si considerable de 1 iode sur le goitre ende- 
mique a conduit Prevost de Geneve et M. Chatin a cette interpretation que le 
cretinisme et le goitre, etaient dus au manque d iode, et, selon le premier des 
deux observateurs, au manque debrome. MM. Marchand, Niepce et Fourcaultse 
rattacherent a cctte maniere de voir. C est M. Cbatin surtout qui s efforga de de- 
montrcr 1 absence de 1 iode dans 1 air et les eaux des contrecs endemiques. Les 
recherches cbimiques de ce savant observateur ont assurement une serieuse 
valeur ; il est impossible de contester cepenclant qu il existe de nombreuses con 
tradictions dans ses releves ; il a trouve par exemple quc, dans les -Alpes, la 
quantite d iode est en raison inverse de 1 altitude; le cretinisme diminue 
toutefois a mesure qu on s eleve du nivcau des vallces, et c est dans les 
plaines du P6, contree evidemment infestee, qu on a trouve de fortes 
quantites d iode repandues dans 1 air et dans les eaux. Dans la commune dc 
Beaulieu (Oise) c est a une source ferrugineuse, a la fontaine Gayeux, que s ap- 
provisionnent un certain nombre d habitants ; elle a ete trouvee la plus iodee 
de tout le pays et c est precisement celle-la qui parait avoir la plus grandc 
influence goitrigene. Nous sommes les premiers a reconnaitre 1 action peremp- 
toire, certaine, absolue de 1 iode sur le goitre endemique ; mais il nous parait 
evident que ce metalloi de est en proportion trop mini me dans les eaux potables 
pour neutraliser les effets du principe toxique. Nous poserions du reste une 
question a ce sujet ; on conclut, de ce que 1 iode gucrit le goitre, qu il a une 
action preservative ; mais nc scrait-il pas permis de rappeler que la meme suli- 
stance guerit les accidents secondaires et tertiaires de la syphilis, sans que son 
usage puisse cependant preserver de ces accidents? Si nous voulions pousser 
ces arguments plus loin, ne pourrait-on se demander egalemeut si 1 usage pre a- 
lable du mercure peut empecher l individu de contracler la syphilis ? Selon Palas, 
les habitants goltreux de Motinos, en Russie, boivent des eaux marneuses et ferru- 
gineuses, et M. Saint-Lager fait remarquer a son tour que, d une maniere ^enerale 
les sources les plus iodees sont celles qui jaillissent des couches terrestres contc- 
nant des amas de plantes, de lignite et de houille, et que ce sont precisement ces 
eaux qui sont les plus goitrigenes. 11 en est de meme des eaux provenant de cou 
ches terrestres fuco ides; ce dernier auteur rappelle uussiqueFroschammera, de 
son cote, trouve de fortes quantites d iode dans les couches fucoides. Mais voici 
qui est plus precis encore : lorsque les habitants d une contree infestee veulent 
se guerir du goitre le raisonnement le plus simple les conduit a boire les eaux 
des parties de la contree ou le goitre n existe pas ; or, il resulte d examens 
multiples que ces eaux saines ne contiennent pas plus d iode que les eaux ^01- 
trigenes, et que parfois elles en contiennent moins. M. Saint-Lager cite ce fait 
bien digne cle remarquc, a savoir, que c est precisement dans les contrees ou le 
cretinisme est le plus re pandu (Valais et Savoie) que Ton trouve une couche 
dolomitiquequi contient 1 iode, qui, d aprescet observateur, paraitrait determiner 
la mineralisation des sources de Saxon et de plusieurs autres. 

Nous citerons encore pour memoire 1 opinion qui a ete emise (en face de 
1 inconnu surgissent les hypotheses meme les plus invraisemblables) que le 
cretinisme etait du a 1 absence dans les eaux du chlorure de sodium. Lorsqu on 
songe a la minime quantite de cette substance contenue dans les eaux qui en 
sont le plus chargees, et aux fortes proportions ingerees journellement avec 
tous les aliments, on peut se demander quel pouvoir mysterieux on a voulu at- 



170 CRETINISME. 

tribuera la presence du sel de cuisine dans les^eaux potables. II serait inutile 

d insister. 

Ackcrmann, qui identifiait le cretinisme avec le rachitisme, supposait qu ils 
dependaient tous deux d un defaul d assimilation des phosphates. On se rappclle 
que Gourbe avail suppose que le cerveau des idiots devait contenir moins de 
phosphore qu a 1 etat normal. Nous avons rapproche ces deux theories, qui sont 
en contradiction avec 1 observation des fails. 

II est impossible de determiner la nature meme du principe qui communique 
a 1 eau le pouvoir deletere qui engendre le goitre et le cretinisme. M. Saint- 
Lager, qui a fait Ics rccherchcs les plus consciencieuses et dans un esprit enri- 
nemmenl scienliiique, emet I hypothese que ce principe est de nature organique ; 
mais il a bienlol reconnu que ce, n est pas le dosage des matieres organiques 
prises en bloc qu il importe de faire. En effet, parmi les eaux goitrigenes, on 
en trouve qui en sont Ires-ehargees el d autres qui en contiennent tres-peu ; 
d autre part, les eaux salubres presentent les memes variations; il faudrait done 
trouver un reactif special capable dene deceler que la substance organique qui pro. 
duit 1 endemie. Nous ne saurions, quant a nous, affirmer comme 1 auteur que nous 
venons de ciler, que ce principe doit etre organique ; mais un element du pro- 
bleme nous parait defmitivement acquis, c est qu il existe des terrains qui 
communiquent aux eaux qui en jaillissent el qui les parcourent, un principe 
nuisible de nature inconnue et qui produit I endemie goitreuse. 

Les fails nombreux que nous venous de rapporter et qui tendent a prouver que 
ccilaines eaux produisent le goitre, devraienl avoir pour complement nalurel 
deux ordres de recherches: 1 elude geologique des terrains, etl analyse des eaux 
qui les traversent. 

Les recherches chimiques pourraient peut-etre conduire directement a la con- 
naissance de 1 agent toxique ; mais a la condition d etre poursuivies avec perse 
verance et comparativement dans un Ires-grand nombre de localites, les unes 
atleinles par 1 endemie, les aulres qui en seraienl exemples. Ces recher 
ches, pour avoir une valeur reelle, exigenl beaucoup de temps et de soins. 

L etude geologique des contre es Ires-nombreuses ou regnenl le goitre et le 
cretinisme endemiques, offrait au contraire, au moins en apparence, heaucoup 
moins de difficulles. On pouvail en effet profiler des cartes geologiques qui 
exislent de presque toules ces localites, el utiliser ainsi pour la solution du 
probleme des fails deja depuis longtemps acquis a la science. On compreud 
done pourquoi les etudes geologiques dans la question du goitre ont pris un 
developpemenl plus grand que les recherches puremenl chimiques, recherches 
qui cependant, comme il vient d etre dit, pourraient peut-etre conduire plus 
directement et plus suremenl au but qu on se propose d atteindre. 

Parmi les auleurs qui ont cherche a elablir que 1 endemie du goilre et du 
cretinisme existe specialement ou meme exclusivement sur certains terrains, 
on peut surtout ciler : Mgr Billiel, Mac-Clelland, Grange, Saint-Lager et Gar- 



rigou. 



D apres le savant prelat, 1 endemie du goitre et du cretinisme depend du 
sol et de sa constitulion geologique plulol que de sa configuralion. Pour le 
prouver il a fail faire un recensement des goitreux et des cretins dans les cent 
soixante-neuf paroisses du diocese de Chambe ry : cette enquete a demontre 
que quarante-deux villages elaient plus ou moins infectes, et que cent vingt- 
sept pouvaient etre regardes comme sains. Restait a comparer la geologic des 



CRET1JNISME. 177 

localites atteiiites par 1 enderaie ct de celles qui en etaient exemples ; ccltc 
comparison a conduit Mgr Billiet a conclure : 1 qu on commence a trouver 
quelques cas de goitre et de cretinisme dans le diocese de Ghambery, sur les 
depots du Rhone et sur les terrains d alluvions anciennes ; 2 que les cas 
deviennent plus nombreux des qu on arrive au sol argilo-calcaire, qui s etend 
de Montmelian a Chamousset, mais que 1 endemie prend surtout une inlensite 
tres-grande sur le terrain argileux, talqueux et gypseux de la vallee de Mau- 
rienne, et que le nombre des cas est de plus de 10 pour 100 ; 3 que les paroisses 
assises sur les terrains jurassiques et neocomiens sotit au contraire exemptes 
de goitre et de cretinisme. 

Pour donner plus d importance a ces resultats, le meme observateur rappellc 
plus loin que, hors des terrains signales par lui comme ceux sur lesquels sevit 
1 endemie, on rencontre souvent les memes formes de vallees, les memes defiles, 
le meme boisement, les memes ombrages, la meme humidite, la meme pau- 
vrete dans la construction des chaumieres, et que cependant le goitre et le cre 
tinisme y sont inconnus. 

Au contraire, dit-il, dans les terrains qui sont sujets a 1 endemie, les con 
ditions geographiques les plus favorables ne suflisent pas pour en cxempter. 

Ainsi, par exemple, les communes de la Cbapelle, de la Ghambre, deSaint- 
Arve en Maurienne, sont situees dans un terrain sec, loin des marais, exposecs 
a un grand courant d air ; celles de la Cliavanne, de la Planaise, de Corse, de 
Chateau-Neuf, de la Chapelle-Blanche en ce diocese sont dans une situation 
agreable, ouvertes de tons cotes, bien exposees au soleil, en toute saison ; tous 
ces avantages n ont pu jusqu ici les assainir. 

En resume, on voit que les terrains designes par Mgr Billiet comme ayant 
un rapport direct avec 1 endemie, sont les schistes argilo-calcaires, et prin- 
eipaleinent les terrains contenant des schistes talqueux, micaces et des de 
pots de gypse. Tous les villages batis sur les terrains jurassiques et neocomiens 
sont au contraire exempts de goitre. 

Le docteur Mac-Clelland, qui a etudie 1 endemie du goitre sur 1 Himalaya, 
a d abord etc frappe de ce fait singulier qu elle sevissait avec intensite dans 
une contree, et qu elle epargnait completement la contree voisine, bien que les 
conditions topograpbiques fussent les memes. II s est des lors applique a 
rechercher quelles pouvaient etre les causes de la difference, et 1 etude de 
cette constitution gcologique du sol lui a paru pouvoir seule en donner 
1 explication. 

Apres avoir nettement determine la nature des terrains dans les localites 
atteintes, il a fait une enquete minutieuse, village par village, au double point 
de vue de la proportion des goitreux et de la nature geologique du sol; et cettc 
enquete, dit-il, 1 a conduit a des resultats si precis, qu illui eut ete presque possi 
ble en etudiant les cararacteres des roches voisines, de dire a priori si les habitants 
etaient ou non affectes de goitre. Les resultats de ces recherches ont ete resu 
mes dans des tableaux ou la proportion des goitreux de chaque village L est 
partout indiquee a cote de la nature geologique du sol. 

Or, 1 inspection de ces tableaux montre de la maniere la plus nette que le 

goitre est presque exclusivemcnt endemique sur les terrains calcaires, et qu il 

epargne les villages places sur les schistes argileux, sur les gres siliceux, 

amphibolites, etc., etc. Aussi, 1 autcur croit-il pouvoir conclure de ses reclier- 

DICT. ENC. XXIII. 1 2 



178 CRETINISME. 

ches que 1 endemie du goitre doit etre attribute a la presence dans les eaux; 
d une forte proportion de carbonate de chaux. 

Les etudes geologiques dans leur rapport avec 1 t tiologie du goitre, n avaient 
ete faites par ces deux auteurs que dans une seule contree ; les recherches 
entreprisesparM. Grange ont ete beaucoup plus etendues et plus completes. La 
question a pris un caractere de generalite et une importance qu elle n avait pas 
j usque-la. 

Get auteur a essaye de demontrer : 

\ Que le goitre et le cretinisme ne sont dus ni a une circonstance meteoro- 
logique, ni a des conditions hygieniques speciales, ni a la reunion de plu- 
sieurs causes de cette meme nature, qui ne peuvcnt joucr, dit-il, qu un role 
secondaire. 

2 Que le goitre et le cretinisme sont endemiques sur les terrains magnesiens. 

On trouve, dit M. Grange, quelques goitreux sur la molasse marine ; cette 
affection augmente sur le lias; elle est ge nerale sur les terrains du trias,marne& 
irisees, muschelkalk, zechstein ; elle diminue sur les terrains houillers et 
disparait tres-generalement sur les formations granitoides. Son intensite maximum 
s observe toujours en dessous des grandes formations dolomitiques. 

Ces affections, ajoute-t-il, suivent sur un assez grand espace les terrains 
d alluvions qui proviennent des pays oil le goitre est endemique. 

Les recherches de M. Garrigou dans les Pyrenees ont ele resumees dans 
un memoire adresse par lui a la Commission francaise ; elles tendent aussi a 
confirmer la doctrine de M. Grange. 

Le goitre endemique, dit M. Garrigou, est exclusivement limite sur le& 
terrains composes d argiles plus ou moins marneuses, chloritees, opliitiques, 
talqueuses, en un mot sur des argiles magncsiennes avec ou sans pyrile de 
fer. 

Pour demontrer ce fait, 1 auteur a pris les statistiques du goitre publiees 
par M. Saint-Lager, et il a successivement examine la geologie des localite s 
atteintes dans les departements des Basses et des Hautes-Pyrenees, de la 
Haute-Garonne, de FAriege, de 1 Aube et des Pyrenees-Orientales. Le resultat 
de ses recherches a ete la confirmation du rapport indique par M. Grange, 
entre 1 endemie du goitre el les terrains magnesiens. 

Apres avoir essaye de demontrer que 1 endemie du goitre est en rapport avec 
les terrains dolomitiques, M. Grange a cm pouvoir designer la magnesie comrae 
la substance veritablement toxique cedee par ces terrains aux eaux potables. 11 
se fonde non-seulement sur ses recherches geologiques, mais aussi sur d assez 
nombreuses analyses chimiques. Ces analyses lui ont permis de constater la 
presence d une quantite notable de magnesie (10 a 25 pour 100 de la totalite 
des sels) dans toutes les eaux des villages et des vallees ou le goitre et 
le cretinisme sont endemiques. 

L auteur conclut ensuite de la maniere suivante : II resulte done, dit-il. 
des analyses que j ai faites, et des observations geologiques, que si les eaux 
sont, comme on le croit generalement, la cause prochaiue du developpement du 
goitre et du cretinisme, on pourrait rapporter 1 action de letere des eaux aux 
sels de magnesie, ou peut-etre, a la fois, a la presence de la magnesie et 
a Tabsence d une quantite de chaux sufn sante aux besoins de I economie . 

Telle est la doctrine de M. Grange, tendant a consacrer ce double fait: 
1 existence constante des terrains magnesiens dans les localites atteintes par 



CRETINISME. 

1 endemie, et celle de la magnesie dans les eaux potables de ces memes 
contrees. 

He redite. Nous nous sommes efforces, au commencement de ce travail, de 
demontrer les rapports intimes qui existent entre les deux formes de la dege ne- 
rescence qui nous occupe, le goitre et le cretinisme. Nous avons souvent signale 
jusqu a quel point ces deux etats morbides sont lies ensemble par les lois de 
I heredite, 1 un engendrant 1 autre. La propagation directe est cependant la regie 
la plus fre quente, et les goitreux donnent naissance plus souvent a des enfants 
goitreux qu a des enfants cretins ; la meme observation s applique a ceux-ci. Les 
unions que font les cretins entre eux, sont tres-souvent sleriles ; il en est 
de meme lorsque 1 un des generaleurs est dans un etat approchant de la 
decheance complete; nous savons deja que 1 impuissance virile y est attachee. 
De toute facon, les enfants issus de parents semblables sont pen viables, com- 
pletement degeneres, et ne sont guere aptes a devenir nubiles : la degene- 
rescence s eteint par son propre exces. Si la sterilite est dans ce cas 1 heureux 
obstacle a la propagation du mal, il n en est nullemcnt ainsi des goitreux. 
Ceux-ci sont parfaitement feconds et capables d engendrer des goitreux et des 
cretins. Les manages mixtes entre individus sains et goitreux donnent des resul- 
tats beaucoup moins funestes ; ilsn empechent nullement la production de loutes 
les formes de degenerescence, pour la propagation desquelles un scul generateur 
parait suffire, surtout lorsque les enfants issus de ces unions mixles sont nes 
et continuent a vivre dans les contrees ou 1 endemie existe. Un grand nombrc 
de fails tendent a prouver que, transferes dans des pays sains, les enfants 
subissent infiniment moins 1 influence de I heredite ; il est de toute facon incon 
testable que, etant donnees ces bonnes conditions, les signes de 1 endemie dimi- 
nuent de frequence dans une famille a mesure que les generations se multiplienl 
et s eloignent du premier generateur atteint. Ce serait une dangereuse illusion 
cependant que de croire qu on peut assignor des limites absolues a I heredite, qui 
a de singulieres reminiscences et de cruels retours sur elle-meme. Cette reserve 
posee, nous admettons tres-volontiers qu il est eminemment utile de transpor 
ter en pays sain des descendants de parents contamines, et qu on pourra de 
cette facxm esperer une attenuation serieuse du germe morbide. 

Pour qu on puisse dire qu il y ait endemie dans un pays, on est convenu que 
la proportion des cas du goitre et du cretinisme soil dans un rapport d au 
moins 1 pour 100 avec la population. Les tableaux suivanls, se rapportant a la 
Savoie que nous donnons comme specimen, fournissent le recensetnent general 
des goitreux dans ce departement. 

DEPARTEMENT DE LA SAVOIE 

RECENSEMENT GENERAL 

Nombre des communes 325 

Population generate 275,03 

Nombre des communes atteintes ; 20i 

Population attcmte. . . . l7-> IRI 

eju i 4t) 

Goitreux . .( H mmes . 2596 , 58QO 

I Femmes . 3203 < " 

r Creiin, \Hommes. 9^6 t 8545 

lb I Femmes. 860 18 6 

L Hnmmnc OEC . ( . . - Aj4O 

p Idiots. 



180 CRET1NISME. 



Proportion sur la population. 

sur 1000. 

Goitreux o800 21,13 

Cretins 1856 t>,75 

Idiots 687 2,50 



Total 8543 30,55 



Proportion sur la population allcintc. 

sur 1000. 

Goitreux 5800 33,60 

Cretins 1856 10,75 

Idiots 687 4,00 



Total 8343 18, So 



ENDEMIE 

Communes renfermant au moins 1 pour 100 de goitreux, cretins, idiots. 

Nombre des communes . . . . - 139 

Population de ces communes 100,000 

I Hommes. . 2491 

Goitreux . . .} Femmcs . 



I Hommes . 
Cretin*. . . .\ Fe mmes . 



Homines. 



3073 
957 

824 7921 



] 1781 



296 



8G 



7931 



Femmes . . 290 



Proportion sur la population atleinle par I endemic. 

Goitreux 5564 50 55 

Cretins 1781 16 20 

Idiots 586 5,30 



Total. . . . 7931 72,05 

Les localitcs dans lesquelles 1 endemie sevit avec le plus d intensite etaient 
desormais connues; on n avait plus qu a choisir celles qui devaient servir pour 
1 enquete scientifique. 

L un des buts qu on s etait propose par 1 enquete statistique generale etait 
done atteint; mais, sous un autre rapport, cette enquete n avait donne que des 
resultats tout a fait insuffisants. Malgre le soin pris par la Commission pour la 
redaction de son programme, et malgre 1 insistance de 1 administration pour 
obtenir un recensement exact des goitreux, des cretins et des idiots, il est cer 
tain que ce recensement n en avail signale qu une petite partie. 

L enquete, en effet, n indique que 65 526 cas de goitre, de cretinisme et 
d idiotie. Or, les recherches de Boudin et de M. Grange, faites d apres les tableaux 
du recrutement, porteraient a penser qu il y en a 7 ou 8 ibis de plus. 

Non-seulement on n a obtenu de documents que sur 65 departements, mais 
il y a en outre, dans ces departemenls memes, des lacunes tres-nombreuses 
dont quelques-unes comprennent des arrondissements entiers. 

L un de nous, M. Baillarger, a done cru devoir proposer a la Commission 
francaise de suppleer a 1 insuffisance de 1 enquete, sous ce rapport, par des 
recherches nouvelles faites au ministere de la guerre a 1 aide des comptes reudns 
du recrutement. Ces recherches devaient avoir pour but, non-seulement de 
determiner d une maniere plus exacte le nombre des goitreux, des cretins et 
des idiots, mais aussi de permettre, en comblant toutes les lacunes, de presenter 
un tableau complet pour toute la France. 

Ce travail a ete fait et comprend deux parties : 1 une a trait aux departements 
seulement, et les recherches ont eu lieu pour cinquante anne es, de 1816 a 
1865. Cette longue periode a permis de s assurer si 1 endemie etait reste e 
stationnaire, ou bien si elle avait afigmente ou diminue. 

La seconde partie du travail a porte sur les arrondissements et les cantons; 
elle ne comprend que quinze annees, de 1850 a 1865. 

On a pu ainsi etablir : 1 le nombre approximatif des goitreux, des cretins et 



CRETINISMS. 

des idiots dans toute la France; 2 la proportion comparee des goitreux, 
des cretins et des idiots dans tous les departements ; 5 la distribution de 1 en 
demie du goitre et du cretinisme par arrondissements et par cantons, dans 
les 60 departements dont 1 etude offrait, sous ce rapport, le plus d intenH; 
4 les variations qui se sont produites depuis cinquanle ans dans 1 endemie du 
goitre. 

11 resulte du releve tres-circonstancie a ce sujet fait par la Commission fran- 
caise, que la proportion du goitre chez les hommes et femmes est tres-variable 
suivant les departements. Dans les contrces ou 1 endemie est faible, les femmes 
sont beaucoup plus frequemment atteintes que les hommes ; mais a mesure que 
1 endemie augmente d intensite dans un pays, ces differences s effacent. C est 
ainsi que dans les 5 departements de la Savoie, de la Ilaute-Savoie et des Hautes- 
Alpes, il y a presque autant de goitrcux que de goitreuses, tandis que dans les 
departements de 1 Oise, de la Moselle et de la Haute-Saone il y a trois fois plus 
de femmes que d hommes. La proportion totale en France donne cependant une 
augmentation de frequence pour la femme, elle est a celle des bommcs de 5 cas 
sur 7. 

Nous avons deja fail remarquer que le goitre se developpe surtout a partir de 
la puberte. L enquete de la Commission francaise prouve que 11 fois sur 18, les 
individus goitreux sont ages de plus de vingt ans; le rapporteur a soin d ajouter 
cependant que bon nombre de goitres rudimentaires doivent passer inapercus 
chez 1 enfant. Une autre circonstance digne d etre notee, c est que le goitre 
augmente chez la femme au moment de la gestation et de 1 accouchement jusqu a 
1 age de vingt-cinq ans. Les femmes ne sont guere plus frequemment atteintes 
que les hommes jusqu a 1 age nubile ; mais a partir de cette epoque jusqu a 
1 age de la menopause, le nombre et le volume des goitres augmentent con- 
siderablement chez la femme. Cette relation incontestable entre 1 activite des 
organes genitaux et la production du goitre donne un caraclere paradoxal a 
cette observation que de tous les animaux atteints de goitre, c est le mulct 
qui fournit le plus grand contingent. 

Le cretinisme est plus frequent chez 1 homme que chez la femme, et se trou- 
verait dans une proportion a peu pres de 7 a 6. Nous disons ici en passant qu il 
en est de meme pour Tidiotie et pour la surdi-mutite. D apres 1 enquete 
de 1864, on a trouve 4594 idiots et seulement 5246 idiotes; d apres la statistique 
gene rale de la France, sur 41 525 idiots recenses, il y a 25 407 hommes et 
18118 femmes. 

La plus grande frequence du cretinisme chez 1 homme est etablie sur 
les donnees statistiques suivantes. D apres 1 enquete de 1864, on a trouve 
5979 cretins contre 5291 cretines. Les releves de 1 enquete sarde ont donne 
5075 cretins et 2855 cretines ; en additionnant les chiffres fournis par les deux 
enquetes, on trouve une proportion de 7 hommes pour 6 femmes. 

Nous croyons devoir faire remarquer que cette difference disparait complete- 
mnt quand on se borne a recenser les cretins goitreux. On trouve meme alors 
que les femmes sont en proportion un peu plus forte. Divers documents reunis 
ont en effet donne 5771 cretins goitreux et 5916 cretines goitreuses. 

Ce resultat n est point en opposition avec celui qui precede; il s explique par 
ce fait que le goitre est beaucoup plus frequent chez les femmes que chez les 
hommes. 



1N2 CRETINISME. 

On [peut done dire, en resume, que la plus grande frequence de 1 idiotie et 
de la surdi-mutite qui a ete conslatee chez les garcons existe egalement pour le 
cretinisme, mais a un moindre degre. 

L heredite du cretinisme etant admise, il faudrait etablir si la transmission esl 
constante et si", des la conception, le nouvel etre est irrevocablement voue a la 
decheance, ou bien encore si un milieu favorable peut attenuer le mal ou arreter 
son developpement. Est-il permis d admeltre qu en eloignant la femme du 
milieu infecte pendant la grossesse et la periode d allaitement, on puisse mettre 
1 enfant a 1 abri de la contagion? Nous sommes bicn portes a admettre 1 heureuse 
influence de circonstances aussi avantageuses; il est certain qu un mal lie aui 
conditions exterieures doit etre attenue si ces conditions sont favorables; mais 
il y a des fails qui prouvent trop preremptoiremenl que les lois de transmission 
hereditaire existent encore dans une assez forte mesure loin des pays endemi- 
ques. G est ainsi que Jes individus goitreux ont engendre des goitreux et des 
cretins dans des contrees indemnes de ces infirmites. 

11 est une circonstance tres-digne de remarque, c est que souvent ies 
enfants voues au cretinisme par 1 heredite ont en naissant toutes les appa- 
rences d une conformation normale; cette observation a ete faite non-seulement 
pour les enfanls des goitreux, mais aussi pour ceux dont. les parents sont atteints 
de cretiuisme manifeste. II resulte d un rapport du baron Bich qu a 1 hospice de 
la Cite d Aoste, sur 11 enfants nes de parents cretins, 5 seulement avaicnt 
apporte le stigmatc hereditaire en naissant, 1 fut atteint vers le huitieme mois, 
4 a deux ans et 1 a trois ans. 

Morel a tres-particulierement insiste sur ce fait que le cretinisme n atteint 
pas les enfants en naissant, et il cite une institution creee en pays sain par un 
ecclesiastique, dans le but de soustraire les nouveau-nes aux influences exte 
rieures nuisibles. Nous manquons de donnees precises sur les resultats obtenus. 
Un tres-judicieux observateur, Ackermann, affirme que les signes du cretinisme 
n apparaissent que vers la deuxieme annee. Ce medecin, qui a pratique sur une 
grande echelle des vaccinations dans les contrees du Valais les plus atteintes, a 
constamment vu que dans la premiere annee de la vie les enfants etaient par- 
faitement bien conformed, et les meres goitreuses qui avaient d autres enfants 
plus ages deja et atteints de cretinisme, etaient unanimes a declarer que ces 
derniers avaicnt toute 1 apparence de la sante pendant la premiere annee 
de la vie. Selon M. Niepce, c est encore plus tard, dans la troisieme annee dela 
vie seulement, qu il serait possible de reconnaitre les signes physiques du creti 
nisme. Fodere est pour ainsi dire le seul auteur qui admette que le cretinisme 
goit reconnaissalile des la naissance; il va meme jusqu a enumerer en detail les 
signes physiques de 1 endemie chez les nouveau-nes. II nous suffira de dire que, 
parmi ces signes, figure, a des degres differents, le goitre, qui, de 1 avis unanime 
de tous les observateurs, n existe jamais chez les enfants nouveau-nes, pour 
montrer que, dans cette circonstance, la description de Fodere est entache e 
d erreur. II serait presque inutile de dire que 1 apparition plus ou moins 
eloignee de la naissance des signes du cretinisme n infirme en aucune fa?on 
la valeur de 1 influence hereditaire. Des affections d une autre nature et dans 
lesquelles personne n a conteste 1 influence de 1 heredite, le cancer, le tubercule, 
parexemple, n apparaissent-elles pas a des epoques beaucoup plus eloignees de la 
naissance ? Est-il rare d observer des individus naissant avec ces dispositions et 
restant bien portants pendant une grande partie de leur existence, et pour 



CRETIMSME. 183 

Se cancer meme jusqu a un age souvent tres-avance, en gardant jusqu a 1 eclo- 
sion de la maladie tous les attributs d une sante paiiaite? 

Deja Esquirol avail exprime !a conviction que le cretinisme n apparaissait 
que vers la troisieme ou quatrieme annee de la vie, et M. de Saussure, qui 
emettait la meme opinion et ne considerait pas le cretinisme comme un etat 
congenial, faisait particulierement ressortir cette circonstance, que les causes 
qui determinent 1 endemie doivent porter leur action funeste sur le cerveau 
&i tout le systeme nerveux, surtout dans les premieres annees de la vie. 11 
est incontestable, en effet, que le cerveau se developpe a partir de la nais- 
sance avec une telle rapidite, que la masse en est a peu pres doublee apres les 
six premiers mois. 11 est inconsestable que pendant cette periode devolution, 
1 organe doit etre d une receptivite infmiment plus grande qu a tout autre 
moment de la vie. Cette circonstance n en laisse pas moins entierement debout 
toute la part d influence de 1 beredite. 

Les donnees fournies par la conscription dans les Etats sardes jusqu a vingt- 
trois ans peuvent contribuer aeclairer cette question. Mais nous ne citons qu en 
hesitant le resultat auquel est arrive la Commission sarde. Des reponses qu elle 
a recues de la part des parents et de 1 entourage des enfants, il resultc que, sur 
JOOO cas, 894 Ibis les signes du cretinisme seraient apparus avant la lin de la 
deuxieme annee, 56 fois de deux a cinq ans; 55 fois de cinq a douze ans, et 
15 fois eiifin apres la douzieme annee. Comme il ne s agit pas ici de constata- 
tions faites directement par des personnes competentes, il n y a pas lieu 
d attribuer a ces renseignements une conliance serieusement justifiec. 

11 ne nous parait pas douteux un seul instant que des enfants nes dans des con- 
Irees saines et de parents sains transportes en pays endemiques n y subissent 
1 influence nuisible. Cette observation a ete faite d une maniere peremptoire dans 
1 Isere par M. He raut, inspecteur des enfants trouves de ce departcment, et 1 un 
de nous a fait une observation analogue pour un enfant ne a Lyon et en- 
voye en nourrice dans une commune oil 1 endemie existait. Un fonctionnaire 
envoye d une contree saine dans la Maurienne a remarque qu apres une 
annee de sejour, 1 un de ses enfants age de plus de trois ans prenait tous les 
signes du cretinisme; deux autres enfants plus ages, la mere ct un domes- 
tique presentaient en meme temps les signes du goitre. 

L acquisition du goitre par des adultes ayant quitte des pays sains pour 
habiter des pays endemiques n est pas rare, et la contre-epreuve pour ainsi dire 
de cette influence est faite par la disparition du goitre chez ces memes individus, 
lorsqu ils viennent a quitter les pays ou le goitre se developpait. Mais voici 
un fait tendant a prouver que le cretinisme meme peut etre acquis a 1 age 
adulte; il resulte d une enquete faite par le gouvernement autrichien en 
1844, a Syrnitz. Le proprietaire de la seigneurie de ce pays, qui 1 avait ac- 
quise d une famille dans laquelle tous les membres etaient cretins et 
goitreux, arriva d un pays sain avec sa femme. Celle-ci mourut goitreuse et demi- 
cretine; le proprietaire epousa de nouveau une femme saine qui, a son tour, 
subit la meme degenerescence ; le mari lui-meme devint demi-cretin. Les cinq 
enfants du premier lit furent tous frappes ; quant aux deux enfants du second 
lit, 1 un age de trois ans et 1 autre d un an seulement au moment ou cette 
communication fut faite, etaient encore sains d aspect. M. Willeger, 1 auteur de 
cette observation, affirme qu il en avait ete de meme des enfants du premier lit, 
pendant les premieres annees qui suivirent la naissance, ce qui ne les avait 



184 CRETINISME. 

point empeches de degenerer completement plus tard. II ajouta, en outre, que 
de ja son pere avail remarque que les domestiques de pays etrangers qui ve- 
naient habiter la ferme, prennaicnt d abord le cou gros, perdaient ensuite gra- 
duellement leurs facultes intellectuelles, et finissaient par tomber dans le creti- 
nisme le plus complot. II faut a j outer que tous les individus nes dans cette 
ferme sont cretins au plus haul degre. La degenerescence porte meme sur le 
betail a comes, au point qu il faut aller chercher dans les pays voisins les 
betes de trait ne cessaires a la culture. Ce fait cst tres-concluant, mais il est 
jusqu ici isole dans la science. 

Personns ne saurait contester 1 influence de 1 heredite et des mariages consan- 
guins; nous avons sufiisammcnt insiste sur ces causes directes etpour ainsi dire 
latales de propagation du rretinisme; mais nous avons deja dit que, lorsque 1 in- 
dividu contamine est completement decbu, il est sterile et meurtsans laisserde 
traces derriere lui. II n en est pas de meme du demi-cretin, chez lequel 1 infe- 
riorite organique n exclut point les instincts genesiques ; bien au contraire, des 
exemples nombreux prouvent que la violence de ses desirs dejoue toute vigi- 
lance et le pousse paiiois a commetlre de veritables attentats pour satisfaire ses 
appetits sexuels. Le demi-cretin se marie dont le plus frequemment, et produit 
des enfants. On a pose a ce sujet une question fort grave a resoudre. La societe, 
dans un but de preservation, a-t-elle le droit de s opposer a toute union entre 
cretins et peut-cllc etendre sur eux la loi prohibitive qui empcche les mariages 
entre alienes ? Certains moralistes, ne tenant peut-etre pas assez compte des 
faits, et jugeant en vertu de principes abstraits, n ont pas hesite a declarer que 
la liberte et les droits individuels doivent etre respectes avant tout. 

Cependant, si Ton n oppose pas une digue a la propagation la plus directe 
et la plus certaine du fleau, si Ton n use pas des moyens que le simple bon sens 
ct les necessites de preservation sociale nous imposent peremptoirement, on ne 
pouira esperer enrayer un mal qui ne tend a rien moins qu a degenerer 1 espece 
bumaine. M. Marcband a constate 1 beredite directe dans tous les cas observes 
par lui dans les Pyrenees ; le plus sou vent, dit-il, la transmission vient des 
premiers generateurs, le pere et la mere. Get observateur a constate seize fois 
la transmission aux petits-enfants en epargnant une generation ; sept fois seule- 
ment la descendance directe ne put etre constatee ; mais les collateraux, oncles 
et tantes, etaient affectes de cretinisme. et ce qui est plus important encore, 
les parents etaient goitreux. La transmission du cretinisme par heredite est done 
d une observation pour ainsi dire constante ; le fait le plus probant est celui de 
Ferrus, relate plus baut ; Mgr Billet, qui a ete a meme de bien observer les 
faits, declare que dans une famille ou il s est produit des cas de cretinisme, 
1 beredite ne s eteint que vers la troisieme gene ration. M. Niepce emet une opi 
nion analogue; mais ces observateurs n ajoutent pas si, dans les cas ou ils ont 
vu le cretinisme s cteindre, il y a eu mariage mixte, par consequent introduction 
dans la famille de generateurs sains, ce qui nous parait certain, le manage entre 
cretins ne pouvant donner naissance qu a des cretins, quelque saine que soil la 
contree ou Tunion s accomplit et ou les enfants sont nes et eleves. 

S il ne nous parait pas douteux un seul instant que la loi doive interdire des 
mariages entre cretins, il ne pourrait guere en etre de meme lorsqu il s agit 
d individus en possession de toutes les facultes intellectuelles, lels que les 
goitreux, et qui cependant, nous le savons, peuvent engendrer des cretins. Nous 
croyons avoir ete au-dessous de la verite en affirmant, d apres 1 enquete de la 



CRETINISME. 185 

Commission franchise de 1864, que 80 pour 100 des cretins naissent de parents 



goitreux. 

Un des meilleurs observateurs dans cette matiere, Fodere, pretend quelorsque 
les deux generateurs sont atteints du gros cou, les enfants sont toujours cnta- 
ches de cretinisme a un degre quelconque. 

II n hesite pas a dire qu il voudrait qu ou ne permit pas le manage a un 
goitreux si son goitre est un peu volumineux, qu il fut surtout defendu a tout 
individu attaque de cretinisme au l er , au 2 et au 3 e degre; et que, quand on 
le permet a un individu dans la famille duquel il y a eu des cretins, on 1 obli- 
geat a se choisir une epouse bien constitute et nee dans des pays ou on ne con- 
nait pas ces maladies. Appellerait-on violer la libcrte, dit cet auteur, que de 
prendre les precautions efficaces pour mettre les bommes en etat d en jouir? 
Le rapporteur de la Commission du Piemont demande, a son tour, qu on 
empeche par toutes les voies possibles que deux personnes ayant nne tendance 
au cretinisme ou appartenant toutes deux a des families dans lesquelles le 
cretinisme parait hereditaire, ne contractent manage entre elles . De plus, 
ajoute-t-il, on devrait favoriser le croisement des races. 

Ferrus, de son cote, invoque les articles du code toucbant les oppositions au 
mariage, pour en demander 1 application aux cretins, dont la libcrte morale 
n est pas complete. 

Le docteur Bants propose que le goitreux ne puisse contractor mariage 
qu apres guerison de son inlirmile constatee par 1 attestation d un mcdecin; 
et quant aux cretins, si faiblement qu ils soient atteints, le mariage devrait leur 
etre absolument interdit. Cet auteur va meme bien plus loin elans cet ordre 
d idees en proposant que tout individu dans la famille duquel il y aurait 
plusieurs cretins, ne put choisir une femme que dans un pays ou 1 endcinie 
n existat point. 

Une premiere difficulte se presente a 1 application des mesures restrictives que 
nous signalons, et a 1 appui desquelles on pourrait citer 1 opinion d un plus grand 
nombre d observateurs. 11 est dcmontre, par le recensement de la Commission 
du Piemont, qu un vingtieme seulement des cretins naissent de parents cretins, 
ct cette proportion s est encore bien plus affaiblie depuis les recberches de 
la Commission du Piemont. Elle resulte de ce que les manages entre cretins 
deyiennent de plus en plus rares. Or, si Ton peut raisonnablement soutenir la 
these de la necessite de mettre en interdiction des cretins, il serait bien plus 
difficile, pour ne pas dire impossible, d interdirele mariage a des goitreux dans 
des pays endemiques ou le goitre est d une frequence extreme; et cependant, 
c est le mariage entre goitreux qui fournit le plus grand contingent de cretins a 
tous les degres. 

Les manages entre cretins dcviendront constamment plus rares. d autant 
que les ministres des divers cultes, comprenant leur f unes te consequence, 
refusent, le plus souvent au moins, la consecration aux individus incapables 
de recevoir une instruction religieuse ; mais la question des manages entre 
goitreux reste toujours ouverle, et nous ne sommes pas encore en mesure d ap- 
pliquer a leur sujet, ni meme de proposer, une loi restrictive qui puisse etre con- 
ciliee a la fois avec le droit de la sociele de se preserver contre tout ce 
qui tend a la degrader, et avec la liberte individuelle de tout bomme qui n est 
pas prive de sa raison et de son libre arbitre. On pcut et on doit conseiller 
1 intervention officieuse des membres des commissions creees pour les contrees 



186 CRfiTINISME. 

endemiques, dans le but de surveiller les moyens prophylacliqucs employes contre 
le goitre ; il n est pas moins utile de repandre 1 instruction parmi les populations, 
qui doivent etre eclairees sur la necessite d un traitement contre le goitre avant 
de contractor mariage. G est surtout aux medecins, aux fonctionnaires, aux mi- 
nistres des cultes qu il appartient de propager les justes idees dans cette direction. 
Mais de la a prohiber le mariage a des individus atteirits de goitre dans des con- 
trees ou parfois la majeure partie de la population en est atteinte, il y a loin. 

Ledocteur Francois ecrivit il y a quelques annees, a Moxel, . qu a la Robertsau 
(pres de Strasbourg) nul n elait intervenu pour empecher le mariage des cretins 
que par voie de persuasion, et qu on avail souvent reussi. L autorite, ajoute 
M. Franc,ois, ne s est point servie de son influence dans ces questions ; ce n etait 
que 1 affaire des ministres de I un on de 1 autre culte et du medecin . Lui- 
meme ne s est pas toujours borne a de simples conseils; pour empecher le ma 
nage entre cretins, qui le plus souvent sont indigents, il a menace de faire sup- 
primer les secours si on ne tenait pas compte de ses observations, et, quoique 
ces menaces n eussent certainement jamais ete executees, elles n en ont pas 
moins reussi aupres de ces pauvres desherites qu on voulait, a juste litre, empe 
cher de perpetuer leur misere physique el inlellectuelle. 

L excmple de M. Francois meiite d etre suivi, et ce serait deja un grand pas 
fait vers la solution du probleme que de pouvoir astreindre les goitreux a faire 
disparaitre leur difformite avant de procreer des enfants. Quant aux individus 
atteints de crelinisme confirme, nous n hesilons pas a declarer que 1 inlerdic- 
tion formelle du mariage est la seule sauvegarde de la societe. 

On a de diverses parts conseillede favoriser les manages mixtes, en se basant 
sur ce que 1 heredite devient moins fatale lorsqu il y a introduction d un element 
sain dans une famille de cretins ou de goitreux. N est-il pas permis d objecter 
a ce precepte que, si le croisement de races assainissait dans une certaine 
mesure une famille contaminee, il presente 1 inconvenient de condamner a la 
degenerescence les descendants d un individu qui, en contractant une union dans 
des conditions normales, aurait donne naissance a des enfanls sains. Ne serail-il 
pas preferable dc limiter le mal comme on limite un incendie, en sacrifiant deli- 
berement ce qu il est impossible de sauver, acquerant ainsi la certitude de voir 
le fleau s eteindrefaute d aliments? 

Nous avons cite plus haul les diverses formes de degenerescence qui atteiguent 
les populations dans lesquelles existe 1 endemie ; nous ajouterons ici, au point 
de vue de 1 heredite, qu on a observe aussi que le cretinisme resulte d unions 
d individus atleinls des diverses formes d affeclions el d " infirmites qui paraissent 
etre des complications de 1 endemie, survenant sous la meme influence ; c est 
ainsi que les manages endemiques enlre sourds-muels, rachitiques, asthenogenes, 
nains, idiots, etc. produisent des cretins. 

La degenerescence de la population des contrees ou regnent 1 endemie et le 
cre tinisme a ete remarquee par tous les observateurs. La Commission sarde 
s exprime avec beaucoup de precision a ce sujet, dans un passage que nous 
avons cileplus haul. Nous avons signale la pratique qui exisle dans certains pays 
chez les jeunes gens soumis a la conscription, et qui consiste a boire pendant 
quelque temps t eaudes sources goilrigenes ; il serail avere, selon quelques obser 
vateurs, que le desir de s exempter de cette facon du service militaire aurail 
une certaine part dans la frequence du goitre chez les jeunes gens approchant 
de la vingtieme annee. C est la un abus et un danger qu il serait facile de 



CRETINISME. 187 

combattre en declarant propres au service les individus atteints de cette 
infirmite. 

Distribution ge ographique. Nous avons essaye de montrer le mode d appari- 

tion et 1 evolution de la ddgenerescence cretino-goitreuse sur 1 individu meme 

qui en est atleint; nous aurions a etudier maintenant son mode de distribution 

et ses oscillations d intensite dans les nombreuses regions du globe ou elleexiste. 

Comme il est certain pour nous que cette affection est due partout a la meme 

cause et que cette cause consiste en un principe toxique contenu dans les eaux 

potables et dans les vegetaux qui servent d aliments aux habitants, nous de- 

vrions, d apres les changements que les habitants de contre es si diverses 

apportent dans leur mode de nutrition, etablir la relation qui existe entre ces 

changements et les oscillations que subit 1 endemie ; mais on concoit aisement 

que les donnees nous manquent pour [ immense majorite des pays, et meme 

lorsqu il s agit du notre, il nous serait bien difficile, d apres les documents 

que nous possedons jusqu a ce jour, d etudier la question a ce point de vue et 

surtout d arriver a une solution. 

Selon Humboldt, le goitre etait inconnu a Mariquita dans la Nouvelle-Grenade 
avant la tin du siecle dernier, tandis qu il en exisle un grand nombre de cas 
acttiellement. Le meme auteur affirme qu il en est de meme dans plusieurs 
localite s sur le plateau de Santa-Fc de Bogota. Sigault, dans son etude sur les 
maladies du Bresil, enonce ce fait que le goitre, a peine connu dans le Rio- 
Grande du Sud, y regne maintenant dans un bon nombre de villcs. Silon Wothers- 
poon, le goitre apparut au fort Kent depuis 1820 seulement. De son cote, lloff 
signale 1 apparition toute recente de 1 endemie dans plusieurs cantons de 1 Im- 
merthal. En France Miral-Jeudy affirme qu a Beauregard, dans le Puy-de-D6me, 
le goitre n est apparu que vers la fin du siecle dernier. Sans entrer dans plus 
de details a ce sujet, nous dirons seulement qu un grand nombre d auteurs 
signalent ces apparitions soudaines, mais surtout des augmentations rapides du 
nombre de goitreux et de cretins dans des regions ou 1 endemie n existait pas ou 
nefaisait que de tres-rares victimes. La Commission franchise de 1864 a regu 
des communications precises a ce sujet concernant quelques communes des 
Vosges et du Jura. 

II y a quelques annees, nous avons releve sur les tableaux conserve s a la 
sous-prefecture de Saint-Jean de Maurienne les cas d exemptions pour goitre 
depuis 1796 jusqu a 1 epoque de 1 annexion, et nous avons constate une augmen 
tation du nombre des goitreux dans beaucoup de localites. Une etude bien 
plus complete nous a conduits a des evaluations precises pour toute la 
France. Nous avons pris pour base les tableaux d exemptions depuis 1816 
jusqu en 1865, divisant ce demi-siecle en cinq periodes de dix anne es et les 
comparant chacune entre elles. Avant d enoncer les resultats, il serait permis 
de se demander si les exemptions n etaient pas obtenues plus ou moins facilement 
aux diverses epoques de cette periode, et si Ton ne doit pas admettre que 
1 extension du service militaire a mesure qu on approche de 1 epoque actuelle 
n ait pas eu pour consequence de conside.rer comme propres au service les indi 
vidus chez lesquels I hypertrophie de la glande thyroide etait peu accuse e. Ce 
qui nous fait supposer qu il doit en etre ainsi, c est que, a 1 egard de toutes les 
autres infirmites, les commissions de recrutement out constamment applique 
une selection de moins en moins rigoureuse ; il est universellement connu aussi 
que la taille a etc notablement baissee depuis cinquante ans. 



188 



CRETINISME. 



La suppression de la cravate chez les militaires a du a son tour contribuer a 
diminuer le nombre des exemptions du goitre, ainsi que la decouverte du traite- 
ment iode dont les excellents effets sur les goitres surtout peu volumineux a du 
etre pris en consideration par les medecins militaires, qui savent du reste que 
chez beaucoup de jeunes conscrits le gros cou disparait par le simple fait du 
changement de regime et de pays. II s ensuit que, si les exemptions pour 
goitres ont augmente a mesure qu on approche de notre epoque, c est que 1 in- 
firmite a pris une extension plus considerable. Les chiffres des oscillations ne 
peuvent cependant avoir de valeur que sous condition de tenir compte de 1 aug- 
mentation de la population depuis cinquante ans. II faudrait done pour chaque 
commune etablir la courbe ascensionnelle des habitants, et etablir ensuite la 
proportion du nombre des exemptions pour cretinisme aux epoques corres- 
pondantes. Ce travail n a pas etc fait. On pourrait .observer que les auteurs 
qui ont pris pour base depreciation les exemptions de 1 annee 1865 ont 
etabli Icur evaluation d une maniere quelque peu erronee. En effet 1502 
exemptions pour goitres eurent lieu cetfe annee-la, et on acru etablir la propor 
tion de ce chiffre avec celui des jeunes gens tombes au sort ; mais oil n a pas 
tenu compte que, surce total, il y a des exemptes de droit et d autrespourdefaut 
de taille, elimincs avant toutautre examen. La proportion du nombre des goitreux 
aurait done du etre faite avec le chiffre des jeunes gens re ellement examines. 
Cette evaluation conduit a constater que le nombre d exemptions pour goitres 
est au nombre total des examensfaits dans une proportion superieure d un quart 
a celle qui a ete donnee. Par le tableau ci-contre, on pent saisir d un coup d oeil 
la proportion comparee des cas de goitre dans les 89 departements de la France. 
Le degre d accroissance est indique par des numeros d ordre depuis \ 
jusqu a 89; les 89 departements ont ete divises en cinq series, d apres la pro 
portion decroissante des cas de goitre. 

PROPORTION COMPAREE DES GAS DE GOITRE DANS LES 89 DEPARTEMENTS 

POPULATION AU-DESSUS DE 20 ANS 

Nombre des cas de goitre. 



PREMIERE SER1E 



3 

A, 
5. 
6. 
7, 
8. 
9. 
10. 



Hommes. 

Savoie 9,910 

Hautes-Alpes 3,712 

Haute-Savoie 5,820 

Ariege 5,272 

Basses-Alpes 1,631 

Hautes-Pyrenet^ 2,897 

Jura 2,<;G5 

Vosges . . 4,554 

Aisne 4,475 

Alpes-Maritimes 1,511 



11. 

12 

13. 
14. 



40,247 



Femmes. 


Total. 


Proportion 
p. 1000. 


11,892 


21,802 


133,7 


4,454 


8,166 


111,0 


9,512 


15,152 


92,0 


9,161 


12,434 


82,7 


4,953 


6,60-i 


76,9 


6,084 


8,681 


62,5 


7,995 


10,660 


58,9 


9,968 


14,502 


56,8 


15,425 


17,900 


52,9 


4,553 


6,044 


50,7 



81,778 



DEUXIEME SERIE 



Loire 

Rhone 

Puy-de-D6me 3,615 

Haute-Loire 2,009 



Hommes. 

3,949 
4,945 



A reporter. 



14,546 



Femmes. 

11,847 

13,829 

11,604 

6,027 

43,367 



122,025 



Total. 

15,796 

18,772 

15,309 

8,036 

57,913 



73,8 



Proportion 
p. 1000. 

49,0 
46,0 
44,6 



182,4 



CRETINISME. 



189 



Hommes. 



is. 

16. 
17. 
18. 

19. 
20. 
21. 
22. 
23. 
4. 
25. 
26. 
27. 
28. 
29. 
30. 
31. 
32. 
35. 



Oise .... 
Drome . . . 
Haut-Rhin . 
Mcurthe . . 
Cantal . . . 
Haule-Saone 
Haute-Marne 
Moselle. . . 
Anleclie . . 
here .... 
Lozere . . . 
Dordogne. 



Report. 



1,872 
1,798 
2,634 
2,121 
0,781 
1,584 
1,115 
2,070 
2,147 
3,614 
0,605 
1,930 

Pyrenees-Orientales 0,694 

1,027 
0,988 
1,957 
1,512 



Meuse 

Doubs .... 

Saone-et-Loire 

Haute-Garonne 



Basses-Pyrenees 1,577 

Correze. 1,151 



45,519 



Femnies. 
45,367 
7,301 
5,934 
6,902 
6,365 
3,827 
4,435 
3,680 
6,210 
4,721 
6,505 
1 ,809 
5,790 
2,082 
3,078 
2,904 
5,871 
4,838 
4,131 
2,647 

132,915 





Proportion 


Total. 


p. 1000. 


57,913 


182,4 


9.175 


36,0 


7,191 


56,9 


10,556 


35,0 


8,484 


33,0 


4,008 


52,0 


6,019 


31,6 


4,795 


50,8 


8,280 


50,5 


6.8G7 


29,5 


10,119 


29,0 


2,412 


29,0 


7,720 


25,0 


2,876 


24,0 


4,104 


22,6 


2,952 


22,0 


7,828 


21,7 


6,350 


21,0 


5,808 


21,0 


3,798 


20,0 



178,45i 



52,0 



TROISIEME SERIE 



34 Ardennes . 

35. Aveyron . 

36. Lot. . . . 

37. Ain. . . . 

38. Vaucluse . 

39. AuHe. . . 

40. Allier. . . 

41. Cole-d Or. 

42. Creuse . . 

43. Bas-Rhin . 

44. Nievre . . 

45. Aube. . . 

46. Marne . . 



Hommes. 

859 
1 ,020 
721 
887 
650 
668 
665 
663 
464 
958 
546 
401 
575 



9,055 



Femmes. 
2,517 
5,060 
2,163 
2,661 
1,890 
2,004 
1,995 
1,989 
1,592 
2,874 
1,658 
1,205 
1,719 

27,105 





Proportion 


Total. 


p. 1000. 


5,356 


17,0 


4,080 


17,0 


2,884 


17,0 


5,548 


16,0 


2,520 


15,7 


2,672 


15,0 


2,660 


11,7 


2,652 


11,5 


1,856 


11,0 


3,852 


10,8 


2,184 


10,6 


1,604 


10,0 


2,292 


9,7 



56,140 



13,0 



QUATRIEME SERIE 





Hommes. 


47. Eure 


. . . 548 


48. Haute-Vienne 


. . . 386 




. . . 626 


50. Card 


. . . 429 




. . . 562 


52. Orne 


. . . 395 


55. Somme 


. . . 510 


54. Landes 


276 




. . . 329 


56. Sarthe 


. . . 334 


57. Seine-Inferieure. . . . 


. . . 459 




. . . 301 


59. Seine-el-Marne .... 


. . . 199 


60. Calvados 


. . . 244 


61. Eure-et-Loir 


. . . 145 


62. Gers 


. . . 144 


63. Var 


. . . 150 


64. Corse 


. . . 118 


65. Tarn 


. . . 164 


66. Indre 


. . . 123 


67. Maiue-et-Loire . . . 


. . . 219 



Femmes. 



A reporter. . 



6,459 



19,428 



Total. 

2,192 
1,556 
2,504 
1,716 
1,448 
1,572 
2,0-10 
1,104 
316 
356 
836 
204 
796 
976 
580 
576 
600 
472 
656 
492 
876 

25,808 



Proportion 
p. 1000. 

9,0 
7,8 
7,7 
6,6 
6,3 
6,2 
5,9 
5,9 
5,7 
4,8 
5,8 
3,7 
3,7 
3,4 
3,3 
3,2 
3,2 
3,0 
5,0 
2,9 
2,6 

101,7 



190 



CRETINISME. 



Proportion 

Homines. Femmes. Total. p. 1000. 

Report. . . 6,469 19,428 25,808 104,7 

68. Tarn-et-Garonnc 084 232 336 2,4 

69. Gironde 254 762 1,016 2,4 

70. Vendee 151 523 564 2,3 

71. Seine ... 756 2,208 2,944 2,2 

72. Ille-et-Vilaine 187 561 748 2,1 

73. Loiret 159 477 636 2,0 

74. Cher 103 509 412 2,0 

75. Nord 421 1,263 1,684 2,0 

76. Lot-et-Garonne 79 237 316 1,6 

77. Heraull 101 305 404 1,6 

78. Pas-de-Calais 180 540 720 1,6 

79. Mayenne 73 219 292 1,3 

80. Loir-et-Cher 51 153 204 1,2 

9,031 27,093 56,124 5,5 

CINQUIEME SERIE 

Proportion 
flommes. Femmes. Total. p. 1000. 

81. Indre-et-Loire 42 126 168 0,8 

82. Vienne 57 111 148 0,7 

83. Loire-InffSrieure 61 183 244 0,6 

84. Cliarente-Inferieure 40 120 160 0,5 

85. Fmi.terre 54 162 216 0,5 

86. Deux-Sevres 20 60 80 0,4 

87. Morbihan 23 69 92 0,5 

80. Manche 26 104 0,5 

89. C6les-du-Nord 27 81 108 0,2 

330 900 1,320 0,4 

RECAPITULATION 

Premiere serie 40,247 81,778 122,025 73,8 

Deuxieme serie 43,519 152,915 178,434 32,0 

Troisieme serie 9,035 27,105 56,140 15,0 

Quatrieme serie 9,031 27,093 36,124 5,5 

Cinquieme serie 530 990 1,520 0,4 

TOTAUX GEXERAUX 104,162 269,881 574,043 16,7 

11 resulte de ce tableau que des departements en France, dont 9 sont des pay? 
de hautes montagnes, se trouvent atteints dans la proportion qui est au-dessus 
de50 pour 1000 (Le recensement ne porte que sur les hommes et les femmes 
ages de plus de 20 ans). Cette proportion est de 20 pour 1000 et au-dessus dans 
23 autres departements ; il reste 12 departements danslesquels la proportion est 
au-dessus de 10 pour 1000. II est necessaire d ajouter immediatement que Ten- 
demie n est pas repandue d une maniere uniforme, que certaines regions dans 
un departement pre sentent un tres-grand nombre de goitreux, tandis que d autres 
en peuvent etre completement depourvus. En etudiant les 45 departements les 
plus fortements atteints, nous trouvons qu ils affectent une configuration gene- 
rale assez remarquable. G est d abord un point isole dans le Nord, le departement 
de 1 Aisne s etendant sur TOise et formant avec lui et les Ardennes une ligne 
assez etroite qui s etend vers TEst et englobe ces autres departements au centre 
desquels les Vosges figurent au premier rang. Gette ligne s amincit en descendant 
perpendiculairement au Sud, rencontre le Jura qui forme le septieme comme 
intensite de toute la France. 11 lormesur la carte Tangle superieur d un triangle 
dont Tangle inferieur est constitue par les Alpes-Maritimes, Thypotenuse etant 
formee par les departements de la Haute-Savoie, de la Savoie, les Hautes-Alpes 



CRfiTINISME. 191 

et les Basses-Alpes, departements qui figurenl parmi les premiers atteints. Le 
troisieme angle correspond a la Dordogne, et toute 1 agglomeration limitee par 
les trois lignes de ce triangle comprend les departements dans lesquels le 
goitre est frequent. Un troisieme groupe est constituc au Sud ct Sud-Ouest par 
5 departements, au milieu desquels 1 Ariege et les Hautes-Pyrcnees tiennent le 
premier rang. 11 resulte de 1 ensemble de cet expose que le Centre de la France 
est peu atteint de goitre, et que 1 Ouest ne Test presque pas. 

Marche de I endemie. En comparant les divers recensemcnts fails dans les 
cinquante annees de 18 16 a 1876, on trouve que des contre es dans lesquelles I en 
demie e tait tres-intense se sont relativement assainies, tandis que d autres, oil il 
n en existait qu un tres-petit nombrede cas, ontete envahies. Dans 26 departe 
ments le goitre est en progression constantc, et dans 17 le nombre des cas a ete 
double.Legoitreadiminue dans 17 departements, etdans 11 deceux-ciil adiminue 
de moitie. De tous les departements de la France, c est le Bas-Rhin et la Meurthe 
qui se sont le plus assainis ; la diminution a porte en general sur les departe 
ments les plus atteints, d ou il resulte que le resultat general est favorable. On 
peut conclure des recherchcs generates que, dans toute la France, il existe envi 
ron cinq cent mille goitreux, ce qui constitue avec la population entierc une 
proportion assez de favorable pour justifier la necessite d appliquer et d elendre 
la propbylaxie et les moyens hygieniques sans lesquels le fle au, en se multi- 
pliant, arriverait a produire la degenerescence de notre race. 

L e tude statistique de rendcmie du cretinisme donne des difficulles bien plus 
grancles que celles du goitre. 

Tandis que 1 existence du goitre peut etrc constatee et vcrifiec par toutes 
personne etrangere a la mcdecine, ce qui a permis d utiliser sur unc grande 
echelle tous les fonctionnaires desireux de se rendre utiles, il en est tout autre- 
ment du cretinisme. Nous avons deja dit que 1 idiotisme est frequent dans les 
pays endemiques, ce qui conduirait deja a des confusions inevitables ; d autre 
part, il n est pas aise d assigner une limite de debut trcs-precise a la dc generes- 
cence intellectuelle dans une population qui compte un grand nombre d indi- 
vidus peu intelli gents. Le cretinisme, contrairementa ce qui arrive pour le goitre, 
debute peude temps apres la naissance, et il faut une grande habitude d obser- 
vation pour en reconnaitre les indices dans la premiere enfance. II resulte de ce 
que nous venons de dire que les tableaux statistiques ne se rapportent qu a la 
degenerescence intellectuelle deja confirmee, et qu on a ete oblige de prendre en 
bloc les cretins et les idiots. 

Un grand nombrp d enfants voues au cre tinisme succombent avant d avoir 
ete portes sur les tableaux de recensement, dont les cbiffres devraient par con 
sequent etre portes plus haut dans une certaine proportion, Lorsqu on compare 
entre eux les tableaux de recensement du goitre et du cretinisme, les idiots 
etant toujours comptes avec les cretins, il est aise de voir que la relation entre 
les deux manifestations de I endemie se maintient sensiblement. En divisant les 
quarante departements les plus atteints par series de dix, on arrive a des con 
clusions instructives eu egard a la proportion du cretinisme et du goitre. Dans 
la Savoie, qui figure au premier rang, il existe cependant moins de cretins et 
d idiots que Jans les Hautes-Alpes, et d une autre part, la Haute-Savoie et 
1 Ariege, qui ont une tres-forte proportion de goitreux, comptent un nombre 
moindre de cretins et d idiots, non seulement que les Hautes-Alpes et les Basses- 
Pyrenees qui figurent au cinquieme et au sixieme rang, mais aussi moindre que 



192 ORETLNISME. 

1 Ardeche, la Lozere, 1 Isere, qui ne figurent sur le tableau des goitreux qu au 
vingt-troisieme, au vingt-qualrieme et au vingt-cinquierne rang. Nous avons deja 
dit ailleurs que si la cause specilique de la production du goitre et du cretinisme 
est identiquement la meme, les conditions de vie des habitants apportent uue 
modification considerable dans 1 intensite du mal. C est ainsi surtout que la im- 
sere, avec tout son cortege d influences nuisibles, aggrave la situation des goi 
treux et les conduit a une dechuance plus complete. D autre part, un element 
important d appreciations nous echappe completement dans les tableaux de 
numeration, c est le volume du goitre chez les individus attaints de cette infir- 
mite. 11 est de notion averee que le cretinisme est engendre surtout par des 
parents chez lesquels 1 hypertrophie de la glande thyroide est tres-considerable. 
On peut cxpliquer ainsi certains defauts de parallelisme entre le nombre des 
goitreux et des cretins selon les contrees. Nous savons deja que 1 idiotie, qui 
n a pas de rapports avec le goitre, est venue a son tour vicier les proportions 
surtout dans les departements qui figurent dans les derniers rangs. D une 
autre part, on a remarque que parmi les individus atteints de goitre le creti 
nisme est plus frequeniment transmis par les liommes que par les femmes ; 
or dans nos tableaux les deux sexes etant designes en bloc, il resterait a re- 
chercher si, par une division plus rigoureuse, on ne parviendrait pas a s expii- 
quer les disproportions que nous avons signalees. 

L endemie du goitre et du cretinisme a ete quelquefois observee dans des 
arrondissements ou des cantons ou meme dans des localites, tandis que d autres 
localites voisines sont epargnees. Une analyse rigoureuse exige par consequent 
que 1 etude des fails soil faite par regions restreintes. C est ce travail qui a ete 
fait par Tun de nous, dans le rapport presente a la Commission francaise. 

Rien n est en eflet plus interessant, au point de vue etiologique, que 1 etude dc 
la distribution geographique de 1 endemie du cretinisme. On en jugera par les 
conclusions suivantes qui ont ete formulees par la Commission francaise. 

1 L endemie du cretinisme sevit surtout avec une assez grancle intensite dans 
les deux departements des Hautes-Alpes et de la Savoie. La proportion des 
cretins et des idiots reunis est de 22 pour 1000 dans les Hautes-Alpes et de 16 pour 
1000 dans la Savoie; celle des goitreux de 111 etde 134 pour 1000. 

2 Dans la Haute-Savoie, les Basses-Alpes, 1 Isere, 1 Ardeche, la Drome, les 
Alpes-Maritimes, les Hautes-Pyrenees, 1 Ariege, la Haute-Garonne , 1 existence 
du cretinisme endemique est attestee en meme temps par 1 enquete statistique 
et par les tableaux du recrutement ; la proportion des idiots est en effet de 4 a 
6 pour 1000 en meme temps que la proportion des goitreux s eleve de 20 a 
100 pour 1000. 

3 II resulte de 1 enquete slatistique que le cretinisme endemique existe en 
core, mais a un degre beaucoup moindre, dans un certain nombre de departe 
ments, parmi lesquels on peut citer : l Aveyrou,le Lot, la Haute-Loire, les Vosges, 
le Puy-dc-D6me, les Pyrenees-Orientales, 1 Oise, 1 Aisne, la Meurthe, le Bas- 
Rhin, le Haut-Rhin, la Moselle et la Haute-Marne. 

4 Les variations de 1 endemie du cretinisme n ont pu jusqu ici, faute de do 
cuments, etre etudiees comme font ete celles de 1 endemie du goitre. Cepeu- 
dant on a signale une augmentation considerable qui aurait eu lieu depuis 
soixante ans dans les Hautes-Alpes, departement dans lequel le nombre des 
cretins et des idiots reunis atteint la proportion tout a fait exceptionnelle de 
22 pour 1000. 



CRETINISMS. 103 

5 Le nombre des cretins et des idiots reunisest en France d envirou 120 000. 

La distribution ge ographique du goitre, du cretinisme et de 1 idiotie me rite 
egaleraent d appeler notre attention, et nous fonrnit pour la recberche des causes 
de 1 endemie d utiles indications. 

En eludiant les rapports de 1 endemie du goitre etde 1 endemie du cretinisme, 
on a demontre que cette derniere n existe dans aucune contree, sans qu il 
n y ait en meme temps un grand nombre de goitreux. L endemie du goitre, an 
contraire, si elle est legerc, se presenle souvent, comme il a ete dit plus 
haut, sans etre accompagnee de cretinisme proprement dit; mais des qu elle 
augmente, on ne manque pas de constater une tendance a la degenerescence de 
la race. On explique ces faits, en admettant que le goitre est la premiere et la 
plus legere manifestation de la cause cndemique, tandis que le cretinisme en 
est la manifestation la plus grave. 

Le tableau ci-joint peut permettre de comparer la distribution geograpbique 
du goitre, non pas avec celle du cretinisme, mais avec celle du crelinisme 
reuni a 1 idiotie. 

Proportion comparee des cas de goitre et des cas dc crelinisme el d idiotic 
dans les 89 de parteraents : 

PREMIERE SERIE 

GO lTREUX. CRETINS ET IDIOTS. 

Prop. p. 1000. Prop. p. HUM. 

1- Savoie 153,7 16,0 

2. Haules-Alpes . ... 111,0 22,5 

.". llaute-Savoic 92,0 4 5 

<i- Ariege 82,7 4, :i 

5. Basses-Alpes 76,9 6,0 

tl. Hauies-I yreQees 62, ~> 6,0 

7, Jura N,!l 2*5 

8- Vosge ? 56,8 5,9 

9. Aisne 5-2,9 2^ 

10. Alpes-Maritimes . . . 50,7 5*0 

DEUXIES1E SERIE 

H. Loire 49,0 5,0 

12. Khoiie 46,0 2,2 

15. Puy-de-D6mc 4i,6 5 ^ 

14. Haute-Loire 42,8 5 9 

15. Oise 58,0 5^3 

16. Drome 56,9 4*0 

17. Haut-Rhin 55,0 

18* Meurihc 55,0 2*8 

19. Cantal 52,0 2 9 

20. Haute-Saoiic 51,6 2*0 

TROISIEME SEP.IE 

21. Moselle 30, S 3 g 

22. Haute-Marne 50,8 2,2 

25. Ardeche 29,5 $ $ 

24 - ls ere 29,0 5^5 

25. Lozere 2J,0 ,5 

26. Dordogne 25,0 3,5 

27. Pyrenees-Orieniales 24,0 5,5 

28. Jleuse -22,0 2, s 

29. Doubs 22,0 s ,9 

50. Saone-et-Loire 21,7 2 S 7 

DICT. EKC. XXIII. J5 



194 CRETINISME. 

QUATRIEME SERIE 

SOlTKEtlX. CRETINS ET IDIOTS. 

Prop. p. 1000. Prop. p. 1000. 

31. Haute-Garonne 21,0 4,0 

52. Basses-Pyrenees 21,0 3,3 

35. Correze 20,0 2,8 

31. Ardennes 17, (I 2,9 

55. Aveyron 17,0 4,3 

36. Lot 17,0 4,0 

57. Ain 16,0 5,0 

38. Vaucluse 15,7 2,9 

39. Aude 15,0 4,3 

40. Allier 11,7 3,9 

CINQUIEME SERIE 

41. Cote-d Or 11,5 3,4 

42. Creuse 11, n 4,0 

43. Bas-Khin 10,8 2,7 

41. Nievre 10,6 2,2 

45. Aube 10,0 5,1 

46. Marne 9,7 2,0 

n. Kin-c 9,0 4,5 

48. Haute-Vienne . 7,8 2,4 

49. Seine-et-Oise 7,7 2,9 

50. Card 6,6 2,8 

S1XIEME SERIE 

51. Yonnc 6,3 2,8 

52. Orne 6,2 3,9 

55. Somme 5, J 4,7 

51. Laixles 5,9 3,8 

55. Charenlc 5,7 2,4 

56. Sarthe 4,8 5,5 

57. Seine-Iuieneure 3,8 4,5 

58. Bouches-du-lUione 5,6 1,5 

59. Seine-et-Marne 3,7 2,9 

60. Calvados 5,4 3,5 

SEPT1EME SERIE 

61. Eure-et-Loir 5,3 3,4 

62. Cher 3,2 2,5 

63. Var 3,2 4,0 

64. Corse 5,0 1,4 

65. Tarn 2,0 2,2 

66. Indre 2,9 5,2 

67. Maine-et--Loire 2,6 4,0 

68. Tarn-et-Garonne 2,4 4,0 

69. Giromle 2,4 1,9 

70. Vendee 2,3 5,o 

HUITIEME SERIE 

71. Seine 2,2 0,7 

72. llle-et-Vilaine 2,1 2,S 

75. Loiret 2,0 2,5 

74. Cher 2,0 2,0 

75. Word. , 2,0 1,7 

76. Lot-et-Garonne 1,6 5,4 

77. Hei-Eult 1,6 2,6 

78. Mayenne 1,3 3^ 

79. Loir-et-Cher 1,2 5,5 

SO. Pas-de-Calais 1,6 2,6 

NEUV1EME SERIE 

81. Indre-et-Loire. 0,8 ,6 

82. Vienne 0,7 2 ,9 

85. Loire-Inferieure 0,6 2.8 

84. Gharente-Inferieure 0,5 3 9 

85. Finisterre 0,5 5^ 

86. Dcux-Sevres 0,4 5^4 

87. Morhihan 0,3 2^5 

88. Manehe. . . 0,3 3,8 

89. Cotes-du-Mord 0,2 1,9 



CRETINISME. 

Les resultats de ce tableau n offrent pas, pour 1 etudc de 1 endemie goitro- 
cretineuse, 1 interet qu on aurait pu esperer ; mais il n y pas lieu de s etonncr 
des discordances qu on observe dans beaucoup de departements. Ces discor 
dances peuvent en effet s expliquer par plusieurs causes. 

Et d abord, il parait de montre que, dans un certain nombre dedepartements, 
Tabus de plus en plus repandu des liqueurs alcooliques contribue a augmenter 
le nombre des idiots. 

En outre, il n est pas douteux que dans certaines localites il n y ait des causes 
secondaires assez nombreuses, et dont 1 action est assez forte pour aggraver 
beaucoup plus 1 endemie du cretinisme que celle du goitre. G est ce qui a lieu 
en particulier dans ces valle es profondes oil 1 absence d insolation, le miasme 
palustre, la misere des populations, Tabsence des regies les plus simples de 
I hygiene pour 1 education des enfants, semblent favoriser 1 evolution du creti 
nisme. 

11 ressort neanmoins du tableau quelques faits interessants qu il impprte de 
signaler. 

On remarque, tout d abord, que les deux de partements de la Savoie et des 
JIautes-Alpes qui renferment les plus fortes proportions de goitreux, contiennent 
egalement les plus fortes proportions de cretins et d idiots. 

Cependant, pour ces deux departements, le parallelisme est loin d etre com- 
plet, et le nombre des cretins et des idiots dans les Hautes-Alpes 1 emporte 
de beaucoup proportionnellement aux goitreux sur celui de la Savoie. 

On peut voir que, dans les departements de hautes montagnes qui contiennent 
presque tous une forte proportion de cretins et d idiots, le meme fait se repro 
duit. 

La discordance entre le goitre et le cretinisme se remarque surtout pour 
1 Aisne et le Rhone; mais il importe de rappeler qu on ne doit pas seulemeut, 
pour appre cier la gravite de 1 endemie du goitre, tenir compte du nombre des 
cas, mais aussi du volume qu acquierent les tumeurs, et surtout du nombre 
des bommes qui sont atteints. 

Parmi les departements de montagnes, un seul offre une exception remar- 
quable : c est le Jura, qui a une tres-forte proportion de goitreux et une tres- 
faible proportion d idiots. 

Bien qu il n y ait pas lieu de s occuper ici des cas d idiotie etrangers a 1 en 
demie goitro-cre tineuse, il convient neanmoins d indiquer les departements qui, 
sous ce rapport, paraissent presenter quelque chose de special. 

Les proportions les plus fortes existent dans 1 Orne, la Somme, la Seine-In- 
ferieure, le Var, Maine-et-Loire, Tarn-et-Garonne, mais surtout dans la Vendee 
et le Lot-et-Garonne. 

Les proportions les plus faibles se trouvent dans les Bouches-du-Rhone, le 
Nord, la Corse et la Gironde. La Seine est le departement oil les cas d idiotie 
sont les plus rares. 

Comme on peut le voir, dans 1 un des tableaux publies plus haut, le nombre 
des goitreux, dans aucun de ces departements, n atteint la proportion de 
1 pour 100; et si 1 endemie existe dans plusieurs d entrc eux, elle est bornee 
a des localites tres-restreintes. 

Prophylaxie. Les dissidences d opinion que nous avons rencontrees chez les 
auteurs au sujet de 1 etiologie du goitre disparaissent presque entierement en 
face de la prophylaxie ; tous , ou presque tous reclament l assainissement du 



196 CRETIN1SME. 

sol et des eaux, nolammcnt 1 anienagement des reservoirs d eau pour recevoir les 
eaux pluviales, celles-lu ne contenanl jamais le principe goitrigene, on bien 
1 ctablissemcnt de canaux ou dc luyaux qui amenent dans les localiles infes- 
tecs les cauK des contrees saines ; ^ amelioration du regime alimentaire et 
des habitations, et fihalement un traitement direct des populations par des sels 
iodiferes. 

Les partisans des causes multiples pretendent, il est vrai, qu il sufitd instituer 
des regies hygieniques generales bien observe es pour faire disparaitre le nial, 
tandis que les partisans de la Iheorie hydro-tellurique insistent plus particu- 
lieremenl sur la necessile dc i aire disparaitre a tout prix les eaux qu ils consi- 
derent comme goitrigenes, tout en admettant avec les premiers que les regies 
hygieniques generales ont une part d action qu il importe de ne pas negliger. 
Mgr Billiet est un de ceux qui ont le plus fermemcnt soutenu la theorie 
hydro-tellurique; en parlant de la petite commune de Rosiere, tres-eprouvee 
par 1 endcniie, il dit qu a son avis on aurait beau y remplacer par des palais les 
iiiisrrublcs habitations, I cudemie n y cesserait point. Telle est 1 opinion aussi 
de M. Grange et de M. Saint-Lager. Quant a nous, nous n hesitons point a nous 
y rattacher a notre lour. Nous devons a la verite de dire qu il exisle des 
exemples de diminution notable de 1 endemie dans des contrees ou des lo- 
calites ou le bien-etre a pris un certain essor, sans que les eaux employees 
aient etc changees; les partisans dc la theorie des causes multiples citent 
volontiers dans cet ordre d idees 1 exemplc dc la commune de Robertsau pres 
de Strasbourg; 1 cndemie, qui y avail etc Ires-intense, y a diminue dans des 
proportions si considerables qu on a pu presque la considerer comme comple- 
tement cteinte, ct cependant Jes eaux potables ctaient restees les memes. 
Ajoulons Kiutefois que les marais environnants avaient ete desseches, et que 
de cette facon les eaux slagnantes avaient disparu, et qu avec 1 aisance ge- 
nerale 1 usage du vin el de la biere s est subslitue en partie a la consomma- 
tiou de 1 eau. 

Nous sommes bien loin de nier 1 ulilite des mesures qui ont pour but de 
faire disparaitre les causes generales de l insalubrite ; il nous parail seulemenf 
important de faire ressortir ce fait, que les meilleures conditions hygieniques 
ne sutfisent pas pour faire disparaitre 1 endemie si I usage des eaux goitri- 
genes esl maintenu par les habitants. II est un fait d aillenrs qui est bien carac- 
leristique. Dans les communes ou, a la suite de l assainissement general des 
coudilions de vie des habitants, le cretinisme a pour ainsi dire disparu, comme 
a la Robertsau que nous venous de citer, le goitre n en persiste pas moins, et 
M. Lunier fait judicieusement remarquer qu f a Strasbourg meme, dans 1 etablis- 
sement des orphelins qui occupe un emplacement vaste et salubre et ou les 
enfanls recoivent uue nourrilure et des soins generaux regies sur les meilleuvs 
precedes hygieniques, le goitre persiste cependant ; le cretinisme scul ne se 
produit pas. L idenlite de ces deux manifestations de 1 endemie etant admise, 
n est-il pas evident que de bonnes conditions hygieniques peuvent empecher 
peut-etre 1 organisme de dechoir completement et d atteindre la derniere 
expression de la degenerescence ; mais que sa premiere manifestation persiste 
taut que la cause directe n a pas ele supprimee ? le goilre ne disparait qu avec la 
disparition des eaux goilrigenes. 

Nous ue pensons nullement diminuer la valeur des bonnes conditions hygie 
niques generales, en mettant au premier rang des mesures prophylactiques le 



CRETINISME. 

changement des eaux potables. Celles-ci ne sont en outre, selon toute probability, 
nullement les seuls vehicules du principe toxique. Les legumes et surtoul 
les fruits manges erus paraissent le contenir a leur tour; il importe par conse 
quent de faire subir la cuisson a toutes les plantcs alimentaires. Leur fermen 
tation est peut-etre efficace au meine degre, attendu que le vin et le cidre des 
pays endemiques ne paraissent pas contenir le principe nuisible qui, selon de 
bons observateurs, existe cependant dans le raisin et dans les ponunes. Nous 
insistons surtout sur le moyen tres-generalement conseille de recucillir les 
eaux de pluie dans les citerncs, et de les substitucr, comme eaux potables, 
a celles qui ont ete jusque-la employees. Bicn des faits temoignent de 1 excel- 
lence de ce moyen, et il suffira d en citer quelques-uns. 

Un des plus curieux est celui qui a ete signale a la Commission francaise par 
le docteur Housseaut, dans son rapport sur I endemie goitreuse du Jura. Ce fait 
a d autant plus d importance qti il a ete en quelque sorte 1 objet d unc enqurlc 
officielle de la part des administrateurs de la Compagnie d Orleans. II n oxislr, 
dit 1 auteur du rapport, qu unc citerne sur le territoire de Grozon, et encore 
se trouve-t-elle a la gare du chemin de fer. Voicidans quelles circonstances elle 
a ete etablie. Les employes de Ja garc faisaient a une certaine epoque usage de 
1 eau de la fontaine la plus rapprochee, et quelques-uns d cntrc eux contraclerenl 
le goitre. 11s adresserent alors leurs plainles a 1 administration qui, apres une 
enquete serieuse, fit construire une citerne. Depuis cette c poque, aucun cas 
de goitre n a ete constate a la gare. 

Mgr Billiet, dans une lettre adressee en 1864 a M. Morel, rapporte comment 
1 emploi de 1 eau de citerne a fait, cesser une endemic goitreuse. 

II existait, dit-il, dans la cour de 1 ecole normale d Albertville un puits de 
12 metres de profondeur; de 1841) a 1860 il y avait la un pensionnat de jeunes 
filles dont les eleves etaient completement exemptes de goitres. En 1860, apres 
avoir fait des reparations a la maison, on etendit les decombres dans la cour, 
autour du puits, a la hauteur d un pied ou deux; on y etablit alors une eeole 
normale de 60 a 80 eleves, dont 20 a 25 prirent le goitre en peu de temps. 
M. le recteur de 1 academie y fit creuser une citerne ct combler le puits. Le 
goitre y disparut entierement. 

Le meme auteur a cite un exemple de preservation par 1 emploi de 1 eau de 
citerne, exemple que nous avons deja rappele plus haul. 

Voici un dernier fait emprunte au rapport adresse a la Commission francaise 
sur le departement de 1 Ain, par le docteur Berger. Ce fait a ete communique 
a 1 auteur du rapport par M. Gauthier, medecin depuis 20 ans des deux forts de 
1 Ecluse. 

Les soldats qui habitent le fort inferieur deviennent souvent goitreux ; au 
contrairc, la garnison du fort superieur a toujours ete exempte de goitre. On 
n a point trouve pour ces faits d autre explication que la difference de 1 eau 
potable. Dans le fort inferieur on boit 1 eau du Jura, et dans Je fort superieur 
de 1 eau de citerne. Ce qu il y a de plus curieux, c est que les soldats devenus 
goitreux au fort inferieur guerissent sponlanement en allant habiter le fort 
superieur. 

L usage de 1 eau de citerne parait done un excellent moyen propbylactique 
centre I endemie du goitre. Malheureusement dans beaucoup de localites 1 eta- 
blissement de citernes trouverait de grandes difficultes. Comment, par exemple, 
recucillir les eaux quand les maisons sont isolees et couvcrtcs en chaume ? 



198 CRETINISME. 

Pourrait-on esperer que chaque famille fit les depenses necessaires? Ces dif- 
ficultes ont ete prevues, et on s est dcmande si plusieurs families ou meme tous 
les habitants d un village ne pourraient pas se reunir pour faire construire une 
citerne dans de bonnes conditions, si la commune elle-meme ne devrait pas se 
charger de la construction, en recueillant les eaux de pluie sur 1 eglise et le 
presbytere, ainsi que le conseille M. Niepce. 

Ce conseil est sans doute excellent; mais il faut se rappeler que dans les 
pays de moritagnes les communes ont, en general, une tres-grande etendue, 
qu elles se composent de petits bameaux assez nombreux. eloignes les uns des 
autres, et qu on ne pourrait esperer voir tous les habitants se servir de 1 unique 
citerne etablie par la commune. 

Cependant ces difficultes ne sont pas de telle nature qu elles ne puissent etre 
surmontees, et 1 etablissement des citernes doit etre recommande comme 1 une 
des mesures prophylactiques les plus efficaces. 

Nous savons deja que c est au parcours de 1 eau potable a travers les 
prairies et a I impurete qui en resulte, que beaucoup d auteurs sont portes 
a attribuer la production du goitre. La premiere mesure pour purifier les 
eaux devrait done consister a les capter plus profonde ment, plus loin des 
habitations, et a les conduire dans des tuyaux bien clos jusqu aux fontaines 
publiques. 

En dehors de cette mesure, de toutes la plus efficace, il en est deux autres 
que les auteurs ont conseillees et dont les bons resultats ne sont point douteux. 
La premiere consiste a construire des reservoirs dans lesquels on laisse reposer 
les eaux plus ou moins longtemps avant d en faire usage; le second moyen est 
la cuisson pre;ilable des eaux potables et leur filtration a 1 aide d appareils sim 
ples qu on pourrait mettre a la portee des families pauvres. 

La pratique qui consiste a laisser reposer les eaux avant d en faire usage 
lorsqu elles sont chargees de particules terreuses, est si naturellement indique e, 
qu on y a eu de ja recours dans un grand nombre de localites. M. Boussin- 
gault cite 1 exemple d une famille habitant une localite ou 1 endemie e lait 
tres-intense, et qui s etait preservee du goitre par la seule precaution de 
conserver 1 eau pendant deux jours avant de s en servir. 

Malgre ce fait et quelques autres rapportes par M. Saint-Lager, on comprend 
que si cette pratique est excellente au point de vue de riiygiene, elle ne saurait 
etre suffisante pour mettre a 1 abri de 1 endemie. 

L usage des filtres, dont nous avons de ja parle, a ete recommande par beaucoup 
d auteurs, et il importe de rappeler que ce moyen de purification n a pas seu- 
lement pour effet d enlever aux eaux les matieres etrangeres en suspension, 
mais qu en outre il favorise le depot d une partie du carbonate de chaux. De 
plus, on sait qu en employant le charbon, on neutralise d une maniere tres-effi- 
cace la facheuse inlluence des matieres organiques en decomposition ; on ne pour 
rait done, a ces divers points de vue, qu attendre de 1 emploi des filtres de tres- 
bons resultats. Mgr Billiet pense qu on pourrait etablir des filtres sur d assez 
grandes proportions pour purifier en meme temps toutes les eaux potables d une 
commune, et en outre faire faire une grande quantite de petits appareils por- 
tatifs pour 1 usage des families qui voudraierit s en procurer. N^anmoins, si on 
reflechit que 1 agent auquel on attribue le goitre n a pu jusqu ici elre isole, 
et que sa nature est encore inconnue, on comprend que 1 usage des filtres ne 
peut etre considere, jusqu a nouvel ordre, que comme un palliatif, ce qui 



CRETINISMS. 

n empeche pas que 1 emploi de ce moyen ne doive etre recommande comme 
une mesure hygienique excellente. 

Dans beaucoup de localites ou regne 1 endemie, I insalubrite des eaux ne 
vient pas seulement des particules terreuses et des matieres organiqucs en 
suspension. Une condition bien plus generale c est 1 existence d une grande 
quantite de sels de chaux, et principalement des sulfates, tenus en dis- 
solulion. 

On sait qu on a beaucoup insiste sur 1 existence des terrains gypseux dans 
les localites atteintes, et cette condition est si generale, que M. Bouchardat, 
a une certaine epoque, avail cru poiivoir attribuer le goitre a la presence 
dans les eaux d une forte proportion de sulfate de chaux. Sans doute cette 
opinion, comme celle qui se rattache a la magnesie, est aujourd hui abandon- 
nee ; mais il n en reste pas moins ce fait que les eaux seleniteuses existent 
dans un grand nombre de localites atteintes, et que cette condition doit etre 
regardee comme 1 une des causes secondaires qui meritent le plus de fixer 
1 attention. 

Malheureusement ni le repos dans des reservoirs, ni 1 emploi des liltres, ni 
ineme 1 e bullition, siefficace pour purifier les eaux carbonatecs, ne pcuvent rien 
sur les eaux chargees de sulfate. Les moyens qu on pourrait employer, comme 
1 addition d une certaine proportion de carbonate de soude, ne sauraient ici 
etre recommandes a cause de la difliculte d en generalise! 1 1 cmploi. On ne peut 
done pour ces eaux seleniteuses que se placer au point de vue des partisans de 
la doctrine hydro-tellurique, eu demandant de cesser 1 usage de ces eaux, de 
cbercher de nouvelles sources ou de recueillir les eaux pluviales dans les 
citernes. 

Quand, au lieu de sulfate de cbaux, les eaux contiennent une trop forte 
proportion de carbonate, on sait qu il suffit de les laisser reposer a 1 air libre 
pour qu elles se debarrassent en grande partie de leur sel calcaire; ces sels en 
exces se deposent par le degagement de 1 acide carbonique ; les eaux de cette 
composition out d ailleurs sur 1 economie une influence beaucoup moins facbeuse 
que les eaux sulfatees. 

L assainissement du sol est un element de propbylaxie Ires-important : 1 eau 
suspecte doit etre autant que possible etroitement endiguee, pour baigner la 
moindre surface possible du sol, et les etangs ainsi que les marecages doivent 
etre combles; il faudrait en outre combler les puits dont 1 action nuisiblese serait 
manifested par le nombre plus ou moins considerable d individus infectes par 
leur usage. Nous avons montre que 1 endemie suit frequemment le cours d une 
riviere ou d un torrent ; nous ajouterons encore que dans le departement du Bas- 
Rhin elle ne s ecarte point des bords du fleuve, et se propage particuliere- 
ment au moment des inondations. II importe done particulierement de prevenir 
le debordement des cours d eau, d etablir le drainage pour empecher la forma 
tion des marais, et de mettre immediatement en culture les terres delais- 
sees par les eaux. Partout ou ces moyens ont deja ete mis en usage, on aobtenu 
une veritable transformation dans la sante generale des babitants. Nous disons 
plus haut que dans les contrees ou Ton observe le goitre, le cretinisme se pro- 
duit surtout dans la partie pauvre des populations ; nous avons particulierement 
insiste et nous ne saurions assez repeter combien la misere, avec tout son cor 
tege de conditions insalubres, contribue a aggraver et a eteudre 1 endemie et a 
multiplier les cas. 



200 CRETINISME. 

11 imporle done beaucoup d assainir les habitations et notammetit de les 
aerer, decombattre cctte tendance funeste qu ont les habitants pauvres a habiter 
leurs e tables et a en respirer constamment les emanations. 11 ne serait pas moins 
important de leur faire perdre leurs habitudes de malproprete si frequemment 
liees a 1 extreme misere. Une bonne nutrition aurait certainement a son tourune 
part d action considerable dans 1 assainissement de la sante publique, et nous 
ferons remarquer , sous ce rapport, que partout dans les contrees on , a la suite d une 
prosperite plus grande, 1 usage du vin ct des autres boissons fermentees s est 
substitue en partie a 1 usage de 1 eau, 1 endemie a diminue de frequence et 
d intensite. Nous pourrions citer bon nombre de regions ou la culture de la 
vigne a eu pour consequence une diminution tres-appreciable des cas de goitre 
<! de cretinisme. 

11 serait utile d appliquer aux habitations malsaines des localites endumiques 
laloi sur les logcments insalubres; il est vrai que, sous ce rapport, la loi devrait 
etre modifiee, attendu que, telle qu elle est aujourd hui, elle domic bien au 
locataire et a 1 usufruitier droit de reclamation centre son proprie taire ; mais elle 
n oblige pas celui-ci a assainir sa maison lorsqu il 1 habite lui-mcme, dans la 
localite infectee, ce qui est cependant le cas le plus frequent meme dans les 
families les plus pauvres. II suffirait parfois de pratiquer quelques ouvertures 
ct notamment des fenetres pour assainir une maison ; mais le plus souvent il 
serait necessaire d imposcr dans la construction des cspaces plus grands pour 
les pieces habitees, et d obliger a e lever de quelques picds les rez-de-chausse e, 
lorsqu il n existe pas de premier etage. 

En resume, pour ce qui a trait a 1 assainissement des villes et des villages, on 
doit reclamer troissortes de mesures : lpour les maisons existantes agrandir 
les fenetres, plancheier le sol, blanchir les mursa la chaux, et au besoin etablir 
des cheminees; 2 obtenir qu on determine certaines regies auxquelles devrait 
etre soumise la construction des maisons nouvelles, et dont la principale serait 
1 elevation du rez-de-chaussee au-dessus du sol ; 3 intervenir activement pour 
hater 1 execution des mesures de salubrite generale qui viennent d etre indi- 
quees et qui doivcnt s appliquer aux villages eux-memes. 

Nousne pouvous ici qu indiquer par de grands traits Jes conditions hygieniques 
generales qui sont necessaires pour assainir une contree ; ajoutons seulement 
que ce resultat est obtenu d autant plus facilement que des voies de communi 
cation plus nombreuses s etablissent, que 1 industrie devient plus active et que 
la prosperite generale d un pays augmente. 

II n est guere aise de combattre le pauperisme et son influence nefaste ; mais 
combien ne pourrait-on pas citer d exemples qui demontrent 1 heureuse influence 
produite sur le developpement de 1 aisance generale par le passage d une grande 
route ! 

Dans la vallee de Greissonnet, on signale une population active, intclligente, 
dans laquellc 1 endemie, autrelois tres-repandue, avait presque completenient 
disparu; dans la vallee de Challand, au contraire, 1 endemie persistait entre- 
tenue par la misere et 1 apathie des habitants. Cette difference si remarquable 
s expliquait par la creation d une route qui fait communiquer la vallee dc 
Greissonnet avec le Piemont et le "Valais. 

11 resulted un tres-grand nombre de rapports que 1 alimentation des habitants 
enbiver est tout a fait insuffisante. MM. Niepce et Chabrand racontentque, dans 
quelques vallees pauvres des departements les plus atteints, lepain n est prepare 



CKETINISME. 201 

qu avec de la farine d avoine qui souvcnt n est meme pas blutee, et que ce pain, 
dont la preparation a lieu une fois par an, devient tellement tlur qu il tnut le 
tremper dans de I eau ou le briser avec une hachc pour le manger. Souvent 
meme le pain manque completement, et les paysans se nourrissent alors de 
pommes de terre et de quclques legumes sees. 

L usage insuffisant du sel a ete signale par M. Cliabrand ; d apres cet auteur, 
cbaque indvvidu devrait en consommer quinze a seize grammes par jour, pour 
conserver ses forces et sasante. Etantadmis, avec MM. Chabrand, Niepce ct plu- 
sieurs autres auteurs, que l ingestion d une quantite notable de sel est ei ficace 
pour combatlre la degenerescence goitreusc, il y aurait lieu de proposer la dimi 
nution de 1 impot sur le sel, au moins dans les departements ou sevit I endemie. 
On sait que cet impot, quoique leger, tend beaucoup a dimimier la conson> 
mation dece condiment. 

On a remarque depuis des temps imme moriaux la disparition du goitre, 
surtout lorsqu il n avait pas encore atteint un volume considerable, cliez les 
individus qui, abandonnant le pays ou ils avaient contracte 1 affection, se 
rendaient au bord de la mer et faisaient largement usage d une alimentation 
animale tclleque poissons, coquillages, mollusqucs, etc. Ainsi sV\|ili<|iie proba- 
blement 1 usage tres-ancien de 1 eponge calcinee centre le goitre. M. Coindet de 
Geneve, le premier, comprit que c est a la presence de 1 iode qu il I allail alln- 
buer 1 action curative de cette preparation comme cclle des alimciils |invenaiil 
delamer. Le traitement direct par 1 iode et ses sels, notamment 1 iodure de 
potassium, fut institue et se generalisa tres-rapidemcnt. Nousavonsdeja souleve 
plus haut la question de savoir si 1 iode pouvait servir de moyen preservation- 
centre le goitre pour 1 individu qui, arrivant d une contree saine, se rendrait 
en pays ende mique. Doit-on admeltre que, dans ces conditions, rinfluence 
nuisible soit neutralised et doit-on, en consequence, considerer 1 iode comme 
propre a annuler Faction du principe toxique qui produit 1 endemie? Rieu ne 
prouve qu il en soit ainsi, et il nous parai trait pen plausible d admettre la 
vertu preservatrice du medicament. Qu il nous soit permis de repeter ce que 
nous avons deja dit a ce sujet : 1 usage de la quinine preserve-t-il 1 individu 
se transportant d une contree saine en pays marecageux ? 1 inoculation du virus 
sypbilitique serait-elle empechee par l ingestion, prealable a la contamination, 
des mercuriaux? Nous pensons qu il serait impossible d admettre qu il en 
soit ainsi ; les medicaments propres a combattre les alterations survenues dans 
1 organisme ne constituent pas pour cela des agents propres a neutraliser 
les principes nuisibles qui engendrent ces alterations. C est contre celles-ci 
que le medicament s adresse, ct il ne peut par consequent etre considere que 
comme un moyen de traitement des accidents existant avant son adminis 
tration. 

Une des causes les plus puissantes de la diminution du goitre consiste dans 
1 habitude assez repandue depuis un certain nombre d annees, de le soigner a 
son debut. Dans les localites ou les individus atleints de goitre sont soumis a un 
traitement approprie, suivi avec perseverance, on a obtenu des resultats extre- 
mement satisfaisants. G est ainsi que le docteur Dagand a gueri dans Jes ecoles 
du seul canton d Albi pres de quatre cents enfants. II ne faut pas confondre ici 
le traitement du mal existant avec la pretendue preservation qui consisterait a 
instituer la medication avant 1 apparition du mal. En d autres termes, s il est 
certain que 1 administration perseverante de petites quantites d iode font dis- 



202 CRETIiMSME. 

paraitre le goitre naissant, il n est pas prouve au meme degre que 1 introduction 
dans I 1 economic de la meme substance medicamenteuse puisse empecher 1 ap- 
parition du mal. 

11 est d observation constante qne dans toutes les contrees endemiques on 
rencontre un grand nombre d babitants dans ie plus complet denument. Beau- 
coup de families n ont qu unc nourriture insulfisante et peu reparatrice, qui 
n est nullement en rapport avec les rudes travaux auxquels elles sont soumises. 
L absence de travail pendant la mauvaise saison a une large part dans cette 
triste situation; de nombreuses localites sont en effet privees de moyens de 
communication et de toute Industrie. Nous connaissons personnellement des 
villages dans le Tyrol, situes au bord d un lac et au pied de montagnes comple te- 
ment impraticables pendant 1 hiver. Toute communication avec le reste de la 
contree s y trouve absolument interrompue pendant tout le temps que le lac est 
incompletemcnt gele, ce qui dure plusieurs mois. On concoitque dans ces loca 
lites la misere prend rapidement des proportions considerables, et qu y a-t-il 
d etonnant que des femmes affaiblies, etiolees, mal nourries, donnent nais- 
sance dans ces conditions a des enfants chetifs et qui subissent rapidement la 
decheance organique dont les elements se trouvent dans les eaux polables de 
la contree ? 

La mortal ite des enfants dans ces contrees est extreme. D apres M. Niepce, 
sur 2491) enfants trouves, places en nourricc dans la vallee de 1 Oisans, ou 
rcgne 1 endemie du goitre et du cretinisme, 145 seulement sont arrives a 1 age 
de vingt ans. La mortalite a done ete de pres de 95 pour 100. En outre, sur 
les 143 enfants trouves qui etaient arrives a 1 age de vingt ans, la moitie etait 
atteints de goitre el de cretinisme a differents degres. 

Apres avoir trace le tableau de la misere qui atteint beaucoup de families 
dans les localites frappees par 1 cndemie, apres avoir fait remarquer que celle-ci 
sevit surtout dans les villages les plus pauvres et les plus isoles, les auteurs 
ont reclame unanimement la creation de nouvellcs voies de communication ; ils 
ont demande en meme temps qu on recherchat les moyens d apporter dans 
ces contrees des industries nouvelles dont l administration favoriserait le 
developpement. 

II importe de faire ressortir immediatement ce fait que nous avons signale 
jusqu ici frequemment, que dans les pays endemiques tous les habitants su 
bissent 1 influence et peuvent etre consideres comme soumis a une veritable 
diathese speciale qui, dans les localites fortement eprouvees, pourrait, avec 
certains auteurs, etre appelee la cacbexie goitreuse et cre tineuse. C cst douc 
a juste litre qu on a etuclie le mode d administration de 1 iode a des popula 
tions entieres, puisqu elles doivent etre considerees comme contamines en 
bloc a des degres divers. Le moyen le plus simple, le plus pratique qui s est 
presente a Fesprit consistait dans 1 addition de certaines quantites du medica 
ment au sel de cuisine, ce qui, sans en alterer le gout, serait d une efticacite 
incontestable. On a remarque en effet qu il suffit de doses tres-minimes 
d iode pour combattre efficacement le goitre endemique, lorsque celui-ci n a pas 
atteint un volume excessif. II resulte meme des recbercbes de M. Despine de 
Geneve et de quelques-uns de ses confreres de la meme ville, que 1 action de 
1 iode est bien plutot en raison directe de la duree de son administration que 
de la quantite des doses administrees. II a suffi de 1 usage tres-prolonge d un 
demi-milligramme par jour pour donner lieu non-seulement a la disparition du 



CRETIMSME. 205 

goitre, mais meme a certains phenomenes d intoxication par la substance mc- 
dicamcnteuse. II parait que 1 iodisme est produit plus facilement par 1 inges 
tion de petites doses que par 1 ingestion de doses plus ou moins considerables. 
II en resulte la necessite de certaines precautions se rieuses dont 1 observation 
n est nullement impossible. La methode de MM. Boussingault et Gauge, qui con 
siste a melanger au sel de cuisine une minime quantite du medicament preser- 
vatif, presente 1 incontestable avantage d etre applicable aux habitants pris en 
masse de toute une contree; mais les dangers, au moins les inconvenienls de 
ce mode d administration se manifestent par des phenomenes d ioduration sur 
certains individus particuliercment susceptibles. Partout ou la surveillance 
medicale peut etre exercee, le mode d administralion de MM. Boussingault et 
Gauge trouvera cependant une application utile ; son efficacite n est d ailleurs 
nullement conteste e, et il devrait etre adopte comme regie generale, si le traite 
ment collectif ne presentait pas des dangers dans les contrces ou la surveil 
lance medicyle fait defaut. II neserait nullement impossible d organiser une sur 
veillance medicale avec le concours des medecins des localitcs endemiques pour 
obtenir le controle necessaire dans le traitement collectif, sous quelquc forme 
qu il ait lieu. Ce traitement a ete du restc inslitue de ja d;ms irois des depar- 
tements francais, le Bas-Rhin, la Haute-Savoie et la Seine-Inferieure. Dans ce 
dernier departement, le mode d administration de 1 iode a ete determine par 
le docteur Vingirinier; il consiste dans quelques gouttes de teinture d iode 
melangees a 1 iodure de potassium a cbaque rcpas ; une pince e de poudre 
d eponge calcinee sur la langue ; tous les soirs, des frictions pratiquees sur le 
cou avec de la pommade iodnree, et la suspension dans les rideaux du lit d un 
flacon ouvert contenant de 1 iode metallique; en plus, 1 application des re 
gies de I hygiene generale. M. Morel a constate que ce traitement e tait efficace, 
mais il est incontestable pour nous qu il est trop complique. M. Morel convient 
du reste qu il est difficile de le faire adopter, et qu on echoue contre 1 incurie, 
1 apathie et quelquefois meme 1 opposition systematique des interesses. Ce 
traitement coute en outre 4 francs par tele, prix relativement eleve quand il s a- 
git de 1 appliquer sur une grande echelle. 

II suffirait, selon notre conviction, d adopter un seul mode d adminislra- 
tion generale de 1 iode, et nous croyons que par 1 ingestion directe de ce 
medicament en tres-petites doses et journellcment repetees on obtiendrait des 
i uuei: a esultats certains. Le point esscntiel consiste dans la surveillance medicale, qui 
pour* nous P arait necessaire. Cbaque fois que le traitement collectif a ete applique 
se. C < * ans les co ^g es et les pensionnats, dans les c coles communales, dans les prisons, 
dans les casernes, il a donne d excellents resultats depourvus de tous dangers. 
Le docteur Dagan a administre dans des ecoles de tout un canton une pastille 
contenant un centigramme d iodure de potassium a chaque enfant. Sur 
640 enfants des deux sexes affectes du goitre, 490 ont gueri completement et 
129 ont ete notablement ameliores. II est interessant de constater la duree du 
traitement dans ce cas : la guerison fut obtenue chez ces enfants 29 fois apres 
15 jours, 77 fois apres 30 jours, 112 fois apres 45 jours, 101 fois apres 
60 jours et 42 fois apres 75 jours. On aurait du incontestablement clever les 
doses du medicament chez les enfants quin avaientpas completement gueri : 
car il est difficile d admettre qu il existedes refractaires absolus a un traitement 
d une efficacite si puissante, il s agit seulement d appliquer des doses plus fortes 
ou de continuer le traitement pendant un temps plus long, dans les cas qui of- 



20-4 CRETIN1SME. 

frent une plus grande resistance. Par centre, le traitement vient-il a etre sus- 
pcndu, 1 individu continuant le meme genre d existcnce et subissanl les memes 
influences nuisibles, le goitre ne tarde pas a reparaitre. M. Dagan a observe plu- 
sieurs recidives successives ; mais il affirme que lorsquc la guerison avail eteobte- 
nue trois on quatrc fois chez le meme individu, le mal ne reparaissait plus. Ce 
medecin distingue n a pas observe un seul cas d iodisnie ; il est vrai que son 
traitement s appliquait aux enfanls goitreux, a 1 exclusion deceux qui n etaient 
pas atleints de cette infirmite, et qu en general, selon bon nombre d obser- 
vatcurs, 1 iodisme nc se produit pas facilemerit chez les enfants. 11 est important 
d ajouter que le traitement du docteur Dagan revenait a 50 centimes par in 
dividu. 

L infusion de feuilles de noyer legerement iodurees a donne d excellents re- 
sullals sur les enfants. 11 serait aise, les instituteurs et les institutrices aidant, 
de classcr les enfanls en trois categories : les uns portant des signes evidents dc 
la degenerescence endemique, sur lesquels le medicament serait administre a 
des doses un pen plus clevces que sur la seconde categoric d enfants, formee par 
le nombre de ceux qui ne portent que quelques indices premonitoires dumal, 
etauxquelson administrerait des doses moindres. La troisieme categoric d en- 
fants, formee par ccux qui sont restes completement indemnes, ne serait point 
soumise au traitement. Par ce procede si simple et dont 1 exe cution nous pa- 
rait tres-facile, on eviterait les inconvenients qui resultent de la methode de 
MM. Boussingault ct Gauge, methode qui exclut toute idee de dosage selon les 
individus. 

II resulte de tout ce que nous avons deja dit que le moyen propbylactique le 
plus efficace est I eloignement de la contree ou regne Fendemie. L influeuce 
hereditaire etant admise, on a propose a juste titre 1 eloignement de la mere 
pendant la gestation. Si Ton n empechait pas de cette maniere la transmission 
et les dispositions facheuses preexistantes chez les parents, on eviterait aumoins 
1 influence locale que subit la mere, influence qu elle transmet necessairement 
au fruit de la conception pendant la vie intra-uterine. II existe des exemples 
d enfants nes dans des contrees saines, mais de parents goitreux, qui out 
ecbappe a 1 influence hereditaire directe, et on pent au moins admettre quele 
cretinisme est beaucoup plus rare cbez les enfants dont la mere s est soustraite 
aux influences nuisibles pendant la gestation. II est malbeurcusement difficile 
d ordonner 1 eloiguement a des personnes qui ne sont pas dans 1 aisance, et 
cette mesure ne pourra par consequent que difficilement se generaliser. Par 
centre, 1 eloignement des enfants nouveau-nes est beaucoup plus praticable et 
donne d excellents resultats. Dans le Yalais oil depuis plus d un siecle 1 habitude 
est adoptee d envoyer les enfants en nourrice sur les montagnes, les bons 
effets ont suivi cette pratique. Les habitants des montagnes, etant ordinaire- 
ment plus pauvres que ceux des vallees, recoivent volontiers des nourrissons a 
tres-bas prix, consideration tres-importante dans 1 espece. Les enfants assistes 
de la Savoie sont recus en nourrice sur les montagnes dans des contrees saine?, 
a des prix qui varient selon 1 age, mais qui sont toujours extremement mo- 
deres. 

De nombreuses observations ont prouve qu il importe surtout de soustraire les 
enfants jusqu a la sixieme ou huitieme annee aux influences nuisibles, pour les 
preserver, totalcment ou en grande partie, du mal endemique. 

L utilite des etablissements speciaux pour recevoir et garder les enfants dans 



CRETINISME (BTHLIOGUAPIIIE). 205 

descontrees saines et notamment sur les montagnes est incontestable el suffisam- 
ment prouvee. L assistance publique du departement de la llaute-Savoie a eusoin 
d amenager dcs etablissements semblables, ct en a oblenu de bons resultats. 
Non-seulement on y a garde des enfants duns Ic but deles preserver de 1 endemie, 
mais on en a recu aussi qui portaient les symptomes de la degencresccnce, dont 
la disparition en partie, ou en totalite, a cte obtenue d autant plus facilement 
par un traitement approprie, que les enfants etaient plus tot soustraits aux in- 
lluences nuisibles du milieu qui avail donne lieu a ces symptomes. Quant aux 
enfants ayant deja subi a un certain dcgre la di gene rescencc cretineuse et dont 
la guerison n est plus a esperer, il est toujours possible d obtcnir 1 arret du mal 
et de donner un certain degre d educatiou a ceux dont 1 intelligence n est pas 
encore completement decbuc. On a pu leur apprendre des metiers et leur 
donner quelques notions d education intellectuelle, ce qui explique la creation 
deplusieurs etablissements medico-pedagogiques dans lesquels ils sont admis. 
Parmi ces etablissements il convient de citer ceux d Abendberg ct de Marien- 
berg. 

Les enfants ayant subi la degenerescence complete sont rel ractaires a tous 
moyens curatifs ou propbylactiques ; les soius a leur donner relevant de la cha- 
rite, au meme litre que ceux des idiots, et ils doivent etre admis dans des 
maisons dc sante, dont la salubrite et les bons ame nagements nc sauraient etre 
negliges. l!\n,i. \rn.i .11 ET KIUSUAISKII. 

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Paris, 1868. NETTEU. Nouv. theor. du cret. In Gaz. de Strab., 1868. GARRIGOU. L rpid. 
du goitre et tin cretin., etc. In Bull. acad. med.. 1868. LUMER. In Ann. med. psych., 
1868-69. GAI-DIN-. Th. deMontpel., 1869. CLATTER. Ueb. Cretin, im Donantliale. In II o- 
chenschr.d.Gesellsch. d.Wien. Aerzte, 1870. REH. Cretinisrnus in Thiiringen. In Zeitsch. 
f. Epidem., 1870. DE RAMEUTEAU. In Ann. med. psych., 1871. MULLER. In Rec. -de mem. 
de med. milit., 1871. \VIMPFFEX. Rapp. sur les endemics de goitre ct de cretin. Colmar, 
1871. CUBRIE. Giascow Med. Journ., 1871. -- FAGGE. In Med. Chir. Transact., 1871.- 
DE REXZI. Sidl idiotismo. In La nuova Ligttr. med., 1871. SAVAGE. On Goitre. In Lan 
cet, 1872. LANE. In Georgia Med. Comp. et Philad. M. a. S. Rep. 1872. BAILLARGER. 
In Gas. des hop., 1873. NIVET. Sur le goitre endem., Paris, 1875. BERGERET. In Compt. 
rend. Acad. des scicn., 1873. FAYRER. In Lancet, 1874. KIVET. In Go:-, hebd., 1874. 

SLIPWICZ. Ibid. MICHAL-D. In Gaz.med., 1874. PARCIIAPPE. Elude sur le goitre et le 
crtt. Paris, 1874. GARRHJOU. In Gaz. hebd., 1874. WILSON. In Loud. M. Tim., 1874. - 
KLEBS. In Verli. de Wiirzb.ph. m. GcsselL, 1674, et in Arch. f. exp. Path., 1874. BDRDEL. 
In Un med., 1874. SAUSSET. 1h. de Paris. 1875. ~ PIOT. Du golf, endem. Chambery. 1815. 

UTZ. In fiec. de mem denied, mi Hit., 1876. FOVILLE. In Ann. d hyg., 1876. KLEBS. 
In Allg. Wilen. med. Zeit., 1876. Di- JIEME. Stud. iib. die Verbreit. de r Cret. Prag. 181 . 

GRAY. In Lancet, 1877. U ET ^ 



CREUSETS (de ^wvsOw, fondre : d ou yjuvziov. ou ^(Mveyrrjowv, creuset), 
D autres font venir le mot de crucibulum, nom donne par les alchimistes aux 

vases employes a la fusion des metaux. On appelle creusets des vases de terre 



CHEUSETS. 215 

ou de metal destines a faire fondre certaines substances, et qui out ordinaire- 
ment une forme conique et triangulaire 

On se sert souvent dans les laboratoires de simples creusets de gres ou de 
porcelaine, qui out rinconvcnient de sc casser sous 1 action des changements 
rapides de temperature. 

Les creusets de Hesse, si usites, sont fails d argile refractairc. On les fabrique 

surtout, aujourd hui, a Sarreguemines. 11s insistent a de tres-hautes temprru- 

tures et a de brusques variations, surtout ceux qui contiennent peu de chaux 

et de fer. On fait aussi des creusets refractaires avec les memcs cokes metal- 

liques qui servent d elements dans la pile de Bunsen et qui ont presquc la 

durete du diamant; ils se trouvent dans les cylindres ou se produit le gaz 

d eclairage. On en fabrique de meme pour les fondeurs en cuivrc avec la plom- 

bagine (graphite, mine de plomb), mais surtout, pour la grandc industrie mc- 

tallurgique, avec la magnesie, quo son infusibilite a d ailleurs fait utiliser 

pour la construction de vases refractaires de toutes formes. 11 y a des creusets 

de fer, d argent, de platine. Les creusets de ce dernier metal, qui se ramollit 

au rouge blanc, mais ne fond qu au chalumeau a oxygcne et qui cst inalterable 

par les acides, sont employes journellement dans les experiences chimiques. 

Nous n entrons dans aucun detail sur le mode de fabrication de ccs diflr- 
rents creusets, eette question n interessant que I industrie. Nous ajouterons 
sculement, que, pour la fusion des metaux, on se sert quelquelbis de creusets 
dits brasques, qui ne sont que des creusets en terre refraetaire, remplis d um- 
pate de charbon de bois pulverise, dans laquelle on a pratique une petite cavite 
conique, et qu on a soumis a la dessiccation. C est dans cette cavite (brasque), 
qu on place les oxydes dont on veut extraire les metaux. 

On comprend que la composition des creusets ne soit pas indiffercnte eu eganl 
aux operations cliimiques qui doivent s y accomplir. Ceux qui sont composes 
d argile sont attaques par les matieres ou entrcnt la potasse, la soucle, 1 oxydr 
de plomb, le bismuth. Les creusets dc fer convienncnt aux operations qui corn- 
portent 1 emploi des alcalis. 

Les creusets d argent sont surtout employes pour fondre la potasse caustiqur, 
le nitrate d argent et quelques autres sels, comme le nitrate de potasse. La fusi- 
biiite de I argent s oppose a ce que les creusets fabriques avec ce metal puissent 
servir pour des temperatures un peu elevees. Les creusets de platine, au con- 
traire, sont precieux a cause de leur infusibilite au feu de nos meilleurs four- 
neaux, mais il faut avoir soin de n y pas faire chauffer de 1 acide phosphorique 
ou des phosphates, de 1 acide arsenieux ou des arsenites et des arseniates-, avec 
du charbon. Ces metaux mis en liberte determineraient la fusion du platine. 
L eau regale, la potasse, la soude, la lithine, le soufre, le melange de silice ct 
de charbon rendent les creusets de platine rugueux et cassants. 

II serait d ailleurs difficile de faire ici 1 enumeration de toutes les circon- 
stances qui rendent applicable 1 emploi de telle ou telle nature de creuset. Un 
chimiste instruit s en rendra compte au moment de proceder a ses operations. 

Les creusets se placent au milieu du feu, sur une rondelle de terre cuite 
nommee fromaye, qui le separe de la grille du fourneau. Lorsque le corps a 
fondre est tres-fusible, un fourneau ordinaire sui fit. Quand on a besoin d une 
temperature plus elevee, on recouvre le fourneau d un dome qui empeche la 
deperdition de la chaleur par le haut et la reverbere sur le feu lui-meme et le 
creuset. Ce fourneau est connu sous le nom de fourneau a reverbere. 



214 CREVE. 

Lorsqu on veut obtcnir une chaleur plus forte encore, on ajoute a la cheminee 
du dome un tuyau de tole d un ou deux metres de longueur, dont 1 effel est 
d etablir un courant d air considerable dans 1 interieur du foyer. Enfm si Ton 
veut encore elever la temperature, on emploie le fourneau dit fonrneau de 
fusion, dont les parois, construites en briques, ont une epaisseur considerable 
qui s oppose a la deperdition de la chaleur, et dans lequel le feu est alimente 
par un fort soufflet. A. DECHAMBRE. 

i iciii y.\trn. Voy. KREUZNACU. 
* REVASSES. Voy. 



UI.\B: (.lon\NN-r,Asr \K-It.NAZ-Aivio.N). Medecin alletnand de nu rite, naquit 
i I .dblem/, le "28 oclobre 1769, fit ses etudes medicales a 1 Universite de 
Ma\en<v i I \ prit le bonnet de doetcur en 1792. Des 1 annee suivante, le 11 de- 
rendire I T lTi, cc saxaiit imMeciii iut nomine professeur extraordinaire a la merae 
l ni\ersile, sii|i|iriiiK ; i . pen apres, et plus turd conseiller aulique et conseiller 
medical, assesseur do la Faeulte de medecine, etc. Vers 1800, il quitta monaen- 
laiienieni I enseignement et s etablit a Elteville, dans le Rbeingau, mais il ti y 
resla ijiic pen d aimees et se rendit finalement a Francfort-sur-le-Mein, oil il 
<|e\inl pnil cs.M iir de medecine a 1 Kcole medico-cbirurgicale, conseiller medical 
superieur et membre dc la L&ndesreqierunfo et enfiii conseiller secret du due 
de Nassau. 11 pratiqua la medecine avec le plus grand succes dans sa nouvelle 
ivsidence et niourut a Eltvillc, on il s etait retire le 7 juillet 1855, apres une 
carriere bien remplie et a un age fort avance. 

Crevc est 1 auteur d un grand nombre de puljlications relatives a la mede- 
cine et surtout a J pbst^trique ; il s est beau coup occupe entre autres de la 
forme et des maladies du bassin chez la femme. II obtint en 1798 une me- 
daille d or d une grande valeur de la Societe de medecine d Edimbourg pour 
un memoire sur le galvanisme. Nous citerons de lui : 

I. Diss.inaug. dc fracluris ossium pelvis. Moguntite, 1792, in-4. II. Beilragew 
Galvani s Versuche iiber die Krd fleeter lliierischen Electricilcit auf die Beweyuny der Mus- 
keln. Frankf. u. Leipz. 1795, in-8. III. Vom Baue des wciblichen Beckens. Leipzig, 
1794 (1793), err. in-i, 9 pi. -- IV. Medicinisclter Yersuch einer modernen Eleidung,die 
Briiste betreffcnd. Wien, 1794, in-8. V. Von den Krunkheiten des weiblichen Beckens. 
Berlin, 1795, g-r. in-4, 11 pi. YI. Vom Metallreifee, einem eii entdeckten, untruglichen 
Prufungsmillcl des irnlircn lodes. Leip/ig u. Gera, 1796, gr. in-8, 1 pi. VII. Veber 
Veredlung des Staates durch Errichlung eines Sanitatscollegiums. Wiesbaden, 1804, in-8. 

VIII. Besclireibung der Gesnndlirunnen zu Weilbaclt ii Herzogtliume Nassau. Wies 
baden, 1810, gr. in-8 . IX. Ueber den Chemismus der Respiration. Frankf. a. M. 1812, 
in-4. X. Over de vereisclden bij de Breuksnijding. Amst., 1808. gr. in-8, pi. M. low 
Sprengcn der Kindeswasser. In Stark s Archiv fur Geburtsh. Bd. V, St. 2, p. 501, 1793. 

XII. Vorlciufiye Bekanntmachung der entdeckten Natur des Metallreitzes. In Med- 
chir. Zeit., Bd. I, p. 49, 1790, et Beitracje dazu, Bd. I, p. 524, 1797. XIII. Ueber 
die Bewegung des Augensterns. In Blumenbaclis medic. Bibl., Bd. Ill, p. 681, 1795. 
XIV. Von der thienschen Electricitcit. In Schrift. der Berlin. Geselhch. nalurf. Freunde. 
Bd. XI, p. 115. XV. Epistola ad Soc. Med. qua Edinburcji est (au sujet d un memoire 
sur le galvanisme couronne par cette societe en 1798). Ext. in Edinb. Annals of Med., t. V, 
p. 259, 1801. XVI. Precis historiqne de la decouverte de I irritation metalliqve. Extr. 
publ. in Mem. de la Soc. med. d emulat. de Paris, t. I, p. 592. XVII. Dissertation sur 
la question suivante : Quelles sont les influences sympathiques quexerccnl reciproque- 
ment les uns sur let autres les divers systemes et oroanes de I economic vivanle. Ibid., t. H, 
p. 586, an VII (17991. XVIII. Dc galvanismi in praxi medica usu. Extr. publ in Journ. 
g6n. denied, de Scdillot, t. XVIII, p. 201, an XII (1804). L [\ y 



CREVETTES. 

CREVE-cniEN. Tin des nom donnes a la Morelle noire (Solatium ni- 
grum L.). Voy. MORELLE. L - 

CREVETTES, CHEVRETTES ou PALEMO\S. Les naturalistes appellent 
crevettes, en latin Gammnrw , de petits erustacos de 1 ordre des amplupodes, 
appartenant a la grande division des edriophthalmes ; ce sont au contrairc des 
animaux de la sous-classe des podophthalmaires qui constituent le groupe duquel 
on tire sur tous les points du globe ces especes rechcrchecs pour I alimenlatioii 
dont quelques-unes portent assez generalement chez nous le nom de C.revettes; 
ce sont alors les crevettes de table qu il vaut mieux appeler Chevrettes pour 
eviter toute confusion. 

La veritable place de ces petits animaux est marquee parmi les decapodes 
macroures. En effet, ils possedent des cavacteres zoologiques qui les eloigucnl 
peu des ecrevisses et des homards. Les chevrettes et les animaux de la meine 
famille sont aussi nommes Palemons, Salicoques, etc. Elles sont remarquables 
par leur corps en general comprime ; par leurs mandibules prolbndemcnt divi- 
sees en deux branches et par-ibis depourvues de palpes ; en fin par lour iront 
prolonge en un rostre dente en scie. Leurs patles sont greles ; Irs doux pre 
mieres paires sont en forme de* pince, la denxieme est plus forte que les 
autres. 

On connait un nombre considerable de ces animaux et il y en a dont la taillr 
est assez forte, tels sont particulierement certains de ceux qui babitent les 
pays chauds; ils ont ete partages par les naturalistes en differents genres. Leur 
corps est transparent, mais marque de quelques lignes vivement colorees; ils 
nagent sur le dos et jouissent d une grande agilite. Quelques-uns vivent dans Ics 
eaux douces, mais c est le plus petit nombre; il y en a de tels dans des pa\s 
assez eloignes les uns des autres. L Europe en fournit plusieurs et specialement 
1 Hippolyte de Desmarest que Ton trouve dans difterentcs localites de la France. 
Cetteespece et celles qui vivent dans les memes conditions ne sont pas alimen- 
taires. 

Parmi les salicoques marines, les seulesqui soient recberchees sous ce dernier 
rapport, nous citerons principalement les suivantes : 

Crangon commun (Crangon vulyaris) ; il recoit de preference sur nos cotes le 
nom de crevette ; sa couleur est gris-verdatre, ponctuee de brun mais il ne de- 
vient pas rouge par la cuisson comme la plupart des autres. 

Nika comestible (Nika edulis) ; de la Manche, de 1 Ocean et de la Mediter- 



ranee. 



Palemon porte-scic (Palenion serratus) ; il porte les differents noms de sali- 
, coque, de squille, bouquet, etc., et aussi ceux de crevette et de chevrette; c est 
une des especes les plus estimees. 

La peche de ces palemons et celle des animaux analogues se fait activemenl 
sur un grand nombre de points de notre littoral et la grande multiplication 
de ces crustaccs permet d en fournir aisement nos marches. Elle s opere d une 
maniere tres-simple et est le plus souvent pratiquee par des femmes. Celles-ci 
entrent dans 1 eaujusqu au-dessus du genou, armees d un filet appele truble, ha- 
venau ou bouquetout, et elles le poussent devant elles. G est surtout pendant la 
belle saison que la pratique en est possible car en hiver les crevettes se retirent 
dans des endroits plus profonds, mais ces crustaces peu vent etre gardes vi - 
vants dans des sortes de pares. 



216 CRIBLEE. 

On fait, comme on le voit, une grande consommation de chevrettes. La digestion 
en est generalement facile, et, sous ce rapport, elles different beaucoup de cer 
tains autres cruslaces de la meme famille, tels que les crabes et les homards. 
II est meme des estomacs debiles et fatigues par des exces de table qui se trou- 
vent tres-bien de se nourrir presque exclusivement de salicoques, prises en pe- 
tites quanlites souvent repetees. Nous connaissons plusieurs cas de ce genre. II 
est vrai que c est a la condition essentielle que les salicoques soient mangees 
tres-fraiches : aussi, pour les malades dont nous parlons, cette espece de cure 
etait-elle faite au bord de la mer. 

Neanmoins, les creveltes, meme mangees fraiches, peuvent dans certains cas 
produirc des accidents comme cela a egalement lieu pour les monies ct meme 
pour les huitres. On trouvera phisieurs exemples de ces sortes d intoxications 
cites dans la Zoologie medicate que j ai publiee avec M. Tan Beneden. 

A Amiens, en 1857, plus de trois cent cinquante families out ete prises 
simultanement de coliqucs violentes qui ont d abord fait croire a une invasion 
subite de cholera. Ces coliques etaient causees par 1 ingestion des crevettes 
apporlres de Boulogne qui paraissaient aussi fraiches que celles que Ton mange 
d ordinaire sans qu il en resultc le moindre inconvenient. 

Des fails analogues ont ele observes a Nantes, en 1874 et anlerieurement a 
Copenhague, et ailleurs. 

Expedites a de grandcs distances, comme cela a lieu pour des diners de galas 
qu on envoie parfois de Paris en province on meme :i 1 etranger, des chevrettes 
occasionncnt parfois des troubles de la digestion, ce qui lient aun commencement 
de decomposition ammoniacale de ces crustaces, 

M. le doctcur Reveil a cite, en 1876, un fait qui merile aussi d etre rappele 
ici : il consiste a transformer la chevrette grise, dont le prix e^t pcu eleve, en 
chevrelte rouge ou bouquet, qui se vend bien plus cher, en peignant la premiere 
avec du minium ou de la mine orange composee d un melange de protoxyde et 
de bioxyde de plomb. Reveil cite une famille de Chaville, pres Paris, qui failli 
devenir ainsi victime de cette fraude et on ne lui a pas remis moins de l gr ,25 
de la substance enlevee par un simple lavage de la surface de ces chevrettes qui 
avaient ele vendues par un marchand ambulant. Une fraude analogue, egale 
ment constatee dans une localite des environs de Paris, est mentionnee dans 
les journaux de 1878. P. GERV. 

CREYAT. On donne dans 1 Inde le nom de Creyat, Kariyat a la tige et a 
la racine seches de VAndrographis paniculata, Nees. On 1 emploie comrae 
tonique et stomachique. I). 

CRI. Le cri, qui resulte d une expiration soutenue et qui prend, dans le 
larynx et dans le pharynx, des tons et des timbres varies, peut acquerir dans cer- 
laincs maladies une valeur pathognomonique, suivant surtout qu il oslplusou 
moins prolonge et plus ou moins aigu. Le plus significatif est le cri hydrence- 
phalique, remarquable par sa duree et son acuite, que font entendre les en- 
fants a une periode avancee de la meningite. D. 



< imu i MAGIQLE. Voy. DIVINATION. 

CR1RLEE (Lame). Voy. CRANE. 



BRIGHTON 217 

Kiituvriox (Voij. TAMISATIO.N). 

CRIBRIFORME (FASCIA, os). On a donne le nom d os cribriforme a 
1 etlimoide, et de fascia cribriforme au feuillet superficicl tin fascia lata D. 

< lUtlirox (ALEXANDER). Ce lebre medecin anglais, naquit en Ecosse vers 
1760, fit ses etudes medicales h Edimbourg el se fit recevoir docleur arUniver- 
site de cettc ville en 1785; apres un voyage sur le continent, il revint a Lon- 
dres, devintle 22 mai 1794 medecin a 1 hopital de Westminster etenseignaen 
meme temps la medecine, la physique et la chimie. llserendit vers 1810 aSaint- 
Petersbouvg, ou il fut nomme medecin particulier de 1 empereur de Russie; il 
devint successivement conseiller d Etat, chef de 1 organisation medicale civile, 
medecin en chef du ministerc de la police generate, etc. Lorsqu il se retira a 
Londres, il fut remplace comme medecin particulier de 1 empercur de Russie et 
dans In plupart de ses emplois par sir William Oichton, son neven, qui fut 
egalement un medecin et un ecrivain medical fort distingue . Alexander Gricliton 
est niort vers 1845. 

II cousacra ses loisirs a la redaction d un grand nombre d ouvrages et 
me moires estimes sur divers sujets de medeeine, de therapeutique, d histoire 
naturelle, etc. Jl prit part a la redaction de la Pharmocopcca pan p. Petropolit. 
(Peti opoli, 1807, in-8), publia un supplement a 1 ouvragc deCuviersur les revo 
lutions de la surface du globe et fut 1 un des re dacteurs de la Riissische Samm- 
lung fur Naturwissenschaft, a partir de 1815. 11 etait membre de la Socie tc 
royale de Londres et d un grand nombre de societes savantes et etait de plus 
de core de differents ordres russes et allemands que nous n enumererons pas. 
Nous citerons de lui : 

1. Diss. inaug. de vermibus inteslinorum. Edinburgi, 1185, in-8. II. An Inquiry 
into the Nature and Origin of Mental Derangement, comprehending a Concise System of 
the Physiology and Pathology of the Human Mind, etc. London, 1798, in-8, 2 vol. Trad, 
allem. Untersuchung fiber die Natur und den Ur sprung der Geisteszerriittungen : ein kur- 
zes System der Physiologic und Pathologic des mensclilichcn Geistcs. Mit einigen Abkurz- 
unf/en, etc. Leipzig, 1798, in-8 ; 2te Aufl. mil Anmerk. u. Zusiitze von J.-C. HOFFBAUER. 
Leipzig, 1810, in-8. HI. A Synoptical Table of Diseases, exhibit ing at one View their 
Arrangement in Classes, Orders, Genera and Species. London, 1805. gr. in-fol. IV. Re 
lation de quelques experiences faites avec la vapeur du goudron dans le traitement de la 
phthisic pidmonaire. Saint-Petersbourg, 1817, in-8. Le meme ouvrage en anglais : An 
Account, etc., Edinburgh, 1817, in-8. V. Darstellung einiger Erfahrungen iiber die Wirk- 
samkeit der Tftcerdiinste gegen die Lungenschwindsucht. Sanct-Petersb. und Braunschw., 
1819, pet. in-8. VI. Practical Observations on the Treatment and Cure of several Va 
rieties of Pulmonary Consumption, and on the Effects of the Vapour of Boiling Tar in 
that Disease. London, 1825, in-8. VIF. Commentaries on some Doctrines of a Dangerous 
Tendency in Medicine, etc., London, 1842, in-8. VIII. L ne traduction : BLUMENBACH. 
Essay on Generation, transl. from the Germ. London, 1795, in-12. IX. Ueber die Anwen- 
dung des Astragalus escapus gegen Lustseuche ; Schreiben aus Wien (1787). InGirtanner 
Abhandl. iiber die venerischen Krankh., Bd. I, p. 585, 1805; en anglais in London Med. 
Journ , t. IX, p. 4, 1788. X. Some Observ. on the Med. Effects of Arnica montana. In 
Loud. Med. Journ., t. X, p. 256, 1789. XI. Some Observ. on the Med. Effects of the 
Lichen islandicus. Ibid., p. 229. XII. Oedema jugax, etc. In Loud. Med. a Phys. Journ., 
1801, p. 26. XIII. Eine Usher nock nicht beschriebene Ursache der Gclbsucht. In Allgem. 
med. Annalen, 1805, p. 952. XIV. Un the Climate of the Antediluvian World and its 
Independance of Solar Influence; and on the Formation of Granite. In Annals of Philos., 
t. XXV, p. 97, 1825. L. HN. 

< ICH o\tcy i i,voii>ii:\ (Muscle lateral). Voy. LARYNX. 



218 CRIMKE. 

CRICOARYTENOIDIEN (Muscle posterieur). Voy. LARYNX. 

CR1COIDE (Cartilage). Voy. LARYNX. 
CRICO-PIIARYNGIEN (Muscle). Voy. LARYNX. 
CR1CO-TH1ROIDIEN (Muscle). Voy. LARYNX. 

CRICO-TH1ROIDIENNE (Membrane). Appele e aussi ligament crico-tyroi- 
dien (Voy. LARYNX). 

CRIMEE (GEOGRAPHIE MEDICALE). Ainsi appelee probablement du nom altere 
de sa ville la plus ancienne, Cimnieriuin (Esky-Krim), la Crimee est une petite 
prrsqu ile relive an sud de laRussie par 1 isthme de Pcrekop ; baigneepar la mer 
Putride a Test, et la mer Noire dans le rest de son pourtour. Comprise entre le 
30,10 et le 34,20 de longitude orientale, le 44, 25 et le 46, 10 de latitude 
septcntrionale, elle s etcnd surune superficie de 26000, kilometres carres. Conside- 
reedans son ensemble, la Crimee semble constitute par la reunion de deux pres- 
qu iles a pea pres symetriques reliees 1 une a 1 autre par un isthmc de 15 a 20 
kilometres que resserrent les golfes d Arbat etde Theodosie. Un fosse dont onn a 
pu determiner 1 origine ni preciser 1 utilite , ajadis separe 1 ancienne Chersonese 
Taurique dc la presqu ile de Kertcb, et reuni les deux golfes. 

Ces deux presqu iles ont 1 aspect de deux quadrilateres irreguliers, creuse s 
dans leur pourtour par les golfes de Kerkinit et de Kalnmita a 1 ouest, par les 
golfes de Theodosie au sud, par le golfe d Arabat et le Sivasch a Test. 

Le Sivasch on mer Putride, qu on peut a certains egards decrire comme un 
golfe de la mer d Azof avec laquelle elle communique par le passage de Genits- 
chi, detroit de 500 metres environ, se prolonge sous la forme d une bande al- 
longee d une superficie de 2,410 kilometres carres, entre le rivage oriental de la 
Crimee et la fleche d Arabat qui s en detache au fond du golfe du meme nom. 
Pendant le regne des vents d est, les flots de la mer d Azof, refoules entre la pointe 
et la fleche d Arabat et le rivage dc Perekop, envahissent les cotes basses de la 
Crimee; tandis quo le flot s en eloignc pendant les vents d oucst, laissant a de- 
couvcrtune plage de 8 a 10 kilometres, couverte de vase et de raseaux : veritable 
marais dont les effluves infects etnuisibles ont fait donner au Sivasch le uon.uk 1 
mer Putride. 

Divisions. Le cours d eau le plus important de la Crimee, le Salgbir, la di- 
vise en deux regions bien caracterisees : celle des Steppes au nord, celle des 
montagnes au sud. 

La chaine Taurique se deploie de 1 ouest a Test sur une longueur de 160 
kilometres, comprise entre le cap Chersonese et le golfe de Theodosie, et sur une 
largeur variant dc 12 a 40 kilometres. Le systeme Taurique, dont la ligne de 
faite est formee par les monts la ila et Karabi laila, s eleve a la moutagne de la 
tente, Tscliatir-Dagh, a une altitude de 1580 metres. De ce point central, la 
cbaine s abaisse a la fois vers 1 ouest et Test, ou les collines expirent sous la 
forme d ondulations pen accusees. Le versant meridional descend presquea 
pic sur le littoral, tandis que le versant nord s abaisse par des pentes en gra- 
dins, jusqu aux bords du Salghir, au-dela duquel une incliuaison douce 
conduit a la re gion des steppes. Au sommet des monts lai la, apparaissent despla- 



CRIMfiE. 219 

teaux converts de neige en hiver, tapisses de verdure en etc. Tout le versant <lu 
nord est une region d une beaute ravissante , formee de sentiers converts de hois 
epais, de gorges etroites, de riches vignobles, de jardins magniiiques. 

La region des steppes, qui comprend les trois quarts de la Crimce, est un 
vaste espace oil les arbres manquent, et oil regnent la solitude et le silence. Dans 
des plaines sans fin, nues ou constituees par dcs lacs sales, des sables, des ma- 
rais entretenus par les envahissements de la mer, apparaissent principalement 
au nord et au nord-ouest, des herbes elevees, de gras paturages, de splendides 
moissons. 

Hydrographie. Les eaux qui descendent des monts laila suivent la direction 
sud et nord de deux versants principaux. Les premieres forment de petits tor 
rents qui tombcnt en cascades dans la mer. Les secondcs s ouvrent un passage 
au milieu des rochers, longent les terrasses rocheuses et boisees, et de gradin 
en gradin arrivent a former de ve ri tables cours d eau dont les principaux sont : 
1 La Tchernaia qui se dirigc vers le nord-ouest ct tombe dans la rade de 
Sebastopol; 2 le Balbek ou Kabarta d un parcours d environ 28 kilometres; 
5 la Katcha; 4VAlma; 5 Je Boulganak; 6 enfin le Salghir, le scul qui me- 
ritc le noni dc llcuve. Lc Salghir descend tin Tschatir-Dagh vcrs Synipberopol et 
entrc dans les plaines des steppes, ou apres avoir rccu dc nombreux al lliients, il 
va se perdre dansle Sivasch. Son cours est d environ 150 kilometres. 

Tous ces cours d eau presenteut uue grancle ine galite de volume. Resserres 
pendant la saison seche, les pluies et surtout la 1 oiite des neiges les enflent et 
les transforment en torrents qui emportent sur leiir passage les troupeaux et les 
hommes surpris dans les bas-fonds. 

Geologic. L action ignee qni se manifste dans la presqu ilc. Taui-ique par des 
depots de Dolerite, d Eurite, deMelaphyre, de Trapp, dc llusalte et par les vo leans 
de boue des environs de Yeni-Kuleh, a exerce une action de transforniismc si 
marquee sur les depots de sediment, qn on a attribue longtemps au terrain Pa- 
leozo iquc, les Phyllades et les Grauwackes qui leur servent dc base. La paleon- 
tologie a donne une determination plus precise. Suivant M. de Verneuil et 
M. Huot, la chaine Taurique appartient aux terrains Jurassiques et particuliere- 
ment au Lias et a 1 Oolite. 

Tout le versant meridional de la chaine Taurique appartient au Lias. Cclui-ci 
est reprosente de bas en haut par des schistes siliceux, des psammites, et un cal- 
caire alternant avec des schistes, particulierement apparent sur les contre-forts 
et dans les vallees qui bordent la mer Noire. 

Les terrains superposes au Lias appartiennent a la grande Oolite et au Coral- 
Rag. 11s comprennent les formations suivantes : ldes calcaires souvent d un gris 
cendre,caracterisespar des Encrines, Aes Ammonites, des Belenmites, des Tere- 
bratules; 2 des marnes, des calcaires marneux contenant le Belemnites hastattis 
et Semi-hastatus. Cette formation est bien apparente a Kaffa et a Theodosie ; 
5 un calcaire compact grisatre en stratcs, empreint de Fucoi des et traverse par 
des banes dc gres. 

La formation cretacee qui recouvre ces premieres couches, repond a 1 etage 
Neocomien inferieurement, et a la craie jaunatre et blanche a la partie superieure. 
Les couches Neocomiennes sout constituees par des calcaires jaunatres, des mar 
nes grises legerement siliceuses, contenant des Nautiles et particulierement ca- 
racterisees par des Exogires, { Ammonites depressus et VA. Ponticuli. Une cou- 
che correspondante au gres vert separe 1 etage Neocomien de la craie superieure 



220 CRIMEE. 

divisee par M. Huot (ouv. cite) en trois etages : 1 marnes et calcaires blancs 
contenant peu de fossiles; 2 craie jaunalre petrie de fossiles; 3 U strates regu- 
lieres de craie marneuse blancliatre. 

Le terrain tertiaire est represente en Crimee : 1 par le systems nummulitique 
dont les caracteres petrographiques sont aussi prononces que dans les Alpes. A 
3 kilometres de Simpheropol, M. de Verneuil a trouve sur un escarpement verti 
cal une assise de ce terrain reposant sur la craie a Belemnites, presentant une 
serie reguliere de strates calcaires, de marnes, de sable, de marnes argileuses 
rempliesde Nummulites: Nummulina distans. N. Polygyrata.N irregularis. N. 
Spira. N, Ramondi; 2 par un calcaire pisolitique represente dans la partie 
orientals de la Crimee par des marnes a fossiles marins, poissons et co- 
quilles; o par la formation des steppes qui occupe toute la region bassede la 
Crimee. C est un melange de calcaire coquillier et de marnes remplies d argile 
rouge, petrie de fossiles appartenant a des especes qui out du babiter des eaux 
douces ou peu salees, et d ossements d ours, d elephant, de cheval. A la surface 
de la formation des steppes, M. de Verneuil a signale 1 existence de monticules 
composes entierement d Eschnra lapidosa, veritables recifs de polypiers, ne pre 
sentant nulle trace de stratification. 

Le terrain quaternaire est represente en Crimee par des aggregats de coquilles 
marines cimentees par des oxydes metalliques servant de base a une nappe epaisse 
de terrain noir ou Tschornoizem. Composee d un melange de marne rouge, de 
debris de Lymne es, de detritus organiques, cette couche precieuse est le fonds 
de la ricbesse agricole d un pays renomme a la fois pour 1 abondance des cereales 
et le nombre de scs bcstiaux. 

Climat. La Crimee qui correspond par sa latitude a la region comprise entre 
les paralleles d Avignon et de Lyon, s en eloigne notablement par son climat. Sa 
position orientale, la depression des steppes donnant un acces facile aux vents 
froids de la Russie et de la Siberie aggravent et prolongent les rigueurs de 
1 hiver ; tandis que lerideau de la cbaine Taurique reflechissant la cbaleursurun 
sol forme de roches noires rend excessive la temperature de la plage meridio- 
nalc. A Sebastopol situee a 44, 36 de latitude, la moyenne de 1 hiver est : plus 
2,72. La moyenne de 1 ete, 22, 61. Difference 19. A Odessa, moins protegee 
centre la brise du nord et pouvant mieux donner 1 idee du climat des steppes, 
la moyenne de 1 hiver est : moins 2,28. Cellede 1 ete: 21. Diff. 23, 56. (Vojcs- 
kof, le Climat de f empire Husse, trad, par M. Brocard, Alger, 1875, br. in-8.) 

D apres Knorre, direcleur de 1 observatoire de Nicolaief, la moyenne de 
1 annee est de 11,5 a Sebastopol. Celle de 1 hiver, de 1,8; de 1 ete, 21,7; du 
printemps, 10, 2; de 1 automne, 12, 6. La moyenne de 1 hiver s abaissant au- 
dessous de la moyenne generale des climats temperes 3, 3. Celle de lete 
s elevant au-dessus de la moyenne generale de 1 ete 19,9. Cette difference 
accuse davantage si on prend pour terme de comparaison une localite occiden- 
tale situee sous la meme latitude. Bordeaux par 44, 5 de latitude, a une 
moyenne ammelle de 15, 9. Hiver, 6,1 ;ete, 21,7; printemps, 15, 4; automne, 
4 4, 4 ; et plus encore si on compare les maxima et les minima, Au nord des mon- 
tagnes, 1 hiver est froid et pluvieux;le vent du nordproduit des abaissements de 
temperature de 10 a 20; le Sivach se couvre de glace. Les froids cessent 
en general avec le passage de vents au sud. Depuis le commencement du siecle, 
on ne cite que 5 hivers, pendant lesquels la temperature se soit maintenue pen 
dant plus de 10 a 15 jours a 14 a - - 18. La neige qui tombe en abondance 



CRIMEE. 

et qui dans 1 hivcr a 1854 a 1855 avail altcint unc hauteur de 70 centimetres 
couvre rarement la terre pendant tout un mois. Le printemps qui commence 
mars ou en avril est le moment ou regnent des vents de sud-ouest parfois 
rapides, et si violents qu ils dispersent les troupeaux. 

L ete est marque par des clialeurs insupportables : dans les steppes, la chaleur 
s eleve au mois d aout a 30 a 51. Sur la plage oil elle est moderee par la bnse 
de mer, a 28 a 30. Les variations de temperature sont le fait dominant de ] 
meteorologie de la Crimee. L alternance des vents du nord-est et de sud-oucsl 
qui en est la cause principle, est aussi celle des tempetcs qui eVlatenl an prm- 
temps et en automneet dont la violence s accroit Irop souvcnl par des pluies. tor- 
rcntielles ou des tourbillons de neige. 

Pour completer les donnees meteorologiques, a defaut de documents speeiaux 
a la Crimee, j emprunte aux Annale* de Tobservatoire physique (mlntles de 
Rnssiepubliees par H. Wild, annee\mi.8Ani^^rsb. 1871, iu-4", les l.-dil.-anx 
suivants pour la station de Nicolaief, lat. 46,58. long. Est de 1 aris i> JvS. 



MOYESNES ANM ELLES. 



HEDBES. 


lunOMETIiE. 


TliMI EUATCRE DE 1/A1H. 


ijUANTITE HE NUAGES. 


7 licurcstlu matin, 8 heures. . 
10 Ui uri s 


600,1"2 
600,31 


(i.48 

9.16 


1.64 
1.42 


Midi 


600 14 


10.27 


1.46 


2 heures 


599 96 


10.78 


1.47 


10 hcurca du soir . . 


599 98 


7.96 


1.26 













11 fa 


c 

"ra O 


a 






u 

01 

5 ai ^ 


QUANT1TE 




H S3 


c; p " J 


* 












if O*3 " 


H S - S 


^ rti 
" "" E s 


MIMMLJI 


MAXIMUM 


u = ^ JJ - 


de pluic 


MOIS. 


5"^ 


B " 3 


B-a a g 






= So 






i- 3 


t o" S 2 




absolu. 


absolu. 


H 3 "" 3 


et de 






"2. ? -^ 














s S ^ "~ 


W O 


?^ ^ ^O 






^ ^ .j 






3 -" O 


t- O^ 


** 








neige. 




C3 "~" -^ 




O 






a 






= 


B 













Janvier. . . 


599,67 


H- 2, IS 


+ 2.10 


- 6,0 


9,4 


2,92 


0,750 


Fevrier. . . 


604,30 


+ 0,66 


-t- 0,66 


- 9,4 


6,6 


2,25 


0,655 


Mars. . . . 


601,62 


- 0,72 


1,26 


- 10,2 


13,0 


2,19 


0,547 


Avril. . . . 


598,06 


-H 9,11 


-* 8,19 


1,0 


21,6 


1,02 


0,955 


Mai 


599,73 


-+- 14,10 


+ 12,99 


-H 4,8 


25,5 


0,74 


0,215 


Juin. . . . 


598,17 


-* 16,42 


+ 15,39 


-t- 6,6 


25,0 


0,95 


1,535 


Juillet.. . . 


599,71 


+ 19,37 


-t- 18,34 


-t- 9,8 


27,4 


0,4(1 


1,165 


Aout. . . . 


601,11 




-t- 16,44 


+ 9,4 


25,5 


0,32 


0,42(1 


Septembre . 


601,27 


+ 13^41 


H- 12,51 


-t- 5,8 


21,8 


0,51 


0,51. i 


Octobre. . . 


602,30 


-t- 9,49 


-t- 9,04 


- 0,0 


18,8 


0,64 


0,590 


Novembre. 


599,39 


-h 1,45 


-+- 1 , 13 


- 8,5 


11,6 


1.55 


0,808 


(Temp.) Xbre 


596,41 


0,23 


- 0,34 


- 10,4 


6,8 


2,58 


0,915 


Moyenne . 


600,14 


+ 8,56 


-+- 7,95 


10,4 


27,4 


1,54 


8,650 



222 



CRIMEE. 



KOMBRE DES VENTS POUK CIIAQUE MOIS. 



MOIS. 


Konn. 


NOHD-OUEST. 


OUEST. 


SUD-ODEST. 


SDD. 


SDD-EST. 


EST. 


NOHD-EST. 


C.ILME. 


Janvier. 


13 


21 


2 


8 


35 


47 


4 


4 


19 


Fevrier. 


15 


21 


14 


52 


11 


18 


5 


13 


IS 


Mars. 


18 


27 


6 


5 


11 


56 


14 


56 


4 


A.vril. 


6 


28 


9 


15 


44 


9 


7 


17 


15 


Mai. . 


23 


16 


8 


12 


31 


26 


4 


53 


-2 


Juin. 


24 


22 


6 


18 


41 


15 


6 


9 


9 


Juillct 


24 


22 


6 


15 


31 


5 


n 


19 


52 


Aout. 


54 


41 


8 


14 


7 


.> 





24 


22 


Suptembr 


19 


27 


1 


13 


54 


16 


a 


17 


23 


Octobre. 


11 


18 


5 


5 


18 


26 


ID 


38 


28 


Novembre 


9 


39 


6 


16 


22 


16 


I) 


7 


55 


Deceinbre 


8 


20 


4 


10 


29 


23 


7 


26 


26 


TOTAL 


204 


302 


73 


159 


512 


242 


35 


243 


235 



La temperature est exprimee en degres Reaumur. La hauteur du barometre en demi- 
lignes russes ou anglaises. L humidite absolue en lignes russes. La quantite de pluie ou 
de neige on polices russes. 

La quantite de images exprimee en chiffres correspond : ciel serein ; 0,5 nuages le- 
gers, images a 1 horizon; 2, nuages disseraine s, cirrus; 5 ciel nuageux, nimbus, stratus 
cumulus; 4 couvert. 

Pour les mois de Janvier, fevrier, mars, octobre, novembre et decembrc, les 
observations out ete faites a 8 heures du matin, 10 heures, midi, 2 heures, 
du soir, 10 heures du soir. Pour les mois d avril, de mai, de juin, de juillet, 
d aout, de septembre, a 7 heures du malin, 10 heures, 12 heures, 2 heures du 
soir, 10 heures du soir. Les temperatures maxima et minima de chaquejour 
ont ete observers au thermographe. Les moyennes journalieres out ete calcule es 
en divisant par deux les observations recueillies a 10 heures du matin et a 
10 heures du soir. Pour calculer la moyenne annuelle, les observations re 
cueillies a 7 heures du matin en ete et a 8 heures en hiver ont ete combinees en 
semble. 

Flore. La Flore de la Crimee monlre plutot le rapport du developpement des 
especes avec les conditions locales qne la verite de la loi des Aires. Dans les 
vallees dont 1 exposition est favorable, la plupart des especes appartiennent a la 
Flore mediterraneenne ; c est-a-dire a la Flore des regions dont la moyemme de 
temperature annuelle est de 15 degres, et la temperature estivale de plus de 
20 dr-rus. Je cilcrai, d apres Pallas et M. Leplay, les especes suivantes : Punica 
granatum L. Olea europea L. Celtis australis L. Pistacia lentiscus L. Paliurus 
aculeatus L. Jasminum fruticans L. Camphorosma monspeliaca L. Herniaria 
fruticosa L. Ferula communis Desf. Tamarix gallica L. Linum luteum M. B. 
Asphodelus ramosicsL. Laurus nobilis L.Fagonia creticaL. Tribulus terrestris 
L. Peganum hannala L. Capparis herbacea W. Cistus incanus Pall. Ruscus 
aculeatus L. On rencontre, au contraire, sur les parties elevecs de la chaiae 
Taurique ou les vents du nord ont acces les represeiitants de la Flore des regions 
temperees froides : Juglans regia L. Fagus sijlvatica L. Quercus pubescens W. 
Carpinus betulus 1. Juniperus oxycedrus (Propidus tremuta). Alnus incana. 

Dans la region des steppes ou alternent les sables des marais, les terres arables; 



CR1MEE. 225 

les especes varient avec la nature du sol. Cc sont principalement les vanetes de 
souchet : Cyperus fuscus L. C. patulus kit. C. flasvescens L. C- Pannonicus Hclib. 
Elceocharis palustris Brown. Les scirpes : Scirpus palustris L. S. maritimns L. 
Les lalches : Carex glauca. Les graminees : Milium effusum L. Stipa tortilix 
Desf. Stipa pennata L. Bromus inermis Pall. Agropyrum cristatum P. C. 
En fin a defaut d especes arborescentes une assez grande variete de plantes au- 
nuelles : Alliuin moscatum allium sphcerocephalum L. Stellera passerinti, Pu- 
lygonum arenarium, Salsola arenaria, Salvia horminum L. Marrubium pere- 
grinum L. Verbascum phlomoides. Echium Vulgare. Campanula (rapuncn- 
loides). Chondrilla juncea. Picris hieracioules. Cenlaurea cnipina. Xeran- 
thomum annuum. Anthemis austriaca Jacq. Anthemis monogyna \V. K. 
Alccea rosea L. Gypsophila glomerata Pal. Sedum tetephium L. Medicayo 
minima Lam. 

En s elevant des steppes par les vallees iufcrieures de la chaine Tauricjue, la 
Flore est d autant plus riche et plus variee qu on monte davantage. Pallas note 
les plantes suivantes : Salvia habliziamaPal., un grand Hedysarum a flcmx 
blanches veinees de rouge. Onosma simplex, Carduus elegans, Carlina lanata, 
Saturcia montana, Convolvulus cantabrica. Convolvulus terrestris, Carpi 
minuta, Quercus cerris Pull. Juniperus Phoenicea, Pyrus nivalis, 
spinosa, Rosa spinosissima, Rosa Pygmea, Rnta linifolia, Euphorbia ini/rxi- 
nites, Staiicetrigona, Lychnis divica, Lychnis Conoidea,Serpyllum eitriodoris, 
Sideritis syriaca Pall. S. Montana, Iris pumila, Asphodelus luteus, Ornitho- 
galum monile. Toute cette region esl d une beaute ravissanle, non-seulenient 
par des especes interessantes et jolies, ma is surtout par la magnificence d arbrcs 
admirables, par leur developpement et la beaute de leur vegetation. 

L olivier, le grenadier, le laurier, les arbres fruitiers, le cypres, 1 atan a 
(Mimosa arbrea), les vieux noyers couvrent de leur ombre des jardins, des vjo-nes. 
La violette, les orcliidees les plus variees se cacbent sous les buissons d aulir- 
pine, d alisier, de houx ; sur les terrasses superieures, se developpcut les plus 
belles especes forestieres : Le Fayus sylvatica doniine surtoul dans la foret de 
Korbek, le Carpinus sylvatica y atteint une grosseur prodigieuse au milieu des 
chenes (Quercus cerris); des pins maritimes (Pinus maritima); des cbanncs 
(Carpinus sylvatica); (Carpinus betula); des penpliers, des trembles (Populus 
nigra, Populustremula). 

En redescendant \ers la mer, on rencontre sur les rochers : VAvena fatua, 
Cynosurus aureus, Alyssum saxatile, Coronilla Emerus, Spircea crenata, 
Sazifraga granulata, Ceraslmm tomentosum, Asplenium Ceterach, A. triclio- 
manes. Au bord de la mer : Crambe maritima, Bunias cakile. Sur le sable : 
Salsola tragus, Elymus, Astragalus Ponticus Pall. Onobrychis, Cheiranthus 
Eryngium maritimum, Stalice limonum. Antour des lacs : Salicornia strobilacea 
S. llerbacea, Atriplex portulacoides, Atrip/ex laciniata, Salsola kali. Autour 

> desvolcansde boue : Lepulium crassifolium, Camphorosma, Stalice scoparia. 

ifctfl 

Faune. La solitude des sleppes , leur fecondite accroissent la population 

ij|], f, zoologique de laCrimee ; les grands espaces qui 1 entourent donnent passage aux 
rapaces qui s y abattent pour y trouver leur proie. Pallas et M. Iluot (Demidoff, 
ouvr. cite), ont assez insiste sur la richesse zoologique de la Crimee pour que 
j essaie de donner une idee de la variete des especes de cette region interessante. 
Carnassiers. Le loup, Canis lupus, etablit son domaine pres des grands pacages ; 



224 CRIMEE. 

Ic renard, Canis vulpes; le blaireau, Meles taxus Storr ; la belette, Mustela 
sarmatica Pall.; la fouine, Mustela fouina; le putois, Mustela putorius erreut 
autour ties villes et limitent la reproduction des rongeurs qui creusent de lenrs 
terriers 1 immensite dcs steppes. L ordre des Inseclivores est represente par 
le herisson, Erinceus auritus Pall. Une musaraigne, Sorex leucodon lierm. 
Celui dcs Rongeurs parunlievre grisatre tres-commun, le Souslik, Spermophilus 
citullusY. Guv., le rat fouisseur, Chthomergus murinusF. Guv. Mus lalpinus 
Pall., le campagnol, Hypudceus arvalis lllig, Mus arvalis Pall., le snrmulot, 
Mus decumanus Pall., le rat de Pallas, Mus minutus, la gerboise, Dipus jaculus 
Pall. Dans 1 ordre des Ruminants : 1 Aurochs, Bos urns, le cerf Cervus claphus 
ne figurent plus qu ;i 1 etat fossile dans I argile quaternaire des steppes. Les 
especes vivantes sont : le chevreuil, Antilope rupicapra Pall., le droraadaire, 
Camelus bactriamis, tres-appi*ecie des Tartares; lebuffle, Bos bubalus, repre 
sente parunc espece petite et rabougrie; leboeuf, Bos taurus, eleve comine bete 
de travail. Des chevres remarquables par la beaute de leur poil ; d inuom- 
brables troupcaux de moutons vivant toute 1 anne e au pacagc. L espece de 
Crimee a, de particulier, une queue enorme chargee de graisse, dont le poids 
peut s elever a 20 livres. L ordre des Pachydermes est represente par un cheval 
de jictite faille, admirable de vigueur et de vivacite. 

Oiseaux. Les rapaces sont nombreux. Les vautours Vultur rneleagris Pall., 
Yultur fulvus Gmel. planent sur les troupeaux. Les faucons : Falco cenchris 
Nenm, Falco peregrinus Gmel, Falco tinnonculus L., ravagent lespetits mamnii- 
feres des steppes. Citons encore 1 autour, Accipiter asturPa\\., le grand aigle, 
Aquila nobilis Pall., Falco fulvus L.; 1 aigle des steppes, Falco ncevius Gmel. 
ParmilesPossereow^, le genre Corvus : CorvuscoraxL., Cor vus pica L., Conns 
frugilegus L. tres-commun; les etourneaux : Stenus vulgario L. ; un bee fm 
particulier a la region, Sylvia phcenicurus Latb., tres-commun; la calendrelle. 
Alaiida brachydactyla Leisl.; 1 alouette, Alauda nivalis Pall.; 1 emberize, 
Emberiza pitkyornus Pall. Les Gallinace s sont representes par la perdri.v grise, 
Perdix cinerea Lath.; 1 outarde, Olis tarda L. Les Palmipedes par le cygne, 
Anas cygnus Gmel. ; 1 oie, Anser. Les Echassiers par le Heron Grand-Butor, 
Ardea stellaris L.; la demoiselle de Numidie, Ardea Virgo, qui font leurs nids 
dans la partic decouverte des steppes. 11 n y a pas en Crimee de reptiles veni- 
meux. Les lezards, Lacerta taurica Pall., courent sur les roches echauffees par 
le soleil. Le seul ophidien remarquable est une grande couleuvre, Coluber tra- 
balls Pall. 

Les rivieres tres-rapides sont peu poissonneuses. La truite, le barbeau, la lotte 
sont les poissons les plus communs. 

Les seuls insectes nuisibles ou incommodes sont le scorpion, Scorpio carpn- 
thicus L. et le cousin, Cidex annulatus. 

Population. Mceurs. L origine de laTauride, des Taures ou Tauriens appar- 
tient aux temps fabuleux. Mais sitot qu ily a une histoire, elle appelle 1 attention 
sur cette petite region; 1 invasion des Scythes, 1 expedition de Darius, y out leur 
retentissement. Les noms grecs de Nymphee, de Theodosie, de Panticape e, 
rappellent les migrations des Hellenes ; celui de Gothic qu a porte la Grimee au 
cinquieme siecle, une grande invasion des peuples du nord de 1 Europe, voisins 
de la Baltique jusqu a la peninsule Taurique, qui a vu naitre la race Slave du 
melange des races Scandinaves et des Saces de 1 Arie. A ces premieres invasions 



snecedent celles des Mongols el ties Tartares : Huas, Avares, Petchcnegues, 
Outzigoures. Le ills dc Gengis Khan, Baton Khan, y etablit sa domination au 
treizieme siecle. Maitres a leur tour de la Crimee, les Turcs lui donnerent 
pour souverains des khans de leur choix pris dans la famille de Gengis Khan, 
jusqu en 1785, oil ChahineGhirai abdiqua en faveur de la Russie. 

La population de la Crimee est d environ 306 597 habitants (recenscment 
<le 1851). De ces habitants, les Tartares ibrment plus de la moitie. Viennent 
ensuiteles Uusses: nobles, moullahs, agriculteurs ; les colons allemands ; les Juifs, 
les Armeniens et les Tziganes. Les Tartares qui Ibrment le fond de la population, 
vivent dans les villes et les campagnes ou ils sont tellement dissemines qu on nc 
compte, en moyenne, que 12 habitants par kilometre carre. Les Tartares appar- 
tiennent a la meme race que les Turcs, qu ils n ont i ait que preceder en Europe. 
ils ont conserve le type et les traits de la race du Turkestan. 

Le costume des hommes, dispose principalement contre les rigueurs du 
climat, se compose d un bonnet de peau d agneau qui ne quitte jamais la tetr, 
d un kafetan de peau de mouton et de larges botles. Les femmes sacrilicnt plus a 
la toilette, recherchent les riches vetements, se teignent los cheveux, se couvrent 
lesjoues dc fard, portent des anneaux aux doigts, aux bras et meme au nez. 
Elles vivent dans 1 isolement et ne sortent que voilees. Les maisons des Tartan* 
sont autant que possible adossees a des rochers qui leur servent d appui contre 
les ouragans. Gonslruites en clayonnage re vein d argile, eclairces par des ouver- 
tures elroites qui remplacent les fenelres, elles ne sont en communication avec 
Fair exterieur que par la baie de la porte, insuffisante a Faeration de 1 espace oil 
la famille vit en commun au milieu d une atmosphere qui n est ni eclaire e par 
le soleil, ni snl fisamment renouvelee. 

L alimenfation des Tartares se compose de pain mal cuit, d une sorle de 
i romage fait avec le lait aigri, le jngurlh dont Dieu aurait revele la rccette a 
Abraham. On ne se permet le chichlik, petite brochette de morceaux de moutoa 
roti, que dans les jours de liesse. La boisson la plus ordinaire est 1 eau pure. 
Viennent plus rarement le youghourt prepare avec du lait fermente ; le bouza, 
sorte de biere d un gout desagreable faite avec le millet, enlin le bekmes, sue de 
pommes, de poires ou de prunes epaissi a 1 aide du feu et dissons dans 1 eau, 
Commc tous les peuples musulmans, les Tartares s abstiennent des boissons 
defendues par le Goran ; ils trouvent aussi agreable de manger d excellents 
raisins que d en faire du vin. 

LaGrime e, qui fut jadis le grenier de la Grecc asiatique et de Constantinople, 
ne tire pas de ses steppes les moissons considerables qu elles pourraient donner 
a des habitants plus industrieux et plus riches. Apres des troupeaux qui Ibr 
ment le fonds principal de sa richesse agricolc, la vigne est son meilleur produit. 
Les coteaux de Balaclava, de Theodosie, de Soudak et de Koz fournisscnt de 
bons vins, peut-etre plus vantes qu apprecies par les Russes. Viennent enun 
d excellents fruits : noix, olives, peches, grenades. Le miel de Sympheropol et 
d Esky Krim est renomine, ainsi que le tabac et le lin de Parthenite. 

Les eaux minerales de la Crimee sont les eaux sulfureuses de Lafour-Dagh et 
les boues de Sak, employees les unes et les autres coutre les affections rhuma- 
tismales et scrofuleuses, egalement fre quentes. 

.1! 

Pathologic. Etant donnees les conditions precedentes, sur lesquelles nous 
avons insiste : un climat excessif par les rigueurs de 1 hiver et les chaleurs de 

H!CT, ENC. XXIII. 15 



226 CRIMEE. 

1 ete, excessif par les variations brusques de temperature ; de vastes marais ; une 
population a demi civilisee vivant dans le mepliitisme d habitations calfeutrees 
contre le froid, on pourra prevoir, si Ton est plus dispose en faveur des princi- 
pes de 1 hygiene que de la fatalite de la statistique ou des mysteres de 1 antago- 
nisme, quelles doivent etre, en Crimes, les affections dominantes. Les renseigne- 
ments fournis par les voyageurs, les publications medicales, enfin les grands 
evenements militaircs dont la Crimee a ete le theatre conhrment ces previsions, 
et temoignent de 1 importance de la geographic medicale dans 1 analyse des 
causes des maladies. 

D apres le docteur Andriewski, cite par M. Demidoff (ouv. cit.}, la dysenterie 
cst endemique en Crimee ou elle est causee principalement par les refroidisse- 
ments brusques que produisent les vents froids du nord et du nord-est. Les 
fievres dc marais de tous les types : intermittentes, subcontinues ; de toutes les 
formes : simples, pernicieuses, typho ides, regnent sur une grande etendue du 
territoirc de la Crimee, particulierement dans le voisinagc du Sivach, de Korlol 
et surtout de Perekop, que les marais salants halad Gheul et haram Gheulren- 
dent tout a fait inhabitables. 

En face de ce premier groupe d affections qui dependent du climat et du 
mephitisme du sol, se place celui des affections typho ides qui ont plus de rap 
port avec les habitudes et les moeurs. La fievre typhoide, peut^etrc plus rare en 
Crimee que dans les autres regions de 1 Europe, y a regne epiderniquement plu- 
sieurs fois, notamment en 1841 et en 1843 (Hirsch, ouv. cit.}. D apres 
Scrive (ouv. cit.), le typhus auquel les Tartares donnent le nom de havarourou- 
chou, est endemique en Crimee. 

Les grands courants epidemiques ont presque toujours rencontre la peninsule 
Taurique sur leur route, qu ils 1 aient abordee par terre ou par mer. La grande 
pestc noire que les historiens font se developper en Chine, aurait envahi 
1 Europe par la Tartarie et la Crimee atteinte en 1546. La peste a bubonsaete 
plusieurs fois importee soit de Constantinople, soit des provinces danubiennes; 
sa derniere apparition date de 1828. Le cholera qui en juin 1850 a envahi la 
Crimee, en passant par le Caucase, lui est arrive par la mer Noire, en 1847, 1S56 
et 1865. 

Les maladies constitutionnelles qui se rattachent a la maniere de vivre et aus 
moeurs sont frequentes en Crimee. Les affections scrofuleuses y sont tres-re pan- 
dues ; elles sont dues tres-probablement a une mauvaise alimentation et a des 
habitations dans lesquelles ne penetre jamais un rayon de soleil. Le developpe- 
rnent de la prostitution, 1 imprevoyance d une population ignorante expliquent 
comment on rencontre taut de malheureux porteurs des lesions ou des cicatrices 
de la syphilis constitutionnelle. 

Nous ne sortirons pas du domaine de la geographic medicale en completant le 
tableau de la pathologie de la Crimee par celui des maladies des armees, qu on 
peut considerer cornme dependantes de conditions locales determinees, ou com 
prises dans la qualification vague d endemiqties. De ce nombre sont : 1 ophthal- 
mie militaire et le typhus. 

L 1 ophthalmic militaire, dont 1 extension epidemique peut etre rattacliee aui 
conditions qui, comme le froid et la vie en commun, favorisent la transmission par 
contagion, atteint 1 armee russe en Crimee et en Finlande. Presque toujours, les 
troupes la conlractent en arrivant etne s en debarrassent qu au depart. En 1836, 
eile pnt en Crimee des proportions considerables : 60 hommes du regiment de 



GRIN. 227 

Modlin perdirent la YUC a Sevastopol. Le docteur Kabath, medecin de rempetvur 
de Russie, eleve a 5,000 le nombre des pcrsonnes atteintes par la maladie. 

Typhus. L armee francaise, eprouvee, des son debarquement en Crimee, par 
une epidemic de cholera, soumise sans repit aux travaux d investissement de 
Sevastopol et a des combats journaliers, fut frappee d une epidemic de lyplms quo 
les medccins dc 1 aimee francaise crurent pouvoir attribuer au mephitisme des 
campements, aggrave par le froid et 1 agglomeration. En effet, 1 epidemie qui, 
sur un effectif de 115,000 homines, en atleignit 11,124 et fut la cause de 
6,018 deces, commenga des le commencement de 1 hiver 1854 a 1855, alors que 
ricn n etait prepare pour se garantir centre un iroid de -- 22-2 i d ogres, et que 
les moyens employes par les soldats pour clore des abris improvises les trans- 
formaient en foyers d infection. Toutefois dans le premier liiver, 1854 a 1S55, il 
n y eut que 711 malades et 529 deces sur un effectif de 90, (100 homines, 
5,65 sur 1,000. L epidemie, apaisee pendant 1 ete de 1855, subit une nouvelle 
aggravation pendant 1 hiver de 1855 a 1856, pendant lequel, sur un effectif de 
140,000 hommes, on compta 10,413 malades et 5,689 deces ou 4,6 sur 1,000, 
comme si Farrivee des troupes arrivant de France avail apporte un aliment a 
1 epidemie. 

Quelque favorables que soient les eve nements me dicaux, accomplis en Crimee, a 
la doctrine si comprehensible de Pringle sur le developpement spuntane du 
typhus, dans des conditions hygieniques determinees, on en a depuis conteste 
1 interpretation. M. Chauffard, renouvelant la doctrine de Bancroft, s cst demands 
si les conditions de souffrance au milieu desquelles s est IrouveV 1 annee iran- 
caise, n avaient pas simplement favorise 1 extension epidemiqne du typhus com 
munique a cette armee, soil par les prisonniers russes, soit par les Tartares chez 
lesquels le typhus est endemique. Reduit aux termes d une question parlicu- 
liere, le probleme est insoluble, ce qui ne prouve rien sur lu superiorite de la 
conception d Hildenbrand sur celle de Pringle. Fairc du typhus une maladie 
particuliere a certaines races, a certains peuples, parce qu a notre epoque il 
sevit particulierement en Silesie et en Irlande, comme la peste en Egyple, est 
^ une autre chose ; c est donner au mot endemie une valeur qu il ne comporte pas, 
cu dehors des conditions d existence des peuples qui rendent la maladie iiersis- 
taute, la oules causes le sont egalement ; land is que, se produisant acciilentelle- 
ment, elles donnent ailleurs a la maladie sa forme epidemique et accidentelle. 



CiBLroGRAPHiE. DussiEux. Geographic generate. Paris, 1866, in-8". RAFFY. Etude qeo- 
graphique sur la Crimee. Toulouse, 1855, in-8. PALLAS. Voyage entrepris dans les gou- 
vernements meridionaux de la Russie, dans les annees 1793 et 179i. Traduit de I alleinand 
Paris, 1803, pet. in-4". D ABCHIAC. Histoire des progres de la geologic. Paris, 1847 7 vol 
in-8. DE.MIDOFF (Anat.). Voyage dans la Russie meridionale et en Crimee Paris 1841 
5 vol. gr. in-8 . SCHXITZLER. La Crimee. Paris, 1855, 6 vol. in-8avec carte. BONXEAU (A.) . 
De la Crimee. Revue contemporaine, 1855. HIRSCH. Uandbuch. der historisch .-geogr a- 
2>hischen Pathologic. Erlangen, i860. 



CRIN (HYGIENE PUCLIQUE ET PROFESSIONNELLE) . Le maniement et la preparation 
des crins pour les usages industriels divers auxquels ils sont destines, entrament 
soit pour le public, soit pour les ouvriers, un certain nombre d inconvenients que 
les hygienistes out a prevenir on a combattre. 

Get article sera partage en deux parties : dans la premiere nous parlerons de 
la preparation des crins ; dans la seconde de 1 applicalion ae ces matieres pre 
mieres a la fabrication des brosses. 



2-28 IIKIN. 

1. PREPARATION ET APPRET DES CRINS. On connait dans le commerce deux 
sortes de crins : le crin plat tel que le fournil 1 anima], et le crln crepe, fill en 
cordes et soumis a [ ebullition pour lui donncr une sorle de frisure. 11s provien- 
acnt du pore, du sanglier, des chevaux ou des boaufs. Les crins de pore, pour la 
plus grande partie, nous arrivent de 1 Amerique du Sud (Bresil, Buenos-Ayres) 
ou de Russie et de Moldavie. Les pores de ces contrees, vivant a 1 etat a peu pres 
sauvage, donneut des produits de bien meilleure qualite que les notres, fournis 
par des animaux croupissant dans une malproprete proverbiale. 

Le deballage des crins est accompagne de la production de poussieres qui so 
(Irliirlictil des poils ; ;iussi la premiere operation a faire est-elle de leslavera 
grande can pour les debarrasscr, autant quo possible, des detritus divers (sang 
coagule, boues, matieres excrementitielles, e(c.) dont ils sont souilles. Oil pro- 
cede en suite an li-iagr. suivant les dimensions; jmis ;iu peiynage des grands que 
1 ouvrier cnroule autour de sa mam pour les presenter a la machine (loup), et 
au battaye des petils ; ee qui dmme lieu a beaucoup de poussiere. Les petits el 
moyeus soul, ensuite cordes etiiles. Autrelbis pour les debarrasser des matieres. 
organiques dout ils sont entoures, surlout a leur racine, on avait recoursala 
fermentation. Ou introduisait les crins dans de grandes fosses en partie plcines 
d eau et que Ton eouvnut ; puis, suivant la saison, on les laissait macerer quinze 
jours, trois semaines, un mois. On comprend quelles emanations putrides de- 
\aiciit se degagcr de ces fosses, quaud on venait a les vider. Aussi 1 appret, daiis 
ces coiulilions, c lait-il range dans la premiere classe des etablissements insa- 
lubres. Outre les rxlialnisuns putrides, dont nous venons de parler, la fermenta 
tion avait encore nn aulre inconvenient, c est de deteriorer la matiere premiere 
et d oecasionner un dechct qui s elevait quelquefois jusqu a 50, 40 et meme 
50 p. 100. On se borne aujourd bui, a pres le peignage et le filage, a les lain 1 
bouillir dans des chaudieres ; apres quoi on les fait secher. 

Les crins destines aux selliers, tapissiers, matelassiers, etc., sont ordinairement, 
apres le bouillage, passes a la teinture dans un bain de campecbe et de sulfato 
ou d acetate de 1 er qui les colore en noir, puis rinces et seches. 

Le travail accompli dans ces conditions apjiarlicnt seulement a la seconde ou 
meme a la troisieme categorie; c est qu en effet tous les inconvenients se bonieni 
a 1 emission des buees desagreables, pendant le bouillage et la teinture; cesin- 
conve nieuts peuvent elre a peu pres annihiles par les precautions dont nous par- 
lerons plus loin. On a encore note le danger des incendies a cause des etuves. 

Relativement aux ouvriers, ils sont particulierement exposes a quelques acci 
dents que nous devons faire connaitre. 

Le deballage et le battage des crins peuvent donner lieu a des eruptions lurou- 
culeuses et mt3me cbarbonneuses, connues depuis assez longtemps dej i. Ainsi, 
on lit dans la Gazette de sante du 6 mars 1777 : Le charbon maliu a attaquea 
Paris, en fevrier, quelques ouvriers qui ont ouvert des ballots de crin tire de la 
Russie, et qu ils avaient epluche sans precautions. Ces accidents ne sont pas rares 
chez les cordiers-criniers. De son cote, M. Ibrelisle a observe en 184 2 des 
accidents assez serieux chez les detenus des prisons de Metz, qui, depuis 1 annee 
pi-ecedente, elaient assujettis au travail des crins. Ce travail ne pouvait avoir 
lieu, comme en ville, dans des localites convenablement aerees, et disposers a 
cet effet; et, en outre, les industriels du dehors, par economie et dans 1 inte ret 
de la salubrite de leurs propres ateliers, ne livraien* aux prisons que des crins 
de qualite inferieure. 



CRIN. 220 

M. Ibrelisle a constate, dans Ic courant do Tannce, vingl-sept cas de furoncles 
ct d antlirax, dont quelques-uns avec gangrene, mais tous suivis de giu rison. 
Tout en tenant compte des facheuses conditions individuelles dans lesquelles se 
trouvaient les detenus, il faut bien fairc cntrer en lignc de compte le travail du 
crin, puisque ces accidents n eurent pas lieu dans les autres ateliers de la pri 
son ; aussi, s est-on empressc d ameliorer les conditions hygieniques dans les 
quelles le travail s accomplit. 

M. Tardieu ct apres lui M. Vernois ont reconnu quo 1 artisan occnpc a peigner 
les crins presentc a la main droite, autour de laqnellc s cnrouleut le crin ct la 
poignee qui le retient, un gonflemenl et line rougeur limiie e qni sc remarquent 
a la face dorsale, an niveau des quatrieme et cinquieme metacarpiens. II nVsi 
pas rare de trouvcr en meme temps une enflure assez considerable desjambes, 
et surtout de la gauche, qui supporte tout le poids dn corps, la droite elan I 
portee en avant et demi-flechie, comme dans certaines positions de 1 cscrinur 
(Tardieu). 

Prophylaxie. Un assez grand nombre de moyens et de precautions ont die 
proposes pour lulter contre ces inconvenients, nous devour les f.iin rouuaili-e. 
Notons, avant tout, quc la preparation par la fermentation jintride doit el re for- 
melleraent interdite. 

1 Ou ne doit ope rer le deballage quc sons des hangars I orlemenl aeres; <le 
meme, les operations a sec du triage, <lti peonage, du ballade doivenl avoir lieu 
dans des localites bien vent ilees; relativemenl an cordage, ilpeut etre effortm pat 

des machines a bras, dans les ateliers. La corde rvlimlrique est rocouvertc par 

i 

une enveloppe en tole, que surmonte un luyau egalemenl en Inle, pur lequel 
s echappent les poussieres et qui doit s elever au-dessus de la toiture (Cows. 
d hyg. de la Gironde, 1855, p. 284). 

2 On aura des ateliers se|>ares pour les cuves a bouillage pour la teinture et 
pour les etuves. 

5 Les fourneaux seront construits en briques et separes des murs de 1 edificc 
par un intervallc de -M) centimetres. Les cbaudieres a ebullition seront fermees 
par un couvercle en metal; pendant 1 operalion, on pourra agiter les crins sans 
decouvrir les cuves. Celles-ci seront placees sous de larges hottes, qui en depas- 
seront le pourtour, et elles seront terminees par un conduit se rendant a une 
cbeminee commune d expulsion, et haute de 20 a 2o metres. Pour plus de pre 
cautions, on pourra fermer, par devant. le manteau de la cbeminee avec un 
vitrage, de manicre a empecber toutc emission de buees dans 1 atelier. Le bouil 
lage aura lieu la nuit, el, au moment de 1 extraction des crins, les fenetres 
seront exactemcnt closes, afin que rien ne s echappe au dehors. 

4 Le sol des ateliers doit etre dalle, pave et rejointoye au ciment ou bitume. 
La ventilation aura lieu par en has, de maniere que 1 air n arrive dans le tuyau 
d appel qu apres avoir parcouru et balaye tout 1 atelier 

5 L etuve sera construite isolement, en materiaux incombustibles ; le poele 
sera entoure d un grillage et postj sur une plaque en pierre. Le tuyau sera enduit 
d un revetement en platre a 1 endroit de son passage a travers le plafond. Enfin, 
pour plus de suretc, il sera bon de recouvrir la porte de plaques de tole. 

^6 Les eaux provenant du bouillage et de la teinture ne doivent pas etre 
de versees sur la voie publique, mais bien dingees par des conduits souterrain* 
a des citernes etanches, ou bien a I egout ou au cours d eau le plus voisin, si, 
toutefois, celui-ci est assez considerable pour recevoir sans inconvenients ces 



GRIN. 

eaux infcctcs. Si Ton se propose de les uliliser comme cngrais, on les transjiur- 
tera en vases clos hors de 1 etablissement. 

7 Sauf le cas d automation speciale, on ne recevra dans 1 usine aucun debris 
de matiere animale. 

II. BROSSERIES, BROSSIERS. Les crins destines a la brosserie sont formes eu 
petits paquets arrondis, par des ouvricres qui les disposent suivant la grosseur 
et la coulcur des poils, la racine en haut. Ces paquets, designes sous le nora de 
carottes, pesrnl tie 150 a 200 grammes. Le plus souvent, avant d etre raises en 
carottes, les soies les plus deliees, celles qui sont destinees a la brosserie fine, 
sont blanchies au soufroir, puis desulfurees, afin que les fils de laiton qui doi- 
vent los ikri- a l;i i>lntte ne soient pas alteres; on pent aussi les teindre et leur 
donner les dilVi-renles couleurs adoptees dans 1 industrie. 

Qnoi qu il en soit, les petils paquets dont nous parlous sont envoyes, empili s 
dans des sacs, aux labricants de brosserie. Ces brosseries sont de deux sortes : 
les grands ateliers oil Ton prepare surtout les brosses communes et grossiens, 
et les petils ateliers oil Ton fait la brosserie fine et de luxe, la brosserie de toi 
lette. Ces dcniici s, <|iii nc ren ferment qu un personnel tres-peu nombreux, ne 
prcsenlent reellement aucun inconvenient et ne sauraicnt, par consequent, 
allircr raUenlinn de l li\ijieiiisle; mais il n en est pas de meme pour les 
premiers. 

Dans res ateliers, on sc scrt de soies plus grossieres et parfois mal apprete cs. 
Les carottes sont deliees et les ouvriers les iroissent eutre leurs mains, ce qui 
domic lien a im degagement considerable de poussiere. De la, des inconvenient* 
tres-nolables pour 1 ouvrier : irritations des yeux et des voies respiratoires. A cede 
poussiere se joigneut des debris de soies brisees, et les extremites aigues coujn ^ 
pour leur egalisation. Les soies ainsi preparees sont reunies en faisceaux, de 
volume variable, selon les dimensions des brosses auxquelles elles doivent 
servir; puis, au moyen d une ficelle, on les iutroduit par le gros bout dans les 
trous du dos en bois ou platte. Quand tous les trous sont remplis, on coulesiir 
le dos de la brosse une coucbe de cire et de resine, ou de colle forte chaude, de 
manicre a faire solidement adherer les poils, et on colle par-dessus une plaque 
en bois ordinaire ou plus ou moiiis precieux qui recouvre le tout. 11 ne reste 
plus qu a egaliser soigneusement, avec des ciseaux ou forces, les extremites 
libres des soies. Ce travail donne lieu a une sorte de poussiere formee par les 
extremites acerees des crins, dont nous signalions plus haut 1 action irritante. 

Quand, dans les grands ateliers de brosserie, on s occupera de Yappret du crin, 
envoye encore en partie a 1 etat brut, on prescrira, suivant les cas, diffe rentes 
pre cautions deja indiquees a 1 occasion de la preparation des crins en general, 
pour s opposer aux buees et a remission des eaux susceptibles de se putrefier. 
Le soufroir qui existe souvent dans ces fabriques sera parfaitement clos, isole 
de tout mur mitoyen et surtout eloigne du magasin de bois, de charbon ou de 
toute autre matiere combustible ; il ne sera ouvert que le soir. Les rognures de 
crins ne doivent jamais etrebrulees, on les emploie ordinairement comme engrais. 
Voila pour les mesures d hygiene publique. 

Relativement aux ouvriers, un excellent moyen pour combattre le degagement 

des poussieres, au moment ou Ton delie et froisse les crins qui forment les 

carottes, c est d humecter legerement celles-ci avec de 1 eau ou de la vapeur 

d eau. Les dangers resultant de la coupe pour 1 egalisation des extremites libres, 

ne peuvent etre conjures que par une ventilation tres-energique dirigee sur la 



CRINUM. 251 

table de chaque ouvrier, et qui enleve, au fur et a mesure de leur production, 
ces pointes aigues si dangereuses pour les voies respiratoires ; mais il en resulle 
un autre inconvenient, c est un refroidissement intense pendant 1 action de la 
ventilation. Aussi, de toutes les precautions propres a garantir les ouvriers, la 
principals est-elle de les choisir sains, vigoureux et indemnes par leurs origincs 
et leurs antecedents de toute affection de poitrine. E. BEAUGRAND. 



BIBLIOGRAPHIE. MERAT. Art. Matelassiers.ln Diet, des sc. med., t. XXXI, 1819.- 
LISI.E. Sur les accidents qui peuvent resnlter de la manipulation des crins. In Ann. 
1" ser., t. XXXIII, p. 339; 18i5. TARDIED. Art. Criniers. In Diet, dliyg. publ., t. I. Paris, 
1852, et ibid., 1802. Du MEME. Trav. ducons. d lnjtj. publ. de la Gironde, p. 5 

VEHNOIS(M.). Art. Crins. In Traite prat, d hyg.publ. et administr., 1. 1; Paris, I860, in-8 

Du ME.IE. Note sur la preparation des soies de pore el de sanglier. In Ann. d hyg , 
2" ser., t.XVI, p. 289; 1801. BUCHNER. Sanilatspolizeilickcs Gulacldcn ilber Thierhaai- 
bereitung. In Henke s Ztschr., t. LXXXIV, p. 559; 1802. E. BCD. 



On trouve dans Hippocrate le nom de xjowavQsaov ap 
plique, d apres certains auteurs, a une espece de Lis ; d apres d autrcs, parmi 
lesquels Sprengel, a la Joubarbe (Sempervivum tectorum). L indication TO i-xi 
TWV owiwv yud^evov, croissant sur les maisons, se rapporte bien a cette derniere 
espece. 



E. HIPPOCRATE. Natura muUernm, 570. SPREXGEL. Jlistoria rei herbariae, 
I, 42. HERAT et DE LENS. Dictionnaire de matiere medicale, II, 404. PL. 

CRIXAS. Etait, comme Charmis (voy. cenom), un enfant de Marseille, qui 
-vivait, comme ce dernier, dans le premier siecle denotre ere. 11 arrivaa Romo, 
.au milieu de la vogue un peu bruyante qu avait excitee et qu enlretcnait Thes- 
salus. Crinas, aussi intelligent que Charmis, comprit que pour reussir il fallait. 
changer tout cela. II se place sous 1 egide de la religion, regie le regime de ses 
malades d apres les mouvements des astres, etc Son succes fut immense... 
II mourut, c est Pline qui nous 1 apprend, laissant a ses heritiers dix millions de 
sesterces (plus de deux millions de notre monnaie), apres avoir consacre une 
somme a peu pres egale a relever les murs de sa patrie et meme, dit-on, ceux 
de quelques autres villes (Pline, Hist, nat., XXIX, 5). E. BGD. 

CRI1\ T UM. Genre de plantes monocotyledones, appartenant a la famillc des 
Amaryllidees. Ge sont de belles especes qui viennent dans les regions chaudes ; 
elles ont un bulbe, qui est la partie generalement employee pour les usages 
medicinaux, une tige aerienne muni de feuilles et portant des fleurs en om- 
belles. Ces fleurs ont un perianthe corolliforme, a six divisions a tube allonge 
et grele; six etamines a antheres versatiles; un ovaire intere, triloculaire, 
surmonte d un style filiforme et d un stigmate obtus, a trois lobes. Le fruit est 
une capsule membraneuse, spberoidale deprimee, s ouvrant irregulierement, uni- 
ou biloculaire par avortement, contenant un petit nombre de graines souvent 
remplacees par des bulbiles. 

Les bulbes des especes de ce genre sont considerees comme vomitives. On les 
emploie aussi, comme les bulbes de Lis, pour hater la maturation des tumeurs 
indolentes. On cite particulierement le Crinum asialicwn L. (Crinum toxica- 
rium Roxb.), le Radix ioxicaria de Rumpbius, dont les bulbes sont, d apres 
Horsfield, employes a Java comme emetiques; il suftit pour cela de les macber 
et d avaler une partie de leur sue. Les feuilles de la meme espece, pilees et 



232 CRIQUETS. 

melangees avec une petite quantite d huile de ricin, sont appliquees sur les 
engelures ou certaines inflammations de la peau, et aussi sur les blessures pro- 
duites par les Heches empoisonnees. 

Le Crinum zeylaniciim L. passe dans les Moluques pour un poison vio 
lent. Pi.. 

BIBLIOGRAPHIE. LINSEE. Genera. Species, 419. RuEEDE.ffor/. Malabar, XI, 55, tab. 69. 
BLUJIE. Enumeratio, I, 25. - ENDLICIIER. Genera. ROXBDBCH. Flora indica, II, 159. 
KUMH. Knumeralio planlarum, V, 547. MERAT et DE LENS. Dictionnaire de matiere medi 
cate, II, 405. Pt. 

CR1QLETS. Insectcs orthopteres rernarquables, tres-connus par leiir 
i-avagcs sons jle nom improprc de Sauterclles (Voy. SADTERELLES) et formant 
une lantillc naturelle sous le nom d Acridides ou d Acridites, a cause du nom 
linneen Acrid turn applique au genre principal. 

Les caracleres les plus generaux des Acridiens sont : les trois ocelles bieu 
visililes du front ; la forme des antenncs, plus courtes que la moitie du corps, 
t paissics ou Irigones ; les pattes postericures propres au saut avec les tarses de 
trois articles. 

La laille des Acridieus est moyenne ; les grandes especes ont 4 a 7 centimetres 
de longueur; le Proscopia gigantea Klug, espece exolique, est fort grand, 
niesuruiit 17 centimetres et demi. Les elytres et les ailcs olfrent tous les degres 
dc developpement, tant dans les genres que dans les especes, et meme dans les 
sexes et les individus d une meme espece, d oii la dilficulte d etablir netlemenl 
les distinctions specifiques. 

Les Acridiens males n ont pas, comme les Grillons et les Sauterelles vraies 
ou Locustes, d organes propres de stridulation sur leurs elytres, mais seulement 
des areoles placees sur la partie marginale et intermediaire, areoles servant a cet 
usage. Les ailes sont incolores ou bien variees de rouge, de bleu, de jaune avec 
des bandes noires. Ces couleurs sont parfois inconstantes, meme dans une 
espece identique. Le premier segment abdominal ofl re un tympan, Ires-visible, 
quand les elytres et les ailes sont enlevees, il est place deriicrc le stigmate 
de ce segment. Les organes externes genitaux des males se composent de cro- 
cbets, ou cerques, propres a retenir la femelle cbez laquelle 1 oviscapte est reduit 
a quatre valvules, tantot crochucs tantot droites. 

Je renvoie a 1 article OTHOPTERES pour les de tails d anatomie interne des Acri 
diens: je noterai seulement : le tube digestif droit et des organes respiratoires 
exceptionneiri formes de nombreuses tracbees, vesiculeuses, membraneuses, au 
iimnbie de trois paires dans le thorax, de huit dans i abdomen et dont le& 
anastomoses transversales sont dilatees en larges vesicules aeriennes. 

La biologie des Acridiens est remarquable ; ils sont d une grande voracite et 
leur regime est herbivore. 11s se plaisent dans les bois, les prairies, les lieux 
arides, ou ils sautent vivement avec les ailes etalees en parachute. Les especes 
des endroits pierreux ont une couleur grise et un corps rugueux. En captivile r 
les Acridiens mangent les individus morts ou mourants de leur genre et meme 
de leur propre e?pece. 

La stridulation des Acridiens a lieu au moyen de leurs pattes frottant coutre 
Jeurs elytres, ils sont en quelque sorte violonistes, tandis que les Grillons et les 
Sauterelles vraies ont Fair de jouer du tambour de basque. 

Le Criquet qui veut striduler ou chanter est porte sur les quatre pattes ante- 



CRIQUETS. 

rieures ; 11 frotte avec rapidite les cuisses posterieures contre les elytres appli- 
quces au corps. Les especes vives et alertes jouent de 1 archet crural avec 
continuite, leur stridulation a meme etc notee en musique ; les espeees plus 
tranquilles se contcntent de passer plusicurs fois les cuisses contre les elytres, 
et meme ne produisent point de bruit perceptible pour 1 oreille bumaine. 
Gependant leurs auditeurs nalurels sont avertis par cette manffiuvre et par cc 
bruit indistinct pour nous. On peut reproduire la stridulation chez un Criquet 
qui vient de mourir, mais elle est plus faible quc celle que fait entendre 
1 animal vivant. La cavite sous-alaire du premier segment abdominal est un 
organe d audition. 

Dans 1 accouplement, le male est place snr la femelle et dans cette attitude 
les deux pattes de derriere sont releve es en Fair; la femelle saute portant le 
male ainsi place. La ponte a lieu au moyen de 1 abdomen dont les quatre 
valves terminales taraudent la terre meuble oti sablonneusc, la femelle etant sur 
le sol, les six tarses poses a plat. 

L abdomen pe netre en en tier dans la terre en etendant considerablement ses 
anneaux, les ceufs sont deposes 1 un apies 1 autre, verticalement et enduits 
d une liqueur blanche, e cumeuse, qui sort du corps de la mere. Quand Ions lr- 
oeufs sont deposes, la femelle bouche le trou avec la meme maliere spumt usc et 
aplanit I orifice si parfaitement qu on n en voit plus la trace. La matiere 
ecumeuse brunit en se dessechant et agglutine les oeufs avec la terre envirpn- 
nante, fonnant ainsi une glebe cylindrique, terminee par une calolte arrondic. 
An sortir de I oauf les larves se nourrissent de la matiere albumino ide de la 
glebe et parfois de la coquille de 1 oeuf. Dans 1 Europe temperee, les ceufs des 
Acridiens hivernent; les larves eclosent peu apri-s la ponte dans les rmilivr- 
chaudcs. Les larves et nymphes, parfois autrement colorecs que radulte, out les 
fourreaux des elytres fixes au mesonotum, reconverts par ceux des ailes attaches 
au metanotum, ce qui est le contraire chez radulte, et ce qui permet de distin- 
guer toujours les larves ainsi que les nymphes des espeees apteres mais adultes. 

Le point le plus important de la biologie des Acridiens est la faculte de 
migration de quelques espeees. Au moyen des reservoirs aeriens dont j ai parle, 
ces insectes peuvent entreprendrc et faire de loinlains voyages. Us s y preparent 
plusieurs jours al avance, en faisant entrer 1 air dans leurs tracbees par aspira 
tion et leurs tubes aeriens deviennent de gros cylindres, accompagnes de ballon 
renfles. 

On ne peut expliquer d une facon peremptoire pourquoi certaines espeees 
d Acridiens, quoique fournissant un nombre conside rable d individus, ne se 
rassemblent jamais en troupes voyageuses et restent sedentaires sur de grands 
espaces, tandis que d autres organisees de la meme fagon, confine es dans les 
steppes ou les deserts de la Tartarie, de la Perse, de 1 Arabie, du Sahara, entre- 
prennent des voyages lointains. Ces animaux forment alors de veritables nuages 
pousses paries vents, toujours pour 1 Europe et I Alrique septentrionale d orient 
en Occident ou du sud au nord, et jamais en sens inverse. Peut-elre 1 instinct 
migrateur ne se developpe-t-il que lorsque toute nourriture vient a manque r aux 
Acridiens affames? Les Acridiens n emigrent pas a des periodes fixes comme les 
oiseaux. Apres quelques jours employes au gonflement des trachees vesiculeuses 
et comme obeissanl a un signal, une immense armee, precedee par une avant- 
garde, s eleve dans une region atmospherique oii pouosee par un courant propice 
elle se dirige vers des endroits cultives. Les legions de Criquets interceptent la 



234 CRIQUETS. 

lumiere du soleil, le bruit des ailes prodnit un bruit sourd et un roulement 
continu. 

Les especes d Acridiens d Europe sont environ d une centaine ; celles decriles 
pour 1 Amerique du Nord par Cyrus Thomas sont au nombre de 227. Les 
principaux genres d Europe, Truxalis, Stenobothrus , OEdipoda, Pachytylus, 
Caloptenus, Acridium, etc., renferment des insectes fort inte ressants par leurs 
habitudes et leurs moeurs. 

Je renvoie pour leur etude a 1 ouvrage de L. Fischer, de Fribourg (Orthop- 
tera europwa, Leipzig, 1853), an Traite e lementaire d entomologie de mon 
ami Maurice Girard, t. II, l re partie. Les especes devastatrices principales 
sont : les Pachytylus migratorius Linne, 1 insecte principal des grandes migra 
tions europcennes ; le Pachytylus stridulus Linne ; le Caloptenus italicus, 1 Acri 
dium peregrinum Oliv., devastant 1 Egypte, 1 Arabie, I Algerie, la Perse, etc., 
et I 1 Acridium tartaricum Linne ou A. lineola Oliv., Fab. 

Des petits mammiferes insectivores, les herissons, etc., detruisent des Acri- 
diens, mais beaucoup moins que les oiseaux tels que : Corbeaux, Corneilles, 
quelques Faucons, Etourneaux, Pies, Huppes, et en Alge rie : Rollier, Guepier, 
Martin. Les Lezards et les Crapauds engloutissent aussi des Acridiens. Le corps 
de ces insectes renferme souvent des Mermis et des Gordiaces a 1 etat larvaire; 
j en ai vu sortir des larves de Dipteres, de suite metamorphosees en pupes. 
Leurs inteslins sont remplis de Gregarines et autres parasites. Enfin leurs oeufs, 
d apres de recentes et tres-interessantes observations faites par Riley, en Ame- 
rique, sont de truits par les premieres larves des Epicauta insectes tres-voisins 
de notre Cantharide. Je recommande 1 etude des parasites de ces oeufs a nos 
medecins militaires observant en Algerie. 

Acridiens nuixibles. L ignorance et la peur ont fait attribuer aux Sauterelles et 
aux Criquets desorganes destructeursplus formidables encore que ceux posse des 
par ces insectes. Pline rapporte que certaines Sauterelles des Indes n ont pas 
moins de quatre coudees de long (lib. X, cap. xx) et que leurs grandes pattes 
armees de dents servent dans le pays a scier le bois. Mais, sans etre pourvus de 
ces formidables engins, les Acridiens par leurs migrations en bandes innom- 
brables constituent un des fleaux les plus redoutables pour les recoltes, et ils 
ont trop souvent amene d abord la famine, puis des maladies pestilentielles 
causees par la putrefaction de leurs corps morts. 

Les divers Criquets que j ai enumeres sont malheureusement tres-celebres 
par leurs migrations et leurs devastations sous le nom impropre de Sauterelles 
(Voy. SAUTERELLES). Toutes les contre es temperees et chaudes des deux hemi 
spheres paraissent avoir subi les ravages de ces Criquets ou Acridiens voyageurs. 
L Australie n est pas epargnee. L Egypte et 1 Afrique septentrionale ont ete de- 
puis les temps hisloriques signalees comme victimes des nuees de Sauterelles, 
qui ne sont autres que des Criquets. 

Les versets 13, 14, 15 du chapitre x de YExode portent : Le Seigneur fit 
souffler un vent brulant (Chamsin, Simoun) tout le jour et toute la nuit. Le 
matin ce vent brulant fit elever les Sauterelles qui vinrent fondre sur toute 
1 Egypte et s arreterent dans toutes les terres des Egyptians, en unc quantite si 
e ffroyable, que ni devant ni apres on n en vit jamais un si grand nombre. Elles 
couvrirent toute la surface de la terre et gaterent tout; elles mangerent toute 
1 herbe et tout ce qui se trouva de fruit sur les arbres qui etait echappe a la 



CRIQUETS. 235 

grele; el il ne resta absolumenl rien de vert, ni sur les arbres ni sur les herbes 
de la terre dans toute 1 Egypte. Ce recit biblique est d une triste verite. Les 
invasions d Acridiens se font par un nombre d insectes depassant tout ce qu on 
pourrait imaginer; ce nombre justifie le mot hebreux arbeh (multiplication) 
donne aux insectes de la huitieme plaie d Egypte. Les Acridiens forment des 
nuages epais, obscurcissant la lumiere du jour, au point d empecher de lire dans 
les maisons. Beaucoup d insectes blesses ou morts tombent sur le passage avant 
de s abattre. 

Les troupes de Charles XII, apres la defaite de Pultawa, en retraite dans la 
Bessarabie, furcnt arretees dans un defile par des Criquets formant une grele 
vivante et tombant d un nuage epais interceptant les rayons solaires. Barrow, 
en 1797, a vu dans 1 Afrique australe ces Criquets couvrant le sol sur une 
etendue de deux milles carres. Pousses vers la mer par le vent, ces insectes 
formerent pres de la cote un bane ayant plus d un metre de hauteur sur cin- 
quante milles de long. Leur putrefaction etait sensible a cent cinquante milles 
de distance. 

Les invasions des Criquets sont de grandes calamites publiques. La devasta 
tion des moissons et des vege taux de la contree est complete ; a de faut d herbes 
et de feuilles ces insectes rongent les ecorces d arbres et devorent le chaume des 
habitations. Dans la Chine, en 1835, les champs furent mis litteralement a nu, 
les recoltes des granges detruites en majeure partie, les habitants se refugierent 
dans les lieux eleves. Les insectes entraient dans les maisons et mangeaienl 
les habits, les chaussures, etc. Leurs ravages, commences en avril, s etendirent 
jusqu aux gelees et aux neiges de 1 hiver (Annaks de la Societe entomoloyique 
de France, Bull., juin 1836). 

En Alge rie, en 1845, le general Levaillant a vu a Philippeville, les Criquets 
formant un nuage qui, tombant sur le sol, le recouvrit d une couche d insectes de 
plusieurs centimetres sur une etendue de 3 a 4 myriametres. Au Senegal, en 
1864, toutes les plantations de cotonniers furent. aneanties, et il passa un nuage 
de Criquets, pendant une journee du matin au soir ; la vitesse le fit estimer 
a quinze lieues de long et ce n etait qu une partie formant avant-garde, car au 
coucher du soleil la partie terminale etait beaucoup plus epaisse. 

II est admis que les Criquets voyageurs ne peuvent traverser In Mediterranee ; 
mais les navigateurs ont rencontre les bandes de Criquets fort avant en mer. 

En 1811, un navire retenu par le calme a deux cents milles des iles Canaries 
fut enveloppe d un nuage d Acridiens apporte s de la cote d Afrique par un leger 
vent de nord-est ; le pont et les hunes etaient converts de ces insectes (Kirby). 
Au mois de septembre, en pleine mer Atlantique, par 18 degres latitude nord, 
de grandes masses d Acridiens voyageurs furent observees pendant une tempete 
qui dura deux jours eta 450 milles du continent. Le second jour, dans 1 apres- 
midi, le ciel etait voile par des nuees d insecles, le navire etait couvert de 
Criquets. La mer pendant deux jours offrit une masse de ces insectes morts, 
ballotte s par les vagues. 

Notre pays a peu a souffrir des Acridiens, comparativement a 1 Orient et au 
midi de 1 Europc, mais 1 Algerie a ete fort eprouvee. Les recits des vieux auteurs 
rapportent que, en 181 apres Jesus-Christ, 1 Illyrie, la Gaule, 1 Italie, furent 
devaste es par un nombre immense de Sauterelles. En 455, 874, 1337, 1353 
et 1374, la vegetation fut aneantiedans le Midi ; les cadavres des insectes morts 
achevaient par des maladies pestilentielles ceux que la i amine avail epargne s. 



236 BRIQUETS. 

Les Acridiens devastateurs sont signales dans Ja Silesie en 1552, a Milan en 
1556, a Marseille en 1618, dans la Thrace et sur unc partic de I Allemagne- 
en 1695. On les voit arriver en legions dans la Silesie en 1715, dans laTurquie, 
la Yalachie, la Ilongrie en 1747 et 1748, en AutricheetenBaviere en 1749, puis, 
dans la marche de Brandebourg en 1750. Ces grancles invasions s elendirent en. 
France, et en 1748 nne nuee d Acridiens arriva presque en Angleterre. En 
aout 1854, des Criquets emigrants couvrirent pendant plusieurs jours le& 
maisons des quartiers habites, meme au centre de Paris (Duponchel, Annales de 
la Societe entomologique de France, Bull., p. xi, 1854). 

C est dans la Provence que les Criquets voyageurs sont principalement redou- 
tablcs. En 1805, une chasse dans une petite commune produisit le chiffre de 
2000 kilogrammes d ceufs. Aux environs d Arles et des Saintes-Maries en 1824, 
on remplit d oeufs de ces insectes 1865 sacs a ble. L annee 1825 fut desastreuse, 
et en 1852, il fut recueilli aux Saintes-Maries 1979 kilogrammes d ceufs, puis 
en 1855 encore plus, 5808 kilogrammes, en y comprenant la terre enveloppant 
les coques ovigeres. 

J ai observe une petite invasion d Acridiens pres du Bourg-d Oisans dans le 
Dauphine (Annales de la Societe entomologique de France, 1858, p. 865 etsuiv.); 
le nombre de ces insectes n etait heureusement pas tres-considerable et cepen- 
dant ils detruisaient tons les vegetaux herbaces sur leur passage. 

L Algeric est, au dire des habitants du pays, ravagee a fond en moyenne 
tons les vingt-cinq ans. En 1816, il y eut famine et peste, causees par les Acri 
diens. En 1845, l Algerietoutentiere fut devastee et le mal duraquatre anne es; 
les plaintes etaient encore peu nombreuses parce que les cultures europeennes 
n etaient pas tres-devcloppees. Mais en 1866, la terre e tant tres-cultivee, le& 
nuees de Criquets venues du Sahara, obscurcissant la lumiere solairc par leur 
nombre, occasionnerent un desastre. L invasion commenca en avril, la Mitidja, 
le sahel d Alger recurent les premieres alteintes ; les bles, orges, avoines, 
colzas, furent devores ; lesinsectes envahirent les maisons, dechiquetant le linge 
et les habits. En juin, les larves nouvellement ecloses mourant de faim a leur 
tour comblaient les routes et les ruisseaux. Les provinces d Oran et de Constan- 
tine furent envahies, le sol etait convert de Criqucls a Tlemcen ou jamais on ne 
les avail vus de memoire d homme. Aux environs de Mostaganem, tabacs, vignes, 
figuiers, oliviers meme, furent devaste s ; les cactus, les aloes furent entames. Les 
insectes morts couvraient la terre de nudee, leurs cadavres produisirent des 
maladies typhiques. Le recit des degats sans nombre commis par ces iusectej 
rappelait les calamitcs du moyen age. 

En 1875, les Criquets ont fait une apparition dans la province d Oran, en 1874 
a Mascara; 1 autorite militaire a lutte centre le fleau, les journaux ont rapporte 
qu un train du chemin de fer d Oran fut retarde paries Criquets accumultjs sur 
la voie. 

Les moyens qu on a essayes pour empecher ou pour diminuer de pareils 
desastres sont nombreux. Dans 1 antiquite, puis au mo\en age, la superslition, 
la peur, ont fait imaginer des recettes bizarres ou insuffisantes ; on arrosait les 
habitations avec des decoctions de plantes, on brulait du styrax, du bois de 
cerf, de la bouse de vache. On avait espere eloigner les Sauterellcs en attachant 
des chauves-souris au bout des arbres. Les precedes efficaces, en usage dej<\ du 
temps de Pline, consistaient dans la destruction des ceufs ; on a cherclie a 
detourner les torrents et a inonder le sol ou les Sauterelles avaient pondu; on a 



CRIQUETS. 237 

Ibule a pied d homme ou par des rouleaux les glebes d oeufs. Les chars de guerre 
avaient le meme but d ecrasement, par le passage repete de leurs roues. Pline 
rapporte que la loi dans le pays de Cjrene obligeait de dctruire les Sauterelles de 
trois manieres : enfouir les oeufs, detruire les jeunes, tuer les adultes ; si on 
raanquait a ce devoir, on etait puni. 

Les habitants d Ephese marchaient centre les Sauterelles en ordre militaire. 
Dans 1 ile de Lemnos chaque citoyen devait apporter au magistral une mesure 
tie Sauterelles. 

En Algerie, en 1866, le meilleur precede de destruction etait d atteindre les 
glebes d oeufs en retournant la terre, de sorte que la phi part dcs oeufs peris- 
saient par ruction du soleil. Les jeunes pores sont friands de ces oeufs, les ani- 
maux et les oiseaux acridophages les trouvent facilement. 

Centre les Acridiens adultes, on avait imagine le bruit des cymbales, des 
Ivompeltes, des cloches, les detonations du canon. Les Arabes faisaient de 
grands feux produisant d epaisses fumees pour dctouruer les legions de Saute 
relles. Notre armee a employe des aiilliers d hommes par corvee, enfouissant les 
insectes morts. On ramassait le matin et le soir, avec de grands filets trainants, 
les insectes engourdis, on les faisait mourir dans la chaux vive. En 1866, les 
soldats dirigeaient les bandes d insectes encore jeunes et apteres vers des 
broussailles auxquelles on mettait le feu quand elles etaient couvertes de ces 
insectes. En 1873, duns la province d Oran, des escadrons de cavaleric et des 
detachements d infanterie ecraserent sous les pieds des hommes et des chevaux 
des quantites enormes de Criquets, d autres furent ramassees en sacs et brulees 
sur des tas de chaux arroses de petrole. Des fosses prepares avec le fond plus 
large que 1 entree etaient au moyen de balais remplis de Criquets, et ceux-ci 
ensevelis sous les deblais. On peut se faire une idee du nombre prodigieux de 
ces insectes sur un point quand on pense qu un homme en peut prendre 
50 kilogrammes en un jour, en se servant d un filet de toile analogue a ceux 
qu emploient les entomologistes. Le nombre des coques tubulaires d ceuls 
contenucs dans un kilogramme est de 1600, chaque tube offre de 50 a 60 oeufs; 
le kilogramme renfcrme ainsi environ 80000 rents. Un enfant bien exerce peut 
recolter par jour un nombre tres-considerable de ces ceufs. 

Acridiens utiles. On a voulu de tout temps utiliser les Sauterelles et les 
Criquets pour la nourriture des animaux et de riiomme. D apres Plutarque 
(Livre d Isis et d Osiris), on les recommandait pour la nourriture des oiseaux, 
tels que poules, oies, canards et sarcelles, meme pour les pores et les moutons. 
Columelle indique les Sauterelles, privees de leurs paltes et de leurs ailes, 
comme aliment des jeunes paons. 

LesSauterelles etaient rangees parMoise au nombre des animaux dont la chair 
etait permise aux Hebreux. Les livres sacres rapportent que Jean-Baptisle, au 
desert, soutenait son existence au moyen de Sauterelles melees au miei sau- 
vage des bois ; Jean 1 e vangeliste est egalement indique pour s etre nourri 
d Acridiens dans 1 ile de Pathmos. Beauconp de peuples anciens etaient acrido 
phages : ainsi en Asie, les Parities, les Arabes, les Perses ; en Afrique, les 
Ethiopiens, les Lybiens, les Mauves. Ces peuples avaient 1 habitude de creuser 
de vastes fosses dans les endroits ou passaient les nuees de Sauterelles, il les y 
faisaient tomber par la fumeede grands feux, puis ils les dessecliaient par le feu 
ou les rayons solaires, ou bien ils les salaienl et les conservaient en tas pour 



258 CRISE. 

1 alimentation d une annee, a la maniere des poissons desseches. Diodore de 
Sicile et Strabon disent que ceux qui n ont que cette nourrilure parviennent 
rarement a leur quarantieme annee et perissent dans de vives souftrances, 
une multitude de vers sortant de leur corps. Ce recit exprirae 1 aversion que 
les Grecs avaient pour les Sauterelles, regardees par eux comme le plus vil ali 
ment; la plupart des Europeens qui ont goute aux Sauterelles ont paru de 
1 avis des Grecs. 

Les Acridiens sont encore actuellement un objet de commerce usuel sur les 
marches d Orient ; on les vend soil rotis sur des charbons et saupoudres de sel, 
soil bouillis ou cuits au beurre, ou conserves dans de la saumure, le corps 
prive d aileset de pattes. Les Bedouins, habitants des plaines alge riennes, et les 
Kabyles, des montagnes, mangent des Acridiens; les Mauresques bien moins 
frequemment. L espece comestible ordinaire est I Acridium peregrinum qu ils 
appellent El Djerad, la Sauterelle, ou Djerad el arbi, la Sauterelle arabe. 
Sparmann rapportc que les Hottentots de 1 Afrique australe font une grande 
consommation d Acridiens. Les Criquets et les Locustes servent aussi, parait-il, 
d alinient aux Australiens de diverses peuplades, qui sont entomophages quand 
leur nourrilure habituelle vient a manquer. 

Je noterai encore que dans les contrees meridionales de la France et de 1 Eu- 
rope, il y a des enfants qui rongent avec plaisir les cuisses charnues des gros 
Acridiens. 

Les Acridiens, ou Saulerelles des anciens, ont figure dans les pharmacope es. 
On les recommandait contre la dysurie et la retention d urine, surtout chez les 
femmes enceintes. Dioscoride conseille aux calculeux une pate faite avec la chair 
de Saulerelles ; Pline croyait que leurs grosses pattes broyees avec le sang de 
bouc pouvaient guerir la lepre. Les Sauterelles entieres, secheeset delayees dans 
le vin etaient employees contre les piqures des Scorpions, des Guepes, des 
Abeilles, et les morsures des Sangsues. Dans les maladies des yeux et surtout 
des paupieres, on employait du vin blanc dans lequel avail macere de la poudre 
de Sauterelles, desracines de fenouil et de primevere, etc., etc. 

Les Sauterelles dessechees et trop salees excitent la soif, ce qui se comprend 
sans peine ; mais peu salees elles seraient, dit-on, apln odisiaques, ce qui est 
fort douleux. A. LABOULBEKE. 



Ce mot, qui, dans son acception stricte et a notre e poque, designe 
simplement un mode particulier de solution des maladies, s est trouve, des 
Forigine de son emploi par les medecins grecs, notamment par ceux de 1 Ecole 
de Cos, si intimement lie a une certaine conception dc la maladie, a une cer- 
taine theorie pathogenique de celle-ci, a une methode therapeutique propre, par 
consequent, qu il en est bientot arrive a representer Tun des traits caracteris- 
tiques de cette Ecole. Elevee ainsi au rang d un dogme medical en quelque 
sorte, la question des crises, plus ou moins confondue avec celle des jours 
critiques, diversement comprise d ailleurs suivant les systemes regnants, s est 
transmise jusqu a nous avec une fortune inegale. Toutefois il faut reconnaitre 
que, si 1 etude et 1 observation des crises ont ete regardees comme vaines et sans 
objet par la plupart des systematiques, tels que Asclepiade, Themison, Paracelse, 
Van Helmont, Sylvius de le Boe, Chirac, etc., elles ont toujours ete considerees, 
aucontraire, comme d un interet capital, pour la theorie des maladies aussi bien 
que sous le rapport pratique, par les maitres de Tart, depuis Hippocrate et 



CRISE. 239 

Galien jusqu a nos jours, puisque Ton compte au nombre de leurs defenseurs : 
Fernel, Baillou, Dulaurens, Sennert, Lazare Riviere, Sydenham, Boerhaave, 
\ 7 an Swieten, Stahl, Fr. Hoffmann, de Haen, Bordeu, Stoll, Gullen, Zimmer- 
mann, Bar the/, Fouquet, Grimaud, Hufeland, Hildenbrand, Andral, etc., etc. 

Bien que le but de cet article soil surtout d cxposer 1 etat actuel de nos 
connaissances sur cet important sujet, en 1 envisageant presque exclusivement 
au point de vue cliniquc, comme question de physiologic pathologique encore 
plus que de doctrine et le sujet reste assez vaste, meme reduit a ces modestes 
proportions le role considerable que la doctrine des crises a joue dans la mede- 
cine des temps passes, le nombre et le merite de ses adherents, nous imposc- 
raient au moms une indication sommaire de ce qu elle a etc a son origine et des 
principales modifications qu elle a subies depuis son introduction en medecine, 
si nous n etions deja oblige a cette etude par la necessite d etablir prealable- 
ment les differentes significations que Ton a attributes au terme lui-meme et la 
valeur des interpretations qu on a donnees du fait complexe de la crise, avant 
de discuter dans quelle mesure la science contemporaine peut accepter la doc 
trine traditionnelle. Nous nous bornerons d ailleurs a signaler les points essen- 
tiels de celle-ci et ne tiendrons compte que des seuls cbangements d interprc- 
tation qui touchent a la facon meme de comprendre la crise en general. 

I. HISTORIQUE. Les premiers renseignements sur les crises, tant au point de 
vue pratique qu au point de vue historique, se trouvent, avons-nous dit, dans la 
collection bippocratique; mais, d apres Galien (des Crises, livre III, chap, n, 
p. 705, edit. Kuhne), ce terme meme lui serait d un emploi bien anterieur et 
aurait ete transporte du barreau en medecine par le vulgaire, frappe de 1 analogie 
qui existerait entre la situation d un accuse attendant un arret d oit sa vie 
depend, et celle d un patient arrive a une periode decisive de 1 evolution de sa 
maladie et en proie a 1 exacerbation qui en precede parfois la terminaison ; xpuns, 
en effet, veut dire jugement, sentence, ce qui implique un debat prealable, et 
ce sens complexe repond assez bien a 1 antique conception ontologique d une 
lutte supreme entre la maludie et le sujet (on le retrouve encore dans la designa 
tion de crise aftectee aux attaques d epilepsie, d hysterie, etc.) ; il signifie en 
outre triage, separation, et nous verrons que c est encore 1 un des caracteres 
attribues a la crise en medecine. 

La lecture des divers ouvrages de cette collection ne contredit pas cette 
assertion de Galien; car, bien qu ils soient dus a plusieurs auteurs, n apparte- 
nant meme pas tous a FEcole de Cos, les crises y sont mentionnees a chaque 
instant, dans des circonstances analogues, mais avec des significations quelque 
peu differentes; ce quiautorise a penser qu ils agit la d une notion deja ancienne 
courante, mais qui n a pas encore regu une forme bien arretee. La crise, en 
effet, y est tantot simplemeiit de finie la solution d une maladie (Pre ceptes, 14; 
Pronostic, 20, et des Articulations, 44, edit. Littre) ; tantot elle designe en 
meme temps les paroxysmes ou le summum de la maladie, aussi bien que la 
crise proprement dite (Aphorismes, sect. 1 re , 19; Coaques, l re sect., i, 24; 
$2, 57 ; compare/ les Comment, de Galien sur les Aphorismes 19 et 23), et 
meme 1 exacerbation qui la precede; tantot elle s applique aux seules solutions 
heureuses, et tantot comprend egalement les terminaisons funestes (Pronostic, 
24et20; Coaques, l re sect., 2, 57; 12 e sect., 9, 224, etc.; des Jours cri 
tiques, 20) et meme la seule aggravation ou une amelioration notable (fipid., 
I er livre, sect. 5, 12) ; tantot elle n exige aucune evacuation (definition deja citee 



240 CRISE. 

des Precedes, definition des Affections, $ 8 ; pid., liv. I et III; Aph. V, 22), 
tantot et le plus souvent, il est dit qu elle se fait par des evacuations ou des 
depots (i< r Prorrhe tique, 105 et 149; Coaques, l ro sect., 24 et 29, et 3 e sect., 
146; Epidem., liv. 1, 2 sect. ,5; liv. 11, l re sect., 7, etc.),oumeme siguific 
une evacuation (comp. des Lieux dans rhomme; edit. Foes, et des Maladies, 
liv. Ill, 6, Littre). Cette derniere maniere de voir est portee si loin que la crise 
sert a denommer 1 avortement et 1 accouchement (Du foetus de sept mois, 9) : 
il est vrai que c est dans des ecrils attribues a des disciples d llippocrate, de meme 
que les Affections, ou se trouve ce passage le plus habituellement reproduit, a 
tort, comme caracterisant la doctrine du Maitre, et qui fait dc la crise le syno- 
nyme de toute mutation dans unc maladie : une crise, c est ou une exacerbation, 
ou uu al faiblissement, ou une metaptose en une autre affection, ou la fin. 

Celtc definition et celle qui se trouve comme perdue dans le dernier para- 
graphe des Preceptes sont les deux seules que contienne la collection hippo- 
cratique ; meme reunies aux differenles acceptions qui precedent, elles ne 
donneraient qu une idee fort incomplete et Ires-confuse de la doctrine des crises 
ereee ou adoptee par Hippocrate, si on ne les rapprochait de ses conceptions 
de la maladie et de la puissance medieatrice de la nature, de ses theories 
humorales sur la pathogenic, et du caractere pronostic, divinatoire, que revetait 
un art en grande partie ne dans les temples. 

La crise, en eflet, n est que 1 un des termcs du developpement de la maladie 
considered, quels que soient son siege et sa forme, comme une, comme quelque 
chose a part, assujetti a passer par des phases determinees qui s enchainenl 
depuis sa naissance jusqu a sa fin : c est le changement decisif vers la guerison 
{et quelquefois vers la mort) qu eprouve la maladie arrive e a son summura, 
et a partir duquel commence definitivement le declin, le mouvement de retoui 
a 1 etat hygide ; c est, en un mot, le denoument (),0<7ic : \oh-Preceptes, 14; 
Prenotions Coaq., 2 sect., 5, 145-148) de la scene morbide ; car, a partir do 
ce moment, la maladie estjugee, la terminaison favorable estacquise (si la crise 
est complete). A cette maniere de voir, on peut aussi ajouter [ interpretation, 
plus ou moins explicite, et plus gale nique toutefois qu hippocratique, que la 
crise est le dernier combat livre par la nature medicatrice au principe morbi- 
fique, qui jusqu alors 1 opprimait, eten triomphant dans un effort supreme. 

Mais cette conception abstraite ne se separe guere, chez les hippocratisants, 
de leur theorie humorale des maladies, qui exige une certaine elaboration de? 
humeurs, la coction, pour que celles-ci,d abordcrues, tenues et acres, flottantes 
dans le corps, qu elles irritent, puissent etre fixees et evacuees, par les voies 
habituellcs(sueurs, urines, dejections alvines, vomissements, hemoiThagies,etc.) 
ou deposees en certains points du corps (sous forme de parotides, erysipele, 
abces, gangrene, ou de tumeur articulaire, etc.), si ces voies d elimination soul 
fermees. Or cette expulsion des humeurs cuites ne se fait pas sans certains 
efforts, et ce sont ces efforts qui constituent la crise, soigneusementclislingue e, 
le plus souvent, des phenomenes critiques (Epide m., liv. I, 2 e const., 2 e sect., 
5 ; liv. II, l re sect., 6-7, et Epid. IV, 28 ; des Humeurs, 4-5, etc.). 

Ces deux manieres d envisager la maladie 1 une abstraite, en conside rant 
revolution d une facon tout a fait generale; 1 autreplus concrete, se rapportant 
au mecanisme de production et de guerison du travail pathologique contondues 
neanmoins en une seule doctrine, se fortifiant meme 1 une par 1 autre, nous 
expliquent en grande partie la diversite, et meme la contradiction apparente de 



CRISE. 241 

^uelques-unes des acceptions donnees au mot crise dans une meme doctrine, 
par la dualite de points de vue que cellc-ci comportait. II convicnt sans doute 
d ajouter aussi a celte cause d interpretations divergentes de la crise, cellc qui 
resultait de connaissances patliologiques et nosologiques insuffisanles, et qui 
faisait appli }uer cette designation a des fails parfois disparates, qui en attribuait 
le caractere, par exeraple, a de simples remissions dans des maladies paroxys- 
tiques et a des hemorrhagies symptomatiques, suivies d une amelioration passa- 

gere, etc. 

En resume, dans la doctrine hippocratique, la crise est la solution de la ma 
ladie, c est-a-dire tout mouvement qui juge cclle-ci, en y comprenant les actes 
qui preparent ce mouvement, 1 annoncent et lui donnent ses caracteres propres ; 
elle se fait le plus souveut par une evacuation humorale ou un depot, c cst-a- 
-dire un travail morbide secondaire. 

La crise appartient aux maladies aigue s, bien qu Hippocrateparle de maladies 
se jugeant en sept ans (Aphor., sect. 7, 28) : car la coction est necessaire a la 
crise, et les maladies incurables ce qui alors, encore plus qu aujourd hui, etait 
le caspour la plupart des maladies chroniques sont celles qui nesubissent pas 
de coction. Toutes les maladies aigue s cependant ne se terminent pas par une 
crise (Epid., liv. I er , sect. 2 e , const, seconde; liv. II, sect. 3 e , const, scconde, 
3 et 9; Pre not. Coaq., 74, etc.); celle-ci peut d ailleurs ctre complete, 
juger definitivemcnt l affection, ou, parfois, seulement Tun des paroxysmes; 
quand elleest incomplete, ce qui reste apres elle produit la recidive (Aphorism., 
sect. 2, 12, Epid., iiv. II, o e sect., 8 ; liv. VI, sect. 2 et 3, etc.). 

Cette expression est done prise dans un sens favorable le plus sotivent, mais 
non exclusivement (Pronostic, 20; Coaq., deja cites; Epidem*, liv. I or , 
sect. 3, 12). 

Les phenomenes critiques sont distincts dela crise qu ils anuon centou concou- 
rent a realiser (des Humeurs, 5; pid., liv. l cr sect. 2,5; liv. II, l re sect., 0). 
Point n est besoin qu ils presentent un caractere insolite (des Humeurs, 6). 

La distinction entre la crise (avec pbenomenes sensibles) et la lyse (ou cri^c 
par phenomenes insensibles) ne parait done pas appartenir a Hippocrate et a ses 
predecesseurs ou successcurs immediats, car on trouve assez souvent la crise 
ou la solution signalees indifferemment ; cependant les crises mentionnees I- 
plus communement jugent rapidement la maladie. 

Pour apprecier la valeur des phenomenes critiques, qui ne different en rien, 
par eux-memes, de ceux qui ne le sont pas (des Humeurs, $ 4 et 5), il faut 
tenir compte de 1 epoque de leur apparition, de leurs rapports avec les autres 
signes, notamment avec ceux qui annoncent la coction : venant trop tot, avant 
celle-ci, s ils ne font pas crise, ils amenent une terminaison funeste; si nean- 
moins il y a crise, ils annoncent la recidive, etc. (Epid. liv. II, l re sect., 6; rfe.s 
Humeurs, 4 et 5). 

La maladie etant quelque chose qui a son developpement regulier (dans une 
evolution normale), ses differentes periodes peuvenl etre prevues ; d oii un 
attention extreme apportee a la constatation des signes de la coction, qui per- 
mettent depronostiquer la crise, et des signes qui conduisent a prevoir le genre 
de crise. Nous indiquerons plus loin quels ils etaient et quels sont ceux qu une 
analyse rigoureuse autorise a conserver actuellement. 

Un moyen important de preciser 1 epoque de la crise est la consideration (!es 
jours oil celle-ci se montre habituellement. Pour eviter des repetitions nous 
Dicr, ENC. XX1K. 16 



242 CRISE. 

renvoyons egalement a un paragraphs special I elude de la question des jours 
critiques. Qu il nous suffise de dire que, malgre la valeur qu Hippocrate attri- 
buait aux periodes quartenaires, et surtout aux jours impairs (5, 7, 9, 11, 
14, etc., le 4 e etant indicateur du 7% le il e du 14 e , etc.), pour la solution des 
maladies, cet illustre medecin n etait rien moins qu absolu sur ce chapitre; non- 
seulement il cite, notamment dans les Epidemics (liv. I er , sect. 5; liv. IV, 7), 
des fails de crise au 6 e jour; mais il dit formellement que les crises se font aux 
jours qui correspondent aux redoublements, et que les fievres qui ont des 
redoublements aux jours pairs se jugent aux jours pairs (Epidemics, liv. I er , 
sect. 5, $ 12), et il fait remarquer, a propos des periodes des maladies, v que 
rien de tout cela ne se peut calculer rigoureusement par des jours entiers, car 
ni 1 annee, ni les mois ne se comptent par des jours entiers (Pronostic, 20). 

Une consequence majeure de la doctrine des crises et du role altribue aux 
evacuations humorales dans leur accomplissement etait I institution d un traite- 
ment hygienique et medicamenteux special, qui aboutissait le plus ordinaire- 
ment a une expectation plus ou moins complete ou a 1 emploi de moyens des 
tines a favoriser la crise dans le sens oil elle s annoncait. Prevoir les crises, 
par quelles voies elles devaicnt s operer, nc rien faire qui put en troubler la 
production, les provoquer au besoin, si la nature etait hesitante, etait la 
grande preoccupation des hippocratisants. 

Telle est, reduite a ses traits essentiels, la doctrine de la crise contenue dans 
les livres hippocratiques, autant du moins qu on peut la degager de 1 ensemble 
des propositions cliniques, pronostiques et therapeutiques qui s y rattachent; 
car, malgre la place considerable qu elle tient dans la medecine grecque, elle 
n a pas ete I objet d un travail special (qui nous soil parvenu) jusqu a Galien,- 
on ne saurait, en effct, considerer comme tel 1 opuscule des Crises, qui n est 
qu une simple compilation de sentences lire es principalement du Pronostic, des 
Epidemics, des Aphorismes et des Pre notions de Cos (Littre). La definition 
donnee au g 8 du livre des Affections indique suffisamment d ailleurs que, par 
suite meme du defaut de precision de la doctrine, 1 accord etait loin d etre 
complet sur cette question, dans 1 ecole de Cos, et Ton peut meme considerer 
cette deliniiiou comme une tentative de condensation des differents points de vue 
sous lesquels la crise est envisagee dans les ecrits hippocraliques ante rieurs. 

La question ne parait pas avoir ete beaucoup plus elucidee par les auteurs 
qui ont vecu enlre Hippocrate et Galien, puisque ce dernier, en tete de son 
travail sur les crises, commence par declarer qu il ne s occupera pas, si ce n est 
en passant, de la question de savoir si Ton doit appeler crise, soit un change- 
ment subit dans la maladie, soit la seule inclinaison a un elat meilleur, soit la 
perturbation qui precede ces modifications, soit toute solution de la maladie, 
soit seulement celle qui tourne a bien. 

G est cependant le medecin de Pergame qui, le premier, a donne une forme 
arretee a la doctrine des crises, sur laquelle il a insiste dans maints passages 
de ses oeuvres, notamment dans ses Commentaires sur les Aphorismes, le Pro 
nostic, les Epidemies, les Humeurs, et a laquelle il a consacre un travail didac- 
tique complet, en six livres, dont trois pour les crises elles-memes et troisponr 
les jours critiques. Dans tous ces ecrits, il semble n avoir pour but que d e- 
claircir et de completer la pensee hippocratique ; mais ne laisse pas que de 1 al- 
te rer en des points impoitants, notamment sur la question des jours critiques. 

Pour Gc lien, les maladies pen vent se terminer de six fagons : rapidement. 



CRISIi. 243 

par la guerison on par la mort; progress! vement, par amelioration ou aggra 
vation continue de 1 etat pathologique ; enfin d une maniere mixte, c est-a-dire, 
apres une mutation subite en mieux ou en mal, par retour graduel a la sante ou 
affaiblissement jusqu a la mort (des Crises, liv. Ill, chap, i", p. 702, t. IX de 
1 edit. Kiilme). 

Le retour subit a la sante est la crise par excellence, celle a laquelle il 
convient de reserver ce nom; quand il n y a qu un changement notable, n abou. 
tissant pas a une guerison complete, c est la crise imparfaite ou defectueuse ; 
la tcrminaison insensible est !a solution simplement, ou lyse. 

La crise legitime, celle qui consiste en un relour subit a la sante, se fait tou- 
jours par des excretions manifestes ou par des abces notables; car, si ces actes 
pathologiques font defaut, la maladie empire. Elle est precedee d une grande 
perturbation : insomnie, delire ou sommeil pesant, dyspnee, vertiges, agita- 
*ion, cris, etc., et c est dans le paroxysme, plus severe et anticipant sur 1 heure 
babitueile, que les patients sont pris de sueurs abondantes, oude vomissements, 
de dejections alvines, de flux de sang, ou eprouvent toutes ces evacuations a la 
ibis. Malgre la gravite apparente de la situation, le malade est alors hors de 
danger, sauf trop grande prostration des forces. La crise est done, semble-t-il, 
le dernier redouhlement ou le dernier acces de la maladie; elle doit d ailleurs 
arriver dans la periode d etat, alors que la coctioncst iaite, et aux jours voulus, 
car c est par son intermediate que la nature separe les hurneurs nuisibles et 
inutiles des humeurs bonnes et utiles (Comment, sur I Aphorisme 15, sect. 2, 
p. 471, t. XIII). 

Dans la lyse, il n y a pas perturbation marquee, pas d evacuation appreciable. 
Les modes de terminaison mortels, quele malade succom be subitement, avec 
perturbation anlerieure, evacuations ou decubitus, depots, ou qu il n eprouve 
d abord qu une forte aggravation, recoivent aussi le nom de crises, mais de 
mauvaises crises, parfaites dans le premier cas, imparfaites dans le second. La 
deterioration progressive jusqu a la mort est le marasme. Quant a la mutation 
subite vers le mal, sans grandes excretions ou depots, ce n est pas une crise. 

La doctrine de Galien, on le voit, diifere de celle d Hippocrate, par la sepa 
ration quasi-absolue qu elle etablit entre la crise et la lyse, par la necessite 
qu elle impose a la crise d etre precedee d une perturbation manifesto et de se 
faire par des evacuations abondantes ou des depots notables, et de presenter par 
consequent quelquc chose d exceptionnel dans les symptomes et les signes dits 
critiques (Galien, loc. cit., chap, vi, p. 751 et chap, x, p. 751). Aussi refuse- 
t-elle aux fievres ephemeres et aux fievres hectiques la possibilite d avoir des 
crises (Comment. II, sur les Humeurs, p. 251, t. XVI). 

Les modifications que Galien fait suhir a la theorie des jours critiques ne sont 
pas moins considerables ; il la complique comme a plaisir par 1 invention des 
jours vides et des jours intercalates, ainsi que d un mois me dical en rapport 
avec les phases de la lune, pour expliquer les fails contradictories a sa theorie ; 
en outre, il exagere encore I efficacite atti ibuee a tel ou tel jour pour la realisa 
tion des crises et la determination de leur nature, bonne ou mauvaise. Ainsi, 
pour lui, le sixieme jour est un tyran, rien de favorable ne peut se produire ce 
jour-la; mais le septieme est compare a un bon roi, c est par excellence celui 
des crises heureuses. 

C est cette doctrine de Galien ou hippocratico-galenique, ainsi que 1 appelle 
Dulaurens, que Ton peut considerer comme la doctrine traditionnelle ; car ello 



244 CRISE. 

a ete acceptee sans modifications essentielles, presque jusqu a nos jours, par hi 
plupart des medecins humoristes, et par plusieurs solidistes, qu ils soient 
devenus humoristes ence cas, comme Baglivi, ouqu ils aientaccommode ]c fond 
de la doctrine a leur systeme solidiste, coiume Hoffmann, Cullen, etc.; et ce ne 
sont pas les hypotheses sur la puissance des divers jours critiques qui ont eu le 
moins de credit, sans en excepter le role attribue a la lune dans 1 evolution des 
maladies, jusqu au seizicme siecle toutefois. 

Cependant, meme parmi les humoristes il s esf, produit sur certains points de 
la doctrine quclques divergences qu il est necessaire de signaler. Nous passoiis 
a dessein sous silence les reveries astrologiques que les Arabes et les arabistes, 
grands partisans de Galien, comme on sait, ont ajoutees a la theorie des crises 
et des jours critiques, qu ils ont d ailleurs admise sans grands changements et 
dout ils avaicnt pu verifier la juslesse ct la generality a propos de la petite 
verole. D aussi pen d importance pour nous sont les theories de Fracastor sur le 
role des mouvcments de la melancholie, comme cause des crises et des jours criti 
ques, attribues plus tard par Prosper Alpin aux mouvements combines de 1 atra- 
bile avec la bile et la piluite, ou de Paracelse faisant intervenir en ce sujet les 
explications d une chimie grossiere, lors de la reaction centre les idees 
gale niques, au seizieme siecle. Nous ne nous proposons ici, en effet, de 
retracer que 1 histoire des principaux points de vue sous lesquels on pent 
envisager la question des crises, et non celle des nombreuses theories qu on 
a pu donner de leurs causes et qui pour la plupart sont sans interet actuel. 
(Voir pour plus de details Bordeu, Recherches sur les crises, a la suite de ses 
Recherches sur le pouls, etc., t. II, in-12, Paris, MDGCLXV11I.) 

Mais nous devons une mention a Fernel, qui, tandis que la doctrine hippo- 
cratico-galenique est defendue a Paris par Duret, Houllier, Baillou, a Montpellier 
par Dulaurens et plus tard par Lazare Riviere, propose une nouvelle theorie de 
la coction, el par suite de la crise. Se basant sans doute sur certains passages 
du livre de I Ancienne me decine ( 19, p. 617, edit. Littre), 1 archiatre de 
Henri II avance que la coction n est que la repression de la putridite des 
humeurs, dont les parties alterees sont consumees par cette coction meme, de 
sorte qu il ne reste plus dans 1 economie que les parties saines : c est pour cela 
que les urines sont plus troubles avant la coction qu apres : La fureur de 
1 humeur peccante etant alors rabattue, il en sort moins parmi 1 urine, laquelle 
est plus subtile et moins trouble qu au commencement, lorsque les humeurs 
etaient grandement troubles et confuses, a cause de la pourriture, qui faisait 
meme que quantite de ces humeurs s ecoulaient avec 1 urine. Car 1 hypostase 
n est point une portion cuite de 1 humeur qui s etait putrefiee, mais la matiere en 
est semblable a celle de ceux qui se portent bien (Pathologic, chap, xvn, des 
Urines, y. 204-205,234 a 239; trad, franchise par ADM, in-12. Paris, MDCLV). 
La coction n est plus ici la preparation a 1 expulsion de la matiere nuisible, 
expulsion qui constitue la crise ; elle suffit a la guerison de la maladie, et 1 eva- 
cuation de la matiere jaune de la fievre par la crise devient nn fait secondaire. 

Cette alteration de la doctrine hippocratico-galenique (I Ancienne me decine 
mise a paii neanmoins) souleve 1 indignation de Baillou, qui refute vivement 
Fernel, le met en contradiction non-seulement avec Hippocrate et Galien, mais 
avecce qu il a ecrit lui-meme (Fernel) plus tard dans sa The rapeutique (livre III), 
et expose doctement, en s appuyant lui aussi sur le livre de VAncienne me de 
cine, la difference qu il y a entre la matiere crue et la matiere non cuite, la 



CRISE. 

premiere (comme la pituite) susceptible apres coction complete, pepsis, d assi- 
milation aux parties saines, la seconde apte seulement a subir la maturation 
ou pe pasme, sorte de coction imparfaite qui n est souvent qu epaississement des 
humeurs et ne sert qu a pre parer 1 expulsion de celles qui ne sont pas assimi- 
lables (ainsi le pus), conformement a la maniere de voir traditionnelle sur Ics 
crises; mais, dans les deux cas, 1 agent, 1 action, la force, sont les merries; les 
matieres seules different. Ainsi se trouvent concilies les enseignements assez 
contradictoires de YAncienne me decine, qu avait surtout en vue Ferncl, et ceux 
du restant de 1 oeuvre hippocratique et de son commentateur Galien. Baillou 
toutefois moilifie en un autre point la notion classique de la coction, en 
attribuant 1 alti ration des humeurs et la repression de leur putridite (prelimi- 
naire ou premier effet de la coction) a la seule action des solides (Baillou, 
Opera omnia, t. IV, lib. de Urin. liypost., p. 282-288; in-4, Paris, MDCCLXII). 

Nous avons unpeu longuement cite Fernel et Baillou, parce quedansla theorie 
du premier et 1 inlerpretation subtile du second, relative aux deux sortes de coc- 
tions, se trouve 1 origine de la theorie proposee par Boerhaave (Instil, med. , 927 
a 945) et qui lui est attribuee a tort, ce nous semblc, par Bordeu ; celle-ci n est 
pas plus comprehensible d ailleurs, et ce dernier en demontre avec beaucoup 
de force les contradictions et les incertitudes (Recherches sur les crises, p. 216). 

Pour le but que nous nous proposons, il suffira de fairc rcmarquer que, si 
Boerhaave adopte la definition et 1 interpretation galeniques de la crise, il en 
restreint 1 application (conformement a son systeme, melange de mecanicisme, 
de cb.imia.trie et d humorisme naturiste) aux seules maladies aigue s humorales : 
car il admet en nieme temps, avec Bellini et Baglivi, des maladies des solides, 
tandis que pour la majorite de ses predecesseurs, galenistcs ou chimiatres, le 
fond de la pathologie etait humoral. 

Avec Fr. Hoffmann, le champ des crises s elargit a nouveau, puisqu il en 
signale la possibiiite dans les maladies chroniques lelles que 1 cpilepsie, les 
douleurs, les fievres intermittentes, etc., ce que Bordeu et Dumas (de Mont 
pellier) confirmeront plus tard ; mais 1 interpretation des phenomenes change 
entitlement. Dans son systeme, plus decidement, mais non exclusivement soli- 
diste et qui est base, comme on sait, sur le spasme et 1 atonie des fibres 
motrices et specialement, pour la fievre, sur le spasme des petits vaisseaux, avec 
une certaine alteration secondaire des liquides contenus la crise n est qu un 
effet mecanique, un effet regie des mouvements qui se font dans le corps, en 
consequence de Faction des causes corporelles, etc., et les phenomenes critiques 
ne sont plus que la consequence de la cessation du spasme, de la constriction 
des petits vaisseaux et des conduits excreteurs, c est-a-dire ne sont plus que 
1 une des suites du retour des organes a 1 etat normal, au lieu d en tire la 
condition, la cause meme, comme le pensaient les humoristes (Hoffmann, Opera 
omnia, in-f, Genevce, MDCCLXI; de Rationalis therapioe fundarn^cap. xv, de 
Crisibus et criticisdiebus, 11). 

[/interpretation d Hoffmann, debarrassee de ses explications humorales, est 
celle de Gullen (Medic, prat., p. 101 de la trad, par Bosquillon; Paris, 1816), 
et, plus ou moins modifiee dans ses details, celle de tous les solidistes qui 
admettent la crise. Ajoutons que, pour Broussais, la crise, consideree toujours 
comme resultat de la cessation de 1 irritation (qui remplace le spasme ou 1 ere- 
thisme d autres auteurs), n est qu un deplacement de celle-ci par sympathie des 
visceres atteints vers les organes secreteurs et exhalants de la peripherie, dont la 



2i6 CRISE. 

congestion se termine toujours par une evacuation soit secretaire, soit purulente, 
soil hernorrhagique; sans cela la crise n est pas complete (Proposit. de me d., 
en tetede [ Examen des doctrines, p. 24 et 25, in-8% t. I er ; Paris, 1821). 

L ecole stahlienne, qui voyait des actes medicateurs partout, ne pouvaitqu etre 
tres-favorable a la doctrine des crises ; mais, comme elle n a apporte aucun point 
de vue nouveau dans la question, en dehorsdel intervention de Tame, nous nous 
eroyons autorise a la negliger ici. Nous ne ferons egalement, pour le meme 
motif, que mentionner 1 opinion de Bordeu, qui d abord inde cis sur 1 existence 
meme des crises flans ses premiers travaux (enlre autres dans ses Reckerches 
sur ies crises, 1755, a la suite des Recherches sur le pouls, etc., 2 vol. in-12, 
Paris, MDCCLXV1I1), finit par Ies admettre dans Ies maladies chroniques comme 
dans Ies maladies aigues, et Ies compare au travail d excretion d une glande 
(Reclterches sur Ies malad. chron., theor. 45 a 48, p. 120-127, in-8; Paris, 
MDGCLXXV.) 

Nous somrnes ainsi conduit a examiner enfin Ies manieres de comprendre la 
crise qui ont ete proposees de nos jours. 

Les notions synthetiques que represente la doctrine des crises, et Ies hypo- 
heses humorales auxquelles elle a eteliee a 1 origiiie, elaient trop en opposition 
avcc le courant d idees qui regnait dans 1 ccole anatomo-pathologique et organi- 
cienne de la premiere moitie de ce siecle, pour elre accueillies avec faveur par 
Ies adherents de cette ecole. Aussi ne se sont-ils guere occupes, quand ils ont 
ete obliges de le faire, que des phenomenes critiques, que quelques-uns ont 
confondus avec la crise elle-meme (H. Gouraud, these d agreg., Paris, 1855), 
de leur frequence et de leur influence sur Tissue des maladies. C est ainsi 
qu apres un examen des deux opinions en presence, Chomel (Pathologic 
generate, in-8 (1824), suivi en cette circon stance par Roche (Art. CRISE duDicl. 
de me d. et de chii . prat., 1850) et plus tard par Hardy et Behier (Patholoqie 
interne, I er vol., p. 120-129; Paris, 1858), reste dans le doute sur la valeur 
des phenomenes critiques, et incline a penser que Ies memes phenomenes 
peuvent etre tanfot 1 effet, et tantot la cause du retablissement des fonctions; 
pour lui d ailleurs ces phenomenes s observent rarement : car il ne reserve ce 
litre qu a ceux qui presentent quelque chose d insohte. Et cependant a cette 
epoque Landre-Beauvais avait fait paraitre son Traite de se miotique, ecrit dans 
le sens natmiste, et Andral avait soutenu, dans sa these d agregation sur Ies 
crises, la doctrine traditionnelle. 

Dans une ecole opposed, a Montpellier, la notion de la crise subissait egale 
ment, mais en sens inverse, des modifications d une certaine importance, qui 
tendaient a la rajeunir dans le sens hippocratique plutot que dans le sens 
galeniquc, en donnant au point de vue doctrinal que Ton peut degager de 1 en- 
semble des ceuvres du Pere de la medecine la preeminence sur Ies interpreta 
tions humoristes ou mecaniciennes auxquelles cette notion a trop longlemps ete 
liee et qui etaient certainement 1 une des causes du discredit dans lequel elle 
etait tombe e. G est dans Grimaud, le survivancier de Barthez, que Ton voit 
naitre ce mouvement d cpuration, si Ton peut s exprimer de la soite; bien 
qu humoriste, il recoimait que ce n est pas loujours une matiere peccante qui 
se trouve dans Ies evacuations critiques, ainsi qu en temoigne, d apres lui, 
1 utilite de la sueur dans Ies hemorrhagies actives (Cours de fievres, t. Ill, 
p. 502). La reaction centre le galenisme s accentue avec Dumas (Doctr. des ma 
ladies chroniques , 1. 1, p. 182-190, ed. Rouget), qui s occupe surtout du fait meme 



CRISE. 

de la crise, professant une opinion eclectique sur le mecanisme de celle-ci, ct 
admet ainsi que Broussonnet (Tableau elementaire de se miotique), al exemplc 
de Reil (Memorabilium dinicorum medico-practicorum, fasc. HI, tract. V, 
Halae, 1792), des crises dans les maladies nerveuses. Avec Fuster (these de eon- 
cours, 1849), la crise est decidement envisage e au point de vue philosophique, 
nettement separee des phenomenes critiques, auxquels seule elle donne leur 
caractere : (Test la nature medicatnce qui prepare et accomplit les revolu 
tions spontanees qu on appelle crises... Une crise, en effet, est la resultante des 
efforts medicateurs, etc. (pages 62-69). C est dans le meme sens que s exprime 
Jaumes, dont les ide es, professe es en \ 855, ont inspire deux bonnes theses, celles 
deM. Solier, en 1857,et deM. Em. Berlin, en 1858,etqui depeint ainsi la crise, 
dans son Traite de pathologic ge ne rale (pages 501-503) : La crise est une 
manifestation particuliere de la faeulte medicatrice, manifestation qui a pou. 
but special de dissiper une viciation du dynamisme...; elle est done toujouis 
le produit d une synergie medicatrice. Et a la question de Chomel sur les 
rapporls de causalite des phenomenes critiques avec la crise, ilrepond : lacri-e 
n est ni la cause de la guerison, ni sa consequence, elle en est le moyen (lln ^r 
Berlin; Montpellier, 1858). A Paris, plus tard, 1 enseignement de M. Chauffard 
est presque identique : On peut resumcr 1 idee hippocratique endisant que la 
crise est tout mouvement qui juge, qui termine la maladie. Nous appellerons 
done crise les synergies dernieres par lesquelles se juge et se termine n\\r 
maladie, et phenomenes critiques ceux par Icsquels sc traduisent ces synergies 
finales (Prindpesde pathologic ge ne rale, p. 489-490; Paris, 18(52). Le point 
de depart de la crise est done toujours place, pour les vitalistes contemporains, 
dans une determination de la nature medicatrice, independamment, en quelque 
sorte, des phenomenes par lesquels la crise se manifeste, dit M. Chauffard, se rea 
lise, ecrivcnt avec plus de raison MM. Fuster et Jaumes, et dans lesquels I ev. i- 
cuation humorale ne joue qu un role tres-subordonne. 

Reduite par les uns a 1 appreciation du plus on moins de valeur de certain? 
phenomenes pour la solution heureuse des maladies, elevee par les autres a la 
hauteur d une doctrine, la question des crises ne pouvait plus guere fournir IIKJ- 
tiere a des discussions utiles lant les points de vue e taient differents lorsque 
de nouveaux moyens d investigation, en ouvrant des voles nouvelles a son etude, 
lui ont fait faire un pas decisif : nous voulons parler des recherches contempo- 
raines d urologie et surtout de 1 application du thermometre a la determination 
de la marche des maladies febriles. 

Parmi les premieres, nous devons une mention au travail de dial vet, sur las 
alterations des humeurs par les matieres dites extractives (Me moires de la 
Sociele de biologic, t. XIX; 4 e serie, t. IV; 1867). Se basant sur quelques 
analyses du sang et des urines dans 1 etat febrile, ce physiologiste declarait 
tout d abord que la signification hippocratique du mot crise n a aucune raison 
pour etre conservee, et concluait que, au point de vue du veritable humorisme 
modcrne, la crise est 1 exageration remittente des fonctions emonctoires, ayant 
pour efl et de debarrasser 1 organisine de 1 excedant des dechets qui s y accu- 
mulent pendant la maladie. La vieille idee humorale de depuration reparais- 
sait, appuyee sur une chimie plus savante, et trouvait sou application a 
differentes periodes des maladies, aux crises partielles de certains accescbmme 
a la crise finale. 

Cette tentative et quelques autres de meme nature n auraient pas suffi, malgie 



248 CRISE. 

leur interet reel, a rajeunir la question des crises : car, en depit de leurs preten 
tious, elles n en etudiaient qu un cote fort restraint ; et c est aux travaux de 
thermom^trie elinique, poursuivis dans ces derniers temps, il faut bien 1 avouer, 
avec plus d ardeur en Allemagne que partout ailleurs, qu?. Ton doit les plus 
grands progres que la connaissance des crises aient fails depuis Hippocrate et 
Galien. Ges travaux out en effet permis de constater et 1 expectation syslema- 
tique de 1 ecole de Yienne n a pas etc etrangere a cette constatation que la 
marche de la temperature febrile, dans laplupart des maladies aigue s, affecte des 
formes delcnninees, susceptibles d etre rattachees a des types fixes, et qu clle 
presents une concordance remarquable avec les phases de 1 evolution patholo- 
gique decrites par les medecins hippocratistes ; ils ont fait voir notamment que 
le mouvement de decroissance de la temperature morbide a la fin des maladies, 
la defervescence, comme 1 a appelee Wunderlich, s etablit assez souvent apres 
une elevation thermique qui repond a la perturbation critique des anciens, et 
s accomplit habituellement, en debors de toute intervention therapeutique, 
suivant deux modes principaux : 1 un rapide (en vingt-quatre ou trente-six lieures), 
1 autre gradual (en plusieurs jours), qui representent exactement la crise et la 
lyse de Galien. (Traube, Ueber Crisis und critische Taye, in Deutsche Klinik f 
1851-52 ; Wunderlich, das Verhalten der Eigensivarme in Krankheiten, l e edit. 
1868; 2 e edit., 1870; Leipzig, etc., etc.) 

L e volutiou lliermique etant considered, un peu arbitrairement, comme 
retracant celle de la maladie elle-meme (Vircbow, Handbuch der speciellcn 
Patliohyie und Therapie, t. 1, p. 53, 1854; Wunderlich, loc. cit., p. 7 dela 
2 C edit, allemande, et 5 de la traduction franchise), il etait tout naturel que la 
determination des modes de solution de celle-ci fut base e sur les modes de 
defervescence; il est vrai d ailleurs, suivant une juste remarque de Wunderlich 
(loc. cit. , p. 7), que, si les modifications de la temperature coincident avec 
d autres troubles organiques et fonctionnels, dans le corps malade, aucun ne se 
laisse mesurer avec la meme precision et la meme exactitude que la temperature. 
Aussi la doctrine allemande fut-elle bientot propagee en France par Hirtz 
(de Strasbourg), qui de finit la crise, physiologiquement, une defervescence 
rapide, tout en reconnaissant que cette derniere n est qu un phenomene critique! 
(Art. CRISE et FIEVRE du Nouv. Diet, de me d. et de chir. prat.), et accepte e par 
M. X. Gouraud (these d agregation ; Paris, 1872). Pour ces deux auteurs, 
d ailleurs, la defervescence precede toujours les autres phenomenes critiques. 

Telles sont les principales maniercs de comprendre les crises qui ont eu 
cours dans la science ; elles se rattachent toutes, sciemment ou non, meme 
les plus modernes, a la conception hippocratico-galenique, qu elles denaturent 
pour la plupart, il est vrai, en n en acceptant que le cote qui leur parait le plus 
saillant : 1 elimination et la depuration humorales, par exemple, pour Chalvet; 
la cessation plus ou moins i^apide de la chaleur febrile, avec ou sans evacuation 
speciale, pour Ilirtz et 1 ecole allemande contemporaine, ou le caractere insolite 
des phenomenes (Chomel, Hardy et Behier, etc.). 

Ces dernieres manieres de voir, pour nous borner aux plus recentes, nous 
paraissent inacceptables, d abord parce qu elles ne visent qu un point particulier 
d un fait complexe, qu elles restreignent arbitrairement; ensuite parce qu elles 
ne s appuient meme pas sur un fait essentiel, constant; elles se contredisent 
d ailleurs reciproquement : car il faut une grande dose de bonne volonte pour 
voir dans la defervescence, ainsi que 1 a fait un auteur, un phenomene remar- 



CRISE. 24U 

quable (au sens d insolite). La depuration humorale, sans jouer le role prepon 
derant que lui atlribuaient les anciens dans la realisation de la crise, est sans 
contredit un acte important, le plus important peut-etre du travail critique 
dans des maladies determine es (certaines intoxications virulentes ou mias- 
matiques, etc.) ; mais, dans ces cas memes, elle n est qu un moyen, quand 
ce n est pas une simple consequence; elle fait d ailleurs trop souvent defaut 
pour ligurer legitimement dans une definition generate. La defervescence rapide 
ne nous semble pas mieux choisie pour caracteriser la crise ; independamment 
de ce qu on refuse ainsi ce mode de terminaison aux affections autres que 
les affections aigues a temperature elevee - - et cet exclusivisme est en contra 
diction avec le sens traditionnel du mot, avec le sens meme que sont forces de 
lui donner encore les defenseurs de 1 opinion que nous combattons il 
ne manque pas de circonstances dans lesquelles la defervescence se produit 
rapidement sans qu il y ait crise : ainsi les collapsus agoniques, les remissions 
exagerees de la fin du premier septenaire et celles du stade amphibole de 
la fievre typhoide, etc. 

Les symptomes de la defervescence ne sauraient done etre pris pour equi 
valents de ceux de la crise, comme 1 a ecrit Ilirtz ; ils en sont un element, 
un signe capital, dans certaines maladies; mais ils nc la constituent pas. 
Hirtz 1 a reconnu explicitement, du reste (i oy. art. CRISE cite, p. 246), et 
M. X. Gouraud 1 avoue lui-meme, puisque, apres avoir adopte ropinion de 
ce pathologiste sur 1 equivalence de la defervescence et de la crise, il conclut 
en disant que la crise est 1 ensemble des actes qui jugent rapidement la fievre 
dans les maladies aigues. Si la crise n etait autre chose qu une defervescence 
rapide, on nc voit guere comment elle pourrait etre en meme temps un ensemble 
d actes qui jugent la fievre, etc. : car, d apres cette seconde definition, la defer 
vescence n est evidemment qu une consequence de 1 ensemble des actes judica- 
teurs. Nous ne nous attarderons pas a refuter 1 opinion de Chomel et de scs 
imitateurs, les etudes de tbermometric clinique ayant etabli peremptoirement 
1 existence des crises en dehors de tout phenomene exceptionnel, et nous 
reservons pour une autre partie de ce travail 1 appreciation dc ( interpretation 
donnee a cette question par 1 ecole de Montpellier. II nous parait, en effet, 
rationnel d etudier d abord la crise au point dc vue du fait clinique, en dehors 
de toute conception doctrinale, avant d en discuter la nature et la signification 
phiiosophique. 

II. DEFINITION DE LA CRISE. En recherchant ce qu il y a de commun 
au fond de toutes les definitions proposees, on trouve la notion hippo- 
cratico-galenique d un cbangement decisif eprouve par une maladie (gene- 
rale ou a reaction generalisee) parvenue a une certaine periode, et a 
partir duquel le sort du patient est de finitivemcnt fixe; en ce sens, il y a 
des crises heureuses et des crises malheureuses ; mais la tradition , depuis 
Galien, a donne a la crise une signification favorable, et une analyse plus 
complete des faits pathologiques a justifie cette maniere de voir, en demon- 
trant que les pretendues crises funestes, quand elles ne sont pas 1 expres- 
sion d un etat ataxique ou malin, dependent de complications ou de 1 ag- 
gravation progressive du travail pathologique initial, c est-a-dire n ont en aucun 
cas le caractere de jugement. Nous nous rangerons done a cette opinion : car il 
serait d ailleurs sans interet pratique d examiner si, dans les maladies paroxys- 



-250 CRISE. 

tiques, par exemple, la derniere exacerbation, celle qui precede la periodc 
:igonique, ne doit pas etre considered comme critique. 

A cette facon d entendre la crise se joint en outre 1 idee, plus galenique 
qu hippocratique cette fois et que nous ne saurions accepter, de la rapidite 
necessaire du mouvement critique, que Ton se plait a opposer a la lenteur 
de la terminaison par lysis; cette separation, en effet, est arbitraire, malgre la 
contirmalion qu on a cm en trouver dans 1 observation thermometrique. De 
plus, meme en 1 attribuant seulemcnt au mode de manifestation de la crise 
el non a son complet achievement, qui peut exiger un temps plus ou 
moins long pour se realiser, sans que la nature du travail de restauration 
soil changee (et cette distinction, qui n a pas ete faite, permettrait de com- 
prendre dans une meme definition la crise et la lysis), la soudainete n est 
pas un caractere constant de la crise, ain;i que nous le verrons bientot; nous 
devons done I eliminer, tout en reconnaissant qu il se constate assez souvent 
et rend alors la crise bien plus evidente. Nous ferons les memes remarques pour 
les evacuations humorales. 

Ces explications donne es, et en nous reslreignant pour le moment a la consi 
deration des traits essentiels et communement admis de la doctrine traditionnelle, 
nous dirons que la crise, dans son sens le plus e tendu, est le changement 
decisif que subit une maladie (generate ou a reaction generalisee) arrive e 
a son summum, et a partir duquel s opere defmitivement le mouvemenl 
de retour de 1 organisme a 1 etat hygide. 

Nous disons dccmf et mouvement defmilif de restauration hygide, pour 
difl erencier la crise des simples ameliorations, et pour indiquer qu a partir 
du moment ou le cliangemcnt s est produit, quel que soit le temps necessaire a 
sa parfaite realisation, la maladie est jugee, est virtuellement termine e; nous 
specifions en meme temps qu il s agit de maladies generates, ou a reaction 
generalisee, parce que, bien que le travail de restauration dans un tissu alteint 
de phlegmon abcede ou termine par resolution, par exemple, ou de toutc autre 
lesion localisee, puisse presenter les memes phases qu une affection de toute la 
substance (pour parler le langage de 1 Ecole), la conception premiere de 
la crise et une tradition constants out reserve cette designation a la solution 
des maladies qui interessent 1 ensemble de 1 organisme, et paraissent exiger le 
concours de toules ses forces pour etre menees a bonne fin. A ce titre, les 
maladies iebriles, avec ou sans localisation, offrent les types les mieux caracte- 
rises des differentes sortes dc crises, qui trouvent dans les traces thermo- 
metriques un mode dc representation schematique reellement saisissant. Parnu 
ces maladies, la pneumonie fournit sans contredit la demonstration la plus 
convaincanle des propositions qui precedent, et surtout du caractere decisif, pour 
la solution de 1 etat pathologique tout entier, de la crise qui met d abord 
unterme au trouble general. Dans cette phlegmasie, on le sait, la crise de 1 etat 
febrile et des desordres qui 1 accompagnent s opere tres-rapidement, d ordinaire, 
et precede souvent de plusicurs jours la resolution des lesions pulmonaires; et 
pourtant, a dater du jour ou elle s est produite, la maladie peut etre consi 
deree comme jugee, malgre la persistance des lesions : 1 evolution progressive 
de celles-ci, en effet, est des lors enrayee, et bientot elles subissent a leur 
tour le travail de regression qui doit achever la guerison, si toutes choses 
marchent convenablement. 

Mais la crise n est pas un simple point de rebroussement, si 1 on peut ainsi 



UUSE. -251 

dire, de lit courbe qui representerait 1 evolution de la maladie, ets il est pevmis, 
pour la commodite de 1 exposition, d en parler d une facon abstraite, il importe 
de ne pas oublier qu elle resulte de choses fort concretes, ct en realite 
est constitute par 1 ensemble des actes qu accomplit 1 organisme, spontanement 
ou a la suite d une provocation, pour revenir au type pbysiologique quand il en 
a ete momentanement eloigne par une cause morbifique. De ces actes, les uns 
restent caches, les autres sont appreciates a nos moyens d investigation et 
ont recu, ainsi que les symptomes s y rattachant, Ic nom de phenomenes 
critiques. II y a done lieu de dislinguer, dans le mouvement critique, les 
operations occultes qui en detcrminent la production (et dont la cause nous 
echappe, puisqu elle se confond avec celle de la vie), et les phenomenes qui Ic 
traduisent a 1 exte rieur et servent visiblement a sa realisation. Parmi ceux-ci, il 
en est qui precedent le changement dans 1 evolution morbide et semblent 
1 annoncer, ou, tout au moins, sont en rapport avec le travail plus intime qui 
le prepare; d autres sont la manifestation de ce changement, ou bien des moyens 
par lesquels il s effectue ; d autres enfin n en sont que la consequence. Ces 
differentes phases de 1 action critique (preparation, realisation et achevement 
complet) ne se peuvent separer, et c est a juste raison que Ton a confondu sous 
une meme designation les phenomenes qui s y rapportcnt a divers litres. Mais ces 
phenomenes n ont pas, ne peuvent pas avoir tons la meme signification, la meme 
valeur, et il est vraiment singulier qu apres les distinctions necessaires qui ont 
ete faites en cette matiere, par les p;>thologistes les plus anciens, certains 
contemporains persistent encore, abuses par la similitude dc la denomination, 
a parler en bloc de ces phenomenes, que quelques-uns confondent avec la crise, 
a disculer s ils sont cause ou effet du retablissement, et meme a declarer qu ils 
sont toujours le resultat de la guerison. 

Ces divergences d appre ciation proviennent en partie de ce que le meme mot 
ne repond pas pour tous a la meme idee; mais clles dependent encore plus d un 
defaut d analyse et d observation. C est 1 experience seule, en effet, qui 
peut determiner le role que joue tel ou tel phenomene dans le travail 
curateur; les phenomenes dits critiques ne le sont pas par eux-memes, 
mais par leurs rapports avec les differentes periodes de 1 evolution critique. 
Hippocrate 1 avait deja reconnu et insistait sur cette importante distinction : 

\ Ce qui sert ressemble completement ;\ ce qui nuit,... car tout est semblable : 
les choses qui sont critiques, celles qui nuisent, celles qui delivient... 
Les signes critiques en mieux ne doivent pas apparaitre de bonne heure...; 
arrivant a temps, ils annoucent le salut; arrivant hors temps, ils sont 
de nature opposee. Jugez les evacuations non par la quantite, mais suivant 
qu elles sortent telles qu il convient et qu on les supporte bien, etc. (Des 

|; . : Humeurs, 4, 5,^/j., sect. 1, 25). Get enseignement doit etre retenu. 

III. SYMPTOMATOLOGY GENERALE DE LA CRISE. Ces preliminaires poses, nous allons 
essayer de donner.un apercu delaphysionomie generate dela crise, en prenantpour 
type ce qui se passe dans les maladies aigue s febriles, ou ce grand fait pathologique 
estle mieux caraclerise et a ele le mieux etudie. Quelles que soient, en effet, 
les differences de nature et de siege qui peuvent separer ces maladies, 1 exis- 
tence de la fievre leur imprime, au point de vue de 1 etat general, un caractere 
commua qui domine tres-souveut toutes ces differeaces, et justifie une descrip- 
tion d ensemble, puisque la crise, nous 1 avons vu, est surtout un mode de 



252 CRISE. 

terminaison d un trouble general de la sante. II y a d ailleurs des cri^ 
communes et des crises speciales. Nous examinerons ensuite les principaux 
phenomenes critiques, et nous en discuterons les rapporls reels avec la crise, 
d apres les travaux contemporains et nos recherches propres. 

L;i crise, phase particuliere d une evolution morbide dont tous les actes 
s enchainent et se coiiniiandent successivement en quelque sorle, ne sauraitetre 
isolee de ce qui la precede et la suit immediatement ; il y a done lieu de dis- 
tinguer pour son etude une periode de preparation ou d imminence, appelee 
aussi procriiique; une periode de realisation ou de crise proprement dite, etune 
periode de parfait achievement, designee egalemcnt sous le nom d epicrilique 
par Wunderlicb et par tous ceux qui, avec lui, ne veulent voir dans la crise 
qu une defervescence plus ou moins rapide. Le professeur Jaumes (de Montpel- 
Her), poussant encore plus loin 1 analyse, 1 a consideree comme une maladie 
surajoute e et en a decrit ( incubation, les prodromes, les symptomes, etc. Sans 
meconnaitre 1 ingeniosite de cettc maniere de voir, nous n irons pas aussi 
loin. 

La periode dc preparation se presente sous deux aspects bien differents : dans 
1 iin (qui ivpond en partie au stadium decrementi ou de decroissance certaine, 
mais insuffisante, de Wunderlich), elle n est caracterisee que par un le ger 
amendement de tout ou partie des symptomes, notamment une diminution 
de la temperature morbide, et surtout de I exaccrbation vespertine, et par 
1 apparition ou 1 acccntuation, s il existait dcja, de 1 un des phenomenes qui 
doivent concourir a la realisation de la crise ; ainsi, de la moiteur, avec detente 
du pouls; ou de la pesanteur lombaire, dc la tension abdominale, des borbo- 
rygmes, etc., suivant que la sueur ou les evacuations alvines seront lepheno- 
mene critique preponderant. G est alors aussi que se montrent ou s accentuent 
les signes de coction dans les diffrrentes excre tions qui en sont susceptiblesi 
1 epaississement des mucosites nasales ou broncho-pulmonaires, dans lecasde 
coryza, de bronchite ou de pneumonic, par exemple ; 1 epaississement des 
.matieres fecales, s il y avait auparavant de la diarrhee; les sediments urinaires 
(cesderniers sous reserve). Cette periode, qui s observe presque exclusivement 
dans les maladies a marche continue, sous-continue ou remittente, dureen 
moyenne de douze a vingt-quatre heures, mais peut se prolonger davantage, 
jusqu a deux et trois jours, dans des circonstances exceptionnelles que nous 
specifierons plus loin ; dans le premier cas, il est souvent difficile de la se parer 
de la crise elle-meme, dont on pourrait la conside rer comme le debut, surtoul 
lorsque celle-ci s accomplit Icntement, par oscillations descendantes, comme 
dans la forme qui a recu de preference le nom de lyse ou lysis. 

D autres fois, c est une aggravation apparente qui signale cette periode: 
Quand une crise s opere, la nuit qui precede le redoublement est difficile a 
supporter , avait deja remarque le Pere de la medecine (Aphor., sect. 2,15) 
et Galien, rencherissant sur cette observation et s inspirant de fails exceptionnels, 
trace un tableau effrayant de la perturbation procntique, dont nous avons deja 
indique les principaux traits. Cette perturbation semble d ailleurs constante 
pour Galien et devient 1 un des elements, en quelque sorte, de la crise (# ff 
Crises, liv. Ill, ch. n). 

L observation contemporaine a confirme en partie ces assertions, en demon- 
trant, au moyen du thermometre, la realite de cette exacerbation procriti<p& 
non-seulement dans des affections a marche paroxystique ou remittente, coninie 



CRISE. 

la rougeole, certaines fievres catarrhales ou gastriques, mais dans des maladies 
a marche sous-continue, comme la pneumonie, certaines angines, etc. Sue 
M cas de pneumonie termines par la guerison, nous 1 avons constatee 41 fois, 
c est-a-dire dans un peu plus de la moitie des cas; encore eliminons-nous 
\ cas de pneumonie intermittente, qui naturellement ont presente des 
paroxysmes marques, mais dans lesquels 1 administration du sulfate de quinine 
i modifie brusquement la situation, au troisieme acces seulement, il estvrai; 
tandis que nous n avons note que 37 fois la diminution preparatoire, et encore 

3ii comptaiit les cas dans lesquds une recrudescence ultime precede de deux et 

i 
;rois jours la cnse proprement dite. 

Cette exacerbation s accompagne assez rarement des phenomcnes graves decrits 

jar Galien, et complaisamment reproduits par la plupart des auteurs; mais elle 

ic consiste pas uniquement dans 1 e levation thermique ; independamment du 

nalaise et des troubles nerveux qui sont habituellement lies a 1 accroissement de 

a temperature organique, on observe, dans la pneumonie uotamment, une 

crudescence des phenomenes pulmonaires qui peut aller jusqu afaire supposer 

pe le paroxysme est simplement du a une extension de la localisation ou a un 

iret du travail de resolution; ainsi le point de cote reparait parfois, des rales 

ous-ciepitants sont percus dans une plus grande etenduc, ou sont remplaces 

lans les points qu ils occupaient primitivement par du souffle, qui avail 

lisparu depuis un temps plus ou moins long, etc. 11 en est de meme pour les 

ocalisations bronchiques des affections catarrhales. Cette interpretation toute- 

ois ne saurait etre admise sans conteste pour un certain nombre de cas 

le pneumonie, et surtout de synoques inflammatoires, catarrhales ou gastriques, 

[ans lesquels il est impossible de constater cet accroissemcnt de la lesion au 

aoment de la pertubation procritique; il reste d ailleurs a rechercber le pour- 

uoi de cette aggravation si courte de la lesion. Dans 1 erysipele de la face, 

I ne parait pas douteux cependant que 1 elevation Ihermique (que Ton observe 

res-rarement d ailleurs) avant la crise ne soil liee a une nouvelle poussee; 

est egalement a la progression du travail phlegmasique qu il faut rattacher 

elle que Ton constate parfois dans 1 otite et 1 angine tonsillaire pblegmoneuse. 

In est-il de meme pour la rougeole? Pour cette fievre eruptive, le paroxysme le 

lus eleve est en rapport avec 1 epanouissement de 1 exan theme, tandis que dans 

i fievre initiale de la variole le maximum thermique coincide ordinairement 

vec le debut de 1 eruption. 

Quoi qu il en soit des explicatiozis, le fait merite d etre signale, a cause de 
on importance pratique. L exacerbation procritique n a pas toujours les memes 
aracteres, d ailicurs; ordinairement precedee d une remission qui peut aller 
asqu a simuler la crise, elle a une duree et une intensite variables ; le plus 
ouvent d une douzaine d heures, elle persiste parfois pendant vingt-quatre et 
erae iiljjrente-six heures, et meme davantage ; mais alors sa signification est douteuse : 
antot, dans ces cas, elle n atteint son maximum que le second jour, la remis- 
ion matinale de ce jour faisant assez souvent defaut ; tantot elle arrive des le 
>remier soir (car c est habituellement dans 1 apres-midi ou la soiree qu on 
i! observe) a son plus haul degre, mais persiste, avec une faible remission 
ependant, dans la matinee et parfois dans la soiree du deuxieme jour. C est dans 
e& cas ou elle va ainsi en s amendant progressivement pendant deux, trois 
. t quatre jours, jusqu au moment ou la crise se produit, que Ton peut se 
, lemander si 1 exacerbation n est pas due a une rechute, et si la periode de plu- 



J5i CRISE. 

sieurs jours qui la suit n est pas celle de preparation de la crise. L elevation 
thermique, qui d apres Wunderlich n atteindrait ou ne depasserait qu exception- 
nellement les maxima anterieurs, les depasserait assez frequemment (dans pres 
de la moitie des cas ou le malade a etc observe d assez bonne heure) de 0,2 a 
1,2, en moyenne de 0,4 a 0,6, d apres nos observations de pneumonie et 
presque constamment pour la rougeole. 

La remission qui precede habituellement la perturbation critique, etsert a en 
fixer la valeur, se remarque aussi dans le cours de revolution pneumoniquea 
des moments divers (nous 1 avons notee 50 fois sur 81 cas, dont 24 n ont etc 
vus qu apres le cinquieme jour, par consequent 51 fois sur 57 a la rigueur), de 
preference au troisieme ou au quatrieme jour, lorsque la pneumonie se terrai- 
nait au cinquieme, au septieme ou au huitieme, et au sixieme et au septieme 
jour quand la crise avail lieu le neuvieme, le dixieme ou le onzieme jour ; elle se 
manifeste parfois a deux ou trois reprises et devance en general de vingt-quatre 
a quarante-huit heures,et meme de trois jours la crise definitive. Sa duree, ordi- 
nairemenl de douze heures, peut cependant se prolonger pendant un et meme 
deux jours, et dans ces cas, si la remission est assez prononcee pour atteindrela 
norme et meme tomber au-dcssous, on est fort embarrasse pour decider si 
Ton est en presence de la crise, de I amendement preparatoire ou d une fausse 
crise : 1 epoque prematuree de 1 apparition de cette amelioration, sa produc 
tion inopinee et rapide, son defaut de rapport avec les autres phenomenes accu 
ses par le malade, sa liaison avec uue intervention therapeulique, seraient, d apres 
Wunderlich, les elements du diagnostic. Ilippocrate avail deja averti qu il fallait 
que les signes en bien n arrivassent pas trop tot, fussent precedes des signes de 
coction, etc. 

Depuis Galien on admet generalement que la crise se fait de deux facons; 
1 une rapide, manifeste, a\ec excretions abondantes, insolites meme, ou des 
depots, des abces : c est la crise legitime ; 1 autre plus leute, insensible, sans 
evacuations ni depots : c est la lysis, la solution. Cetfe distinction, fondee si Ton 
veut exprimer les deux formes les plus communes d un meme fait, ne peut ce 
pendant etre etablie d une fagon absolue ; car il existe entre les formes extremes, 
a caracteres tranche s, tous les intermediaires, tant au point de vue de la rapidite 
de la marche que de 1 intensile des phenomenes critiques, qui ne consistent pas 
toujours, comme le voulaient les humonstes, en evacuations ou depots. La con 
firmation de cette distinction qu on a cru trouver dans les etudes ihermome- 
triques est susceptible des memes objections. 

En se basant sur la rapidite de la defervescence (confondue avec la crise), on 
a admisdes crises tres-rapides (en deux et quatre heures), rapuies (en d^uze ou 
trente-six heures), lentes ou trainantes (durant plusieurs jours, de trois a cinq 
jours, pour Hirtz) ; 1 observation clinique n est pas favorable a une division aussi 
nelte. Pour ce qui concerne le type tres-rapide de la fievre intermittente, il 
n est exact que si 1 on considere la duree absolue : car, si on compare la duree 
de la defervescence a celle des autres periodes, on constatera facilement que 
c est le type des defervescences lentes (voir fig. 1). 

Quant aux defervescences rapides, il nous est impossible d accepter 1 inter- 
valle maximum de quarante-huit heures pour leur realisation, tout en recon- 
naissant que c est la duree observee le plus communement ; mais as-ez sonveotla 
defervescence, ayant debute dans I apres-midi ou dans la soiree, se continue toute 
la journee du lendemain et du surlendemain, et ne se termine que le troisieme 



CRISE. 255 

jour, au matin, de facon a se prolonger au moins soixante heures ; dans quelques 
cas, qui ne sont pas tres-rares, soil a cause de la temperature elevee du fasti- 
gium, soil a cause de 1 abaissement hyponormal qui se montre dans la matinee 
du troisieme jour, soil a cause d une exacerbation vespertine qui interrompt la 
descente le deuxieme jour, cette chute de temperature met trois et qualre jours a 
s effectuer, sans quele caractere de crise proprement dite soil altere. Si Ton peut 
contester cette interpretation pour les fails dans lequels la descente a lieu d une 
fagon saccadee, avec exacerbations vespertines quotidiennes, mais de plus en plus 
basses, on ne saurait le faire pour les cas dans lesquels la descente se produit 
d une facon continue comnie dans les suivants de pleuro-pneumonie, qui sc SOP > 
en outre, accompagnes, le second surtout, de sueurs abondantes (nous n indiquou < 
qne les chiffres se rapportant a la defervescence) : 

MATIN. SOIR. MATIN. SOIU. 

> jour 39,9 40,0 5- jour 40,0 4O,1 

" 39,4 S8,8 6 - 39,4 39- ,2 

8- - 37,5 57vJ 7 39,0 36*,0 

9 36,S 37 ,2 8- 35,o 

Lc maximum avait ete de 40o,6 pour le premier, au quatrieme jour, ct de 
40,4 pour le second, au meme jour. La defervescence, bien quo continue, a done 
mis au moins soixante heures a se realiser; le meme laps de temps peut etre 
necessaire, a plus forte raison, si 1 abaiseement thermiqae est interrompu par 
une exacerbation merae momentanee. La duree de la defervescence n est pas 
d ailleurs le seul phenomene a envisager, pour apprecier si Ton est en presence 
d une crise a forme sensible ou d une crise a forme insensible. 

D un autre cote, la crise par lysis peut ne dcmander que de trois a cinq jours 
pour se produire, surtout quand la temperature du fastigiuni est peu e levee, et 
que la marche de la maladie est naturellement remittente : ainsi la solution de 
ccrtaines affections catarrhales, de quelques epanchements pleureliques, de cer- 
taines formes d erysipele ou d epanchemeut pleuretique, de formes abortives 
de la fievre typhoide, se realise entre trois et huit jours et meme plus. Mais, 
dans ces derniers cas, ce n est que par la comparaison avec des formes plus 
accentuees que Ton est autorise a admetlre 1 existence de la crise. 

Dans les formes intermediaires, le meme laps de temps peut done ctre neces 
saire a raccomplissement d une crise ou d une lyse, et c est d apres d autres 
considerations, tirees de 1 ensemble des phenomenes, que Ton se decidera pour 
1 existence de 1 une ou de 1 autre. Ces reserves faites, nous ne faisons aucune 
dilficulte de rtconnaitre que frequemment les deux types de crises sont nette- 
ment distincts et peuvent etre decrits a part. 

Le caractere essentiel de la crise proprement dite est 1 amelioration subite 
qui se produit dans 1 etat du malade au moment de la plus grande violence des 
symptomes ou apres une 1 aible diminution de ceux-ci ; malgre la persistence des 
lesions anatomiques, qui dans la pneumonie, par exemple, mettent souvent 
plusieurs jours encore a se resoudre, le sujet eprouve uu sentiment de soulage- 
ment notable qui demontrerait, s il en etait besoin, la part preponderate des 
troubles fonctionnels dans le malaise morbide. En meme temps que la chaleur 
febrile tombe, le rliythmc de la circulation s abaisse rapidement, et il n est pas 
rare, dans les crises rapides, surtout avec accompagnement d evacualions abon 
dantes, de le voir tomber a 60, 56 et meme 48 pulsations a la minute ; celui de 
la respiration subit une diminution parallele, parfois un peu retardee, mais 



2j,6 CRISE. 

non constamment, par les lesions pul monaires ; les troubles du systeme nerveux 
s amendent, la langue s bumecte, la peau s assouplit, etc. ; toutes les fonctions, 
en un mot, tendent a revenir promptement a 1 etat normal. 

Cette amelioration remarqiiable s accouopagne ordinairement d evacuations 
plus on moins notables, ou de fluxions sur diverses organes, d eruptions cuta- 
nees ou de phlegmasies, et mumede gangrene, dil-on ; parfois de troubles nerveux 
plus ou moins insolites : convulsions, surdite, etc. II y a done des crises avec 
evacuations et d autres sans eliminations apparentes. Parmi les premieres, il 
convient de distinguer 1 exageration de secretions naturelles, la sueur, les dejec 
tions alvines, les flux divers, et les evacuations decidement pathologiques, 
telles que les bemorrbagies, les suppurations, etc. Assez commune ment d ailleurs, 
plusieurs de ces excretions se realisent simultanement ou successiveraent, et 
c etait meme 1 opinion d Hippocrate et de Galien, que la crise pour etre garfaite 
devait etre universelle, c est-a-dire porter sur la plupart des grandes ibnctions: 
la sueur et les bemorrbagies, la sueur et les eruptions; les urines et les dejec 
tions alvines vont assez souvent ensemble ; tandis que la sueur et les dejections 
alvines, celles-ci et les bemorrbagies se font souvent opposition et d babitudo 
ne se produisent, s il y a lieu, qucsuccessivemcnt. 

En outre de ces evacuations communes, qui se peuvent rencontrer dans toute 
espece d affeclions, et dont la manifestation est commande e par la nature deces 
maladies, ou les conditions individuelles du sujet, il en est d autres, plus spe- 
ciales, qui sont en rapport avec les localisations pathologiques : ainsi 1 expecto- 
ration pour les maladies pulmonaires, les eruptions pour les fievres exanthema- 
tiques, la salivation pour la variole, etc. Les deux sortes de phenomenes s asso- 
cient babituellement et se confondent meme parfois : ainsi les evacuations 
alvines se rencontrent dans les crises communes et sont egalement la crise 
speciale des maladies du tube digestif. 

Les anciens pensaient que les crises*^ realisent de preference vers la fin de 
la nuit ou sur le matin; d apres Tbomas (de Leipsig), le plus grand nombre 
debute sur le soir, tres-tard, entre neuf heures et minuit, un nombre moindre 
commence dans la premiere moitie de la journee. Nos releves de temperature, 
ne comprenant habituellement que deux mensurations par jour, ne nouspermet- 
tent pas une opinion personnelle a cet egard ; toutefois nous pouvons dire que, 
sur 81 cas de pneumonie, la defervescence a ete 53 fois constatee d abord le 
matin et 28 fois dans 1 apres-midi. 

La duree de la crise est variable, nous 1 avons vu, et parait ordinairement en 
rapport aveccelle de la inaladie, sans qu il y ait rien de fixe a cet egavd : ainsi 
dans la pneumonie la defervescence pent etre aussi prompte lorsqu elle se mani- 
feste au onzieme ou au quatorzieme jour que lorsqu elle se montre au cinquieme 
ou au sixieme ; celle de la rougeole est rapide apres une periode d invasion assez 
longue, et c est 1 inverse pour la plupart des scarlatines. II n est pas davantage 
entierement exact de dire que la crise est d autant plus rapide et plus pro- 
chaine que la temperature d invasion est arrivee plus vite a son maximum, et 
vice versa (Hirtz). II est plus babituellement vrai que la defervescence est 
plus rapide dans les maladies a moyenne thermique clevee; mais ici encore ily 
a des exceptions: la fievre typboi de, certaines scarlatines, etc. La crise debutant le 
matin serait plus longue, d apres Thomas, que celle du soir. 

L evolution critique est tantot continue, c est-a-dire s accomplitd unseuHi ai ) 
bien que la defervescence se ralenlisse d habitude dans 1 apres-midi, tantot entre- 



CRISE. 257 

coupee par des retours ascensionnels vespertins. Dans Tun et I autrc cas, on 
peut voir la temperature tomber, en trente-six heures ou quarante-huit hcures, 
de 5 a 4, 5 et meme de 5. II n est pas rare devoir la chute de la temperature 
depasser la normale, descendre a 365 et jusqu a 35, chiffre qu elle de passe tres- 
rarement, et des phenomenes de collapsus avec phenomenes nerveux, delire 
meme, se produire; cela arrive d autant plus facilement que 1 abaissement ther- 
mique est plus rapide et plus etendu. La lenteur extreme du pouls et les cir- 
constances dans lesquelles ces phenomenes se produisent servent a eviter 1 erreur 
dans laquelle on pourrait tomber, en confondant cette amelioration trop rapide 
avec la prostration el la refrigeration d une periode proagonique. Get e tat peut 
ne durer que vingt-quatre heures ou persister plusieurs jours, sans que la gue- 
rison soil entravee (Wunderlich). 

Les anciens pathologistes avaient deja reconnu le peu de gravite de cet etat, 
qn ils consideraient a tort comme celui de la crise, alors qu il n en elait que la 
consequence. 11 s observe surtout, en effet, lorsque des evacuations abondantes, 
de la sueur principalement, ont amene une deperdition de chaleur qui n a pu 
etre compensee par I hyperthermogenese febrile, alors supprimee. 

D autres fois, la marche de la crise se trouve interrompue; apres un debut 
rapide, permettant d esperer une guerison prochaine, il y a des recrudescences 
de 1 etat pathologique, et ce n est qu apres deux ou trois tentatives ainsi avortees 
que la crise definitive se realise : ce fait est assez commun, nous 1 avons dit, dans la 
pneumonie, dans 1 erysipele dela face. Dans d autres cas, apres un debut analo 
gue, il y a arret de la defervescence, qui devient trainante, gencralement avec 
exacerbation vespertine; il faut alors songer a une complication qui rend la 
crise imparfaite : ainsi 1 apparition d un epanchement dans le decours d une 
pneumonie; car la presence ou 1 absence des le sions locales initiales, dans cette 
derniere maladie, ne semble pas beaucoup inlluer, pendant quelqucs jours tout 
au moins, sur 1 etendue de la defervescence; plus tard, si leur resolution ne 
s effectue pas, ces reliquats peuvent donner lieu a une fievre secondaire. Dans 
tous ces cas, la temperature, la respiration et la circulation suivent une marche 
a peu pres parallele ; nous disons a peu pres, car assez souvent le rhytlime circu- 
latoire se maintient eleve, s il y a des complications, bien que la temperature 
baisse. 

Lorsque la crise met plusieurs jours a s accomplir, lorsqu elle se fait par lyse, 
selon 1 expression consacree, les phenomenes qui la signalent sont moins accen- 
tues et plusieurs peuvent faire defaut : ce n est que progressivement que I yme- 
lioration se manifeste ; la defervescence se fait par saccades, selon le modebrise, 
t est plus frequemment interrompue par des recrudescences que dans le type 
critique proprement dit ; par contre, les temperatures hyponormales y sont plus 
rares. La circulation et la respiration reviennent egalement petit a petit a la fre 
quence physiologique, au-dessus de laquelle elles restent assez communcment, 
pourtant, pendant un temps plus ou moins long. Les evacuations critiquesnefont 
pas absolument defaut; on peut observer des sueurs, des dejections alvines ou 
des flux urinaires, par example, ou des suppurations, des depots; mais on voit 
rarement des hemorrhagies, a moins qu elles ne soient symptomatiques, ce qui 
parfois aussi est le cas pour les abces et les depots ; ces evacuations sont d ailleurs 
peu considerables, d habilude, et souvent ne se produisent pas. 

On peut, du reste, rencontrer tous les intermediaires, nous ne saurions trop 
insister sur ce point, entre la crise avec phenomenes manifestes, insoliles meme, 
DICT. ENC. XXIII. n 



CRISE. 

et la crise par phenomenes insensibles ; les cas extremes sont seuls bien tran 
ches. Les memes affections, suivant lessujets, peuvent presenter Tune ou 1 autre 
forme de solution : ainsi la pneumonie, 1 erysipele, 1 angine tonsillaire, etc. ; 
cependant il en est qui revetent plus particulieremcnt la derniere : ce sont les 
c tats palhologiques amarcheremittente, ordinairement assez longue, a tempera 
ture moyenne peu elevee, tels quo les affections caturrhales, le rhumatisme 
articulaire aigu, les epanchements pleuretiques, la fievre typhoide, le typhus 
exantliematique ; ces derniers toutefois font exception pour la moyenne 
(hermique. 

Pour finir la description de la crise envisagee dans ses traits generauxTil 
ne nous reste plus a dire maintenant que quclques mots sur la periode epicri- 
tique. Cette periode n est guere appreciable dans les crises par lysis, ou elle 
se confond avec la convalescence ; mais il n en est pas de meme dans la crise 
proprement dite, ou elle est d autant plus manifeste que celle-ci a ete plus 
rapide. Dans cette periode, la crise se complete, en quelquc sorte ; la resolu 
tion des lesions analomiques se termine, les excretions suspendues ou modifiers 
par 1 etat febrile non-seulement reparaissent comme en saute, mais paifois 
subissent une sorte d exageration momentanee ; les eliminations, s il y a lieu, 
s achevent : c est la constatation de ces fails, abusivement generalises, qui aporte 
plusieurs auteurs a regarder tons les phenomenes critiques comme des resultats 
de la crise. Parfois meme c est a ce moment qu apparaissent le de lire et d autres 
troubles nerveux, s ils n existaient deja auparavant, bieu que leur disparition 
coincide habituellement avec la realisation de la crise. La temperature hyponor- 
male, dans le cas de collapsus, peut se maintenir pendant un ou deux jours, et 
meme plus, sans danger d ailleurs, ou bien revenir progressivement ou rapide- 
ment au degre pbysiologiquc. La circulation et la respiration gardent encore, 
dans les memes circonstances, leur rhythme ralenti, qui deviendra plus tard, 
pendant la convalescence, accessible aux moindres influences d acceleration. 
Nous ne parlons pas du retour de 1 appetit et des forces, qui appartient plutot a 
la convalescence ; toutefois celle-ci, meme dans le cas de crise rapide, peut 
suivre presque immediatement. Enfin dans des conjonctures exccptionnelles, et 
en dehors des cas dans lesquels la mort est due a une complication ou aux 
progres de lesions non enrayees par la crise, telles que les degenerescences du 
muscle cardiaque, le sujet peut succomber gueri, epuisc par les depenses orga- 
niques qu a necessities la crise. Ces terminaisons facheuses sont tres-rares, 
raais il est bon d etre prevenu de leur possibilite. 

Les considerations precedentes concernent les crises des affections pyreti- 
ques aigues ; mais elles sont egalement applicables, avec quelques restrictions, 
aux crises des affections aigues peu ou point febriles, et meme, en partie, a celles 
des maladies chroniques. On aconteste 1 existence des crises dans ces deux der 
niers ordres de maladies, et Ton etait dans le vrai si la chute de la fievre est le 
caractere essenliel de la crise ; mais il faudrait le demontrer. 

La fievre est le phenomene qui indique le plus nettement la participation de 
tout 1 organisme a 1 etat pathologique, et la crise, la tradition 1 a c tabli, est 
un mode de solution des maladies generates; mais 1 economie ne peut-elle tra- 
duire sa sonffrance que par la fievre? Personne n oserait le soulenir, et d ail 
leurs le mouvement pyretique n a pas loujours la meme valeur dans le syndrome 
morbide. 

Qu un epanchement pleuretique, apres douze ou quinze jours de duree, 



CRISE. 

vienne a disp.iraitre rapidement, en trois jours, deux jours meme, ainsi que 
nous en avons vu des exemples, a la suite de sueurs abondantes ou d une diu- 
rese copieuse, dira-t-on que ce fait merite ou non 1 appellation de crise, suivant 
que le porteur de 1 epanchemenl avail ou n avait pas de fievre? Bien que le 
trouble pathologique soil ici plus localise que lorsque la fievre exisle, il n y en 
a pas moins eu travail d ensemble synergique pour la resolution et 1 elimina- 
tion de 1 exsudat. Et meme quand il y avail encore un certain degre de chaleur 
febrile, 1 et quelques dixiemes en plus, ou en moins, quelle etail ici 1 impor- 
lance de la diminution de temperature eu egard au travail de resorption de 
1 epanchement ? 

iNous en dirons autant pour les dkrrhees ou les eruptions cutanees que Ton 
constale assez souvenl a la suile de certains empoisonnements, apres un sejour 
plus ou moins prolonge dans un milieu miasmalique : il est bien peu dc medc- 
cins qui n en aient e"te le sujet au debut de leurs etudes anatomiques. C est une 
consequence d une intoxication, dira-t-on ; d accord; mais cela empeche-t-il 
que, lorsque des evacuations font disparaitre un elat dc malaise, de cour- 
bature, d embarras gastrique, qui durait depuis plusieurs jours, el les ne 
revetenl le caraclcrc critique ? Ici encore ne recevront-elles cette designation 
que lorsqu il y aura eu de la fievre? Ou ne sont-elles possibles qu a celle 
condition? 

La terminaison de la dysenterie par un flux diarrheique rentre en parlie dans 
les fails que nous cherchons a elablir ; mais on peut y voir un fait de derivation, 
comme on peut attribuer a une simple action mecanique le soulagcmenl de 
certains etats eongeslifs, a la suite d hemorrhagies de differents genres. Tou- 
tefois il faut faire une exception pour le flux mcnstruel, dont ( apparition seule 
met fm aux desordrcs si divers et parfois si graves qu engendre sa suppression 
ou la dilficulle de son premier etublissement. On objectera (jue dans le premier 
cas, plus commim dans les maladies chroniques, il esl vrai, il n y a rien d eton- 
nanl a ce que la maladie cesse avec la cause qui 1 a delcrmiriee; mais n est-ce 
pas ce qui arrive dans les affections febriles auxquelles donna naissance la per 
turbation des functions cutanees et qui se guerissent si communement par un 
llux sudoral, c est-a-dire par un relour de ces fonclions, momentanemeiil exage- 
rees meme? Et dans le second cas, faudra-t-il absolument qu il y ait de la fievre 
(chose assez frequents d ailleurs), pour que 1 hemorrhagie menslruelle soil 
regardee comme critique ? 

Nousnepretendons pas que la ressemblance soil complete enlre les troubles que 
suscite la realisation difficile d une fonction et ceuxquicaracterisenl une maladie 
de tout autre origine : dans 1 une, la crise est une phase, un mode de ter 
minaison d un etat morbide anterieur, conslilue en dehors d elle, pouvanl 
evoluer et guerir meme sans elle ; dans 1 autre, c est 1 evacuation supposee cri 
tique dont la production cnlravee procure (exige, disent les partisans des fievres 
synergiques) le Irouble pathologique. Ce dernier, pour n elre que subordonne, 
en est-il moins juge par 1 hemorrhagie uterine, quelquefois remplacee ou 
precedee par des epistaxis, des hemoptysies, etc. Au point de vue pratique, 
les indications different-elles dans les deux cas? Evidemrnent non. Sans 
confondre les deux especes, il convient par suile de les rapprocher 1 une de 
1 autre. 

II y a done des crises dans les maladies aigue s apyretiques ou accidentelle- 
ment et mediocrement febriles; lorsque la fievre existe, elle imprime un carao 



260 CRISE. 

tere plus accentuea la crise, elle en favorisememe la realisation, mais elle n en 
est pas une condition indispensable. Ce qui domine, dans ces sortes de solutions, 
ce sont surtout les evacuations humorales, parfois des troubles du cote du sys- 
teme nerveux, et te fait seuli-tablit unc difference marquee dans la symptomato- 
logie dc la crise dans les deux groupes de maladies en question : dans les affec 
tions pyretiques, la cbute de la fievre est le seul phenomene critique necessaire, 
elle seule suffit parfois a les denouer, en 1 absence de tout autre signe; dans les 
maladies aigues sans fievre, les autres signes judicateurs ne pcuvent faire defaut 
sans que la crise disparaisse a nos yeux; ils acquierent done ici une importance 
qu ils n avaient pas tout a 1 heure, ils deviennent constitutifs de la crise : le 
changement decisif en mieux est lie a leur apparition. II en resulte une modifi 
cation notable dans la physionomie de la crise, dont les differentes peiiodes 
sont moins tranehees et dont les traits varient en outre extremement, suivant les 
divers phenomenes critiques dominants, de facon a ne pas permettre une des 
cription d ensemble, comme dans les affections auxquelles la fievre fournit un 
caracterc commun . Nous en parlerons plus utilement en etudiant a part les 
principaux de ces phenomenes. 

Les maladies chroniques peuvent-elles se terminer par crise ? Un assez grand 
nombre d auteurs le contestent et font remarquer que les faits rapportes a 
1 appui de 1 admission des crises dans ces sortes d etats pathologiques sont des 
exemples de metastases, de complications, etc., qui ne merilent nullement le 
titrc qu on leur a donne si facilement. L observation est fonde e pour laplupart 
de ces faits, mais ne doit pas etre generalisee. 

La solution par crise, pour etre rare dans les affections de cet ordre, par 
suite meme de la lenteur de leur evolution, n en est pas moins possible, et 
peut-etre 1 observerait-on plus frequemment si Ton y portait plus d attenlion. 
Les maladies chroniques out les memes phases, les memes temps, comme dit 
Bordeu, que les maladies aigues, et si la plupart persistent dans la periode 
d etat ou vont en s aggravant, un certain nombre sont susceptibles de guerison, 
et prcsentent, par consequent, une periode de restauration qui pent affecter le 
caractere critique. 

II convient d abordde distinguer, dans les affections chroniques, des crises de 
lout point semblables a celles des etats aigus, et qui mettent fin a ces affections 
memes, et des crises partielles, qui ne jugent que certaines manifestations de 
ces affections : arces de fievre intermittente, attaque de goutte, d hysterie, etc. 
Ces dernieres, a rigoureusement parler, ne devraient recevoir cette designation 
que si cbaque paroxysme constituail une maladie se paree, ce qui n est pas; 
mais 1 usage a prevalu de les considerer ainsi, d apres des motifs assez specieux 
pour qu on le suive. 

Les unes et les autres se produisent de deux facons, ainsi que dans 1 e tat 
aigu, suivant qu elles s accompagnent ou non de fievre (en entendant qu il s agit 
d un mouvement febrile appartenant a la maladie, etnon d une complication ou 
d une maladie intercurrenle, car la guerison ne serait plus due alors a une crise, 
mais a une substitution, a une action antagoniste, etc.). Dans le premier cas, 
que Ton observe dans les affections chroniques qui reprennmt ou revetent mo- 
mentanement les caracteres de 1 etat aigu (comme dans les diverses localisations 
chroniques du rhumatisme, de la goutte) et dans les episodes aigus de quel- 
ques-unes d entre elles (comme dans les acces de fievre intermiltente, certains 
acces de goulte, etc.), les crises ne different en rien de celles des maladies 



GRISE. 201 

aigues, sauf qu elles se presentent presque constamment sous la forme lytique. 
Dans le deuxieme cas, qui se rapporte a la disparition d etats pathologiques 
varies, soil affectifs, soil localises et souvent mal determines (migraines, dys- 
pepsies, nevroses diverses, hydropisies, etc.), ce sont le> phenomenes d excre- 
tion qui dominent, dememe que dans les crises des maladies aigues apyretiques. 
C est dans celte eategorie que Ton peut ranger la guerison de 1 epilepsie, de 
1 hysterie et d autres nevroses, a I epoque de la puberte, par l instauralion du 
flux menstruel ou par des epistaxis. 

Phenomenes critiques. 11 n est pas un seul phenomene, pour si insignifiant 
qu il soil on si etranger qu il puisse etre a une solution favorable de la maladie, 
qui n ait ete considere comme critique par les medecins des temps passes; pen 
instruits sur 1 anatomie et la physiologie pathologiques, et admettant, pour la 
plupart, la definition de la crise emise dans le livre des Affection*, nos devanciers 
confondaient sous cette denomination, avec les signes critiques non douteux, les 
metastases, les complications, des manifestations purement symptomatiques, 
et meme de simples epiphenomenes. G est ainsi que Ton trouve cites, meme 
par des ecrivains recents, comme phenomenes critiques : 1 hydrocele dans 
le rhumatisme, les erysipeles et les suppurations dans les fievres graves, 1 he- 
matemese dans les maladies de la rate, ou 1 hydropisie dans les fievrcs 
intermittentes, et les sudamina, la miliaire, dans loutes les affections febriles. 
Ilserait fastidieux et sans aucune utilile de donner ici la nomenclature, i or- 
cement incomplete, de tous les phenomenes doues de caracteres de ce genre 
paries auteurs ; il nous suffira d indiquer les principales divisions dans les- 
quelles on les a classes, et d etudier les plus communs et lesmoins contestables 
d entre eux, ceux que Ton peut rencontrer dans la plupart des maladies : les 
sueurs, auxquelles nousrattacherons les eruptions cutanees, les urines dites criti 
ques, les evacuations .uasti o-intestinales et les hemorrliagics, pour les crises avec 
matiere, et les convulsions pour les crises sans matiere, en indiquant brievement 
pourquoi nous rejetons certains actes generalement acceptes comme critiques, 
tels que les abces, les parotides. 

Les classifications des phenomenes critiques out pour base, les unes le siege 
ou la nature de ceux-ci, les autres, leurs modes d action dans le travail curateur. 
Landre-Beauvais, dont la classification a ete le plus souvent reproduite, adopte 
la premiere de ces bases (Diet, des Sc. med., art. CRISES, t. VII), et divise 
les crises en quatre grands groupes, suivant qu elles se font par les muqueuses, 
la peau, les glandes ou le tissu cellulaire : dans les crises par les muqueuses, 
setrouvent reunis les hemorrhagies et les flux, les crachats et les dejections 
alvines, etc. ; tandis que les flux d urine figurent a cote des parotides et des 
bubons dans le troisieme groupe ; les eruptions cutanees sont placees naturclle- 
ment dans le second groupe avec les sueurs, tandis que les furoncles rentrent 
dans le quatrieme avec les fluxions ct les gangrenes. M. Em. Berlin, frappe de 
ces inconvenients, se place au point de vue symptomatique, et, apres avoir 
range les crises en deux categories, avec matiere et sans matiere. classe les pre 
mieres en cinq groupes, suivant qu elles se produisent par hemorrhagie, par 
secretion, par eruption, par fluxion, inflammation et suppuration, ou par mor 
tification : les crises sans matiere comprennent la fievre, les convulsions, le 
sommeil et differents troubles sensoriels (Em. Berlin, these de Montpellier, 
1858). 

C est a un autre point de vue, plus medical, mais susceptible de quelques 



362 CR1SE. 

objections, celui du role joue par 1 acte critique, que s elait mis Andral quand, 
dans une remarquable these d agregation, soutenue en 182i, il distiibuales 
crises eclectiquement, selon